CHAPITRE III
Tout le monde a entendu parler des pyramides de TÉgypte 5 mais peu de personnes savent que sur l'espace de quelques lieues dans les environs de Memphis existent plus de quarante de ces monuments et que la Nubie en possède un nombre beaucoup plus grand.
Les dimensions exactes de ces pyramides, en général, sont ignorées, et ce ne fut qu'a la suite de la fameuse expédition d'Egypte que quelques savants ont pu les déterminer exactement, parcequ'ils étaient pourvus de tout ce qui était nécessaire pour faire cette étude et obtenir cette vérification. Ces mesures, confirmées par celles que le colonel
Howard Wyse vient de relever, donnent à la plus grande pyramide, c'est à dire à celle qui est placée au nord du groupe de Giseh et qui se voit du Caire, les dimensions cidessous en pieds anglais et en mètres :
Côté de la base dans son état primitif 764 232m75r.
Hauteur verticale primitive 480 146m00l.
Longueur de l'apothème primitif. 611 184m72*'.
Angles des quatre façades pris sur la base. 50° 50
Or, comparaison faite de ces dimensions avec celles des plus grands monuments connus en Europe, soit anciens, soit du moyen âge, il en résulte que l'aiguille de la cathédrale si renommée de Strasbourg n'atteindrait pas le sommet de la pyramide et que le Colisée de Rome pourrait tourner dans l'intérieur de sa base sans en toucher les parois. La quantité de matériaux que l'on y employa dépasse tous les calculs que l'imagination peut faire. Ces matériaux auraient été suffisants pour bâtir une grande ville, comme la ville de Thèbes. Dans ce qui nous reste des monuments romains, il n'y a pas une chose qui puisse leur être comparée tant pour la grosseur que pour la perfection du travail. C'est donc avec bien de la justice que les anciens avaient mis les pyramides au nombre des sept merveilles du monde. Tacite rapporte que Germanicus, frappé d'étonnement à la vue de ces colosses de pierre, grava sur un de leurs côtés, à la base, des paroles qui exprimaient énergiquemenl les sensations qu'il éprouva.
Leur aspect produit sur tous les voyageurs un effet qu'on ne peut exprimer, et l'armée française, avant de donner la célèbre bataille des pyramides, en salua avec emthousiasme les cimes dorées par les rayons d'un soleil tropical.
Un seul monument du genre des pyramides serait déjà
capable de nous étonner au suprême degré ; mais quand on en compte jusqu'à quarante dans un espace peu étendu, l'imagination reste confondue; quelle ne devait pas être la puissance d'un peuple capable d'opérer de tels prodiges? Et quand on pense que le pays était sillonné par des canaux sans nombre et couvert de temples gigantesques de la plus grande magnificence ; lorsqu'on considère que tout ce qui reste de ces ruines ornées de sculptures est là comme pour témoigner de la civilisation la plus avancée à une époque où le monde était encore dans son enfance, que de réflexions ne se présentent pas à notre esprit sur l'origine, sur l'état politique et sur la croyance de ce peuple !
Jusqu'à ce jour on n'a su voir que des tombeaux orgueilleux dans les pyramides; pour la construction de l'une d'elles, selon Hérodote, il a fallu deux cent mille bras employés pendant trente années. Mais à quoi servait l'orientation qu'on remarque dans leurs façades et dont l'exactitude ferait honneur à l'astronome le plus érudit? Pourquoi sont-elles placées dans une situation tout à fait particulière et qui n'aurait pas été nécessaire si ces pyramides n'eussent été affectées qu'à une destination exclusivement funéraire? Pourquoi ne les rencontre-t-on que dans les environs de Memphis? Pourquoi Thèbes, où l'on admire encore tant et de si importantes ruines, Thèbes aux cent portes ne nous oiïïet-elle rien de semblable ? Pourquoi alla-t-on chercher audelà du Nil les pierres qui servirent à leur construction, tandis qu'on pouvait les tirer des monts voisins ? Comment toute une nation put-elle se soumettre pendant tant de siècles aux rudes travaux que l'élévation de masses si énormes nécessairement avait demandés ?
Pour répondre d'une manière satisfaisante à toutes ces questions il faut admettre qu'on attachait un grand intérêt
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à l'existence de ces monuments, et que, bien loin d'être destinés à la conservation des corps des rois égyptiens, ils devaient satisfaire à des nécessités de premier ordre pour engager un peuple entier à se soumettre à un travail aussi gigantesque que l'était l'édification des pyramides. Des savants honorables, M. de Persigny en tète, pensent que les pyramides d'Egypte et dé Nubie ont été élevées pour les opposer à l'irruption des sables du désert.
