XLVIII. — Imagination
Faible est l'esprit de rhomme, aveugle sa
[raison, Le souvenir Tobsede, et l'espoir le trahit; Souffrir l'anéantit; la joie est pour son âme Un prétexte de deuil, passant comme une
[flamme.
Heureusement pour nous, l'imagination Plus haut que le réel fait planer notre esprit,
(1) Rom. vni. 6.
Et revêt l'horizon d'une teinte orientale. L'imagination pure, noble, idéale, Est un glorieux pouvoir, c'est un souffle divin Qui, pourornerle temple où règne la douleur, Dans la région céleste, en un vol ineffable, \'a cueillir de la foi la fleur impérissable. Et cette fleur résiste au souffle du chagrin, Aux orages du sort et aux coups du malheur.
Dans ces lignes, le poète Wordsworth * nous dit quelle triste chose serait la vie humaine sans cette faculté de l'imagination, pour l'homme qui ne verrait dans les choses qui l'entourent que le côté positif. Sa vie serait souvent un triste chapitre d'espérances déçues, de joies flétries et de douleur accablante. L'imagination, comme le soleil du printemps, illumine tous les objets qu'elle rencontre, et nous les présente plus beaux qu'ils ne sont, mais non pas aussi beaux qu'ils pourraient être, et qu'ils seront en vérité quand le printemps si variable de cette vie aura fait place à l'été immuable
(1) William Wordsworth (1770-1850) fut surnommé ajuste titre le poète de la Nature; on pourrait avec autant de vérité l'appeler le poète de l'Homme. Sa psNchologie est profonde; peut-être est-il un peu trop optimiste, ce qui n'enlève rien à la grâce de ses poèmes, dont un des plus beaux est l'Ode au devoir. On a comparé l'imagination de \\'ordsworth à celle de Milton ou de Shakespeare. Il ne l'exerça jamais que sur des pensées nobles, dignes de son génie.