‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 108 sur 110 · I.ONDRES · texte numérisé non relu

I.ONDRES

Que d’humains, d’une ardeur féconde, Ont joui de fendre ton onde.

Sous l’agilité de leurs brasj Ont pris la linotte étourdie.

Ou chassé la balle arrondie.

Qu’arrête un utile embarras!

Les uns, ou par zèle ou par crainte Du travail domptent l’âpreté,

Durant les heures de contrainte Que va payer la liberté j Des autres la foule dédaigne Le terme si court de leur règne.

Bien loin va porter ses désirs ;

Et dans le moindre vent qui dure,

Du maître entendant la voix dure.

Enlève de furtifs plaisirs.

Le folâtre espoir les devance :

Satisfait, il a moins de prix ;

Les pleurs sont oubliés d’avance,

Du cœur c’est un brillant souris :

Leur santé fraîche a tout s’expose.

Leur esprit jamais ne repose,

Doux flambeau d’un noble destin; Leur jour est clair, la nuit facile^

Les sens purs, le sommeil docile,

Qui fuit a l’aspect du matin.

Hélas! innocentes victimes.

En se riant de l’avenir.

Ils goûtent des biens légitimes,

Sans soin des maux prêts â venir !

Quand, du malheur cnfans sinistres.

Mille impitoyables ministres

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LONDRES

Vont les frapper près des autels; Montrez-Ieur donc le piège avide, Que tend cette horde livide,

Et dites-leur qu’ils sont mortels!

Les passions vont les atteindre; Voila les vautours de l’esprit:

La colère, inhabile à feindre, L’elTroi, le honte qui s’aigrit;

C’est l’amour consumant leur vie.

Les soins cuisans, la pTde envie.

Le chagrin aux traits dangereux,

Et c’est la jalousie infâme.

Si prompte a dëcliirer notre âme>

Et le désespoir, plus alFreux !

L’amhition qui les anime Les précipite en un moment Du haut des grandeurs dans l’abîme,- Chargés d’un mépris diffamant;

La fraude ’a l’œil faux les attire ;

Et la cruauté, leur martyre.

Rit des pleurs qu’elle fait couler; Enfin, c’est la sombre démence.

Dont toujours la voix recommence Des tourinens faits pour l’ébranler.

Poursuivant leurs ardeurs chéries,- Un noir cortège est sur leurs pas;

Je vois d’implacables furies.

Les sombres filles du trépas :

La faim, la souffrance fatale.

Tarissent la source vitale Qui des sens mouvait le ressort;

Et la pauvreté, plus horrible.

LONDIŒS.

<^ue suivent, escorte terrible,

La pale vieillesse et la mortl

C’est leur destin comme le notre;

Ces enfans sont ne's pour les pleurs;

Le cœur sensible en plaint un autre,

Le cœur froid ses propres malheurs :

Mais puisque trop tôt vient la peine,

Que le plaisir se goûte a peine,

Pourquoi ce souci raisonneur?

Jjaissons-leur donc leur Élysée :

La sagesse est une risée.

Quand l’ignorance est un bonheur.

Nous ne ferons point nos adieux à Windsor et à ses environs sans avoir accordé une visite au petit village de Slough.

Ce village, d’ailleurs insignifiant par lui- même, ne sera pas moins célèbre désormais, surtout dans le monde savant, par le séjour de l’astronome Herschell, qufen ce même lieu fit desi belles et de si importantes découvertes dans la science des astres, notamment les étoiles doubles et la planètequi a porté son nom, et qu’aujourd’hui on est convenu d’appeler üranus, tant pour conserver une série uniforme de noms mythologiques aux onze planètes qui circulent autour du soleil, que pour marquer davantage l’éloignement de ce corps opaijue roulant a une distance de six-cent-soixante-deux millions de lieues de l’astre solaire dont il reçoit et la cha-

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leur et la clarté. Nous avons vu à l’observatoire de Slougli la grande lunette au moyen de laquelle Herschell explora les espaces célestes j mais ce fut avec une lunette de force moyenne qu’il découvrit la planète dont nous venons de parler. Son fils a depuis calculéj avec les mêmes instrumens, les orbites des étoiles doubles, en ajoutant encore aux découvertes de son père, travaux qui lui ont valu le grand prix d’astronomie fondé par Lalande, et décerné en 1882 par l’Académie des

sciences.

Transportons-nous maintenant vers le sud de la métropole, et visitons dans cette partie quelquesuns des lieux les plus notables, en commençant par l’hôpital de Chelsea.

SUD DE I.ONDRES.

