‹ Voyage à Buénos-Ayres et à Porto-AlègreChapitre 24 sur 26 · MARCHANDISES DE GRANDE EXPORTATION · texte numérisé non relu

MARCHANDISES DE GRANDE EXPORTATION

Prix des frets en 1834-

Cuirs de bœuf, salés.

» secs de 30 liv.

» » de 28 »

» » de 22 à 25

» de cheval.

» de veau mort-né.

» de mouton avec laine.

» de veau.

Viande salée.

Crin long.

(( mélangé.

Cornes de bœuf.

» de vache.

Mules.

Plumes d'autruche, » noire longue.

» blanche.

Peaux de loutre.

Plumes courtes. Sel de Patagonie,

» de chinchilla. Suif brut.

Laiue de mouton. » fondu.

Peaux de vigogne.

Les Brésiliens ont enlevé à la Banda-Oriental , lors de l'occupation injuste du territoire de cette république par leurs troupes, plus de 4,000,000 de têtes de bétail, qu'ils ont introduites dans la province de Rio-Grande, comme le constatent les registres de la frontière. Yoici à cet égard deux faits curieux : avant 1817, la capitainerie générale de Rio-Grande, appartenant au Brésil, n'avait que treize établissemens de salaisons [charqueadas) et maintenant elle en a plus de 200 ! Avant Foccupation des Poriugais , la Banda-Oriental abondait en troupeaux plus que tout autre province de l'Amérique, maintenant les Brésiliens qui Vhabitent sont forcés d'amener du bétail de leur territoire pour former des estancias.

[Esquisses historiques et statistiques.)

Les Brésiliens , habitans de la campagne , ne boivent jamais en mangeant. Après le repas, l'un des convives, à défaut d'esclave, va puiser de l'eau, avec une corne (chifre), dans un baril ou dans une source placés à proximité de l'endroit où l'on mange; il boit d'abord, puis, remplissant la corne , il! a présente à un autre convive qui, à son tour, doit la ranplir et la faire passera un

autre. S'il y a des esclaves , ou des domestiques , ce sont eux qui remplissent la corne , dans laquelle ils boivent eux-mêmes. Cette coutume de boire seulement après avoir mangé , était générale parmi les tribus indiennes de tout le Brésil , du Paraguay et deBuénos-Ayres.

Les soldats en campagne , tant dans les provinces de la Plata que dans celles de Rio-grande , Santa-Catliarina et Saô-Paulo , sont à la fois fantassins et cavaliers ; c'est-àdire que l'infanterie peut devenir cavalerie et vice-versd. Mais il est vrai d'ajouter que la cavalerie, forcée de devenir infanterie, n'est plus à redouter , car ces bommes qui manient le cbeval avec tant de dextérité , qui sont capables de tout braver à cbeval , ne peuvent s'babituer à marcher et deviennent , à pied , les plus vils soldats du monde.

Les soldats de cavalerie n'ont pas comme en Europe , un cbeval à l'allure duquel ils s'habituent et qui devient bientôt docile par les manœuvres qu'on lui fait répéter souvent. Dans ces immenses plaines où les chevaux abondent, on en prend fort peu de soin, et l'habileté des cavaliers [ginetes] a bientôt dressé un cheval à la manœuvre, quelqit indomptable qu'il soit. Un corps de cavalerie a toujours deux troupes de chevaux à sa disposition, celle qu'on monte, et celle qui est destinée aux relais; celle-ci est deux ou trois fois plus nombreuse que celle du corps de cavalerie; elle marche en avant.

Quand on veut faire changer de cheval aux soldats , on rassemble les chevaux épars , on forme un cercle autour d'eux , quelques soldats s'avancent un lazo à la main, des

officiers désignent les chevaux qu'on doit enlacer , puis , à mesure que cette opération se fait, chaque soldat vient^ la bride et le mors en main , prendre le cheval qu'on lui a destiné. Il arrive quelquefois , le général étant de bonne humeur, qu'on les laisse choisir au milieu du rodeo. C'est souvent un cheval indompté, faisant des sauts effrayans^ donnant des ruades, se cabrant et mettant le désordre parmi la troupe ; mais le soldat , sans s'émouvoir , saute dessus, le fait galoper jusqu'à le fatiguer, le ramène, le fait manœuvrer avec les autres et ne lui donne de repos que lorsqu'il se laisse guider sans impatience.

