XXXIII. NÉCESSITÉ DE LA GRACE ACT
capable de faire de bonnes œuvres, et par là de mériter le ciel; la grâce actuelle n'est pas requise pour cela; elle sert seulement à rendre les bonnes œuvres plus faciles. » Cette proposition fut combattue, par saint Augustin; et, après lui, l'Église a détini que, pour faire une œuvre méritoire du ciel, toute personne doit premièrement être en état de grâce sanctifianle, secondement, être aidée par la grâce actuelle. Il n'est guère de bonne œuvre qui puisse être faite sans elfort; presque toujours en effet, nous éprouvons la tentation, soit d'omettre cette œuvre, soit de la faire à notre guise. Ainsi, vaincie la tentation est presque une condition nécessaire et un élément essentiel de toute bonne œuvre.
Or, il est des tentations qui peuvent être surmontées, comme disait Pelage, uniquement par la raison et la libre volonté, sans le secours d'aucune grâce. Les païens en surmontent quelques-unes de cette manière. Il ne serait pas vrai de dire qu'un païen n'est jamais victorieux du péché, ou qu'il tombe aussi souvent qu'il est tenté. Seulement, ses victoires ne seront pas récompensées dans le ciel. Mais, surmonter le péché avec fermeté et constance, quand la tentation est rude, ne peut se faire sans l'aide de la grâce actuelle. Bien plus, une mesure parcimonieuse de grâce ne suffirait pas : nous avons besoin de secours abondants
« auxilia uberiora », comme disent les théologiens; et, sans cette grâce abondante, nous sommes à peu près sûrs de tomber dans le péché et de déchoir de l'état de grâce, si nous sommes souvent et gravement tentés.
Comment acquérir cette abondance de grâces? Par la prière et les sacrements. Si nous ne prions pas, si nous négligeons les sacrements, la source de la grâce se tarit, et nous péchons, à cause de la corruption de notre nature. Le pécheur dit qu'il ne peut s'abstenir de pécher, qu'il ne peut résister à la tentation, que sa mauvaise nature l'entraîne malgré lui. Le fait est qu'il ne veut pas réellement résister : il aime la tentation et l'accueille quand elle vient; il ne veut pas se servir des moyens qui lui assureraient la victoire : ses prières sont courtes et négligentes, les Sacrements mis de côté ou reçus pour la forme; et, dans la tentation, la prière est la dernière chose à laquelle il pense. Il n'est pas hérétique, il n'a jamais entendu parler de Pelage et ne voudrait pas soutenir une opinion condamnée j)ar l'Eglise. Mais, pratiquement, il agit comme s'il professait le pélagianisme. Il prend son âme dans ses propres mains, la retire de Dieu, et s'en charge tout seul en faisant une affaire exclusive de aa volonté propre, de ce qui doit être l'affaire de la grâce divine et de la libre