II. VILLE DE SYOUAII
L’aspect extérieur de la ville de Syouali, bâtie sur un grand rocher de forme conique, est imposant, mais singulier, comme sa distribution intérieure, comme les usages de ses habitans. Elle ressemble assez à une sorte de ruche, par sa forme, par la nombreuse population qui y est agglomérée. Vis-à-vis de cette colline, est une autre montagne semblable : ce lieu est appelé Beled-el-Kouffàr , ou l’ancienne ville % et renferme des carrières et des catacombes 3. La ville est composée de deux parties : la première, à lest., où habitent les gens mariés, les femmes et les enfans; la seconde, à l’ouest, sur un sol plus bas que la première, et occupée exclusivement par les veufs et par les garçons parvenus à la puberté.
Rien n’est plus bizarre que la construction et la disposition de Syouali. Les maisons et les murs sont en grande partie bâtis de sel marin et de natron, ou soude minérale. La plupart des rues ressemblent à des escaliers : elles sont tortueuses, couvertes, et tellement obscures qu’il faut, pour s’y conduire, marcher à tâtons, 'ou bien s’aider d’une lumière; aussi, en plein midi, voit-on des habitans circuler et vaquer à leurs affaires une lampe à la main.
La ville entière est, pour ainsi parler, un seul bâtiment tout d'une pièce. Chaque maison a plusieurs étages : les supérieurs communiquent avec les inférieurs par des
‘ M. Drovelti avait formé un petit recueil de mots du dialecte parlé à Syouah, qui, selon M. Marsden, est le même que le berber, lequel il suppose être un reste de l’ancienne langue punique corrompue. C’est une conjecture que M. Langlès a faite également.
2 C’est plutôt la ville des .payens.
3 Voyez planche X.
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14 VOYAGE A SYOUAH.
galeries et des chambres qui recouvrent les rues. La population , qui est de deux mille à deux mille cinq cents individus, y est resserrée dans un espace étroit, ce qui l’a lait aussi comparer à une fourmilière.
L’élévation des murailles est de io, i5 et 9.0 mètres de hauteur (de 3o à 60 pieds). Le nombre des étages visibles est de trois ou quatre, et va jusqu’à six. Les murs extérieurs sont inclinés et flanqués de tours. La forme générale de l’enceinte est à peu près un carré, et elle a de tour 38o mètres (1170 pieds) : elle est percée de douze ou quinze portes. Sa position et sa construction en font une sorte de forteresse facile à défendre.
11 y a trois puits dans l'intérieur : un est d’eau douce, et deux d’eau saumâtre. Le premier de ces puits donne de l’eau en abondance pour abreuver tous les habitans et servir à tous leurs usages.
J’ai dit que la ville était bâtie de sel; ce qui a besoin d’explication. Les montagnes voisines renferment du sel en grandes masses; des quartiers de cette matière sont employés comme matériaux dans la construction des murailles : tantôt ce sel est mêlé de sable; tantôt il est blanc et pur comme le sel gemme. On se sert, dans la bâtisse, d’une terre gypseuse, qui fait aussi un enduit propre à conserver la construction. Il arrive, lorsque cette terre est dégradée, que la pluie ou la rosée fait fondre la surface extérieure des masses de sel : alors, les murs se creusent; et ils tomberaient à la longue , si l’on 11’avait la précaution d’y appliquer une nouvelle couche de terre gypseuse.
Au centre de la ville, les rues ont généralement i“,6o de largeur (5 pieds) sur 3 mètres et demi de haut (10 jiieds 9 pouces.) Plusieurs de ces chemins sont si bas qu’il faut se courber pour y passer.
Les chambres reçoivent la clarté par de petits jours larges de om,36 (14 pouces) sur o"“,45 ( 16 pouces et demi). Chacune en a trois, deux en travers, le troisième perpendiculaire et au milieu des deux autres. Quant à celles du centre de la ville, elles 11e sont éclairées que par de petites ouvertures pratiquées dans la partie supérieure.
A chaque mariage, le père construit pour son fils ou sa fille un logement au-dessus du sien : c’est ainsi que la ville s’élève toujours de plus en plus.
La mosquée est au nord de la ville, construite en pierres et en ciment, et soutenue par des pièces de bois de dattier.
D’après les observations de M. Cailliaud, la latitude de Syouali, obtenue par une série de hauteurs méridiennes du soleil, est de 990 12 19,69, ce qui est exactement le parallèle de Benysoueyf, et sa longitude estimée est de 93° 4$ M à l’orient de Paris ‘.