Ce qu'il y a de curieux encore c'est que tous les chevaux, quelque nombreux qu'ils soient , portent un nom caractéristique, et quoique beaucoup paraissent se ressembler , il y a pourtant des différences de teintes dans le poil , des taches , une attitude , un regard particulier qui suffisent au gaucho pour désigner et nommer son cheval au milieu d'une troupe de vingt mille autres. 11 y a plus , il le reconnaîtra à distance d'une lieue , et il dira , même en voyant des cavaliers poindre à l'horizon : celui-ci est un étranger, celui-là est un paisano (compatriote.)

L'industrie des animaux paraît croître en raison de la paresse et de la nonchalance des humains ; c'est ainsi que dans ces grandes contrées de l'Amérique du sud , où les hommes croupissent dans une apathie intolérable, des myriades d'abeilles , de fourmis , d'insectes de toute espèce se forment des habitations étonnantes parla bizarrerie de leur structure , par leur grandeur et leur solidité ,

€u égard à l'extrême petitesse des êtres qui les construisent. Les pyramides d'Egypte , les tours de Babylone , les murailles de la Chine, les monumens de l'Amérique centrale , ne sont rien en comparaison des édifices des fourmis ! Il m'est arrivé, la première fois que j'ai vu des plaines immenses couvertes de grandes buttes d'argile, hautes de trois , de cinq et même dix pieds, de croire que je me trouvais au milieu d'un camp d'Indiens; c'était tout simplement une république de fourmis !

Combien de fois me suis-je arrêté, frappé d'admiration, en considérant l'ordre , la régularité , l'industrie que déploient ces atomes de la création pour parvenir à leur but, s'assurer une subsistance qu^eux aussi paraissent condamnés à gagner à la sueur de leur front / .... Qui pourrait voir avec indifférence , sans interroger sa raison , une fourmillière occupée tout entière à transporter, souvent à des distances considérables, les comestibles qui doivent composer l'approvisionnement d'hiver de cette nombreuse famille? Que d'harmonie î que de poésie î I dans cette longue procession de molécules organisées transportant , sur une route frayée par elles au milieu des pierres, des broussailles et de mille obstacles , les unes , des fragmens de pétales de roses, les autres , des lambeaux de parenchyme de feuilles de liseron , dix fois plus grands qu'elles , et les déposant , avec un ordre admirable, dans leurs souterrains, pour recommencer de nouveau !...

J'ai vu chez le docteur Hillebrand plus de trente espèces de bois utiles , tous de la colonie allemande ; il ne m'a

été possible d'en réunir que dix-huit échantillons , que M. Benjamin Delessert n'a pas jugés indignes de figurer dans son cabinet botanique. Je vais indiquer leurs noms brésiliens et leurs propriétés connues. M. Aug. St-Hilaire pourra peut-être les reconnaître et les rapporter à la classification scientifique.

L'Ipèpreto ou noir, ïlpè branco ou blanc, et VIpè proprement dit , sont des bois très-durables et d'une utilité générale. Le Tajuba ressemble au citronnier ; il teint en jaune et s'emploie en ébénisterie à cause de sa légèreté et des beaux reflets de son vernis.

La Canella burra, la Canella do brejo , la Canellinhay sont des bois légers s'employant en menuiserie et en charpente.

Le Guaiabeira est un joli bois d'une teinte rose, à texture lisse et compacte, un peu léger, très-propre à l' ébénisterie.

Le Cedro vermelho ou rouge , le Cedro branco ou blanc , sont des Cèdres d'Amérique dont on connaît déjà les qualités.

