EST DE LONDRES
L’hôpital de Greenwich, destiné, comme nous l’avons déjà dit, à recevoir les matelots invalides, fut jadis un palais où naquit la reine Élisabeth et où mourut Édouard YI. Le roi Guillaume III, en 1694, voulant étendre le commerce extérieur et la navigation, crut pouvoir exciter l’ambition de ses sujets en olfrant pour perspective de retraite à ceux qui se distingueraient sur mer, ce magnifique palais, qui renferme aujourd’hui près de 3,000 marins, avec 200 de leurs enfans, et, outre 200 veuves employées comme gardes-malades, environ 82,000 marins externes pensionnés.
Les bâtimens de Greenwich, situés à cinq milles au-dessous de Londres, sur la rive droite de la Tamise, sont séparés du fleuve par une terrasse de 865 pieds de longueur. Les principales élévations sont en pierre de taille de Portland, et tout l’édifice a coûté plus de 800,000 livres sterling. Il existe entre les corps de bâtimens une cour ou place carrée, de plus de 278 pieds de largeur. L’entrée à la cliapelle est un vestibule octangulaire, et cette chapelle, qui a 111 pieds de long sur Û2 de large, peut contenir 1,000 assistans. Chacune des grandes colonnades attachées aux deux édifices septentrionaux a 35o pieds de long, avec
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un pavillon de retour, de 70 pieds de longueur également, où se montrent plus de 3oo colonnes doubles de pierre de Portland. L’infirmerie est un autre bâtiment carré, en briques, et peut avoir 200 pieds de long sur 175 de large. L école occupe de même un vaste espace, et l’asile naval peut contenir jusqu’à 3, 000 enfans de marins.
Le gouverneur de l’hôpital de Greenwich touche un traitement annuel de 1 ,000 livres sterling, ou 20,000 francs. Il y a en outre un lieutenantgouverneur, quatre capitaines et huit lieutenans, avec un nombre d’officiers proportionné à l’importance de l’établissement. Le chiffre des individus logés dans cet hôpital est d’environ 3,5oo.
Greenwich a aussi un beau parc, dont le site inégal est fort pittoresque, outre qu’il offre des points de vue intéressans. Sur la principale hauteur de ce parc est situé l’observatoire, d’où les Anglais comptent leurs degrés de longitude. Cet observatoire, qui porte le nom de Flamstead, astronome pour lequel Charles 11 le fit bâtir, est tenu avec un soin extrême, par le directeur actuel, M. Pond, vénérable savant, qui a fait de longues et laborieuses études solsticiales. On suit dans cet établissement scientifique la marche des chronomètres, dont les auteurs aspirent au prix annuel décerné par les lords de l’amirauté
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aux meilleurs constructeurs d’instruraens d’opticjue.
A quatre milles à l’est de Greenwich, nous trouvons les fameux chantiers de construction et l’arsenal maritime de Woolwich.'On y distingue trois établissemens principaux : le Dock-Yard, étendue de terre d’environ un demi mille, le long
du fleuve, et contenant deux chantiers, des ma-
gasins et des forges, notamment celle de Rope- Walk, où l’on fait les cables les plus gros 5 le Warren, grand dépôt d’artillerie et de machines de guerre pour les armées de terre et pour les flottes, dépôt qui occupe 100 arpens de terrain, et contient une fonderie j les hulks, ou prisons flottantes, destinées aux personnes convaincues de quelques délits, et condamnées pour un tems à des travaux forcés. Ces prisons flottantes sont un peu négligées depuis l’établissement de déportation de Botany-Bay, à la Nouvelle-Hollande.
Dans les chantiers, on montre la machine de Hooky, destinée à courber les poutres et les solives, pour leur faire prendre la forme des platsbords. La fonderie est une des mieux organisées du monde, par ses machines à mouler, forer, polir les divers articles. La caserne est un bâtiment considérable, dont la façade a 200 pieds de longueur sur une profondeur de i5o pieds. Elle peut
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contenir environ 5, 000 soldats. Près de l’arsenal sont les hôpitaux, militaires. Enfin, devant les casernes d’artillerie et de la marine est une place immense où l’on fait l’exercice des bouches à feu. Il y a en outre une école militaire pour près de 200 élèves, et une vaste pièce d’eau où l’on essaie les nouvelles inventions.
