XXXI. RESPECT DE SOI-MÊME
éternelle commencée surla terre. Comme Jésus-Christ n'a pas commencé à être Dieu quand il est monté au ciel, mais était déjà Dieu à Bethléem, à Nazareth et sur le Calvaire, ainsi le chrétien est l'enfant de Dieu et, d'une certaine manière, il vit dés les fonts du baptême d'une vie divine, de cette vie qui, arrivée à la plénitude, sera le bonheur éternel.
Mais cette vie, je n'ai pas la certitude infaillible, tant que je suis sur la terre, de la garder en moi. Je puis la perdre par le péché mortel, et jusqu'à mon dernier jour je suis capable de commettre ce péché. J'ai donc besoin, pour m'en préserver, d'un motif très fort et très puissant. Or, je ne trouverai point de motif plus puissant que le respect chrétien de moi-même, inspiré par l'humble confiance que je suis en état de grâce.
La grâce sanctifiante, en effet, est le don de Dieu le plus élevé, supéi leur aux visions et aux extases, plus grand que le sacerdoce ou l'état religieux, comme une montagne de doux mille pieds de haut est plus considérable que le tumulus de vingt pieds qui la couronne. Quand un pnpe va au ciel, ce n'est point parce qu'il a été le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, mais par le droit de la grâce sanctifiante dont son àme était revêtue au moment de sa séparation d'avec le corps. Et moi, je possède cette même grâce
sanctifiante. Un vieux roi de Sicile s'animait à vivre et à mourir en roi par cette réflexion : « La robe d'un roi est un noble linceul. » Cest vrai; mais la grâce sanctifiante en est un aussi, plus noble et plus précieux.