‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 36 sur 110 · I.ONDRES · texte numérisé non relu

I.ONDRES

(le la majesté. On admire plus encore le portique superbe en style gothique, conduisant à la porte septentrionale. En entrant par la porte de l’ouest, on admire aussi la symétrique élégance de l’intérieur de l’église, qui consiste en une nef et en deux ailes dont le toit est soutenu par deux rangs d’arcade l’un sur l’autre, appuyés sur des faisceaux de piliers. La fenêtre du grand portail est un précieux morceau de peinture sur verre. Le coeur a un pavé en mosaïque généralement regardé comme un chef-d’œuvre, quoiqu’il date de 12'j'i. C’est là que se fait le couronnement des roisd’Angleterre.

L’Abbaye de Westminster, longue intérieurement de 5ii pieds, large de 71, et haute, par ses tours, de 226pieds^ compte dans son sein un grand nombre de chapelles, dont celles d’Édouard, de Henri V et de Henri Yllj sont les plus remarquables. Dans la première sont renfermées les cendres

d’Edouard- le-Confesseur, de Henri 111, d’Edouard 1" et d’Édouard 111, de Richard H et de sa femme; on y voit le plus ancien fauteuil de couronnement, apporté d’Écosse par Édouard 1®*^ en 1297, et le bouclier avec le casque dont Henri Y1 fit usage à la bataille d’Azincourt, dont l’issue avait été si funeste à la France. La chapelle qui porte le nom de ce dernier prince, renferme son tombeau. Celle de Henri Yll est un des plus beaux restes de l’architecture gothique; ses tourelles et scs mu-

LOINDIIKS.

railles sont travaillées à jour comme de la dentelle; elle consiste en imeneret deux petitesailes; elle a 99 pieds de long, 66 de large, et 54 de hauteur; au centre est le tombeau de Henri YJI, en forme d’autel. C’es*t dans la nef que sont armés les chevaliers de l’ordre du bain, dont les armoiries, les épées et les bannières sont placées dans des niches ou stalles respectives. L’érection de ce bizarre édifice coûta au prince 24,000 livres sterling, qui, en comparant la valeur monétaire d’alors, feraient de notre tems au moins cinq millions de francs. C’était une somme assez belle pour un monarque parcimonieux, qui voulait, il est vrai, se préparer ainsi un lieu convenable de sépulture. Il avait, néanmoins, dépensé une somme égale pour construire un vaissau, qui, réellement, devint le premier bâtiment de la marine anglaise, car auparavant les souverains d’Angleterre louaient ou nolisaient des vaisseaux marchands lorsqu’ils avaient à faire une expédition maritime. Ce besoin d’une flotte était de plus en plus impérieux,

car le XYF siècle commençait et le Nouveau-

Monde venait d’ètre découvert.

Il nous est impossible de passer sous silence une autre partie de l’église connue sous la désignation de coin des poètes (1), à cause des tombeaux ou

(1) The poets’ corner.

inonumeiis qu’on y a élevés aux plus grands poètes anglais. Celui qui attire le plus les regards est le xénotaphe de Shakespeare, sur le cartouche duquel sont gravés des vers tirés d’un de ses drames, et dont voici le sens :

Les tours dont le sommet se perd dans les nuages,

Les palais fastueux, les temples solennels,

Notre globe terrestre, ainsi que les mortels.

Tout devra s’engloutir dans l’Océan des âges;

Et comme un songe vain, nulle trace après soi Ne pourra triompher de la commune loi (1).

Sur les tombeaux de Milton et de Gray se lit une inscription qui signifie :

Muse grecque, a présent, tu comptes des rivaux;

Peuples, rendez hommage a l’heureuse Angleterre ;

En ses accords, Milton brûla du feu d’Homère,

Et Gray sut de Pindare éclipser les travaux (q).

Le fabuliste Gay s’était lui - même chargé du

(i) The cloud capp’d lowcrs, tlie gorgcous palaces, The solenm temjjlcs, lhe grcal glob itself,

Yea, ail which it inherits, shall dissolve,

And, like the baseless fahric of a vision,

Leavc not a wrcck hehiud.

No jnore the grecian musc iinrivall’d rcigns,

To Britaiii let lhe nations honiage pay;

Shc felt Houier’s firc in Milton’s strains,

A Pindarc’s rapturc in the lyre of Gray.

t-ONDRFîS.

soin de son épitaphe, et son cénotaphe l’a conservéej en voici la teneur :

Noire vie est un jeu, tout le montre a nos sens:

Je le pensais naguère, aujourd’hui je le sens (i).

