XXXV. BONNE ET MAUVAISE VOLONTÉS
Bonne volonté et mauvaise volonté.
« Le péché n'est jamais commis que par la volonté, » écrit saint Augustin; c'est-à-dire, comme l'explique saint Thomas, il est commis par la volonté, qui est le premier moteur de nos facultés et de nos sens. Ainsi, je pèche par passion, quand je donne libre cours à une colère coupable, parce que je n'ai pas assez de force d'àme pour retenir ma passion, tandis que je le pourrais si je le voulais. Le coup donné par l'arme d'un meurtrier est un péché, parce que sa volonté criminelle l'a dirigé. Je puis pécher par la volonté, même quand les autres puissances se trouvent momentanément impuissantes, comme lorsque j'entretiens le désir de la vengeance, sans être capable d'ailleurs de passer à l'effet, parce que celui à qui j'en veux n'est pas à ma portée.
De même, la vertu réside dans la volonté. Un soldat qui se bat courageusement dans une guerre juste fait un acte vertueux, autant que sa volonté est commandée par le patriotisme. S'il gît impuissant dans un hôpital, sa volonté de servir la patrie est encore un acte de vertu.
Mais elle n'est pas bonne, la volonté qui ne met pas en mouvement les autres
facultés, quand elle pourrait le faire et que leur concours serait opportun.
Ainsi, c'est le moment de me lever; je le sais, je suis bien portant, et je demeure au lit; il serait absurde de dire que j'ai la bonne volonté de me lever.
La bonne volonté est « effective; »
elle met nos puissances en jeu et leur commande. Dans le cas cité plus haut, je n'ai pas une volonté réelle de me lever, mais seulement ce qu'on appelle une « velléité ». Je vois la raison de me lever, et voudrais lui obéir, si je ne me sentais aussi confortablement à l'aise.
Velim, non volo.
Mais quand mes autres puissances agissent indépendamment de la volonté, il n'y a pas de péché. Ce n'est pas un péché de me sentir de mauvaise humeur, le matin, quand j'ai été privé de la moitié du repos de la nuit. Quand j'ai été très blessé |)ar quelque chose qu'on m'a dit, et que, par suite, toutes sortes de pensées désordonnées s'agitent dans mon esprit, il n'y a pas de péché dans toute cette excitation, aussi longtemps que ma volonté n'y a point de part, ou que je puis dire loyalement : « Je ne veux pas ces pensées, et je désirerais ne pas les avoir ».
Cette doctrine de la bonne volonté doit être une grande consolation pour ceux qui s'efforcent d'être bons. Si je ne puis toujours penser comme je voudrais,