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Lorsque j*eas Fidée d*aller à Naples, car, ainsi que je vous l'ai raconté, j'ai eu cette idée et à présent je ne Tai plus, je me dis : je visiterai Rome, puisque c'est sur la route ; et quand je serai à Rome, j'irai voir le Pape ; cela ne me coûtera pas davantage.
Alors je me souvins que j'avais pour voisin, à Bruxelles, le comte de Merode, dont le fils, ancien capitaine de l'armée d'Afrique, et un brave, s'il vous plaît, est aujourd'hui premier camérier du Pape, comme qui dirait son premier aide-de-camp. Je songeai donc à lui demander une lettre pour son fils.
11 ne me connaissait pas, le brave homme , mais c'est égal, j'y fus comme s'il m'avait connu et il me reçut de même. Quand je lui eus exposé mon affaire, il me dit : bien volontiers, mon voisin. Et, prenant une plume, il fit la lettre et me la donna.
Je l'emportai et je la remis à son fils, qui, vu que j'étais de Bruxelles et que je venais de la part de son papa , me reçut comme un archevêque : il me demanda ce qu'il pouvait faire pour mon service? — Rien du tout, lui répondis-je ; comme je voyage pour mon plaisir , je ne veux troubler celui de personne; seulement, je souhaiterais voir le Pape, si cela ne l'incommode pas. — Pas le moins du monde, me fît-il, mais ce n'est pas pour aujourd'hui. — Ceci m'arrangeait, car ce jour-là je sentais beaucoup le tabac, et si le Pape ne fume pas, la chose aurait pu lui paraître désagréable. — Ce sera donc pour mardi, me dit M. de Merode.
Le mardi j'y fus, et à l'heure dite j'entrai chez Sa Sainteté. Je voulais lui baiser le pied, selon l'étiquette; il me fit signe que ce n'était pas la peine , ce qui me fit plaisir , car je commence à devenir un peu raide des jointures , et si je m'étais mis à genoux , le Saint-Père aurait peut-être été dans la nécessité de me donner une
poignée de main pour tne relever. Mais il avait prévu le coup, parce qu'un pape doit tout prévoir.
Pour sa commodité et pour la mienne, il se tint donc debout. Il me demanda comment je me portais et me trouvais de mon voyage? — Je lui dis que je me portais bien, ne voulant pas, par politesse, lui parler des puces ni des mendiants , bien que Rome aussi en ait plus que le nécessaire.
Après cela, il désira savoir des nouvelles de M. de Merode, et il ajouta : je veux vous charger de quelque chose pour lui. — Je lui répondis ; je suis aux ordres de Votre Sainteté; j'aurai le plus grand soin de ce qu'elle me confiera et je le lui remettrai en main propre , comme je l'aurai reçu. Oui, messieurs, j'aurais certainement ôté de ma malle mes propres chemises pour y mettre la commission du Pape. Mais c'était inutile : bien qu'elle fût précieuse, et plus précieuse que vous n'imaginez, elle ne tenait pas beaucoup de place. — Vous lui porterez, me dit-il en français... — J'allongeai le bras pour prendre ce qu'il allait me donner. — Vous lui porterez , répéta-t-il, l'assurance de mon amitié avec ma bénédiction. — Làdessus, il me la donna pour lui et pour moi. Voilà, messieurs, comment j'ai vu et entendu le Pape et pris ses commissions.
J'avais oublié de vous dire qu'il m'a appelé caro, ce qui, m'a-t-on dit, signifie mon cher ami. Oui, tel est le titre qu'il me donna, litre qui en vaut bien un autre.
— Ici la gaîté, arrivée à son comble, avait gagné jusqu'aux domestiques. Lui seul restait impassible. Seulement par instant et comme si l'on eût douté de son récit, il interrompait les rieurs pour dire : — Oui, messieurs, c'est comme cela.
