‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 15 sur 33 · ROVIGO, FERRARE, SOLOGNE · texte numérisé non relu

ROVIGO, FERRARE, SOLOGNE

couleurs et qui, dans son ampleur, aurait pu servir de tapis à Tappartement, entourait le lit, cachant un double drap qui sWorçait yainement d^atteindre les bords du yaste matelas.

Je ris bientôt qu^au moindre mouvement ce drap, que rien ne retenait, allait se replier sur lui-même et me laisser à crû entre le matelas et la lourde couverture. C'était un inconvénient, mais ce n'était pas le seul : celte couverte, simplement posée sur le lit, devait immanquablement, dès qu'elle cesiserait d'être en équilibre, être entraînée par son poids à droite ou à gauche. Pour éviter cet accident, il aurait fallu une immobilité complète, chose assez difficile quand il fait chaud et qu'à la chaleur se joignent quelques* unes de ces bêtes que maudissait tant notre Belge.

En effet, je commençais à m'endormir, quand je suis réveillé par le mouvement d'une chose qui glissait, mouvement qui, s'accélèrent d'instant en instant, fut bientôt suivi d'un bruit sourd comme celui d'une avalanche lointaine. Elle était pourtant bien proche : c'était ma couverte qui tombait, entraînant avec elle un des draps.

Sans doute on ne peut pas appeler ceci un malheur; mais fatigué comme je l'étais et placé à cette élévation au-dessus du sol , je puis affirmer que c'était une rude vexation.

Il fallait prendre un parti. Mon costume était léger , et certain bourdonnement sinistre m'annonçait que les zanzari (cousins) avaient flairé leur proie. Descendre du lit était la première chose à faire; pour ceci, il fallait retrouver la chaise qui m'avait servi à y monter. J'y par- Tins, non sans quelque tâtonnement, car il faisait fort noir. Je réussis tout aussi heureusement à rétablir la lourde «nveloppe dans son aplomb primitif.

Je me croyais sauvé. Vain espoir : il n'y avait pas un qnart-d'heure que j'étais recouché et j'arrivais à cette

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absence de pensée qui précède le sommeil, quand je sentis la glissade recommencer. Furieux, je bondis pour rarrêter; mais mon mouvement ne fit que hâter celui de Tinfernale couverture : elle tomba, entraînant cette fois, avec le drap, mon oreiller et le foulard qui me servait de bonnet. 0 Rovigo ! Rovigo ! je me souviendrai de ton lit !

Il fallut descendre de rechef. Voulant étudier à fond la cause du mal et en assurer le remède, j'allumai la bougie et je fis le tour de Tédifice. Simple dans son architecture, c'était vraiment le lit primitif. Trois tréteaux soutenaient la table de planche, qui elle-même, ainsi que je Pal dit, siqpportait la paillasse et le matelas. De saillie, il n'y en avait nulle part: or, border un lit qui n'avait pas de bor*dure était impossible. Je l'entourai donc de chaises et de tables pour assujétir, aussi bien que possible, ce vagabond tapis.

Ceci avait demandé un certain temps , et je reprenais ma place sur le matelas, quand j'entendis sonner deux heures. Je n'avais plus qu'une heure devant moi, il s'agissait d'en profiter. Je me mis donc en position de dormir. Hélas! pour la troisième fois, l'obstinée couverte reprit son mouvement oscillatoire et bientôt hors d'aplomb, tomba, non plus a terre, mais sur la table, et pour comble de malheur, renversa la bougie qui fut, tout allumée, rouler jusqu'au rideau d'une fenêtre descendant presqu'au niveau du sol. Il ne me manquait, pour finir ma nuit, que de devenir incendiaire et brûler la maison. Je me précipitai sur le dangereux luminaire : il était temps.

C'était assez d'ennui comme cela. Je renonçai à ce lit malencontreux qui , nonobstant sa taille , ne valait pas mieux que celui de Procuste.