Cette idée si neuve, mais qui s'accorde si bien avec la grandeur du sujet, est discutée par M. de Persigny avec beaucoup d'intelligence dans un mémoire qu'il soumit à l'académie des sciences en 1844. Il nous explique comment on a pu se proposer dans l'élévation des pyramides un but d'une utilité si évidente que celui de préserver la vallée du Nil de la fureur de cet océan de sable qui la menace continuellement.
« Étant prisonnier politique, dit M. de Persigny, je m'étais appliqué à différentes études historiques et scientifiques, lorsqu'un détail de ces mêmes études attira mon attention sur les dégâts causés par les sables du désert : des villes entièrement ensevelies, des rivières absorbées ou détournées de leurs lits, de vastes contrées submergées et enlevées à l'agriculture par les flots errants de cet océan singulier.
« Surpris à la présence de phénomènes si extraordinaires, je compris la lutte que la civilisation européenne a dû soutenir contre ce terrible fléau quand elle est venue s'établir sur les limites des déserts de l'Afrique, et il me sembla intéressant de rechercher les moyens pour s'opposer à un fléau si peu connu en Europe.
« Après les premières recherches, un doute s'éleva dans mon esprit. Je n'ignorais pas qu'un grand nombre de villes
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du littoral occidental de l'Afrique, exposées aux terribles irruptions du Sahel (sable), avaient en vain tenté de mettre un frein au fléau en élevant les plus hautes murailles. Les sables poussés par les vents du désert s'amoncelaient au pied de ces murailles, et, abrites ainsi par les vents opposés, y formaient tranquillement, et sans nul obstacle, des dépôts qui s'élevaient quotidiennement sur un plan incliné et Unissaient par dépasser la muraille. Le problème à résoudre était sans doute celui d'arrêter les sables transportes par les vents du désert, sans les mettre à l'abri des vents opposés qui devaient les repousser dans ce même désert. Or, comment pouvait-on résoudre ce problème? A la place des murailles, des digues et des obstacles prolonges et continus , il fallait concevoir des corps isolés, d'une forme particulière et disposés d'après certaines données, basées sur l'expérience, qui brisassent dans leur course furieuse ces vents et avec eux ces masses énormes de sable qui s'abattent immédiatement comme des montagnes sur le sol, quand elles ne sont plus soutenues par eux. La destination des pyramides est entrevue dans ces quelques mots.
« Et puisque, continue à peu près M. de Persiguy, je ne connaissais pas la situation bien exacte des pyramides, je pensais qu'avec des calculs de probabilité j'arriverais à connaître leur position géographique et topographique. Eu effet il fêtait évident que si les pyramides devaient préserver la vallée du Ml contre les irruptions des sables, elles devaient correspondre à certaines conditions géographiques et topographiques naturellement indiquées et dépendantes de la question du désert :
\° Ces monuments devaient être placés sur les confins du désert ;
2° L'Egypte étant placée entre deux chaînes de monta-
gnes, lalibyque et l'arabique, qui la séparent l'une de la mer Rouge, l'autre de la mer africaine, les pyramides devaient être opposées au désert libyque , évidemment le plus formidable;
3° La montagne libyque étant celle qui défend l'Egypte des sables, lorsqu'on a pensé à ajouter à cette ligneuaturelle de défense, avec des moyens artificiels, on a dû employer ces moyens là où les monts laissent des intervalles, c'est à dire à l'entrée des défilés et des vallons qui débouchent à travers la plaine du Nil ;
4° La chaîne libyque ne présente dans toute son étendue que trois grandes vallées qui viennent déboucher sur la plaine du Nil. Le Fayoum, province riche et assez bien cultivée, les tours des lacs de Natron et la rivière sans eau, tous les deux déserts.... c'est là qu'il faut chercher les pyramides ;
5° Si les pyramides sont destinées à défendre le débouché des défilés des montagnes, quelle que soit la manière par laquelle elles résistent à l'irruption des sables, elles doivent et par leur nombre et par leur masse être proportionnées à la grandeur du péril , et par conséquent groupées ou isolées suivant la largeur des débouchés;
6° Dans chaque groupe, la plus grande des pyramides doit être placée sur le point le plus bas du lieu, et la plus petite sur le point le plus élevé, enfin ;
7° On connait que beaucoup de pyramides ont été démolies et que toutes, qui plus qui moins, ont été endommagées par les Arabes. Cette digue, cet obstacle une fois affaibli, la plaine du Nil dut en éprouver les effets, et se couvrir insensiblement de sable sur les points qui correspondent aux pyramides détruites. »
De cette manière, dans la plus complète ignorance de la
PYRAMIDES. 2oO
situation géographique et topographique des pyramides , M. de Persigny établissait, appuyé seulement de la connaissance des directions du désert, une série de conjectures auxquelles devaient nécessairement correspondre ces monuments mystérieux en supposant qu'ils avaient été élevés pour être opposés au fléau des sables.
