XLVII. — La volonté de la chair
« Je sais que le bien n habite pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair J » Comment pouvons-nous concilier ces paroles avec celles que le même Apôtre écrit ailleurs. « Ne savez-vous pas que vous êtes les membres du Christ?... que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui est en vous?^ »
Observons d'abord que ces derniers mots sont adressés à des chrétiens baptisés, tandis que dans l'Epître aux Romains saint Paul ne parle pas de sa propre personne, mais de )a personne du Juif non baptisé, non régénéré. De plus, <c la chair, » dans le Nouveau Testament, ne signifie pas simplement le corps, mais l'appétit et les désirs du corps. Or, l'appétit en lui-même est un pouvoir aveugle, qui n'a pas plus de raison qu'un taureau dans un champ.
C'est une habitude brutale de cet animal de se mettre en rage et d'attaquer un passant tranquille et inofTensif; mais, que pouvez-vous attendre d'un taureau?
La seule raison à lui opposer, c'est de lui mettre un anneau aux naseaux et de l'attacher avec une corde. Ainsi, l'appétit cherche aveuglément sa satisfaction :
(1) Rom. VII. 18.
(2) 1 Corinth, vi. 15, 19.
il suffit qu'une chose lui plaise pour qu'il la veuille. Quant aux choses raisonnables, convenables, l'appétit n'en a pas plus l'idée qu'un taureau, d'une conduite sensée. Ainsi, les paroles de saint Paul peuvent être interprétées comme il suit : // Il y a dans mon appétit corporel, considéré en lui-même, aucun égard pour la raison ou la bonté morale. C'est là ce que saint Paul appelle « Vesprit de la chair,* » et saint Jean « la volonté de la chaire » L'appétit cependant peut être dompté et influencé par la raison et la grâce de Dieu, et il reçoit ainsi une perfection qu'il n'a point naturellement; on pourrait le comparer aux animaux sauvages domptés et domestiqués par Ihomme.
Cette sujétion de l'appétit est la vertu cardinale de tempérance, que nous n'avons point en naissant, qui ne vient pas toute seule, mais qui s'acquiert par beaucoup de combats et de victoires sur soi-même. Quiconque ne veut pas lutter contre soi-même ne peut espérer d'arriver à la vertu. La première fois que vous prenez entre les mains un crayon, vous ne vous trouvez pas un dessinateur accompli. De même, vous ne serez vertueux qu'après bien des heures de rude effort et de laborieuse pratique.
Mais la vertu de tempérance, c'est-à-
(1) Rom. vni. 6. (2) Jean, i. 13.