Deptford, Greenwich et W^oolwich sont des lieux dignes d’attirer particulièrement l’attention de l’étranger, et, pour achever son excursion à l’est de Londres, il les poussera jusqu’à Gravesend, petit village considéré comme le port inférieur de celte capitale, dont elle est éloignée d’environ vingt-deux milles, sur la Tamise, vis-à-vis Tilbury-Fort, à six milles est de D.irtford, et à la même distance de Rochester. Nous avons, au surplus, déjà cité Gravesend dans le P'" chapitre de cet ouvrage, avant notre arrivée à Londres, et il nous reste peu de chose à en dire. Nous ajouterons seulement que sous le j ègne de Richard II, une flotte espagnole et française remontant la Tamise, parvint jusque devant Gravesend et brûla cette ville, qui fut ensuite rebâtie sur un plan nouveau.
De celte limite inférieure du port de Londres, portons-nous en droite ligne vers l’ouest de la mé-
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tropole pour y chercher Oxford, d’ou nous passerons au nord à Cambridge, deux villes universi taires sur lesquelles nous avons promis de revenir, sous le rapport matériel, lorsque dans le chapitre ly nous avons parlé des universités mêmes comme corps savans.
Oxford et Cambridge sont à peu près l’une et l’autre à la même distance de Londres, distance que pour Oxford les voitures parcourait en cinq heures. Comme villes, elles n’ont rien de bien remarquables et réunissent chacune 12 a i3,ooo habitans perraanens. Oxford présente une trèsbelle entrée. De chaque côté de la rue dite Higli- Street se trouvent des maisons d’une riche apparence, au milieu desquelles s’élèvent les collèges. Celui qu’on appelle Magdalen-college a un clocher blanc et élancé qui domine ses édifices, s’élève au-dessus de la verdure des arbres et frappe d’abord les regards du voyageur qui vient de Londres. Les diverses parties du collège forment à l’intérieur une vaste cour environnée de tous côtés de belles galeries semblables aux chiostri des Italiens. Ces galeries, que l’on trouve dans tous les collèges, servent de promenade quand il pleut. En sortant des galeries on trouve une place couverte de gazon, au nord de laquelle est un autre édifice sans intérêt. Les promenades ordinaires s’étendent le long des bords du Charwel, rivière au cours
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tranquille et sinueux. On remarque surtout l’allée cV Addisson , ainsi nommée parce que cet illustre écrivain s’y promenait de préférence lorsqu’il étudiait dans ce collège.
Chaque collège a trois endroits dignes d’attention; le hall ou réfectoire, la bibliothèque et la chapelle. Dans le hall de Magdalen-Collége sont les portraits et les armoiries des hommes célèbres qui ont suivi les cours de l’établissement. On n’admet au salon appelé Common-Room que les fellows ou ceux qui sont revêtus des grades supérieurs. La chapelle avec ses vitraux peints et les colonnes sweltes et magnifiques du péristyle, fait un bel effet à l’oeil.
Tous les collèges d’ Oxford et de Cambridge se ressemblent. Les formes auxquelles les membres paraissent astreints ne sont pas gênantes, surtout pour les fellows, qui presque tous, d’ailleurs, jouissent d’un revenu considérable. Ils disposent de leur tems comme il leur plaît, et s’absentent quelquefois des années entières.
A Oxford, le Queen’s- Collège offre quelque analogie matérielle avec le palais du Luxembourg à Paris. La bibliothèque des Allsouls-Collége est décorée avec magnificence, et environnée d’une galerie qui repose sur des colonnes ioniennes et doriques; elle contient 4 à 5,ooo volumes. La chapelle de ce collège a une statue en marbre
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tlii célèbre jurisconsulte Blackstone, tenant d’une main ses commentaires sur les lois, et, de l’autre, la grande charte dont il a publié la meilleure édition.