Après cette introduction, qui montre assez clairement la route que M. de Persigny s'est proposé de suivre dans ses recherches, il traite du système de défense contre les sables en faisant d'abord une description complète de cette partie de l'Egypte, dans laquelle on trouve les pyramides, de cette chaîne de montagnes qui sépare la grande vallée du Nil du grand désert, du désert lui-même et des terribles phénomènes qui firent croire aux anciens Egyptiens que séjournait là le génie du mal. Il démontre ensuite que là où les anciens négligèrent d'adopter des mesures satisfaisantes contre les sables dans la direction des vents qui régnent plus habituellement, des sources tarirent, des fleuves disparurent. Les côtes occidentales de l'Afrique sont celles qui attestent surtout ces dégâts apportés par les sables. Les Portugais, qui les possédèrent pendant longtemps, tentèrent en vain de s'opposer à cette invasion des sables en élevant de hautes montagnes du côté du désert; ces constructions, quoiqu'assez considérables, n'étaient pas suffisantes pour empêcher l'irruption -, car les sables, s'amoncelant sans cesse derrière ces obstacles, ne tardèrent pas à les surmonter.
Il fallait donc des obstacles bien plus grands que ceux-ci ©t bien différents , c'est à dire des obstacles assez élevés pour dépasser les régions de l'air, dans lesquelles les parcelles les plus légères du Sahel fussent transportées par les tourbillons et qui laissassent des ouvertures assez larges, afin que les vents opposés pussent repousser dans le désert
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les sables que la résistance de l'obstacle aurait fait amonceler à quelque distance de ses bases.
Les Egyptiens, placés dans ces localités de manière à pouvoir étudier continuellement la direction des sables, et intéressés à se préserver de leur invasion , durent découvrir ce qu'il y avait de mieux à faire pour arriver à un tel but ; et c'est parceque leurs frontières n'étaient accessible;; à ce fléau que dans certains points qu'ils pouvaient entreprendre l'exécution de digues qui, quelque colossales qu'elles soient, sont néanmoins en nombre limité. Elles sont toutes placées à l'entrée des vallées transversales. On n'eu rencontre aucune là ou la chaine libyque présente une défense contre les vents de l'ouest les plus dangereux à la plaine du Nil, laquelle, s'étendant du nord au sud et d"une faible largeur, serait bientôt encombrée de sable, si rien n'en arrêtait l'irruption. M. de Persigny pense que les Egyptiens, ayant reconnu cette nécessité, avaient construit à laide de frais immenses et dans un long espace de temps ces pyramides, dont l'origine, à ses yeux, se perd dans la nuit des temps.
Cette opinion nouvelle et hardie est assez justifiée par l'intérêt immense qu'une nation puissante et industrieuse avait à se préserver d'un fléau si formidable. Les pyramides sont en général disposées par groupes et dans un périmètre de cinq on six lieues. On remarque surtout celles de Giseh, d'Aboukir, de Saquirah et de Dahchoua. Le groupede Giseh est le plus considérable par le nohibi'e et par la grandeur de ses pyramides; il y en a cependant dans celui de Dahchoua qui ne cèdent pas aux premières , par leurs dimensions gigantesques. Tous ces groupes sont placés aux débouchés des vallons qui traversent la chaine libyque et qui forment une communication entre le Nil et le désert; ce qu'il y a de
PYRAMIDKS. gfg
plus remarcjuable à Giseh , c'est que l'élévation de ces monuments dans un même groupe séparé, comparés à ceux qui s'élèvent sur la première ligne, est calculée de manière que leurs sommets soient à peu près au même niveau. 11 est difficile d'attribuer au hasard cette circonstance. On y voit au contraire le résultat d'un calcul, une combinaison non sans importance pour la solution du problème que les Egyptiens s'étaient proposé d'atteindre. La même chose s'applique à l'orientation. La grande pyramide est studieusement orientée; chacun de ses quatre angles fait face à l'un des quatre points cardinaux; ce n'est encore aujourd'hui qu'avec de grandes difficultés qu'on réussirait à tracer une méridienne d'une aussi grande étendue sans dévier; et de cette orientation de la grande pyramide on a tiré ce fait d'une haute importance pour l'histoire physique du globe : c'est que depuis plusieurs milliers d'années la position de l'axe terrestre n'a pas varié d'une manière sensible; et la grande pyramide esl te seul monument sur la terre qui. par son antiquité, puisse fournil' l'occasion d'une semblable observation.
Toutes ces pyramides, une seule exceptée, ont leurs façades exactement tournées vers les quatre points cardinaux, de manière à ft qu'une de leurs façades soit tournée vers le désert et directement opposée aux vents d'ouest, qui poussent les sables dans les vallées transversales, comme sont celles des lacs de Natmn ail fleuve la vallée du Nil.
C'est de cette circonstance qu« .... lie Persigny tire son principal argument en faveur de l'opinion que les pyramides étaient destinées à retenir les irruptions sablonneuses du désert.
