XLVI. — Héros
Un des pires traits du paganisme, dans l'antiquité classique, c'est que les dieux et les déesses étaient méchants et vicieux : on les représentait souvent comme des êtres débauchés, séducteurs, comme des gens qui commettaient impunément toute sorte de crimes, sans souffrir les douloureuses conséquences qui sont ordinairement dans notre vie mortelle la suite du }:)éché. Ainsi, l'expression (( se révéler immortel » correspond à la phrase anglaise du XYII^ siècle (f ivre comme un lord ».
La jeunesse grecque apprenait donc le mal en apprenant sa religion. Tandis que nous avons des modèles de pureté et de vertu à Bethléem et à Nazareth, ils trouvaient juste l'opposé dans l'Olympe.
C'est une chose funeste pour un j)euple que son idéal soit grossier et ses héros mauvais. Quand le modèle est très haut, comme il doit l'être, les reproductions restent toujours au dessous; mais elles prennent une direction élevée, et il y a un effort constant pour que le niveau monte de plus en plus. C'est heureusement le cas pour nous, chrétiens. Mais à quelle profondeur de dégradation doit-on s'enfoncer quand le modèle lui-même est bas et vil, comme l'était