Dans le Queen’s-Collége on donne avec une trompette le signal du dîner. Au jour de l’an le caissier ou burser présente à chaque membre une aiguille et du fil, disant : « Prenez et soyez économe. » Le premier jour de noël, fête, au reste, ^ universelleen Angleterre, où elle est, à proprement parler, ce qui est en France le nouvel an, on sert une hure de sanglier après l’avoir promenée processionnellement en chantant une vieille chanson en mémoire d’un jeune étudiant qui, surpris dans le bois par un sanglier, lui jeta un Aristote à la gueule et put de la sorte lui échapper.
Le New-Collége a une très -belle chapelle et de vastes jardins. Le Morton- Collège étale son beau clocher; et Christ- Church- Collège, son aspect grandiose, ses cours spacieuses , ses magnifiques bâtiinens, son péristyle et son escalier superbes. Sa chapelle est en même tems la cathédrale du diocèse. Le Sheldonian théâtre, qui sert aux solennités universitaires, a une grande salle d’un effet imposant. A côté de ce théâtre est la fameuse imprimerie de Clarenton , d’ou sont sorties tant d’éditions d’auteurs classiques. On sait qu’à l’exception de l’imprimerie du roi â Londres, les uni-
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versilcs d’Oxforcl et de Cambridge ont seules le droit d’imprimer la bible et le common-prayerbook ou livres des prières ordinaires.
Le jardin botanique de l’université d’Oxford est le plus ancien de l’Angleterre; il fut fondé eu 1622. L’emplacement de ce jardin fut jadis le cimetière des juifs, dont le nombre était fort grand h Oxford, avant qu’Édouard pour se déliarrasser de tous ces créanciers importuns de l’état, eût pris en 1290, le moyen expéditif de les exterminer. On agrandit ensuite ce jardin créé aux dépens des malheureux Israélites égorgés ou chassés, et maintenant il renferme un espace d’environ cinq arpens. La porte d’entrée a deux statues, l’une de Charles !"■ a droite, l’autre de Charles 11 à gauche ; l’une et l’autre furent coulées aux dépens du fameux antiquaire Wood, qui, d(^à vieux, avait été condamné à une très-forte amende pour avoir publié une satire contre le comte de Clarendon.
La bibliothèque Pradclifienne, ainsi appelée du nom de son fondateur, le docteur Pradclilfe, qui avait légué à l’université livres sterling,
ou un million de francs, avec des rentes pour le traitement du bibliothécaire et pour l’achat de livres, est un des beaux établissemens de ce genre. Comme en Angleterre la loi oblige les auteurs ou imprimeurs à remettre à la bibliothèque bod-
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léïenne un certain nombre d’exemplaires de tous les ouvrages imprimes, celle-ci remet à la bibliothèque radclifienne ceux de ees ouvrages qui sont relatifs à l’histoire naturelle.
Cambridge, ville à laquelle nous passons brusquement, sans aucune transition relative au trajet d’Oxford à elle, ne présente ni l’aspect riant, ni le caractère grandiose d’Oxford. Néanmoins plusieurs des collèges sont bâtis avec magnificence, notamment le King’s-Collége et le Trinity-Collége; ce dernier montre une belle statue de Newton en marbre blanc. L’astre de ce beau génie brille encore ici dans tout son éclat- la chapelle du même collège, la plus vaste de tous, renferme le monument qui lui fut érigé avec cette inscription ; Qui genus humaniim imperio supej'avit. Le portail de Trinity-Collége, surmonté de clochers, est d’un ‘imposant aspect. L’escalier et le parquet de la bibliothèque sont en marbre. Les livres sont rangés dans des armoires élégantes et ornées de bustes d’hommes célèbres. Cette bibliothèque possède un grand nombre de lettres de Newton et un volume contenant les manuscrits de Milton.
La chapelle de King’sCollégcest un chef d’œuvre d’architecture anglo-saxonne, La Clare-Hall et les Clare Walkssont des promenades délicieuses .