J'avais à peine fini de m'habiller, que le garçon vint frapper à ma porte. Il me restait justement le temps de mettre au courant mon journal, ce que je n'avais pu faire

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la veille, contre mon habitude, car, bon ou mauvais, ce que je vous donne ici est toujours pris sur place. Mon crayon, c'est mon daguerréotype : si les empreintes sont souvent faibles, c'est que le jour était mauvais.

Quand je descendis , je trouvai mes compagnons sur pied; on comprend qu'il n'était pas question du noble Vénitien et de la demoiselle aux yeux tartares, et pas davantage de notre ex-commis-voyageur. Mais la vieille dame, la jeune du coupé et deux des Italiens du souper, tOHS bâillant et s'étendant comme des gens mal éveillés, remontèrent avec moi en voiture.

En récapitulant mes dépenses depuis mon réveil, il se trouva que, bien qu'il ne fût encore que quatre heures du matin, j'avais donné déjà huit fois la manda. On voit que Rovigo n'est pas en reste avec Venise.

Notre voiture n'était plus la même. Celle-ci, ouverte à tous les vents, ressemblait à une lanterne.

Notre départ fut marqué par un incident qui aurait pu être funeste. La jeune femme était fort charitable, et le jour précédent elle avait distribué force monnaie aux petits mendiants qui, à chaque relais et à toutes les montées, venaient nous assaillir. En sortant de Rovigo elle jeta, comme la veille, des sous par la portière. Trois ou quatre polissons , les seuls qui fussent réveillés à cette heure, se les disputaient avec acharnement, et chaque pièce qui tombait devenait le sujet d'un combat dont le plus fort ou le plus adroit sortait vainqueur. L'un des vaincus, n'osant s'en prendre à ceux qui l'avaient battu, mais voulant s'en venger sur quelqu'un, ramassa une pierre de la grosseur du poing et la lança de toute sa force contre la dame qui était penchée à la portière. J'avais vu le mouvement du drôle : j'attirai convulsivement à moi la jeune femme, qui l'eût reçue en plein visage, car elle vint frapper la voiture précisément à l'endroit où elle avait la tête.

Au bruit, le conducteur se précipita de son siège, et, voyant la marque du projectile, il se mit à la poursuite de ce garnement, mais il ne put l'atteindre. Il revint en jurant qu'il le ferait punir. Il le méritait bien. C'est d'ailleurs le premier que j'ai vu, dans les Etats vénitiens, commettre une méchanceté. J'ai dit que les enfants y étaient turbulents , mais point mauvais.

Quoi qu'il en soit, la pauvre femme l'avait échappé belle, et cette aventure l'a probablement guérie pour longtemps de cette générosité de grand'route. C'est un triste service à rendre à ces enfants coureurs de leur jeter de l'argent: on en fait des fainéants et plus tard des voleurs.

Ajoutons que dans les combats qu'ils se livrent ils peuvent se blesser , se tuer même. J'en ai vu se réunir pour terrasser celui d'entre eux qui avait recueilli le plus de sous, lui ouvrir de force la bouche ou les mains, ou le dépouiller de ses vêtements pour en arracher l'argent qu'il y avait caché, puis le laisser là demi-assommé. Je le demande : n'est-ce pas un véritable fait de brigandage, et ne peut-on pas croire que bien des assassins ont ainsi commencé? Est-ce faire l'aumône, est-ce agir en chrétien que d'exciter de pareilles rixes? Pourtant j'ai vu des voyageurs y applaudir, jeter leur monnaie pour les faire naître et en jeter encore pour les faire durer. En vérité, s'ils avaient reçu une pierre, ils n'auraient eu que ce qu'ils méritaient. Mais telle n'était pas ma voisine, bien au contraire ; elle se désespérait quand ces galopins se battaient et elle ne cessait de les inviter à partager en frères.

Le temps était redevenu beau, j'allai me mettre dans le coupé. Bientôt la jeune femme, chassée de la voiture par la fumée de tabac qu'elle ne pouvait souffrir, mais qu'il faut endurer partout, en Italie comme en Allemagne, vint se joindre à moi. Là, comme je lui exprimais l'impression que m'avait faite sa figure, qu'il me semblait avoir vu ailleurs,

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elle me dit qu^elle se nommait Luisa Marselli. G^était cette même chanteuse qu'avec tout le public j'avais, trois jours avant, applaudie à Venise, où elle chantait au théâtre San- Benedetto avec la Barbaranini, Garryon, Gorsimani, etc.

