XXXIV. PROVISION DE BONNES PENSÉES
basses suggestions. J'ai besoin de quelque chose de bon et de noble qui remplisse ma mémoire et s'empare de mon imagination. Pour cela, je puis employer d'a})ord l'éducation physique qui me forme aux jeux et aux exercices corporels. Dieu sait, et les anges gardiens voient avec plaisir, de combien de péchés est préservée la jeunesse par le « football » et le « cricket. »
Une autre préservation, c'est l'instruction litléraire et scientifique. Un enfant studieux est presque toujours bon. Il doit en effet posséder une certaine capacité d'abnégation et de résistance aux impulsions naturelles; sans quoi, il ne serait pas studieux. Son attention s'applique à des choses inoffensives, comme la structure d'une phrase ou la solution d'un problème. Il est apte à devenir un homme sensé; or, un homme sensé n'aime pas la folie; et il y a de la folie dans tout péché.
L'éducation artistique comprend la formation du goût dans les beaux arts.
La science s'occupe du vrai, lindustrie de l'utile, les arts, du beau; comme, par exemple, la peinture, qui cherche la beauté dans le coloris, et la musique, la beauté dans les sons.
L'éducation artistique peut être mal dirigée et devenir une puissante alliée du démon. En fait, elle est pour beaucoup une affaire de mode. Il y a trois
sortes d'arts : l'art profane et innocent, l'art religieux et l'art voluptueux. Le premier est bon ; le second est meilleur, considéré au point de vue spirituel, bien qu'il ne soit pas nécessairement supérieur au point de vue artistique; le troisième est mauvais au point de vue spirituel, et généralement aussi, au point de vue esthétique. Ainsi, le premier et le second servent à remplir, à satisfaire les désirs de limagination, et à tenir en échec le troisième, à le rendre répugnant, même au goût naturel.
Supposons que plus tard je devienne un visiteur assidu de Notre-Dame de Paris. Supposons que j'apprécie chaque ligne de son architecture. Ne serai-je pas vraisemblablement meilleur que si j'avais fréquenté les mauvais spectacles de la capitale? t.t ne serai-je pas saisi de dégoût, rien qu'en entendant nommer ces représentations immorales? J'aurai acquis une « provision de bonnes pensées et de saintes images, » pour mettre comme un écran devant la tentation.
Ainsi, je dois, dès le temps de ma vie d'écolier, chercher autour de moi ce qui peut m'être utile en ce sens, et édifier dans mon esprit une galerie d'objets d'art et de choses bonnes.