De l’autre côté de la petite rivière de Cambell J ohn’s
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College, on a fait construire un nouveau halinient, joint à l’ancien par un pont élégant. Dans le jardin de Christ-Collège est le mûrier planté par Milton, mûrier aussi célèbre que celui de Shakespeare sur l’Avon, mais plus heureux; car il est toujours debout; le tronc a beaucoup souffert du lems ; mais la couronne est toujours fraîche et belle. Dans le bâtiment destiné aux schools, se trouve la bibliothèque de l’université, qui est très-considérable et riche en objets rares et curieux. On y
voit un codex renfermant les quatre Evangiles et l’Histoire des Apôtres, en grec et en latin, codex qui date des YP et YIP siècles, ainsi que le ]3ook of cJiesSy le premier livre qui ait été imprimé en Angleterre, en i474- Enfin, le musée de Cambridge a de beaux tableaux, dont un, du Titien, représente Philippe H avec sa maîtresse la princesse Eboli.
Un observatoire analogue à celui d’Oxford a été fondé à Cambridge, en 1823, par les soins de M. A iry, astronome, auteur de tables du soleil, travail (jui l’a amené à la découverte d’une petite inégalité à longue période, dans le mouvement de la terre, produit par l’action de Vénus, et dans celui de Vénus, par l’action de la terre.
Ajoutons un mot sur le jardin botanique de Cambridge. H embrasse environ deux hectares d’un terrain médiocre, où l’on cultive de 5 a
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Goo plantes convenablement distribuées. La fondation de ce jardin ne remonte qu’à 1724»
Yoilà notre revue des environs de Londres achevée; elle paraîtra sans doute bien incomplète, mais elle remplit le cadre que nous nous étions tracé, n’ayant voulu que rappeler les principales curiosités locales du voisinage de celte grande ville. Nous devons maintenant lui faire nos adieux et retourner en France, non plus par Douvres et Calais, mais par l’élégante ville de Brigliton, où le plaisir tient sa cour en été, et où les Néréides aiment à soutenir, de leurs mains caressantes, les belles Anglaises qui viennent y déployer, sur le sein de Neptune, la souplesse de leurs corps et la vivacité romanesque de leurs jeunes élans.
Brighton possède aujourd’hui les bains les plus fréquentés de l’Angleterre, comme ceux de Dieppe le sont en France. La Manche roule entre ces deux villes, et Brighton se trouve à une distance de vingt lieues de Londres, distance que les voitures publiques franchissent en moins de cinq heures. Les I)ains de mer de Brighton ont mis en vogue ceux de Dieppe, où la meilleure société afflue pendant la belle saison. L’édifice le plus remarquable de Brighton est le palais, qui fut l’ichemenl décoré par Georges IV, ce prince en ayant fait sa résidence d’été. Les écuries, près du
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château, on été construites dans le goût mauresque. La nouvelle église est d’une rare élégance; mais l’ancienne pour cela n’est point aÎ3andonnée, et l’on y montre encore les fonts baptismaux apportés de Normandie du tems de Guillaume-le- Gonquérant. L’avenue de Steyne est une charmante promenade, sur le bord de la mer. On voit aussi la nouvelle jetée bâtie pour faciliter les embarquemens. Brighton possède également une chapelle catholique et une synagogue, une salle de spectacle et une bibliothèque. A un mille de la ville ont lieu les courses de chevaux, et à cinq milles au nord-ouest est un lieu romantique appelé le Trou du Diable, the DeviV s Dyke, Brighton a une population de 25, 000 habitans, qui ont parfaitement conservé la physionomie et le caractère britannique, en y joignant , toutefois , un peu plus de prévenance qu’à Londres.
Mais repassons le canal de 29 lieues de largeur, qui nous sépare des côtes de Normandie; et en nous éloignant des rivages d’Angleterre pour revoir ceux de notre belle patrie, fermons la relation de ce voyage par les vers suivans, que mon retour m’a inspirés à la vue des rivages français.
Quelle ivresse inonde mes sens,
A ton aspect, ô ma patrie !
D’un fils accueille les accens.
Echos de son ame attendrie.
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Mes traits se sont épanouis,
Mon cœur joyeux bat d’espérance ; Heiu-eux qui revoit son pays,
Quand c’est le beau pays de France.
Heine du commerce, Albion,
De l’or superbe métropole.
En vain ton hardi pavillon.
Vogue de l’un à l’autre pôle; Londres, sans regret je te fuis.
Et je chante avec assurance :
Heureux qui revoit son pays,
Quand c’est le beau pays de France,