Le comédien Garrick a lui-môrae obtenu les honneurs de l’apothéose à Westminster, au grand scandale des papistes d’outre-mer, comme du continent ; et voici en quels termes le peuple anglais justifie ces honneurs :

Pour peindre la nature, à la voix du grand Être,

Shekspire se leva, qui la peignit en maître,- Et pour en propager le superbe renom,

Garrick y vint unir sa magie et sou nom (o.).

A côté de ces génies immortels reposent aveO le meme privilège les cendres du naiïBen Johnson^ du satirique Spenser, du bon Chaucer, du mordant Butler, du poète diplomate Prior, du brillant Thompson, du spirituel Addison, du gracieux et varié Goidsmith, du verbeux Richardson, du mâle Covvley, du joyeux et comique Sheridan, et de tant d autres, parmi lesquels figure même le français

(O Life is a jest, aucl all thiiigs shew il :

1 tliought so ouce, Lut now i know il.

(2) To paint faii- nature, Ly divine command, lier magic peneil in Lis glovving hand,

A Sbakspeare rose. Then, to expand Lis faine AVide O erjthis Lrealhing world, a Garrick came.

1 oo

LONDRES

Casnubon, bibiiolliécaii’e de Henri IV^ el qui, lors (le la révocation de l’édit de INantes, se réfugia à Londres, pour y terminer sa laborieuse carrière.

D’autres parties de l’Abbaye renferment également un grand nombre de tombeaux, entre autres les restes de Fox et de Pitt, que la vie divisa el que la mort a réunis, comme Walter-Scott l’a rappelé dans l’introduction de son poème de Marmion, où il dit notamment de ces deux hommes d’état :

(( Tant que dans les mille plaines de l’Angleterre, il restera debout un temple exempt de toute souillure, dont le paisible airain ne ht jamais entendre le bruit insensé du tocsin sanglant, mais, au contraire, dans le saint jour du dimanche, appelle toujours les campagnards à la prière- tant que la foi et la paix publiques seront en honneur, arrosez d’une larme ce marbre insensible 5 car celui qüi sut les conserver, Pitt, y repose.

» Ne retenez pas vos généreux soupirs par le motif que son rival politique sommeille auprès de lui; ne redoutez pas de prononcer le Requiescat sur sa tombe, dans la crainte qu’il ne retentisse sur celle de Fox; pleurez ses talens trop tôt ravis à la patrie; pleurez ce génie élevé, ce savoir profond, cet esprit brillant qui aimait à jouer et jamais à blesser; pleurez cette haute intelligence, qui sut d’une manière si merveilleuse, pénétrer,

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l’ésGudre et combiner; celte sensibilité vive, celte imagination brûlante sommeillent pour toujours avec celui qui dort sous cette pierre. Toi qui regrettes qu’elles n’aicnt pu le préserver de l’erreur, éloigne de ton coeur toute idée trop sévère^ et que le dernier sommeil devienne sacré pour lui. C’est ici la fin de toutes les cliosesde la terre!... (i).»

L’abbaje de Westminster renferme également les cendres de l’orateur Grattan, de ce lord Castlereagb, qui, parvenu au comble des honneurs, prit en dégoût la vie et se coupa la gorge; de l’amiral Warren; du général Paoli, le compatriote et l’antagoniste de Napoléon; de l’amiral lord Howe ; d’Isaac Newton, ce grand génie qui découvrit la pesanteur universelle ; du général Wolf, qui s’empara de Québec, en 1759; de lord Pultenej, et autres. On vient encore d’y placer, en i832, les dépouilles mortelles du célèbre W^att, qui a donné un si grand développement à la vapeur, dont l’application aux machines industrielles fut découverte par un Français, Salomon de Caus, en i6i5, comme Ta prouvé d’une manière sans réplique, M. Arago, dans une notice inséi’ée à V Annuaire du Bureau des Longitudes de 182g.

(1) Extrait de ma traduction de Walter-Scott, 27 volumes Paris, Aubrcc, i83'2.

ï.OiNDRES.

