XIX. LA PERTE UE LA GRACE
citation et du plaisir. Quelquefois aussi, ils succombent à la lâcheté. Mais ils ne renoncentjamais à la grâce sans un plein et entier consentement de la volonté ; il ne faut rien de moins pour un péché mortel.
Certains hérétiques, dans les premiers siècles de l'Eglise, ont enseigné (ju"il n'y a point de pardon pour le péché mortel commis après le Baptême. L'effet d'une telle doctrine serait, non d'éloigner les Ames du péché, mais de les plonger dans le désespoir et de leur faire accumuler péchés sur péchés. Battu dans cette tentative d'hérésie, le démon a été à l'extrême opposé, et il me met dans la tète des pensées comme celle-ci : « Il n'y a pas de péché trop grand dont je ne puisse faire la confession et recevoir l'absolution; il n'y a pas non plus de limite quant au nombre des péchés qui peuvent être remis ». Cela c'est de la théologie orthodoxe. Et j'en tire cette conclusion, qui est on ne ])eut plus fausse et contraire à l'orthodoxie : « Je puis donc pécher librement, me satisfaire librement, et ensuite aller me confesser : six péchés me seront pardonnes aussi facilement que cinq ou qu'un seul. » Ici, se reconnaît l'inspiration et la manière de Satan, qui commence bien et finit mal. En insistant sur la facilité du repentir, le but de Satan n'est pas de vous amener au repentir; au contraire.
Aussi, ce n'est pas après le péché, mais avant, qu'il vous représente combien il est facile de vous confesser et d'être pardonné : ce qu'il prétend, c'est de vous induire si souvent au péché, que le péché s'enroule autour de vous comme un serpent : vous vous lasserez alors de vous repentir; et un jour, la mort vous surprendra dans cet état. Tel est son artifice. Et vous en serez victime, quand la tentation sera forte et prolongée, si vous n'avez pas, pour vous retenir, un motif supérieur à la crainte de l'enfer.
Je dois aimer Dieu, et la sainteté, qui est la piésence de Dieu dans mon âme.
Je le perds quand je cesse de l'aimer et d'apprécier le bonheur de le posséder en moi. Alois, je chasse ignominieusement mon Hôte divin, le Saint-Espiit de Dieu, en me disant : « Je pourrai le rappeler quand je voudrai «, Si je vais plus loin, accumulant péchés mortels sur péchés mortels, c'est comme si je lançais de la boue et des pierres à l'Hôte que j'ai déjà chassé, et comme si je disais : «Quelque jour pourtant, il faudra que je le fasse revenir, car je ne peux pas finir ma vie sans lui ». Et cet Hôte est mon Dieu et mon Sanctificateur!
La crainte de l'enfer est bonne; mais combien meilleur est l'amour de la sainteté, en d'autres termes, de la grâce sanctifiante 1 Si je commets un péché mortel, je ne sais pas si j'aurai ou non à le payer