Depuis l'entrée de Farsoum, à seize lieues du Caire, jusque dans la Nubie, on ne trouve plus de.pyramides. La su-
perbe carte de l'Institut démontre en même temps que la chaîne de la Libye n'est plus entrecoupée dans toute son étendue. Il y a pourtant trois autres systèmes de pyramides dans la Nubie supérieure ; ce sont les pyramides de Napate, de Kouri et de Méroé, bien plus petites, mais plus nombreuses que celles de l'Egypte.
Après avoir exposé ces faits, qui se rapportent aux lieux où les pyramides sont placées et à la manière dont elles y sont disposées, venant aux preuves historiques et archéologiques, M. de Persigny donne les détails relatifs aux mêmes pyramides.
Selon cet écrivain, l'histoire des pyramides présente trois époques distinctes : la première est celle des auteurs grecs et romains, qui recueillirent les traditions sur le sol même de l'Egypte, avant que la société fût détruite-, la seconde est celle des Arabes, témoins de la violation de ces monuments sous les califes et les mamelouks 5 la troisième, enfin, est celle des études archéologiques modernes, qui commencent à l'expédition française en Egypte et qui finissent avec les travaux du colonel Howard Wyse.
Les écrivains qui parlent depuis Hérodote et Pline affirment tous que ces monuments gigantesques servaient de sépulture aux princes qui les avaient fait élever. Nous savons aussi, par les auteurs arabes, qu'on y trouva des momies d'hommes et d'animaux, et que, selon certains historiens de cette nation, on aurait autrefois recueilli une grande quantité d'objets précieux dans ces pyramides, même beaucoup de monnaies d'or-, mais cette tradition est bien nouvelle pour mériter quelque confiance, et les Arabes sont de trop récente époque en Egypte pour avoir appris ce que ne sait aucun des anciens Grecs, qui étudièrent ce pays avec la plus attentive curiosité.
Les Arabes, un seul excepté, Abdallatif, ont parlé si étourdiment , si merveilleusement des antiquités de l'Egypte , qu'il est difficile de leur accorder la moindre foi, si ce n'est quand de bons observateurs nous certifient que les faits énoncés sont vrais, quoique les Arabes les aient racontés. Il est certain qu'il ne reste dans la pyramide qu'un sarcophage en granit, sépulture ordinaire des rois. Toutefois, certains des écrivains de cette nation ont bien dit quand ils ont affirmé qu'il y avait plusieurs puits et galeries souterraines dépendants de la grande pyramide, qu'il y avait dans la tète du sphinx une ouverture qui menait à ces galeries et à la pyramide; ce qui explique pourquoi on ne pouvait entrer dans la pyramide par une porte extérieure, et comment les galeries indiquées étaient extérieurement fermées par des blocs de granit. Enfin, les fouilles que l'on a faites avec des frais immenses prouvèrent que toutes les pyramides contiennent une chambre funéraire creusée dans le rocher, et que plusieurs furent augmentées, prises dans la masse de la construction de ces pyramides. On y a découvert des sarcophages endommagés, et il semble que les corps en aient été enlevés à des époques plus ou moins éloignées, car on trouve de tous côtés des traces de profanations attribuées aux Arabes. Il n'est pas inutile de donner ici un détail descriptif des chambres funéraires des pyramides ainsi que des souterrains et des galeries qui y conduisent.
La face nord-est de la grande pyramide est celle où se trouve son entrée actuelle, au niveau de la quinzième assise et à quarante-cinq pieds environ d'élévation au dessus de la base. Le hasard l'a fait découvrir. A l'époque où l'on a cherché à pénétrer dans la pyramide, l'enlèvement du parement aura mis à découvert une construction différente de tout le reste-, c'était celle qui formait l'entrée de l'étroite
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galerie du canal incliné. Ce premier canal a douze toises trois pieds de longueur-, il aboutit à un autre de mêmes proportions (trois pieds cinq pouces de haut sur autant de large), mais ascendant, et de cent deux pieds de longueur; un gros bloc de granit le ferme hermétiquement vers le coude de jonction des deux canaux, et il a fallu tourner cet obstacle en brisant les pierres plus tendres qui forment le massif sur la droite du canal et parallèlement à sa direction. On entre ainsi dans le second canal ; à son extrémité on se trouve sur un pallier et on a à sa droite rentrée d'un puits profond taillé dans le roc; là aussi commence un canal horizontal de dixneuf toises et demie d'étendue ; il conduit à une chambre qu'on a nommée chambre de la reine, qui a dix-sept pieds dix pouces de lonr sur seize pieds un pouce de large; elle est vide. En retournant a i entrée du canal horizontal, on monte «Uns une nouvelle galerie longue ue cent vingt-cinq pieds et qui en a vingt-cinq de hauteur et dix et demi de largeur ; de chaque côté sont des banquettes de vingt et un pouces sur six et demi de profondeur; sur chaque banquette huit assises de pierre en corbellement forment ies murs de cette galerie, et donnent l'aspect d'une voûte à son plafond. A sou extrémité on arrive sur un pallier-, de là dans un vestibule qui conduit à une ouverture de trois pieds cinq pouces de hauteur sur sept pieds dix pouces de longueur ; c'est l'entrée de la chambre supérieure, nommée la chambre du roi, entrée primitivement fermée et cachée par des blocs uc pierre.
