VUE GÉNÉRALE DE LONDRES
Réflexions préliminaires et comparatives. Passage du détroit. Trajet de Douvres a Londres. Yue de Londres. Situation, climat, physionomie générale, population et historique de cette métropole.
A mighly mass of briks and smoke and shippiiig Durly and dusty, etc.
Masse énorme de briques, de fumée, de navires; ville sale et sombre, mais s’étendant au loin.
l ORD Byron. Don Juan,
Le voyageur qui, pour la première fois , passe des rivages de France aux rivages britanniques, reçoit des impressions si différentes d’une contrée à l’autre, qu’il lui est d’abord assez difficile de bien s’en rendre compte. Uu liquide intervalle d’environ sept lieues, qu’un bateau à vapeur fran-
LONDRES
cliit Cil moins de trois heures, suffit pour Idul cliniiger à ses regards et leur offrir une plage tout autre par ses aspects que celle qu’il vient de quitter* un monde entièrement nouveau par le langage, le costume et les habitudes. Il n’y a qu’un instant, de vastes plaines et de vertes collines à demi-cultivées, des villages et des villes où la vie se déploie, mais où l’opulence n’est pas le caractère dominant, frappaient ses yeux : maintenant, il aperçoit des dunes blanchies par l’Océan (i), des coteaux en parfaite culture, des champs, des enclos ou vergers enveloppés de haies vives et éclatans d’une verdure délicieuse (2)5 partout des habitations propres et agréables, des villages peuplés avec une étonnante surabondance, et annonçant, malgré cela, une aisance générale. Toutà-l’heure son oreille était flattée de l’harmonie d’un langage clair, élégant et sonore j actuellement, elle ne saisit plus que les sons durs ou monotones d’un idiome surchargé de consonnes et de monosyllabes. Enfin, naguère encore, il voyait
(1) C’est de la blancheur de ses côtes que l’Angleterre a pris son nom poétique à’ Albion, mot dérivé du latin album, qui signifie blanc ou blancheur .
(2) Les campagnes, dans la plus grande partie de l’Angleterre, sont aussi diversement coupées de haies vives que celles de la Suisse et du Bocage de la Vendée.
Londres.
folâtrer un peuple vif, aimable, léger, brillant , poli et quelque peu moqueur 5 au lieu qu’a présent le voici chez une nation grave et pensante , active dans son silence, froide> égoïste, vous regardant à peine > et tout entière à son objet , l’amour du gain.
Arrivant de Calais, nous voici débarques dans le premier port de l’heureuse Angleterre (1), pour nous servir de l’expression favorite de l’auteur ^Ivanhoe : c’est Douvres, clé et barrière du royaume britannique. Douvres se présente au fond d’une gorge ayant à droite le vieux château attribué à Jules-César, et où figure le canon appelé
tolet de poche àQ\a. reine Elizabeth^ laquelle le reçut en cadeau des Hollandais j canon qui, suivant une opinion populaire que rien ne justifie, peut lancer un boulet sur les côtes de France. A gauche est le rocher de Shakespeare, de la cime duquel, suivant le poète, les pêcheurs qui marchent sur la grève , ne semblent pas plus gros que des souris qui trottent (2); rocher d’où Wellington, en 1814, dans une promenade, faillit tomber au
(i) Mary England, dil Waller Scott> suivant le langage Usuel.
(a) The fishermeu lhat walk upon llie bcacli,
Àppcar like miee.
(,King Lear, aele iv, sc. 0.)