L’hôpital de Chelsea, situé à deux milles sudouest de Londres, sert d’asile aux soldats invalides des armées de terre, comme G reen wich, dont nous parlerons bientôt, est affecté spécialement aux marins. Chelsea se trouve peu loin de Kensington, sur la rive septentrionale de la Tamise, à l’un des coudes de cette rivière, en face de Battersea, qu on aperçoit sur la rive opposée. Cet édifice fut bâti sous le règne de Jacques L’, qui y vint poser la première pierre. Le front, vers le nord, s’ouvre sur un vaste

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terrain servant de promenade aux invalides, taii’ dis qu’au sud s’étendent des jardins le long du lleuve. Au centre des bâtimens est un fronton supporté par quatre colonnes, sur lesquelles s’élève une tour d’un bel effet. Près de là est la chapelle qui fut décorée par les libéralités du roi Jacques, et de l’autre côté est la grande salle où les pensionnaires dînent ensemble. Les aiks de l’est et de l’ouest présentent trois étages, dont les chambres sont parfaitement distribuées. Sur la colonnade centrale, on lit une inscription latine, rappelant les bienfaits des princes qui ont tour à tour doté l’établissement, lequel se distingue par un air de propreté et d’élégance remarquable. Il contient environ 4oo invalides. Le gouverneur touche un traitement annuel de 5oo livres sterling, ou i2,5oo francs. Un lieutenant gouverneur reçoit 2Ôo livres sterling, et un major i5o livres. Trente-six officiers sont payés à 6 pence, ou 6o centimes par jourj trente -quatre chevau - légers et trente sergens ont chacun 2 schellings, ou 2 fr. 5o cent, par semaine, espace de teins pour lequel quarante-quatre caporaux et tambours sont payés à raison de chacun 6 pence, tandis que trois cent trente-six soldats ont chacun 8 pence. Tout ici est tenu sur un pied de garnison : la prière a lieu deux fois par jour, à la chapelle, dont les deux chapelains jouissent

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(l’un traitement annuel de chacun loo livres sterling, traitement égal à celui du médecin, du secrétaire, du contrôleur, du ti’ésorier et du chil’urgien. Les pensionnaires externes , au nombre d’environ 80,000, suivant Britton, reçoivent par année ’j livres 12 schellings 6 penCe, ou environ 190 francs. Ces dépenses sont supportées au moyen de retenues sur les traitemens de l’armée. Tout le front de l’hôpital mesure environ 800 pieds de longueur.

Près de cet hôpital fut, en 1801 , fondé un autre asile pour l’éducation et l’entretien des enfans des soldats des armées de terre et de mer. On peut voir aussi l’hôpital d’York, destiné aux militaires blessés, arrivant des pays lointains, et qui restent là comme en dépôt, jusqu’à ce qu’on ait réglé leur sort ou fut droit à leurs réclamations.

De Chelsea nous allons par Fulham chercher le pont de Puliiey, joli village, sur la rive méridionale de la Tamisej puis celui de Batlersea, sur la même rive. Nous nous dirigeons de là vers le sud, afin de visiter, i*’ la petite ville deCroydon, à dix milles et demi de Londres, et dont l’église est une des plus belles de la contrée j 2° le village d’Epsom, fameux par ses eaux minérales, d’où l’on retire en très-petite quantité le sel connu sous la dénomination de sel d’Epsom ^ 3® le village de Dorking, à vingt-deux milles de la métropole,

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un (les endroits les plus pittoresques et les mieux cultivés du comté de Surrey. De là nous revenons en droite ligne à Deptford, ville a (juatre milles de Londres, sur. la Tamise, où elle a de magnifiques chantiers de construction pour les vaisseaux, chantiers dans lesquels on emploie constamment de 1 ,000 à 1 ,5oo ouvriers. Deptford contient deux liôpitaux destinés aux pilotes invalides et à leurs veuves. Son nom lui est venu de ce qu’elle avait un gué profond (deep ford), sur la petite rivière de Ravensbourn, près de son confluent dans la Tamise, où existe aujourd’hui un pont. Nous ne dirons rien de Dulwicli , agréable hameau qui possède des eaux minérales, ni de Strealham et Sydenham, villages peu éloignés l’un de l’autre, et dont le dernier, sur un joli coteau, est célèbre depuis long-tems par ses eaux minérales; ni du joli village de Blackheath, parce qu’il nous tarde d’arriver à Greenwich, dans la partie orientale de la métropole britannique, où nous verrons ensuite Woolwich et Gravesend. De ce côté, on ne trouve point de maisons de plaisance, parce que le pays est marécageux et que le fleuve est couvert d’établissemens industriels ou commer-

ciaux.

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