Cette chambre est entièrement construite en larges blocs de granit, parfaitement dressés et polis. Voici ses dimensions :
Hauteur 18 pieds 0 pouces 5 lignes.
Largeur N. 32 d° 2 d» 8 d° â» S. 32 d° 2 â° 10 d°
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Largeur O. 16 pieds 1 pouce I lignc-s. il*» E. 16 d0 0 d<> 1 d"
A l'extrémité ouest de la chambre, on voit le sarcophage, aussi en granit, de sept pieds un pouce de long sur trois pieds un pouce de large et trois pieds six pouces de haut ; il est placé dans la ligne du nord au sud-, son couvercle n'a pas été vu. Un vide existe au dessus de celte chambre sépulcrale ; il n'est élevé que de trois pieds; les pierres qui forment cette enceinte, également en granit, sont dressées sans être polies, et celles du plancher, qui est le revers du plafond de la chambre royale, sont brutes et d'une hauteur inégale; il résulte de ce vide un double plafond pour la chambre royale, propre à la préserver des effets de la surcharge supérieure.
Le puits déjà indiqué à l'entrée de la galerie horizontale est en grande partie creusé dans le rocher, dans des dimensions tellement étroites (vingt-deux pouces sur vingtquatre ) qu'un homme peut s'y accroupir, mais non pas s'y coucher; c'est cependant un travail do main d'oeuvre, cl (l'une grande profondeur qu'on a reconnue jusqu'àdeux cents pieds. Des en (ailles irrégulières pratiquées dans les parois rendent la descente moins pénible et moins périlleuse. On n'est point parvenu au fond, mais dans la partie reconnue on est descendu jusqu'à cinquante pieds au dessous du niveau du Nil. 11 est probable que ce puits si étroit et si profond était en communication avec les souterrains des pyramides, et n'était si étroit et si long que pour donner au courant d'air qui le traversait le plus de rapidité possible.
C'est dans la partie de la chaîne libyque, qui s'avance à l'est vers la plaine, qu'existe la figure du Sphinx ; c'est dans une des faces de la coupure de la chaîne qu'il a été taillé ; il adhère au sol, et son élevât ioiule quarante pieds au dessus
de ce sol est le témoin et comme la mesure de la quantité de pierres enlevées à la superficie pour dresser cette partie de la plaine. La longueur totale du Sphinx monolithe est de trente neuf mètres; contour de la tète au front, vingt-sept mètres, depuis le ventre jusqu'au sommet de la tète, dixsept mètres. Une excavation de quelques pieds a été pratiquée sur la tête -, elle servait à y fixer les ornements et la coiffure royale des religieux qui déterminaient l'expression symbolique de ce Sphinx. Nous avons déjà dit que dans la tète de ce Sphinx il y avait une ouverture qui menait aux galeries conduisant dans l'intérieur de la pyramide.
Tous ces faits tendraient à prouver la destination funéraire des pyramides, sans cependant en exclure un but plus utile. Les squelettes prouvent plus que toute autre chose que ce ne fut pas la seule vanité des Pharaons qui fit élever ces masses énormes, et qu'en construisant ces monuments l'idée religieuse dominait l'idée monarchique. Or, tout ceci conduit nécessairement à une l'hypothèse plus importante. Si les pyramides sont de grands ouvrages d'utilité publique, elles durent chez un peuple essentiellement religieux être consacrées par la religion-, mais si après on considère l'esprit général de la civilisation de cette nation, on comprend que les rois qui eurent la gloire de faire élever ces monuments aient aspiré à l'honneur de s'en faire des mausolées. Faire concourir l'orgueil des souverains avec le sentiment religieux de la nation pour l'élévation de ces monuments extraordinaires était une idée si naturelle qu'il semble inutile d'en faire ressortir la sagesse. Quanta ce qui regarde l'opinion des anciens auteurs qui attribuaient l'érection des pyramides à des motifs de vanité, ou à des calculs d'une politique personnelle, il suffit de dire, pour renverser cette allégation, que ces auteurs, ne pouvant être initiés dans les
secrets de ces monuments mystérieux, n'eurent que de fausses opinions, et que la véritable tradition était déjà perdue à l'époque même où Théodate visita ce pays.
