‹ Voyage a Constantinople et en EgypteChapitre 19 sur 33 · DES RÉFORMES DE MAHMOUD. 13*J · texte numérisé non relu

DES RÉFORMES DE MAHMOUD. 13*J

faute commise par le coupable, apprit que le pauvre diable avait eu la hardiesse de demander au pacha la grâce d'être incorporé dans un autre régiment où se trouvait son père. De pareils faits peuvent donner une idée de l'organisation morale, mais jamais de l'état matériel des troupes, qui est pire encore. C'est une conséquence des désordres de l'administration et de l'avidité des pachas que les soldats sont obligés de s'habiller de la manière comme ils peuvent et souvent à leurs frais. Dans l'infanterie il y en a bien peu qui aient des souliers 5 la plupart sont chaussés de sandales, et les nègres toujours nu-pieds-, les cavaliers, le fesch (bonnet rouge) excepté, qui est de rigueur et sur lequel on ne peut transiger, s'accoutrent du reste comme ils le veulent. Il n'est pas rare de voir souvent devant les corps de garde de Constantinople des soldats en faction laisser de côté leur fusil, et, assis à la manière turque, ravauder leurs bas et raccommoder leurs souliers.

Pour ce qui regarde l'instruction militaire , comme Mahmoud ne pouvait surveiller l'instruction des corps principaux de son armée, elle était abandonnée, dans les provinces éloignées et à Constantinople même à toutes les interprétations de l'ignorance, de l'ineptie et de la brutalité. D'ailleurs ce sultan, ayant fait venirdes instructeursmilitairesde toutes nations sans avoir eu le soin de les réunir d'abord tous ensemble pour qu'ils s'entendissent sur une méthode unique à suivre, les troupes qu'on leur avait confiées furent instruites d'après des méthodes différentes, de sorte que, réunies pour les manœuvres de lignes, il y avait des hésitations sans nombre, des maniements d'armes qui juraient les uns avec les autres et des commandements qui se choquaient comme des verres qu'on rapproche brusquement.

Ces instructeurs sont bien payés, et sont l<»ii à l'ait indé-

l'-lO CONSTANTINOPLE.

pendants; mais ils ne tiennent aucune place dans Tannée, ne pouvant y espérer aucun grade et privés même de la liberté d'enseigner d'après les règles les plus généralement reconnues.

Les colonels turcs, ignorants, et trop orgueilleux pour apprendre la science militaire des instructeurs chrétiens, incapables par ce fait de commander d'après la méthode suivie pour l'instruction des soldats, sont un obstacle trop sérieux pour que la réforme tant désirée par Mahmoud se réalise aussi promptement qu'il l'eut désiré. Pourvu que le salut militaire au passage du Sultan soit bien exécuté, ces colonels se montrent satisfaits, jugeant inutile tout le reste. A l'occasion d'une revue générale, pour tromper le même Mahmoud, qui souvent la commandait en personne, on disposait les troupes de manière que les hommes les plus petits et mal habillés occupassent les rangs du milieu, tandis que le premier rang était formé de soldats d'élite qui présentaient un front suffisamment régulier. Mahmoud, en passant devant ces troupes de cavalerie et d'infanterie, si arlificieusement rangées, croyait posséder une belle et bonne armée.

L'état de la marine n'est pas plus satisfaisant. La flotte de Mahmoud, si vantée en Europe peut-être a cause de son luxe et pour les peintures dont les vaisseaux sont embellis. a un équipage composé de jeunes gens tout à fait inexpérimentés, et qui, mal commandés par des chefs ignorants, compromettent très souvent l'existence du vaisseau ou du bâtiment qui leur est confiés. Assez communément aussi reçoit-on la nouvelle de la perte d'un navire occasionnée par les fautes les plus impardonnables de ceux qui le commandaient. Tous les Européens qui ont navigué sur les bâtiments du grand-seigneur s'accordent à dire que l'igno-

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