‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 106 sur 110 · I-ONDRES · texte numérisé non relu

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La grande salle à manger reprcsenle le banquet des dieux. La salle d’audience et la salle de présence sont tendues de tapisseries analogues. Enfin, dans la salle des gardes du roi, olTrant, comme celle de la reine, une collection d’armes, on remarque celles du prince Edouard, surnomme le prince Noir, pour lequel on a figuré une sorte de triomphe à la manière des Romains.

Après avoir parlé du cliateau, il n’est pcut-etre pas inutile de revenir sur le parc, et de dire un mot de la foret de YV^indsor.

Nous avons déjà nommé le petit parc, charmant enclos qui entoure le château au nord et a l’est, et qui s’étend en pente douce depuis les bâtimens jusqu’aux bords de la Tamise. Le grand parc est au sud de Windsor, et a près de quinze milles de circonférence. On y arrive par une belle route garnie d’une double plantation d arbi;es de chaque côté. Ce parc est rempli de gibier et d’oiseaux, ainsique d’animaux étrangers, auxquels le roi donne souvent la chasse.

Après le parc vient la foret, semée de villages; bien que le sol demeure généralement sans culture, c’est un terrain mêlé de collines et de vallées, de bois, de prairies et de maisons de campagne. Ces scènes varices ont été admirablement décrites par le diantre de la foret de Windsor, le célèbre Pope, qui naquit dans le voisinage, à Bm-

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fielcl. Laissons ici parler un moment le poète j le lecteur y gagnera.

Here waving groves and chequers’d scenes display,

And part admit, and part exclude ibe day;

There, interspers’d in lawus and op’ning gladcs,

There Irees arise, that shim each ollier’s shades.

Ilere in l'ull light tlie russet plains extend;

There wrapt in clouds the hlueish hills ascend;

Ev’n the wild healh displays her purple dyes,

And ’midst the desart, fruitfull fields arise,

That crown’d with tufted trees and springing corn,

Like Ycrdant isles the sable wasle adorn.

Ce qui veut dire en prose vulgaire : cc Ici des bosquets ondoyans et des scènes variées se déploient, admettant et refusant en partie la lumière du jour J là, entremêlés de plaines et de clairières ouvertes, s’élèvent et se balancent des arbres majestueux, qui évitent leurs respectifs ombrages. Ici, à l’entière clarté du soleil, de vastes champs se couvrent de leurs blonds episj la, enveloppées de nuages, montent les collines bleuâtres j la sauvage bruyère elle -meme étalé ses teintes pouiprées, et au milieu du désert se prolongent les guérets, couronnés d’arbres touflus et de blé jaunissant, comme des îles verdoyantes qui ornent un Océan de sable. »

l’oublions pas de citer encore, au nombre des emhcllissemeus ou améliorations du chateau de

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Windsor, la nouvelle orangerie et les nouveaux jardins à fleurs. Cette orangerie est située sous la grande terrasse qui environne les apparteraens du château. Elle a 90 pieds de long, 3o de haut, et 18 de large. Le toit est plat et couvert de stuc, aussi blanc que la neige, et plus dur que le gianit. Le travail des glaces est un travail tout-àfait original et entièrement diflerent de ce qui existe ailleurs en Europe. Cette belle orangeiie frappe l’œil par sa forme senii -circulaire j elle est éclairée par seize fenêtres d’une grandeur uniforme et donnant sur le jardin a fleurs, qui s etend devant le front oiiental du palais. En un mot, c’est une des plus remarquables additions qui aient été faites au palais. Cette même orangerie est échauifée par la vapeur, et une température uniforme s’y entretient à volonté, avec l aide d une seule personne. La machine est regardée comme une des inventions les plus ingénieuses en ce genre.

Le nouveau jardin a fleurs contient une grande variété de scènes naturelles, sur une petite échelle, sous les appartemens favoris du roi. C est un petit Éden, qui a deux entrées, l’une par la grande terrasse, l’autre par l’orangerie. L’eau y est conduite de la Tamise, et une allée sablée entoure cette vaste collection de tulipes, de roses, de lilas et de mille autres fleurs dont les parfums embaument l’air que respire le monarque.

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En résumé, Windsor, le Versailles, ou comme nous l’avons déjà dit, le Saint-Cloud anglais, situé a 22 milles de Londres, est un lieu ravissant par son exposition. La ville est assise au milieu des prairies que la Tamise arrose, et adossé à des collines bien boisées et d’une pente douce, qui forment autour d’elle un encadrement pittoresque. Sur la plus liautede ces collines, repose le château, depuis plus de *700 ans la demeure des rois d’Angleterre. La chapelle, dédiée à saint Georges, est d’une magnificence inexprimable, bien que la décoration en soit du XV*^ siècle. La terrasse est la merveille par excellence, sous le rapport du point de vue. C’est là que la reine vierge Élisabeth traduisit en vers anglais V^rt poétique Horace.

Tout près de Windsor est le bourg d’Eton, avec un collège fondé par Henri A^l, en 3 44^* Ce bourg est séparé de Windsor par un pont sur la Tamise.

Le collège d’Eton a une bibliothèque renommée par sa composition, et il réunit 5 à 600 élèves, dont qo entretenus gratis. A mesure qu’il y a une vacance au king’s collège à Cambridge, celui qui est le premier parmi les écoliers du roi à Eton, y est appelé et se trouve par là exempt de tout examen.

Il existe encore à ce collège un usage singulier qui depuis près de quatre siècles revient chaque

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trois ans, le mardi de la Pentecôte. Tous les élèves se rendent en procession à une petite éminence appelée Salt-Rill, d’où, vêtus d’habits grotesques, ils se dispersent pour recueillir les dons des passans. L’argent ainsi colligé est destine au plus âgé des écoliers, qu’on nomme le capitaine de l’école, et qui peut dès-lors aller librement étudier à Cambridge.

A Eton plus qu’ailleurs existe le honteux usage du frggi^g ou brossement , espèce d’ilotisme, qui, de la part d’un jeune élève, consiste â servir de domestique à un plus âgé. Chaque grand écolier a son fag, lequel doit, sous peine d’étre battu, obéissance aveugle â son despote. 11 brosse ses habits, va lui chercher son déjeuner, ramasse sa balle au jeu, et le sert en esclave dans tous ses caprices. Son seul espoir est d’être lui-même despote un jour, et de so venger sur un fag des basses classes, de la tyrannie de son maître. Du reste, à Eton, le fouet se donne encore aux enfans.

Le chantre du Cimetière de Campagne et du Barde, le poète Gray, avait aussi chanté les plaisirs et les peines des élèves du collège d’Eton, dans une ode que nous avons essayé de reproduire en vers français, traduction détachée, qui fait partie d’un recueil de poésies diverses destinées â paraître plus tard. Yoici cette traduction :

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