CHAPITRE II. — DESCRIPTION DES LIEUX
les parois des murailles mais, excepté deux ou trois figures d’animaux servant de masques aux figures égyptiennes, et dont ils ont laissé le caractère indécis, leurs dessins suffisent pour fixer il peu près les idées sur l’origine et la nature de ce monument intéressant \
L’on voit encore sur le plafond des peintures subsistantes : il est occupé par deux rangées de vautours gigantesques, qui ont les ailes étendues, avec des colonnes hiéroglyphiques et des étoiles peintes en rouge (ainsi qu’on en voit au soffite central des temples d’Egypte), et dont le fond était peint en bleu, si on en juge par les parties de couleur qui subsistent. La sculpture est en relief dans le creux.
Une sculpture d’un genre différent a été observée par les voyageurs français sous les décombres de la porte d’entrée : sur deux des faces d’un bloc rectangulaire est sculptée, en relief plein, la figure de Typhon ou du mauvais génie, haute d’environ im,y (5 pieds) ; un bloc semblable a été employé dans le bassin de la mosquée de Syouah : c’étaient sans doute les dés de colonnes semblables au typhonium d’Edfoù, monument avec lequel ces ruines ont de la ressemblance, mais sur une plus grande échelle 1 2 3.
M. le chevalier Drovetti, qui connaît bien les monumens d’Égypte, ne regarde pas la portion d’édifice encore debout comme la grande salle du temple, mais simplement comme un corridor; ce qui lui parait iudiqué par son analogie avec les corridors et les avenues des temples d’Egypte. J’ai consigné son opinion dans l'explication des planches. Il ne croit pas non plus que cette ruine soit le reste d'un sanctuaire, parce quelle est tout près de la porte d'entrée qui est au nord, et que la figure du dieu est tournée de ce côté. De plus, on ne pourrait selon lui, dans cette supposition expliquer l’amas de ruines qui s'étend au midi des murailles. Ces raisons paraissent plausibles; cependant j’ai déjà fait remarquer que la pièce dont il s'agit est dans le milieu de l'espace que couvrent les ruines; espace qui est circonscrit par les vestiges de l'enceinte extérieure : elle communiquait avec les salles voisines, à droite et à gauche, par deux portes latérales; circonstance qui convient à une salle centrale. Ainsi, sans être le sanctuaire même du temple, comme on l’a pensé, elle pourrait être regardée comme le reste d'uue ou de plusieurs salles longues (ou avenues) qui y conduise ient.
Pour rendre raison de ces difficultés, et en même temps des figures de Typhon qui se trouvent dans les ruines, M. Drovetti pense quelle a pu être le sanctuaire d’un typhonium, édifice toujours distinct du grand temple. Les fouilles qu’on fera par la suite fixeront les idées sur cette question.
Si l’on s’en fie au rapport que les habitans ont fait à M. Cailliaud , il existe un conduit souterrain faisant communiquer le temple avec la montagne voisine : il est à regretter quon nait pas trouvé la chambre souterraine qui, dans ce cas, doit avoir été pratiquée sous le sanctuaire, et qui était propre au jeu des oracles.
Auprès d’Omm-Beydah est une source ou fontaine célèbre. J’ai dit dans le premier chapitre quelles difficultés ont empêché M. Cailliaud de la visiter. Une antique
1 Voyez les planches XIY et XV.
2 Les personnes familières avec le style égyptien re¬
marqueront aussi plusieurs autres différences qu’il faut attribuer sans doute à des incorrections dans les copies.
3 La frise de la planche XVIII, figure i , ressemble extraordinairement à celle du typhonium d’Edfoû. Voyez Description de. l'Égypte, planche 64, antiquités , dans le premier volume.
§. IV. — ENVIRONS DE SYOUAH ET D’OMM-BEYDAH , DU COTÉ DU NORD ET DE L’EST.
Les hypogées creusés dans la montagne dite Gebel-Moutà sont le point le plus intéressant des environs d’Omm-Beydah. Quoiqu’on n’ait visité qu’une petite partie des catacombes qui ont servi à l’antique population, ce qu’on connaît suffit cependant pour montrer que les anciens habitans pratiquaient à peu près les mêmes rites que les Égyptiens pour la sépulture, ainsi qu ils adoraient les mêmes dieux, et leur élevaient des temples bâtis sur le modèle des temples de Thèbes.
Gebel-Moutà est un monticule isolé, de forme conique, situé dans le nord-est de Syouah, à une demi-lieue, et au nord-ouest d’Omm-Beydah , et d’où l’on domine tout le canton : son élévation est un peu plus grande que celle de la montagne sur laquelle est assise la ville de Syouah. La matière est une pierre calcaire, dont les couches sont entremêlées de coquilles fossiles. On y a pratiqué un grand nombre de petites excavations, destinées à recevoir les corps. La construction de ces catacombes est négligée, et elles ne peuvent entrer en parallèle avec les magnifiques hypogées de la ville de Thèbes. Cependant plusieurs sont enrichies de peintures hiéroglyphiques, exécutées sur un enduit de plâtre. En quelques endroits, on trouve encore les traces des carreaux qui ont servi à dessiner les figures. Lon ne rencontre point de tombeaux qui n’aient été ouverts et violés. Si les corps ont été embaumés et enveloppés de langes, comment se fait-il qu’on ne trouve plus aujourd’hui dans ce lieu, ni toile, ni bitume? Les débris et les ossemens sont d’une couleur brune, mais ils ne portent pas la trace certaine de l’embaumement.
Au pied de Gebel-Moutà, du côté de l’ouest, on remarque dans un creux du rocher une source d’eau douce d’excellente qualité.
La planche VII r représente le plan du tombeau principal : dans son ensemble, il a de l’analogie avec le Qasr-Qeroun, temple voisin du lac de Mœris, dans leFayoum, notamment par ses pièces latérales *. On a gravé dans la planche l une des figures peintes sur la muraille, et les couleurs en sont décrites dans l’explication. Dans l’intérieur, sont les restes de deux statues taillées dans le roc, selon l’usage des Egyptiens, et représentant un homme et une femme , comme on le voit dans les hypogées de Thèbes, d’Elethyia et de l’Heptanomide ; mais on reconnaît dans ces figures le style grec du bas temps.
A l’est, 3o° sud de Syouah, est une autre montagne renfermant des carrières et des hypogées. Les ruines d’Omm-Beydah se trouvent au nord, 3o° ouest de ce point: du sommet on a une vue très-étendue, et l’on embrasse tout le canton de Syouah. Ou l’appelle, suivant M. Cailliaud, Dàrr-Abou-berique ( peut-être Drar-Abou-ebry'k')\ elle est composée de plusieurs monticules coniques : sa nature est un calcaire mêlé de
y oyez planche VII, fig. 4, 5.
Voyez la Description de l’Egypte , volume IV,
pl. 70, et le chapitre XVII des Descriptions , section des antiquités.
ï8 VOYAGE A SYOUAH.
superstition est attachée à cette source, et en interdit l’accès aux étrangers. Quelques années auparavant, lui dit-on, un chrétien s’en approcha, et sa présence la mit à sec : mais heureusement, après son départ , elle recommença à couler.