XXII. LA LOUANGE DES HOMMES (k
de bien se ferait si les gens de bien étaient mieux appréciés, et leurs efforts loués davantage. Il y tant de mal en évidence dans le monde que la vertu risque de se trouver isolée, et les honnêtes gens sentent de l'anxiété devant l'incertitude de la roule ou se découragent en songeant aux difficultés. Celui qui fait une bonne œuvre doit aller sans soutien au milieu des contradictions, des revers, des déceptions et des doutes. Un mot de louange, surtout s'il vient de haut, ou des lèvres d'un ami cher et fidèle, est pour lui ce qu'est pendant la nuit le phare pour le marin : c'est l'assurance qu'il est dans la bonne voie.
Mais un homme de goût ne fera point ses délices de louanges exagérées, outrées, ni de compliments qu'on lui servirait à profusion. Un homme de sens n'aime pas à voir son travail comparé et préféré à celui des autres. En toutes louanges les comparaisons sont odieuses. C'est le style des annonces : « Le produit d'un tel est le meilleur ». Laissons cela aux concurrences commerciales. Un homme modeste ne se plaît pas à être l'idole d'une foule, ou l'objet d'une mise en scène tapageuse; il n'aime ])as à provoquer des applaudissements enthousiastes, surtout s'il a des raisons de penser que ceux qui l'acclament et arborent des bannières en son honneur entendent très peu le mérite de son œu-
vre. L'homme modeste supporte patiemment de pareilles ovations; et, s'il est satisfait, c'est en considération de la bonne cause qu'il sert, ou parce que les autres sont satisfaits, car il se réjouit d'un rayon de soleil sur le front ou dans l'âme de ses semblables. Il s'en réjouit, ou pour l'amour de ses semblables, ou pour la gloire de Dieu, dispensateur de toute joie.
La louange ressemble à certaines liqueurs, bonnes quand elles sont prises en petite quantité et distillées de matières de choix par une main judicieuse. « Laiidari a laudato viro. » Quand vous avez bien diné, vous pouvez prendre un petit verre de liqueur; et quand vous avez bien fait, vous pouvez recevoir avec avantage un mot ou deux de louange, au cas ou vous seriez incertain du mérite de votre œuvre ou du bon accueil de ceux que vous êtes obligé de prendre en considération. Peu de mortels sont assez courageux pour passer toute la vie sans louange, ni succès visible, pour faire de grandes actions dans l'obscurité, tandis que leurs efforts sont ignorés, méconnus ou critiqués. Si jamais je suis en charge — fût-ce seulement comme capitaine d'une partie de cricket — je ne serai pas uniquement un esprit critique, trouvant partout des défauts. Je m'appliquerai à voir les bons côtés de mes subordonnés, plutôt que les miens pro-