— Je suis revenu par terre, continua-t-il, parce que j'ai appris à mes dépens ce que c'était que les trains express de mer. — Vous débarquerez partout à la minute, m'avait-
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on af&rmé à Marseille. Vous n'aurez que le temps de descendre dans la barque et de sauter à terre. — Aussi, quand je voyais le bâtiment approcher du port, j*écartais mon paletot pour avoir les jambes plus libres et ne pas arriver le dernier. Mais croyez aux prospectus et aux commis ! Nous sommes restés ainsi, le jarret tendu, quatre heures devant Gênes et six devant livourne, espérant toujours la barque et la permission d'y entrer.
Quant à Naples , on n'attendit que trois heures ; mais nous aurions attendu plus longtemps sans nous plaindre, si nous nous étions doutés de ce qu'on nous préparait.
A peine touchions-nous au débarcadère, qu'une nuée d'individus qui, à eux tous, n'avaient pas une chemise, tombe sur nous comme une averse. J'avais réuni tous mes effets, et, pour plus de sûreté, je m'étais assis dessus. Voilà que, sans même m'inviter à me lever, ces bandits tirent la malle qui me servait de siège et je tombe sur le dos. Ah! quel coup, messieurs, je m'en ressens encore!
Quand je me relevai, il n'y avait pas plus de bagage que dans mon œil : tout avait disparu, même mon paletot qu'ils m'avaient arraché des mains. Je crie au voleur! Mais j'aurais tiré le canon qu'on ne m'aurait pas entendu. Je restais là abîmé, quand un homme, celui-ci le lit par charité , me pousse en avant en criant dogana , ce qui ▼eut dire : allez à la douane. Je ne savais pas ou elle était; il n'y avait pas besoin de le savoir, on y allait tout seul ; et de poussée en poussée, je me retrouve au milieu de mes effets et de ces brigands qui m'avaient cassé les reins et qui, pour cette besogne, criaient à tue-tête, en ayant l'air de compter de l'argent pour me faire comprendre : danaro^ pagamento, etc. Ils étaient si pressés que je ne savais auquel entendre ni par où commencer. J'aurais pu me fâcher et crier aussi ; mais comme je voyage pour mon plaisir et que je sentais quelque chose me
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monter aux jambes , je leur donnai de la monnaie tant qu'ils en voulurent, afin qu'ils filassent plus vite. Mais ils en voulaient toujours. Lorsque je n'en eus plus, je les envoyai à tous les diables, et ils y furent.
Quant aux douaniers, ils avaient l'air bons enfants. Ils me demandèrent très-poliment lequel j'aimais le mieux d'être visité ou de payer? Je n'aimais ni l'un ni l'autre, mais il fallait choisir : je payai. Croiriez-vous qu'ils me visitèrent de même? Mais ils me dirent qu'ils ne m'avaient pas visité beaucoup. Merci.
Telle fut, messieurs, mon entrée à Nap1es,«et elle me donna tant d'envie d'eu sortir, que j'en serais reparti à l'instant si je n'avais eu peur qu'on ne me reHt au départ ce qu'on m'avait fait à l'arrivée. J'en avais assez pour ce jour-là.
Cependant, pour tout dire, j'y ai eu aussi quelques bons moments. J'y ai fait, au café, la connaissance d'un major allemand. Il était là en congé pour s'y guérir d'une blessure, à l'aide du beau temps. 11 était bien tombé ! N'importe; il me plaisait, cet homme, quoiqu'il parlât allemand. Mais il parlait aussi français.
Sans doute que je lui convenais également , car le lendemain de notre rencontre il me dit : — 11 y a, chez mon hôte, une chambre vacante près de la mienne. Cela vous va-t-il ? — Je le questionnai tout de suite à l'endroit des puces ; mais il n'en savait rien, le digne homme : il paraît que ces bêtes-là ne mangent pas les Allemands. — An petit bonheur, pensai-je, il n'y en aura jamais plus que là où je suis. D'ailleurs, l'agrément de sa compagnie me fera prendre patience. — Je fus donc m'y installer, et je ne m'en suis pas repenti : des puces , il y en avait encore, mais plus discrètement.
Nçus avons été ensemble visiter le palais du roi, à Caserte. Que de richesses! Nulle part je n'ai vu tant