XLVI. HÉHOS
celui des Grecs et des Romains ! Ces païens en venaient à croire, et à soutenir sans rougir, (jue tout homme doit faire le mal; et ils le faisaient chaque fois que la jalousie de leurs semblables ne les en empêchait pas, tant étaient dégradés l'idéal et les dieux de leur temps.
Les enfants au collège ont aussi leurs héros : ils les choisissent tantôt au milieu d'eux, tantôt ])armi les personnages dont ils ont lu l'histoire ou entendu j^arler. Les héros des enfants et de la jeunesse ne sont pas toujours les héros de Dieu. Nous trouvons un exemple fiap|)ant de cette erreurau premier Livre de Samuel.
Samuel est envoyé de Dieu pour sacrer un roi à la place de Saûl, un des lils d'Isaï ou Jessé. Jessé avait sept fils, qui étaient tous grands, de stature athlétique, et très beaux; tout le monde les admiiait dans le voisinage. Ils entrèrent l'un après l'autre et, à mesure qu'ils passaient, Samuel piiait pour connaitre le choix de Dieu. « Et le Seigneur disait à Sanmel : Xe considère point la figure^ ni la haute taille ; car je l'ai écarté. Il ne s'agit pas de ce que l'homme voit; l'homme regarde le visage, mais Dieu regarde le cœur )).ï Ainsi, ces sept héros furent tous rejetés. « Et Samuel dit à Isaï : Sont-ce là tous tes fds? Isaï répondit : Il
(1) I Samuel xvi, 7.
reste encore le plus jeune, qui fait paître les brebis. — Envoie-le chercher, dit Samuel. Et le Seigneur dit : Lève-toi, et consacre-le, car c'est lui. Alors Samuel, ayant pris la corne dhuile, oignit David au milieu de ses frères )).^ David était le héros de Dieu, un homme selon son cœur.- Il avait à faire pour Dieu une grande œuvre, qu'il accomplit dans l'ensemble.
Ai-je quelque ambition d'être un héros, un enfant selon le Cœur même de mon Sauveur? Pour qu'il en soit ainsi, il n'est pas nécessaire que je sois consacré roi, ni que je laisse un nom dans l'histoire. Ce qui importe, c'est de me remettre sans réserve entre les mains de Dieu, de faire un bon usage de la grâce de chaque jour, et de caresser le constant espoir qu'un jour Dieu m'emploiera pour quelque grand dessein.
« Que je ne périsse pas sans gloire, sans quelque effort magnanime pour faire une grande action, qui vivra dans la postérité ».^
Oui, vivre dans la postérité, dût-elle ignorer son bienfaiteur, et, mieux encore, vivre en Dieu, qui se souvient de tout et récompense tout, telle sera mon ambition 1
(1) I Samuel XVI. 11-13.
(2) I Samuel xni. U.
(3) Iliade xxii.