Dès que cette gentille personne m'eut appris son nom et qu'elle sut qui j'étais moi-même, alors, avec cette simplicité féminine et cette conGance tout italienne, elle me mit au fait de sa position et de ses projets. Elle n'était au théâtre que depuis cinq ans. Ayant obtenu un congé pour aller à Bologne, son pays, ou l'appellent des affaires de famille, elle y va descendre chez son frère. Mais son avenir l'inquiète : elle a perdu sa mère depuis un an ; elle ne peut s'en consoler. Elle la regrette non-seulement pour l'attachement qu'elle lui portait, mais à cause de l'utilité dont elle lui était. Occupée de ses études dramatiques et musicales, elle ne peut veiller à ses intérêts et encore moins à son ménage. Sa mère était chargée de ce soin : comment la remplacer? Un mari, elle n'en voulait pas encore; un amant, elle n'en avait jamais voulu. Je crois qu'elle disait vrai : la sagesse n'est pas chose rare chez les chanteuses italiennes. Dans leurs débuts, elles ont besoin d'une bonne renommée pour être accueillies du public , et surtout des directeurs plus intéressés que les autres à leur vertu. On n'a pas en Italie, comme à Paris, les moyens de parer à une absence par indisposition : quand une chanteuse manque, tout manque, et l'entrepreneur est ruiné.

Ajoutons que la position sociale de ces dames est tout autre que celle de nos actrices françaises. Les chanteuses, en ItaUe , quand elles ont du talent et de la tenue, sont reçues dans la meilleure société et même admises dans l'intimité des femmes les plus respectables. J'en avais vu autrefois de nombreux exemples, et j'en eus une nouvelle preuve durant ce voyage, par les attentions toutes particulières que la noble dame de la voiture avait pour

us CHAPITRE XIV.

Laisa dont elle connaissait Fétat. La jeune fille aux yeux tartares lui témoignait une sorte de respect, et une circonstance que je rais raconter indiquait qu'elle obtenait des hommes la même considération.

En sa qualité d'actrice, elle transportait avec elle de nombreuses malles contenant ses habits de ville et ceux de théâtre. Elle en avait oublié les clefs à Venise et se tourmentait fort à l'idée de voir forcer ses serrures au moment où elle quitterait le territoire vénitien pour entrer sur celui du Pape.

Je lui conseillai de se nommer au commissaire autrichien et de lui exposer son embarras. Elle trouva le conseil bon, et quand nous arrivâmes au passage du Pô qui séparait les deux Etats, je la conduisis à l'officier. Elle lui dit ce qui l'inquiétait. Non-seulement il ne fit rien ouvrir, mais il s'embarqua avec nous sur le bac et décida le commissaire papal à n'être pas plus exigeant que lui. Elle ne fut donc visitée ni à l'entrée ni à la sortie.

Délivrée de ce souci, elle reprit sa bonne humeur. Elle acheva de me faire l'histoire de sa vie. Destinée dès son enfance au professorat musical, elle avait étudié à Bologne sous les meilleurs maîtres, qui, frappés de l'étendue de sa voix et de son intelligence de la scène, avaient conseillé à ses parents, gens très-respectables, mais peu riches, de la faire débuter au théâtre. Elle y avait réussi.

C'était assurément une fort bonne actrice, notamment dans le genre tragique ou l'opéra sérieux. Grande et bien faite, elle avait dans son jeu, ses gestes et sa physionomie quelque chose de singulièrement énergique; ce qui ne l'empêchait pas d'avoir peur des chevaux, peur du tonnerre, peur de l'eau, peur de tout.

