‹ Voyage à l'Oasis de SyouahChapitre 11 sur 41 · CHAPITRE II. — DESCRIPTION DES LIEUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DESCRIPTION DES LIEUX

était son étendue ou sa distribution; cependant les vestiges de trois enceintes, les pierres énormes qui sont à terre, et surtout les masses qui sont encore debout, prouvent que c'était un monument du premier ordre. D'après les traces subsistantes, la seule salle qu’on retrouve avait 37“,5o de longueur Le temple, avec la seconde enceinte, devait avoir plus de 5o mètres de long, et avec la troisième enceinte, plus de no mètres. La portion qui est aujourd'hui debout, et assez bien conservée, a ii mètres : elle consiste, i° en une partie de la façade, c'est-à-dire le montant de gauche d’une porte' principale, et la partie inférieure du montant de droite; a” en deux grandes murailles qui sont demeurées debout, et qui portent encore leur plafond : elles sont couvertes de trois énormes pierres, longues de 8", 33 (près de 26 pieds), sur 10”, go (plus de 33 pieds) ; elles doivent peser environ cent milliers de livres. Çà et là on retrouve encore sur place quelques fragmens de murailles peu élevés audessus de terre; le reste de la construction est renversé, et un grand nombre de pierres sont gisantes sur le sol, dans un espace rectangulaire qui a 110 à 120 mètres dans un sens, et 90 à 100 mètres dans l'autre (environ 36o pieds sur 3oo) 1 : la salle principale, actuellement conservée, est sur l'axe de ce rectangle.

Le monument est tourné vers le nord : il paraît avoir été précédé d’une galerie péristyle. On retrouve à 7 mètres de distance de l'angle de la porte des fragmens de colonnes dans le style égyptien, dont le fût a un mètre de large, et des chapiteaux épars sur le sol, beaucoup trop détruits pour qu'on puisse juger des ornemens.

L édifice a été construit en pierre calcaire coquillière, substance qui est celle du rocher même sur lequel le temple est assis; on a tiré les matériaux de la montagne qui est à l'est. Quelques parties sont en beau spath calcaire blanc, mamelonné e”t à rayons, notamment le fond du temple, où l’on en trouve de gros blocs. Les assises sont régulières; les joints sont liés avec du gypse. Le rocher a été taillé en forme de muraille, pour former l'enceinte extérieure du temple ou la troisième enceinte, qui devait avoir, comme je l'ai dit, près de 120 mètres sur 100. Au dedans, on aperçoit ‘ les restes d'un mur en pierres, formant la seconde enceinte : on peut regarder le temple même comme formant la première.

Le sol du temple était élevé au-dessus de la campagne de près de 2 mètres (5 à 6 pieds).

Pour des motifs inconnus, on a fouillé profondément les ruines du temple d’Omrn- Beydah, jusqu'à i",3(4 pieds 1) dans les fondations ; ou l'a même déblayé jusqu'au rocher, ce qui a fait qu'en plusieurs endroits les fondations se sont écroulées. Cette cause de destruction et toutes les autres ont contribué à faire disparaître la plus grande partie de 1 édifice, et il est très-difficile, sinon même impossible, de faire la restauration du plan général.

Cependant, si l'on suit avec attention, sur le plan topographique, les contours des ruines, les directions que suivent les décombres et les débris ammoncelés des murailles et des enceintes, on se fera une idée de ce plan général et 011 pourra le comparer à

■ Voyez la planche XVII, figure é,. C’est par erreur que, clans l’explication de la planche XI , point a, on a écrit 36 mètres et demi au lieu de 37 et demi.

2 Voyez les planches XI et XVII.

VOYAGE A SYOUAII

ceux (les édifices de la Thébaïde. On doit regarder comme très - vraisemblable, i° que la longue salle aujourd’hui subsistante était sur l’axe de l’édifice, plus près de l’entrée que de la façade postérieure, et quelle se divisait en deux ou trois pièces; 2° que les pierres accumulées au sud de la salle répondent au sanctuaire 3U que les restes de colonnes ont appartenu, soit à un portique, soit à une galerie péristyle semblable à celles des typlionium ; enfin, les monceaux de pierres placés sur plusieurs points des ruines se trouvent distribués de manière à faire partie des côtés de deux rectangles répondant à la deuxième et à la troisième enceintes.

Il paraît que l’eau des sources, introduite à une certaine époque aux environs du temple, a contribué à en miner les fondemens. Les dernières pierres que l’on aperçoit au midi, au milieu des étangs, indiqueraient (si elles n’ont pas été déplacées) une étendue encore plus grande du temple d’Omm-Beydah.

Dans l’angle à l’est derrière les ruines d’Omm-Beydah, et au milieu d’un bois de palmiers voisin du village de Gharmy, sont encore d’autres ruines, avec les restes de plusieurs salles sans sculptures. Le pied du plateau est occupé par un bas-fond où les eaux se rassemblent en abondance.

11 faut attribuer la destruction si avancée du temple de Syouah, quoique moins exposé aux ravages que ceux de l’Égypte, à plusieurs causes puissantes : les pluies annuelles, les vents du nord qui régnent tous les hivers, le voisinage des lacs d’eau salée, enfin la nature de la pierre coquillière dont il a été bâti : cette pierre est mêlée de couches de sel, et susceptible de se désaggréger facilement.

Il est d’autant plus à regretter que le temple d’Omm-Beydah soit presque détruit, que les décorations subsistantes ont le plus grand rapport, ou plutôt sont dans une identité parfaite avec celles des monumens égyptiens. Les figures, les scènes et les distributions sont absolument les mêmes. C’est le dieu a tête de bélier (tel quil se voit à Thèbes et à Latopolis) qui reçoit ici les hommages des prêtres. Le bélier est la figure la plus répandue parmi les ornemens.

L’intérieur et le plafond de la salle aujourd’hui debout étaient richement ornés de sculptures hiéroglyphiques en relief, revêtues de couleurs. Les figures des dieux et des prêtres forment de longues processions, disposées sur trois rangs, surmontées d’une multitude de colonnes d’hiéroglyphes, peints en bleu ou en vert J.

On remarque dans les figures le même style et le même air de visage que dans les monumens de la Thébaïde; il en est de même des costumes, des coiffures et des offrandes. Le peu que les dessinateurs ont pu copier de signes hiéroglyphiques dérive de la même source. Ainsi le même art et le même culte ont élevé le grand temple d’Esné et celui de l’oasis : le grand dieu de l’un et de l’autre est Osiris Criocéphale J, le Jupiter Ammon des Grecs; aussi, sous ce rapport, les noms de Temple dAmmon et d’ Oasis dAmmon , conviennent à cet édifice et a 1 oasis qui le renferme.

Il est fâcheux que les artistes qui accompagnaient M. Drovetti liaient copié qu un petit nombre d’hiéroglyphes parmi la multitude de signes sculptés en colonnes, sur

1 Voyez planche XI.

2 Voyez les planches XIV à XVIII.

3 A tête de bélier.

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