‹ Voyage à l'Oasis de SyouahChapitre 4 sur 41 · II. VOYAGE DE M. DROVETTI · texte numérisé non relu

II. VOYAGE DE M. DROVETTI

Deux mois après ce voyage, en février 1820, Mohammed- Aly Pacha résolut de tenter une expédition à Syouah. Depuis long-temps il avait le projet de faire visiter cette oasis : M. Drovetti l’avait engagé à faire reconnaître les ruines qu elle contient; et déjà, depuis plusieurs années, le pacha se proposait d’y envoyer M. Drovetti lui-même, avec un fort détachement de la tribu des Hamâyms, tribu qui habite sur la frontière de la province de Manfalout, et renommée, par sa bravoure, parmi les Arabes des déserts de la Libye. Mais l’ambition de Hassan-Bey, gouverneur de la province de Bahyreh (ce sont les termes de M. Drovetti), qui avait déjà soumis la petite oasis, et qui s’offrait de mettre celle de Syouah sous la puissance du vice-roi, vint fournir au consul de France une occasion bien plus favorable. Il s’empressa d’en profiter. Muni des ordres et des recommandations du pacha, il partit au mois de mars pour le camp de Hassan, alors infesté de la peste. Ce bey se mit en route avec quinze cents à deux mille hommes de troupes1 et de l’artillerie de campagne. En déployant cet appareil de forces, le vice-roi voulait rendre tributaires de l’Egypte les habitans de Syouah, jusque-là indépendans de toute domination étrangère.

M. Drovetti était accompagné de deux dessinateurs, M. Linan, aspirant de la marine française, et M. Ricci, Italien. Il avait aussi obtenu la permission du pacha pour que M. Frediaui se joignit à l’expédition.

On partit de Terràneh, en se dirigeant sur la pointe sud du lac Mareotis; de Zâouyeh, on se porta au sud-est, à Hammàmeh, l’un des points de la route que suivent les Barbaresques qui se rendent de Tripoli au Kaire pour le pèlerinage de la Mecque de là on vint à Lebbak, au sud, poiut de la route qu’avait suivie Hornemann en venant du Kaire à Moqarrah. Pour arriver à ce lieu, qui, par le chemin le plus court, est éloigné du Nil de quarante lieues seulement, l’expédition avait parcouru cinquante-sept lieues environ.

De Lebbak , on se rendit à Garah par un chemin de montagnes où l’on rencontre plusieurs petites plaines. Ce trajet est d’environ quarante-cinq lieues. On y trouve une fois de l’eau potable. Enfin, en passant par Zeytoun, où se trouvent des ruines, l’on atteignit la ville de Syouah, après avoir fait en tout, depuis Terràneh, plus de cent trente lieues, sans compter de fréquens détours 3.

1 II est toujours difficile de connaître exactement la force et la composition d’une armée turque.

a Voyez la planche I.

VOYAGE A SYOUAH.

Quoique frappés à l’aspect des troupes, et voyant leurs appréhensions sitôt justifiées, les habitans de Syouah se disposèrent à la résistance. Le combat s’engagea. Après trois heures d’une lutte courageuse, mais inutile, contre l’artillerie égyptienne, ils se rendirent au vainqueur. Cependant, toujours fidèles à leurs habitudes et à leurs idées superstitieuses, ils refusèrent l’entrée de la ville opiniâtrément. Pour vaincre leur obstination, il ne fallait pas moins que la fermeté du bey, et tout son zèle pour l’exécution des ordres du vice-roi. On menaçait de renverser la ville de fond en comble : ils cédèrent; les soldats et les Francs eux-mêmes eurent la faculté de pénétrer au dedans de Syouali.

Nos voyageurs purent ainsi, grâce à l’énergie de Hassan-Bey, visiter l’intérieur du village de Gharmy, que jusque-là nul Européen n’avait vu *, et ils purent parcourir les différens vallons du voisinage, lever des plans, dessiner l’aspect des lieux, recueillir des mesures et des copies exactes des monumens anciens. Restait à voir le lac et file Aracliyeh : le bey prit des otages qui répondaient de la vie des voyageurs; et ceux-ci furent conduits à cet endroit mystérieux et inaccessible, éloigné d’environ vingt-cinq lieues de Syouah. Enfin M. Drovetti put tracer lui-même une carte itinéraire de son voyage. Tels sont, avec les notes précieuses de M. Cailliaud, et les dessins qu’il a rapportés, les principaux élémens de la description qui est sous les yeux du lecteur; telle est la source des matériaux dont se composent les planches qui l’accompagnent.

1 Depuis, le général Minutoli et d’autres voyageurs prussiens sont allés à Syoualî, niais ils ont éprouvé des contrariétés de toute espèce , et ils n'ont pu entrer dans la ville. Browne raconte qu’il y fut admis. Hornemann resta campé au dehors. •

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