Elle savait pourtant se défendre quand on s'en prenait à son honneur d'artiste et à sa dignité de femme. Elle me raconta comment, depuis la mort de sa mère, étant arrivée

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seule dans une ville où elle devait chanter, elle se présenta à un hôtel où elle fut, en Pabsence du maître, reçue par les domestiques. Quand ce maître rentra il voulut la faire sortir, en disant qu'il ne recevait pas de femme seule. — Alors, me dit-elle, je lui ils savoir qui j'étais et. pourquoi je venais. Il n'en voulut pas démordre. Moi, je refusai de sortir et j'écrivis au podesta qui vint lui-même me voir et força l'hôtelier, non* seulement à me loger, mais à me faire des excuses. Je les reçus; puis, immédiatement après 9 j'allai prendre ailleurs un appartement.

En me racontant ceci, son animation était extrême. Sa pantomime ne l'était pas moins: c'était une vraie scène d'éloquence mimique. Cette jeune femme n'avait besoin, pour bien jouer la comédie, que de se laisser aller à sa nature, et il y avait toujours en elle un accord parfait entre sa pensée, sa parole et ses gestes.

Cette rectitude du mouvement harmoniée aux intona» tions est une faculté commune à la plupart des Italiens ; je l'ai trouvée chez les plus petits enfants.

Nous en avons aussi des exemples assez fréquents dans la France méridionale, lis sont beaucoup plus rares dans le Nord. Aussi les hommes comme les femmes de ce pays doivent être sobres de ces mouvements déclamatoires qui ne sont pas dans leur nature peu expansive, et éviter ces jeux de tête, de bras, de mains qui, ne suivant pas d'assez près la pensée, n'en sont plus que l'écho maladroit ou même contradictoire : d'où il résulte que leurs gestes semblent toujours se battre contre leur parole.

Nous étions, avons-nous dit, au point de jonction des deux Etats, point qui se nomme, je crois, Santa-Maria- Magdalena du côté de Venise, et de l'autre Lugo. J'y remarquai plusieurs navires en déchargement. A leur forme et leur gréement, on voyait qu'ils venaient de la mer.

La douane ne nous fit pas la même gracieuseté qu'à la

ISt CHAPITIE XIV.

Le lit de la Boît pféeédente m'arait btm disposé à donmr dans un aiÉtoe, et il était jour depuis longtemps qaaiid je tas éTeillé par des tuiboais qui battaient une marche française. Je eoonis à la femhie et je reconnus rnuinnne de notre ùÉEinterîe de ligne. Je sonnai pour demander qad était le numéro du régiment et le nom du coiond; maïs il n> avait là de français «pie le costume : c*ëlaît un bataillon de bourgeois romains plaqués de notre uniforme. Au surplus, Fapptication a été bonne. Ces jeunes soUalSydiessés par nos ofitciers, araient pris une tonmne déga^Âf et tout-à-frit militaire qui eontrastaît singufielement aree Pair guindé d<fs Autriebiens qiv je Tovais déUant avec eux. Les Allemands sont braves et bons soUafis> mais je ne connais rien de pfns gaodhe : on ooirait tout des manoequins.

IWs que je bis tabillé, je courus cbercber une rirîète. Xen découTris une. Ou me dit qu^eile se noounait le leno. La Tovant partout eneabsée et comme ensevi^K soiB ks mittsons* je demoiuiai comment on pouvait s'y baigner et y nager. Ou cie répond qu^oa sV baignait en versant «Ions une baignoire soa eau convenablement cbaujfée ^ mois qu'où n y nageait pas , d^obord parce tfaTil Élisait froid, ensuite parce que ce n^était pas décent. Jie dis içan parais mou coleçoa dans ma pocbe^ et ^nTan besoin ^ pouvais y ajouter uu peignoir. Ou me tit saToir ^Hi£^ dans ce cas, je pouvais aller a trois milks die b viik ou. j< remn}utrerdis ou eiuiroit très-couvenobie.

Cétait ou peu loin. Seuomrant donc à la natadou povr ce jour-là ^ je me dirigeai vers an Ibrt bei etobliasemtfnt sous lequel paisait. me dic-oo. cet uLvisibLe fteno.

