XXIII. La Louange des hommes i B
Un homme n'est pas sain quand il a besoin de stimulants à chaque exercice qu'il fait, comme d'une tasse de café le matin avant de se lever, d'un petit verre d'eau-de-vie pour inspirer son éloquence, d'une bouteille de bière pour gravir une colline. Il a moins de santé encore, celui qui ne vit que pour boire, faisant de l'absorption de l'alcool la principale affaire de sa vie. L'enfant qui ne peut se mettre au travail s'il n'est point excité par la flatterie, le jeune homme qui défaille aussitôt que s'éclipse le soleil de l'approbation, n'est pas aussi digne de blâme que ces buveurs, parce que la louange est un stimulant plus noble que la boisson. Cependant, il n'est pas sain d'esprit; et, s'il n'est pas inspiré par un idéal plus élevé que le désir de la gloire humaine, il ne fera pas beaucoup de bien dans le monde; il pourra facilement faire au contraire beaucoup de mal. Vivre principalement pour la
(1) Prov. XXV. 11.
louange est coupable, comme il est coupable de vivre principalement pour boire. Dans l'un et l'autre cas, une idole est érigée dans le cœur, et Dieu est chassé de la place qui lui revient. C'est ce que Xotre-Seigncur blâmait dans les Pharisiens : « Ils Joiit toutes leurs bonnes œuvres pour être vus des hommes.^ » Et c'était aussi le défaut de quelques-uns des hommes les meilleurs de l'antiquité, de Cicéron et Pline le Jeune, par exemple. Il ressort de leurs écrits qu'ils semblent avoir été sur la terre comme des acteurs sur la scène, jouant un rôle, faisant parade de leurs talents, et se demandant sans cesse ce que les spectateurs ou la postérité penseraient de leurs actions.
Bien diflérents sont les motifs qui ont inspiré saint Paul dans sa glorieuse carrière. « Pour moi, dit-il aux Corinthiens, il m'importe Jort peu d'être Jugé par vous ou par d autres hommes : mon juge, c'est le Seigneur; c'est pourquoi ne jugez de rien avant le temps, jusqu'à ce que vienne le Seigneur; alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due.^ »
Je dois donc attendre ma louange de Dieu seul, qui peut apprécier avec justice ce que je vaux, « qui mettra en lumière les choses cachées dans les ténè-
(1) Math. xxui. 5; vi; l-ô.
(2) I Corinth, iv. 3, 5.