‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 12 sur 33 · R0VI · texte numérisé non relu

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chez vous par ces bêtes maudites, voulez-vous gagner la rue, un grand baudit à moitié nu, un lazarone comme ils le nomment, ronfle en travers de votre porte. Et croyezvous qu'il se dérange? Non. Enjambez.

Dans la rue , vous voulez aller droit devant vous? Comptez là-dessus : l'un vous coudoie à droite , l'autre vous pousse à gauche ; un cocher vous rase le ventre avec sa roue , puis vous crie : guarda I Un marchand d'eau glacée vous met son verre sous le nez et vous le renverse sur les cuisses quand vous êtes en sueur. Allez, prenez : c'est un rhumatisme. •

Puis vient un monsieur qui vous parle à l'oreille. Vous croyez que c'est quelque conseil , quelqu'avis salutaire qu'il va vous donner. Vous vous arrêtez pour qu'il ne se dérange pas davantage ; et il vous propose : quoi? Une...

Vous détournez l'oreille ; mais à l'autre il y a un abbé. Oui , messieurs , un abbé, ou du moins une robe noire et un ]:abat. A celui-ci vous tirez votre chapeau et vous lui demandez ce qu'il y a pour son service? Mais c'est lui qui est au vôtre : c'est un cicérone , ainsi qu'il se qualifie; je dis merci encore à celui-là. Eh bien! un quartd'heure après j'en étais à mon douzième merci. Restez donc dans la rue pour votre plaisir !

Vous vous sauvez dans un café, la bande vous y suit. L'un veut vous vendre des allumettes chimiques, celui-ci des brochettes de bois qu'il appelle cure -dents. Parderrière, c'est un mendiant qui vous frappe sur le dos: c'est sa manière de demander l'aumône ; à côté, un autre vous tire par le bras : c'est la sienne ; et gare à vos poches ! C'est ainsi que vous prenez votre chocolat ou votre tasse de café, si vous pouvez la prendre.

Vous rentrez chez vous, vous croyez dormir. Allons donc, est-ce qu'on dort à Naples? Les puces, d'abord les vôtres, qui vous attendent depuis le matin, et celles que

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vous rapportez du café et de la route ; car à Naples elles courent les rues et avec elles d^autres bêtes encore. Ah ! les mendiants ! Ah ! les marchands d'allumettes ! Ah ! les chanteurs! et quelles chansons! Figurez -vous un âne à qui on serre le nez. Et des cris ! Voilà pour la nuit. Allez donc reposer! Allez donc penser!

— Le sérieux imperturbable de Thomme, pendant cette longue phiUppique, avait quelque chose de si drôle et de si bien caractérisé par sa pose et le jeu de sa physionomie, que tous les convives, qu'ils entendissent ou non, se tordaient de rire. Mais il était impossible de ne pas Tentendre : la pantomime disait tout'; elle était admirable de naïveté et de vérité ; pourtant il faisait peu de gestes , contait posément, s'arrêtant par moment pour mâcher à son aise ou boire une gorgée de vin qui ne manquait jamais de lui faire faire la grimace. Je n'ai connu que Tacteur Perlet qui sût, en grondant et se lamentant, exciter ainsi le rire sans jamais avoir Pair de savoir qu'on riait, ni perdre son sang-froid.

Un instant je crus que ce soi-disant voyageur pour son plaisir, était quelque excellent comédien qui s'amusait à répéter un rôle, à le créer peut-être, et qui, voulant juger de son effet, nous prenait pour son public. Mais c'était trop vrai pour n'être qu'un jeu, c'était la nature même, cette nature que mon récit ne rend que très-imparfaitement, car il est des intonations, des mouvements, des demi-mots, des silences qu'on ne peut pas copier.

Après un temps d'arrêt assez long, il nous dit: — Je suis aussi allé à Rome. J'y ai vu le Pape ; j'ai causé avec Sa Sainteté. Oui , messieurs , moi qui vous parle , j'ai eu cet honneur, et pourtant je ne suis ni un évêque ni une autorité; mais il m'a trouvé assez bon pour lui et il m'a honoré de sa conversation. Comment cela est-il arrivé? Je vais vous le dire.

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