Les anciens Arabes firent entrer, comme nous l'avons dit, tant de merveilleux dans leur récit qu'il n'est pas possible de leur accorder le moindre crédit. La plupart des auteurs modernes n'y voient que des tombeaux, et les nouvelles découvertes du colonel Wyse semblent justifier cette opinion, suivie par le savant archéologue Letrouvé-, car les recherches nouvelles ont confirmé que chacune des Pyramides renferme une chambre sépulcrale. Plusieurs savants ont essayé de donner à ces constructions prodigieuses une desti nation plus importante, et d'autres ont cru y reconnaître un but religieux et même scientifique. Pour les uns les Pyramides ne sont que des temples consacrés au culte d'Osiris et aux cérémonies religieuses; pour d'autres elles servaient à inscrire et à léguer à la postérité les éléments de leurs connaissances, lorsqu'ils étaient privés du secours de l'écriture. Enfin il en est qui vont jusqu'à croire que les pyramides servaient d'immenses observatoires. Cette opinion se détruit par elle-même 5 car indépendamment de la difficulté, pour ne pas dire de l'impossibilité, de monter jusqu'au sommet, les parties extérieures étant revêtues de pierres lisses, pourquoi aurait-on élevé à de si grands frais un si grand nombre d'observatoires dans la même localité?
Un mémoire de M. Jomacd, inséré dans le grand ouvrage de l'Institut, prouve, à ce qu'il semble, que les Égyptiens ont voulu réunir là certaines marques particulières 5 en effet, les proportions de la plus grande des pyramides sont en rapport avec les degrés du méridien, et donnent la mesure exacte du stade de six cents au degré et du plèthre, qui étaient des mesures égales, dette pyramide d'ailleurs est,
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ainsi que les autres, comme nous l'avons fait remarquer, parfaitement orientée. Il est surprenant que la galerie par laquelle on descend dans la partie intérieure de la plus grande pyramide suive la direction de Taxe du globe, de manière à découvrir du fond de la galerie l'étoile polaire. On conçoit que toutes ces circonstances ne sauraient être l'effet du hasard; mais depuis que les dernières recherches ont fait découvrir des hiéroglyphes dans un des cinq caveaux qui sont au dessus de la chambre du roi, et dans laquelle, depuis quatre mille ans, personne avant le colonel Wyse n'avait pénétré, on ne pourrait plus soutenir que l'écriture était inconnue à l'époque reculée où les pyramides furent élevées.
Wyse, sans nier que les pyramides servissent de tombeaux, et qu'un esprit essentiellement géométrique prouvant les connaissances avancées des Égyptiens ait présidé à leur construction, combat victorieusement l'opinion que ces monuments aient été érigés dans le but unique de servir de tombeaux; ils avaient évidemment une destination plus utile, et ce n'est qu'accidentellement, pour ainsi dire, qu'ils servirent de tombeaux aux souverains qui eurent la gloire de les faire élever. Si une des pyramides présente des rapports géométriques qui ont produit une si grande surprise lorsqu'ils furent découverts, c'est que les architectes voulurent que leur construction réunit plusieurs objets d'utilité. Il semble d'ailleurs que les anciens Egyptiens avaient un goût très prononcé pour les proportions exactes, ainsi qu'il est prouvé par beaucoup de leurs temples, dont l'intérieur offre le stade et ses parties. M. de Persigny a eitrepris de démontrer la grande différence qui existe entre les souterrains et la pyramide, par rapport aux tombeaux. Recueillir les dépouilles des rois était la seule destination
des hypogées, dont les murailles et les routes étaient couvertes de peintures relatives aux actions des souverains. Les pyramides eurent évidemment un autre but -, leur construction dura la vie de plusieurs souverains, mais elles furent toutes achevées. Au contraire, la construction des souterrains commençait avec leur élévation au trône, continuait durant leur règne, et cessait avec leur mort. Il y en a beaucoup qui sont achevés d'une manière remarquable , d'autres qui sont à peine tracés ; de sorte qu'en les regardant on peut calculer à peu près la durée du règne du souverain qui y était enseveli.
La construction des souterrains avançait peu' à peu, à mesure de leur longueur et proportionnellement à la largeur qu'on voulait leur donner; au contraire, l'érection des pyramides commençait par la partie qui exigeait le plus de travail, c'est à dire par la base, sans avoir égard aux éventualités de la vie humaine 5 de là, il s'ensuit qu'il n'y a aucune espèce de rapport entre la durée d'un règne et la construction de ces monuments gigantesques, qui furent tous achevés, et qui par conséquent ne pouvaient avoir pour but unique de mettre à couvert de toute profanation une momie si précieuse qu'elle fût.
