VI. — DES ROUTES QUI CONDUISENT A SYOUAH
Browne, le premier voyageur moderne qui ait visité l’oasis de Syouah, suivit, pour s y rendre, les côtes de la mer pendant le premier quart du chemin. Parti d’Alexandrie le 24 juillet 1792, avec une petite caravane de marchands arabes, il trouva, après une marche de vingt -six heures et demie, un puits très-abondant : là il abandonna la côte, se porta directement au sud-ouest, traversant un désert absolu; et à la fin du quinzième jour du voyage il atteignit Syouah. Deux jours auparavant, il avait passé par Kar'et-an-el-Sogheir1 2 , le même lieu indubitablement que Garah de l’itinéraire de M. Drovetti, et qu’ O mm - el- Soghayr de la route d’Horuemann. La course entière de Browne fut de quatre-vingt-huit heures trois quarts; mais il avertit que, depuis qu'il eut quitté le .rivage, la caravane fit une extrême diligence, de crainte de manquer deau : ainsi, on peut croire que les soixante-deux heures un quart de marche entre la mer et Syouah équivalent, pour l’espace parcouru, à une heure et demie chacune, ce qui fait en tout, depuis Alexandrie, cent vingt heures de marche, chacune représentant près d’une lieue de vingt-cinq au degré \
Aly-Ghâouy, ancien janissaire, qui fut interprète de l’armée française pendant 1 expédition d Egypte, s’était aussi rendu à Syouah, en marchant d’abord le Ion»du rivage de la mer; mais il l’avait suivi deux, fois plus loin. C’est au puits d’Abou- Battali , vers le 25e degré 20 minutes de longitude à l’orient de Paris, qu’il s’en était écarté pour entrer dans le désert et se diriger sur Syouah. Ce chemin est un peu plus long que le premier, quoique Aly-Ghâouy ne comptât que treize journées de chameau entre Syouah et Alexandrie3 : ce qui suppose que les journées étaient plus longues.
Hornemann , pour la première fois , prit une route au midi pour se rendre à Syouah : son but était de visiter Mourzouk. Il s’associa donc à la caravane qui retourne chaque année du Kaire au Fezzân, après avoir accompli le pèlerinage de la Mecque. Le 5 septembre 1798, il partit de Kerdâceh, village voisin du Kaire, sur la rive gauche du Nil; la caravane passa par la vallée des lacs de Natroun 4 et celle de Moqarrah : après onze jburs de marche à l’ouest-sud-ouest, toujours dans le désert, il parvint a Omm-el-Soghayr, et de là, en vingt heures, il atteignit Syouah : c’est encore treize jours de marche.
La ligne suivie par M. Cailliaud est située beaucoup plus au sud. Aucun cheykh d Arabes ne voulait le conduire par la route d'Alexandrie ou de Terrâneh. On se souvenait de l'aventure assez récente d'un officier français parti de ce dernier endroit.
1 Je lis Garat-Omm-el-Soyhayr. Voyez les planches I et II.
2 V oyez la planche I.
3 La ligne parcourue par ce voyageur sur les bords de
la Méditerranée, entre les deux points où Browne et lui les quittèrent, est une partie de la route que suivent les pèle¬
rins barbaresques , se rendant annuellement de Tripoli au Kaire; de là ils se portent sur cette capitale en passant par la vallée des lacs de .Natroun.
4 C’est par erreur que, sur la carte de Syouah, planche I, la route d’Horneinann se dirige en ligne droite de Moqarrah au Kaire.
VOYAGE A SYOUAH.
Les gens de Syouah avaient voulu le tuer, parce qu’il s’était procuré une barque pour visiter le lac mystérieux : il n’avait échappé à la mort que par miracle \ M. Cailliaud résolut de partir de Benysoueyf. Ce lieu est situé sous le même parallèle que celui de l’oasis; mais, après le Fayoum, la traversée est tout entière dans le désert. Notre voyageur mit dix-huit jours, par cette route difficile, pour arriver à Syouah. Les journées étaient nécessairement plus pénibles que celles des chemins précédens , et la marche était plus lente. En retournant en Egypte, il prit une route encore plus méridionale; mais, au lieu de revenir à Benysoueyf, il se rendit à la petite oasis, et il trouva sur le chemin un lac d’eau salée.
M. Drovetti partit de Terrâneh sous la protection d’une force imposante. Il traversa, aux lacs de Natroun, la route des pèlerins barbaresques J; de la il vint au vallon de Moqarrah , où l’on trouve de l’eau douce; ensuite, en se dirigeant vers l’ouest-sudouest, à un lieu du nom de Lebbak 3 et au village de Garah. Sur le chemin, il rencontra de petits vallons, des puits et de l’eau potable. De Garah, on peut se rendre à Syouah par deux directions : l’une passe au midi , et l’autre au nord d’un assez grand lac; le vallon ou la plaine de Zeytoun, dont j’ai parlé, est sur la première; Qasr-Gacham, sur la seconde. Cette dernière partie du voyage doit être la moins pénible, à cause des localités.
Je ne considère pas ici le nombre de journées ou des heures de marche; il ne pourrait servir à évaluer la distance des lieux, parce qu’une troupe nombreuse, chargée d’armes et de bagages, et traînant de l’artillerie, ne peut faire des marches régulières : d’ailleurs, la carte jointe à cet ouvrage présente le résultat de toutes les observations topographiques faites par M. le chevalier Drovetti, soit de Terrâneh à Syouah, soit de Syouah au lac Arachyeh4.