Un portique dont l’élégante construction date de l’an 1220, aboutit à la salle dite du Chapitre, où, en la Chambre des Communes tint ses

séances jusqu’au règne de Henri YI, qui les transféra dans la chapelle voisine, celle de Saint-

Etienne, où elles ont eu lieu jusqu’à la ini-oclobre 1834, époque de l’incendie qui en a dévoré une partie- chapelle dont il sera question lorsque nous rendrons compte du Parlement. La salle du chapitre précitée garde à présent les archives de la couronne, y compris les deux gros volumes z/z-4'’ du fameux Domesdaj book, ou grand Cadastre de l’Angleterre, compilé vers la fin du XP siècle, sous Guillaume-le-Conquérant.

Après les grands édifices religieux de Saint Paul et de Westminster, les autres ne sont plus que d’un intérêt secondaire. Notons du reste qu’en général il y en a peu de gothiques, parce qu’ils sont presque tous d’une construction postérieure au terrible incendie de 1666. Chacun a son cimetière, au milieu duquel l’édifice s’élève solitaire, et qui est entouré par une grille en fer. L’église Saint-Martin a un très beau portique formé de Luit colonnes, et est surmontée d’un clocher dont la flèche se perd dans les nuages. Le portail de l’église Saint-Georges est, après celui de Saint- Martin, le plus élégant de Londres. L’église Saint- Clément renferme les restes du poète dramatique

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OUvay, mort en 1 685. Celle de Saint Etienne passe pour le chef-d’œuvre de Christophe Wren, par la grâce, rélégancc et la beauté des proportions. Celle de Mary- le- Bonne (corruption de Mariela-Bonne), longue de 125 pieds, large de 70, haute de 53, sans le clocher qui s’élève jusqu’à i34 pieds au-dessus de la base, est un des beaux nionurnens de Londres et d’une construction, toute moderne. L’église Mary-the-Bow (Sainte- Marie-de-l’Arc), qu’on dit avoir été bâtie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant, et qui fut restaurée par Christophe W^ren, a un haut clocher couronné d’une girouette en forme de dragon. La Hèche du clocher de l’église Saint-Bride est remarquable aussi par sa légèreté. Il n’y a pas d’édifice plus connu dans Londres que l’église Saint-Dunstan, à cause de deux figures en bronze qu’on y voit et qui sonnent les heures alternativement. D’un autre côté, saint Dunslan est encore très-vénéré par les bonnes gens de Londres, pour avoir su les délivrer de la présence du démon, en résistant d’une ame ferme a toutes scs tentations, et en lui jouant le mauvais tour de le saisir une nuit par le nez avec des pincettes rougies au feu, et qui lui firent pousser d’assez forts hurlemens pour assembler tous les voisins. Dans l’église Saint-Gilles, bâtie en 1546, fut marié le chef républicain Cromwell, et inhumé son secié-

LONDllCS.

taire le poète répi;blicaiii Milton, qne Voltaire a ainsi caractérisé en comparant aux autres poètes épiques le chantre du Paradis joer du :

Milton, plus sublime qu’eux tous,

A des beautés moins agréables;

Il semble chanter pour les fous.

Pour les anges et pour les diables.

L’église Saint-Sauveur, fondée avant l’arrivée des Normands en Angleterre, est encore un bel édifice gothique; la tour qui, avec la flèche, a i55 pieds de haut, renferme douze cloches qui forment la meilleure sonnerie 'de Londres. L’église du Saint- Sépulcre, qui passe pour un des plus anciens édifices de Londres, a une tour surmontée de quatre flèches modernes. L’église Saint-André est aussi vaste qu’élégante. Celle de Saint-Pancrace, ce saint dont les culottes miraculeuses rendaient fécondes les femmes stériles qui pouvaient les toucher, offre une imitation du temple d’Erecthée à Athènes. Puen de particulier dans l’architecture des autres églises de Londres.

Quant aux chapelles destinées au culte calholique, car ici la réforme a pris pour elle toutes les églises, en réduisant le catholicisme romain à une minorité pour ainsi dire imperceptible; quant aux chapelles, donc, celle de Moorfields a de belles colonnes en marbre et une superbe peinture à fres-

T>OIN DK ES.

quej celle de Spanisli-Place est d’uiic arcliileclure vraiment classique.

Ap rès les inonumens religieux, nous avons promis de parler des inonumens sur la Tamise, c’est-à-dire des ponjs ou passages j ils seront le sujet de la section suivante.

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