Ou m'introduisit dons un. petit saiou oa il n^étôt pas CBCUce question de rivière ni de rien qui y ressemblât; ■ois tpniiqnes minubs après ou me dt entrer dunn une irkimhrc nii jr vi t iTifin îi Beno qui coulait» par ua lubîaett

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dans une élégante baignoire de marbre blanc. Une trèsbdle femme, qui me conduisait, étendit dans ce bain digne d'un Lucullus un grand drap blanc, en m'en donnant un autre pour m'essuyer et je ne sais combien de serviettes pour me sécher. '

Je lui avais demandé le Reno au naturel. Elle se Tétait fiait répéter deux fois. J'insistai. Elle avait fermé le robinet d'eau chaude et s'était retirée en faisant uiie sorte de moue frissonnante dont j'aurais dû deviner le sens. Me voici donc en tête-a^te avec ce Reno tant cherché, tant désiré, car c'était bien lui : je m'en étais assuré en consultant la carte.

J'ai l'épiderme assez peu sensible à Tendroit de Peau froide, car j'en ai essayé de toutes les latitudes et de toutes les natures, mer, fleuves, lacs, étangs et ruisseaux; mais ces eaux coulaient ou reposaient à la face du ciel, sous rinfluence d'un soleil quelconque. Il n'en était pas de même de celle-ci, elle passait sans transition de sa source dans une baignoire de marbre placée elle-même sur le Ut de la rivière. Aussi sa crudité était telle que je crus véritablement entrer dans une glacière. Dans cette baignoire de dimension ordinaire, n'ayant pas même la ressource du mouvement, on peut croire que j'y trouvai moins que de l'agrément, et que sans la peur de la belle dame qui avait fait couler cette eau froide avec l'air de douter de ma résolution , j'aurais prestement battu en retraite. Je me résignai donc a y grelotter pendant un quart-d'heure; mais jamais eau de rivière, même quand le thermomètre était à dix degrés au-dessous de zéro, ne m'a, dans aucun pays, paru si glaciale. '

J'en sortis rouge comme une écrevisse. Malheureusement je ne pus m'envelopper si prestement dans mon drap, que ma baigneuse, qUi venait un peu ironiquement peut*eU*e me proposer du Unge chaud, n'ait pu I 12

aperceroir un coin de ma pe^u , ce qui la fit partir du plus bel éclat de rire dont j'aie jamais été honoré en-deçà comme au-delà des monts. A cette impertinence, à laquelle »je n'eusse pas fait attention si la dame eût été laide, ma figure, qui seule n'ayant pas touché l'eau avait conservé son teint normal, devint aussi rouge que le reste. Cela, comme on peut croire, ne calma pas les rires de la joyeuse Bolognaise. Je pris alors le parti de faire comme elle, ce qui l'apaisa un peu.

Ce ne fut pas pour longtemps. Je vis bien que je n'en étais pas quitte : elle se mit à me goguenarder sournoisement en me disant que tel était l'effet de Peau du Reno sur les peaux fines et délicates, mais qu'on avait trouvé le moyen de s'en préserver, U segreto di preservarsi; et me montrant le robinet d'eau chaude , elle s'enfuit pour aller rire dehors tout à son aise.

Je restai abasourdi, les yeux sur le robinet qui, par un petit gloussement , semblait aussi se moquer de moi. Du reste, l'accident était passager, et un quartd'heure après, bien séché, bien essuyé, je sortis de la chambre; mais, je l'avouerai, un peu moins fier que quand j'y étais entré.

Le petit salon était alors occupé par un fort bel officier qui me considéra de cet air dont on regarde quelqu'un de qui on vient d'entendre parler; je ne doutai pas qu'il ne fût déjà au fait de mon aventure.

A cette confidence précoce et certain embarras de la dame, je crus deviner qu'il n'était pas mal avec elle. Certes, elle en valait la peine, bien qu'elle ne fût pas de la première jeunesse. J'appris alors que c'était la maîtresse du logis, et qu'elle n'avait elle-même préparé mon bain qu'en l'absence' de ses domestiques qui rentrèrent en ce moment et qu'elle gronda fort. Ce n'était pas juste, car elle s'était trop bien divertie pour leur en vouloir. C'est ce

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