L' Uba est un bois à tissu serré , dur , pesant , très-durable : propre au charronnage et à la construction des navires.

Le Sobreji est un bois assez joli, d'un blanc tirant sur le jaune et d'une utilité générale.

VAngica est brun, assez léger, recherché principalement pour la charpente.

Le Canjeram est rouge , léger , d'un tissu poreux , mais cependant convenable à l'ébénisterie à cause de sa couleur; il reçoit d'ailleurs assez bien le vernis.

Le Cabriuba improprement surnommé amarella (jaune) puisqu'il est d'une teinte grisâtre , est d'un excellent usage en charpente et en menuiserie.

VArueira est jaune , veiné de noir , prenant très-bien le vernis , mais employé plutôt en charronnage et en charpente qu'en ébénisterie à cause de sa pesanteur.

Le Santa-Rita est encore un beau bois, propre à l'ébénisterie. Son écorce fournit un tan très -estimé des tanneurs.

VAraça^ l'un des meilleurs bois d' ébénisterie est aussi recommandable par son écorce servant aux tanneurs , et par son fruit savoureux.

Le Toauba, est un arbre de moyenne grandeur dont l'écorce est un drastique très-fort, expérimenté par le docteur Hillebrand.

Le Pmheiro (sapin araucaria) dont le fruit est appelé pinhao (prononcez pignaon) , a été décrit par Azara. J'en ai rapporté des graines qui ont très-bien développé leur germe singulier ; j'ai l'espoir de les voir croître dans plusieurs jardins des environs du Havre.

J'aurais voulu donner un aperçu des plantes phanérogames, les plus communes, composant la flore de la province de Rio-Grande-du sud; j'avais pour cela compté sur la complaisance de M. Guillemin, conservateur des collections botaniques de M. Delessert , mais ce travail laborieux n'a pu être prêt à tems ; je me contenterai de faire connaître les genres et les espèces de cryptogames rapportés par moi et classés par le savant M. Bory de Saint- Vincent :

FOUGÈRES. (Pteris Juss. Filices Smith).

A7iemia phyllitidis , S w . Pteris pedata , Lin .

Anémia Hirsula , Sw. Pteris collina, Raddi,

Anémia fulva , Spr. Blechmm Brasiliense , Spr.

Polypodiumcrassisolium, Lin. Blechmm Occidentale, Lin. Polypodium oliles , Lin. Cheilantes elingata^ Sw.

Pleopeltis angustifolia , Humb. Cheilantes micropteris, Sw. Aspidium coriaceum , Spr. AdianthumcapillusveneriSyL, Aspidium molle , Sw. Adianthum affine , Spr.

Diplariumplantagineumy Borj.

MOUSSES (Politrichum Juss.: MusciàÎN, aut.)

Brium tnmcorum, Brid. Nckeera mideclata, Brid. Lasia trichomytrien, Brid. Jungermanialœvigata, Schreih. Isothecium pentastichum, Br. Jungermannia coadunata, lAoQk

LICHENS ( Ï7swe«, Juss. Licheneœ Hoff).

Hypochnus rubrocinctus, Per. Borrera kamtchatica, Spr.

Isidium[es]^. méconnaissab. ) Borrera thrulla^ Ach.

Cenomyce cinerea, Ach. i/snm strigosa, Pers.

Parmelia perlata, Ach. (Js/iet? seminuda, Bory.

Parmelia caperata, Ach. t/swm Barbata, Ach.

Les lichens et les mousses sont des environs de Porto- Alègre et de San-Leopoldo ; les fougères sont de toute la province, depuis l'Uruguay jusqu'à la capitale.

Les animaux de Rio-Grande-du sud sont les mêmes que ceux du Paraguay, de l'intérieur du Brésil et de Cayenne; il devient donc inutile de faire connaître tous ceux que j'ai rapportés. Je vais seulement donner la nomenclature des lépidoptères , comme pouvant intéresser quelques entomologistes. On en sera redevable à l'estimable docteur Bois-Duval.

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