Arrivant au but politique qui, d'après quelques auteurs, aurait décidé les Pharaons a éîévfet Ces monuments pour faire travailler une nation inquiète et l'éloigner de toute idée de révolte, on peut dire que le despotisme royal et le capriced'un seul homme ne peuvent pas suffircà faire exécuter des travaux aussi prodigieux; qu'une telle politique n'aurait pu être satisfaite tant de fois. On ne peut vraiment penser, au point où les sciences physiques et morales sont parvenues, à faire cette supposition. Elle ne mérite aucun exa-
inen sérieux ; car si certaines insii talions permettent de soumettre un peuple à des sacrifices lourds et humiliants, il est incontestable aussi que le despotisme a ses bornes, il existe toujours autour du trône des classes élevées, intermédiaires entre le prince et le peuple. Ces classes forment l'opinion publique des états despotiques. Dans un état tel que celui qui nous préoccupe pour l'instant, cette opinion publique était plus dangereuse pour la personne royale qu'elle ne le serait dans un état libre. 11 ne suffit donc pas de parler du despotisme royal pour vouloir faire entendre qu'un grand pays comme l'Egypte, qui condamnait à la réprobation universelle un roi après sa mort, quand ce roi, de son vivant, ne s'était montré ni soucieux du bonheur du peuple ni soumis à la religion, se laissât gouverner sous une suite de rois par le caprice d'un despotisme sans nom. Pour le croire, il faudrait savoir quel intérêt, quelle passion pouvaient engager les principaux citoyens de ce pays à se soumettre aux exigences d'une vanité qui devait les humilier à ce point. Avant toute autre chose, il faudrait prouver un despotisme aussi absurde. Mais pourquoi parler du despotisme dans l'histoire d'un peuple où l'on ne voit ses rois périr de mort violente que sur les champs de bataille ! Pourquoi parler de despotisme quand tout ce que nous connaissons de ce peuple nous démontre l'existence d'un gouvernement sage, modère et occupé sans cesse des intérêts religieux et économiques de la nation ! Tout semble prouver au contraire que le véritable pouvoir social de l'Egypte émanait du corps sacerdotal, dépositaire en même temps des traditions religieuses et de celles de la politique, des arts et des sciences. Le souverain n'était que le délégué de ce corps, et sa puissance ne représentait qu'une force executive. On ne trouve pas dans la
PYRAMIDES. -Ihl
longue succession des rois d'Egypte ces monstres abominables que le pouvoir absolu engendre si souvent. Les rois d'Egypte étaient ou des hommes sans capacité on des princes éminents; ils pouvaient se signaler par des actions magnanimes, "mais jamais par des délits. On ne peut Hier que l'autorité royale n'y fût très bornée.
Comment peut-on supposer qu'avec une telle organisation politique l'orgueil ou l'intérêt ait pu suffire à imposer des sacrifices si forts à un pays constamment en lutte avec une nature ingrate, et dans lequel le travail du peuple était une chose aussi précieuse ? Est-il possible d'admettre que la classe sacerdotale eût autorisé un tel abus de la force humaine, et qu'elle se fût prêtée à une folie si étrange, pour ne pas dire en opposition avec les plus grands intérêts religieux et matériels de la nation ?
Plus on étudie l'histoire de ce peuple, plus on est convaincu que tout ce qu'il fit de grand fut le résultat de la volonté des hommes d'état, des savants et des prêtres. Les trois classes réunies en une seule étant sans rival furent aussi sans passions. Si cette classe exalta le sentiment religieux avec des monuments gigantesques, elle accomplit aussi, à l'aide de ce sentiment, les plus grandes entreprises dont l'histoire ait parlé. Abritée par le trône de toute séduction d'un pouvoir étranger, du fond de son sanctuaire elle s'appliqua, avec cette ardeur sublime que l'inspiration des sciences et de l'amour du bien donnent, au perfectionnement de la nation entière
Des ténèbres épaisses ont couvert pendant longtemps les traces innombrables des ouvrages exécutés par cette classe-, mais à mesure que ces ténèbres se dissipent, sa gloire brille plus lumineuse, pareeque toutes ces créations révèlent un sens profond et nue utilité importante. Et les pyramides
n'auraient-elles donc ni signification ni utilité? Cela ne peut pas être. Oui, ces pyramides cachent un grand mystère, et le temps est venu où il doit être révélé.
Ayant prouvé que les causes de la construction des pyramides jusqu'à présent adoptées ne sauraient être admises , il faut en conclure qu'elles furent élevées, dans le but de retenir les sables. Celle assertion est appuyée par la situation de ces masses, par leur position relative dans chaque groupe, et enfin par leur nivellement qu'on n'a pu obtenir qu'à la suite de travaux immenses qui durent précéder la formation de ce plan général.
D'après l'emplacement des pyramides, suivant la direction des irruptions des sables, il faut reconnaît re que les plus modernes sont celles qui s'élèvent au nord, et par conséquent que les pyramides d'Aboukir, de Saquirah etDahchour sont antérieures à celles du groupe de Giseh.
