XXXVII. — Respect humain
Il n'est pas de sujet dont j'aime moins à parler que le respect humain. Toujours j'ai su bon gré à un prédicateur de Carême ou de retraite quand il nous a épargné sur cette matière l'homélie traditionnelle. Parler de respect humain, c'est parler de danger à un homme poltron : cela ne sert qu'à l'effrayer davantage.
Il y a quelque consolation à entendre dire que le respect humain, considéré en lui-même, n'est pas une mauvaise chose. C'est avoir égard aux opinions et aux observations des personnes avec lesquelles nous vivons, et dans une certaine mesure nous devons le désirer.
Celui qui n'en serait pas là serait un effronté, parlant et agissant d'une manière désobligeante.
Etroitement alliée au respect humain est la qualité qu'on appelle timidité. Or la timidité, quoiqu'elle puisse être un obstacle pour le bien, nous retire souvent du mal. Un enfant timide est généralement un enfant innocent. Un enfant qui a toujours peur d'offenser ne fera pas beaucoup de mal, à moins que, pour son malheur, il se laisse entraîner par de mauvais compagnons.
Cependant, le respect humain est facilement porté au delà des justes limites.
et il devient alors une faiblesse. Cette faiblesse excessive n'est pas sans quelque relation avec la vanité, et même l'orgueil. Il est ridicule de craindre trop le ridicule : cela suppose un désir immodéré de faire bonne figure en société.
L'excès de respect humain se guérit mieux par deux ou trois victoires sur soi-même que par une semaine de sermons. Cependant, quelques considérations peuvent n'être pas inutiles. Quoique les motifs de la foi soient les meilleurs, nous ne devons pas néanmoins mépriser le secours des motifs naturels qui peuvent nous porter au bien. Je note à cet effet trois considérations naturelles, ou trois pensées philosophiques.
1° Quand j'aurai peur du regard des hommes, peur de faire sous leurs yeux ce que ma conscience m'ordonne, je me demanderai à moi-même : « Dois-je de l'argent à quelqu'un de ces messieurs?
Non, certainement, je ne suis le débiteur de personne. Pourquoi donc être timide et polton, comme si j'étais en présence de mes créanciers »?
2° Le secret de mettre les autres à l'aise, c'est de me mettre moi-même à l'aise avec eux. Je ferai donc ce qui m'est commandé par le devoir, naturellement, et comme la chose la plus simple du monde. Les gens qui me verront l'accepteront probablement comme une