‹ Voyage à l'Oasis de SyouahChapitre 5 sur 41 · DESCRIPTION DES LIEUX · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES LIEUX

§. I. OASIS DE SYOUA1I.

Nous devons considérer ici l’oasis de Syouah uniquement sous le rapport de son état actuel, et indépendamment de tout rapprochement avec les temps' antérieurs. Bien reconnaître ce quelle est aujourd’hui, constater avec exactitude, autant qu’on peut le faire selon l’état des connaissances, la nature de son sol, ses productions, les mœurs des habit ans, les lois du pays, le commerce et la population, c’est s’assurer le moyen de découvrir ce quelle a pu être dans l’antiquité. En effet, comme l’a dit le premier des géographes modernes, il est de nécessité absolue que les notions actuelles du local accompagnent l’étude de l’ancienne géographie, qui, privée de ce secours, demeure indéterminée, sans lumière et sans appui \ Le sol, le climat et les productions ne changent point ou changent peu : il eu est à peu près de même du caractère, des mœurs et des usages, fondés sur les conditions physiques; les institutions même ne périssent pas tout entières, et leurs débris sont comme ceux des monumens, ils aident à retrouver ce qui fut autrefois \

Le chef-lieu de 1 oasis est situé parles 29 degrés 12 minutes 20 secondes de latitude septentrionale, et vers le 24e degré à l’orient de Paris 1 2 3. L’étendue de ce canton n’est pas aussi facile à fixer que sa position géographique. La partie cultivée est productive et variable, et l’on peut l’estimer différemment suivant les années. O11 peut aussi évaluer la superficie par celle du sol susceptible d’être arrosé. Enfin, l’on a quelquefois compris dans le calcul de l'étendue tout le bassin dont le terrain fertile occupe le fond, et même d’autres vallons qui sont à l’est, tel que celui de Zeytoun : de là, les mesures très-différentes données par les Arabes et par les voyageurs qui ont recueilli des renseignemens. C’est ainsi que Browne donne à l’oasis une longueur de six milles géographiques seulement, et une largeur de quatre milles et demi; tandis que, selon Hornemann, elle a cinquante milles de tour. D’autres données, communiquées à M. Ripault, à Alexandrie, par des habitans de Syouah, portent l’étendue du territoire fertile de six à huit lieues 4.

D’après la carte esquissée par M. Drovetti, l’étendue totale paraît comprendre tout

1 Mémoires sur l’Egypte ancienne et moderne, par d’Anville, pag. 19.

2 Dans cette description. Ion n’emprunle aucun fait aux precedens voyageurs , Browne et Horneniann, et on laisse même à dessein subsister les détails qui sont en opposition avec leurs récits.

3 La longitude estimée par MM. Cailliaud et Lctor7.ec est de 2 3° 4G', à très-peu près. F oyez plus bas.

4 Voyage de Hornemann, traduction française, page éjo2. M. Ripault était bibliothécaire de l’Institut d’Égypte, lors de l’expédition française.

VOYAGE A SYOUAH.

l’espace compris entre la ville et deux lacs situés au nord-est et au nord-ouest, espace formant un quadrilatère irrégulier, d’environ cinq lieues sur quatre. Mais la partie fertile n’a, suivant M. Cailliaud, que deux lieues, de l’est à l’ouest, sur une largeur de cinq quarts de lieue. C’est à l'est de la ville, selon le même voyageur, qu’est le sol le plus riche : ce terrain est tout couvert de palmiers et d’arbres fruitiers.

De ce même côté sont deux villages, nommés Menchyeli et Gharmy (ou Agharmy): le second occupe le haut d’un rocher escarpé et très-élevé. Au nord, est une montagne percée de carrières et de catacombes, du nom de Gébel-Moutà; à l’est, une autre montagne semblable, appelée Dràr-Abou-beryk (ou Abou-ebryk); et enfin, entre Gharmy et Menchyeli, les restes d’un grand temple : ces ruines 'sont connues des habitans, sous le nom d ' Omm-Beydah.

Le sol du vallon est, en général, une argile sablonneuse; mais tous les environs sont couverts de sel ; l’eau des lacs est salée. Le sel gemme abonde dans le pays; il estquelquefois d'un blanc parfait : on le trouve en gros blocs, qui servent de matériaux pour la construction '. La terre est aussi mêlée de gypse cristallisé. Enfin la pierre est remplie de coquilles pétrifiées. En général, la constitution du sol est assez semblable «à celle de l’Egypte aux environs de Memphis et du Fayoum \ A la surface du terrain, I on trouve le sel uni au sable; et les murs en terre, ainsi que les enceintes de branches de dattier, quoique très-peu épaisses, forment des clôtures solides, par la raison que la pluie ou bien l’humidité de la nuit fond le sel et fait adhérer les blocs ensemble.

Chose remarquable, malgré cette abondance de sel sur tout le territoire, les sources qui coulent dans le pays sont parfaitement douces; il en sort des ruisseaux qui, serpentant dans la vallée, désaltèrent les hommes et les bestiaux, et d’où l’on dérive de petits canaux d’irrigation. L’eau douce coule souvent tout auprès de l’eau salée. Cette qualité du sol,. loin de nuire à la végétation, semble y contribuer. Nulle part on ne trouve de terre plus fertile; les palmiers, les oliviers et les grenadiers sont chargés des fruits les plus beaux.

Au milieu même du lac salé, qui est à 1 ouest de Syouali, sont deux petites des qui produisent des dattes et d’autres fruits; au delà sont encore des jardins d’oliviers très-fertiles : on y arrive par la chaussée pratiquée au travers du lac.

Il a existé jadis, au rapport des habitans, une mine de soufre, à l’ouest de Syouah. Comme l’exploitation de cette mine était un objet de jalousie, et donnait lieu à des contestations sanglantes, elle fut comblée. La présence du soufre, l existence des anciennes eaux thermales, et les tremblemens de terre qui ont lieu de temps à autre 3, sont des circonstances qui méritent d’être remarquées et qui, sans doute, ne sont pas sans liaison entre elles : les eaux minérales que l’on trouve abondamment dans les environs viennent à l’appui de cette remarque 4.

' Voyez le paragraphe suivant, qui a pour titre, Description de la ville cle Syouah.

* On peut remarquer qu’un rapprochement analogue a déjà été fait par Strabon, entre la prélecture Arsinoïte et les environs du temple d'Ammon. Je reviendrai sur ce point curieux.

3 On en a ressenti une secousse en 1 8 1 1 , qui fit tomber une partie du temple d’Omm-Beydah.

4 M. Cailliaud m’avait envoyé, dans le courant de janvier 1820, quatre échantillons de ces différentes eaux, pour en faire faire l’analyse; il en avait observé la température en même temps que les circonstances locales : malheureusement cet envoi s’est perdu, ainsi que d’autres productions de Syouah.

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