Une preuve qui vient à l'appui de la nouvelle opinion, c'est que les matériaux employés pour la construction des pyramides ont été tirés des monlagnes du côté du Nil , malgré les fortes dépenses et les travaux immenses qu'on a dû supporter, et non point de la chaîne libyque.qui formait un rempart naturel contre les sables. Cette circonstance justifie particulièrement les inductions de M. de Persigny; elle prouve que les Egyptiens tirèrent de la chaîne libyque seulement ce qu'on ne pouvait extraire sans danger ailleurs, et en même temps elle fait disparaître tout doute sur la nécessité d'aller chercher si loin, et avec une dépense si forte, les matériaux pour élever ces montagnes artificielles.
La plupart des pyramides d'Egypte ont beaucoup souffert-, il y en a même qui sont complètement détruites. Si donc elles furent construites dans le but de les opposer à l'irruption des sables, il s'ensuit que la ou la barrière fut
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détruite ou abaissée, les irruptions durent être plus ou moins violentes. C'est en effet le résultat d'un examen attentif de la belle carte topographique de l'Egypte, publiée par les savants qui suivirent l'armée.
La plus grande irruption existe devant les deux pyramides de Kegyala et Kébir, dont il ne reste que des ruisseaux, tandis que la vallée est riche en végétation là où elle est défendue par les pyramides de Giseh. Ges faits , joints aux autres, mettent hors de doute le but pour lequel les pyramides furent élevées. Mais la carte dont nous venons de parler, levée pendant la guerre même, est-elle assez exacte dans ses détails pour servir de base à ces inductions ? Il y a quelques raisons pour en douter. Enfin , les archéologues qui sont en train d'examiner cette question pourront pousser leurs recherches sur ce point essentiel, facile à être vérifié , mais négligé jusqu'à présent.
Maintenant nous pouvons comprendre le récit terrible d'Hérodote. < Céops, dit cet auteur, fit d'abord fermer tous les temples, défendit toute espèce de sacrifices, et obligea tous les Egyptiens sans distinction à des travaux publics. Les uns furent forcés de tailler des pierres qu'on transportait au-delà du fleuve, sur des bâtiments, les autres de les charrier dans les montagnes, dans la Libye. Cent mille hommes qu'on changeait tous les trois mois étaient occupes sans cesse à ces travaux. »
Quel était donc l'important intérêt qui mettait en mouvement tout un peuple? Céops fait fermer les temples, et il défend les sacrifices. Qu'en doit-on dire? Doit-on regarder un acte pareil comme un acte d'impiété ? Le prince qui veut exiger des efforts semblables commence-t-il par se moquer des croyances religieuses de ce peuple? Ce serait la plus grande
absurdité. Cette interdiction imposée à tout un royaume ne serait-elle pas au contraire un grand acte religieux? Diodore n'a-t-il pas dit qu'après la mort d'un bon roi, l'Egypte entière prenait le deuil etque durant soixante-douze jour s les temples étaient fermés et les sacrifices suspendus? Or, Céops obtint après sa mort ces honneurs. La manière triste et solennelle avec laquelle on commence les travaux des pyramides est le spectacle d'une grande expiation publique. La colère divine a frappé l'Egypte: un fléau terrible plane sur ce pays; il faut conquérir l'esprit malin, et avec des monuments les plus gigantesques garantir le corps d'Osiris de la fureur de Tiphon. Ainsi s'explique et la nécessité de ces travaux immenses et l'intérêt public et religieux à garder le secret de ces travaux avec tant de mystère.
Récapitulons maintenant ce que nous venons de dire. Il est hors de doute que les souterrains des pyramides servaient de tombeaux, mais ce n'était là ni la principale ni la seule destination de ces monuments ; l'histoire ne nous offre, à ce sujet, qu'incertitude et confusion. Les pyramides ne sont pas des monuments funéraires et moins encore des observatoires astronomiques ; il est absurde de prétendre qu'elles aient été élevées dans une vue politique tendant à occuper des bras oisifs et des esprits inquiets, dans un pays comme l'Egypte 5 mais une fois admis qu'elles étaient destinées à servir de rempart contre les irruptions des sables, on comprend pourquoi les Egyptiens, menacés incessamment par ce fléau, aient fait de si persévérants efforts pour s'en garantir. Après ces considérations, l'admiration que les pyramides réveillent n'est plus troublée par la sensation pénible de leur inutilité et des fatigues qu'elles durent coûter à un peuple entier. Au contraire, on se sent pénétré de la plus profonde vénération pour ceux qui concoururent à l'exécution de ces
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monuments, dont la grandeur étonne quoiqu'ils aient perdu une partie de leur magnificence.
Que le génie de l'homme veille religieusement à la conservation de ces ouvrages merveilleux ! ce sont des témoignages de son existence, de ses actions et de son antiquité, antérieurs à toutes les «traditions de l'histoire, et aussi les titres les plus certains et les plus anciens que puisse invoquer le généalogiste des œuvres de l'intelligence humaine !