XXXVI. LE RÈGNE DU PÉCHÉ
est une habitude forte et enracinée de pécher. Cette habitude tyrannise notre volonté. Quand le péché se présente, l'habitude vicieuse pousse la volonté, et celle-ci obéit généralement, comme si elle ne pouvait résister. Et en vérité il est très difficile à la volonté de résister dans un tel conflit. Nous voyons en cela l'accomplissement de la parole de Xotre- Seigneur : « Quiconque se livre au péché devient esclave du péché ))^
Aristote dit que celui qui en est là est inguérissable. Ce n'est pas vrai ; mais la guérison n'est pas facile, même avec la grâce, et nécessite beaucoup de temps.
Aussi, je dois être vigilant contre le péché, et ne jamais le laisser devenir un vice. Il ne croît que trop vite, quand on le laisse agir librement, avec peu ou point de remords. Qui régnera en moi finalement? Le péché, qui est ma ruine, ou Jésus-Christ, qui est mon salut?
Jésus-Christ s'est fait homme pour être le Roi des hommes, comme il le dit, parlant de lui-même à son Père : « Tu nïas donné autorité sur toute chair ».2
Pour l'amour de lui, pour lui rester soumis et nous rendre conformes à lui, nous résistons au péché; loin de lui, nous sommes faibles, et nous cédons aussi facilement que l'eau. « Ce que la Loi ne peut faire », c'est-à-dire ce qu'une
(1) Jean vni. 34. (2) Jean xvn. 2.
simple connaissance du devoir — ou plus clairement des commandements de Dieu — ne j)eut assurer, « parce que la chair est faible », Dieu l"a rendu facile « en envoyant son propre Fils dans une chair semblable à celle dupéché».^ Cependant, suivant l'ordre ordinaire de sa l)rovidence, le Fils de Dieu règne dans nos corps mortels « entouré d'ennemis.^» Dans le meilleur d'entre nous, « tout n'est pas soumis ci la loi de Dieu, ni ne peut l'être )).3 Ce n'est pas, dit saint Augustin, que l'homme, son âme, et sa chair elle-même, ne puissent être soumis, car ce sont des créatures de Dieu. Mais, tant que l'homme est sur la terre, il y a toujours en lui une certaine pente, une certaine tendance à s'affranchir de la loi de Dieu, et, comme cette tendance à la rébellion ne disparaît jamais et dure autant que la vie, il faut sans cesse la surveiller et la combattre : c'est pourquoi saint Paul dit que tout « ne peut être soumis ». Mais Jésus-Christ peut régner en moi quand même. Ainsi, ô mon bien-aimé Sauveur, je vous invite, venez régner en moi !
(1) Rom. viii. 3. (2) Ps., cix. 2.
(.S) Rom. vin. 7.