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Inlte des machines à vapeur et du lleuve, les regardaient avec respect , saluaient quand ils passaient, et murmuraient God save you\ (Dieu vous garde!). Au moment où Isambard allait monter sur le canot et ernbi assait samère, un jcunehomrne s’y élance, et déclare qu’il veut partager le danger de M. Brunei. On le lui permet.
)) Le trajet à faire était de plus de 600 pieds. Arrivés au bouclier les jeunes gens virent une énorme excavation pratiquée dans sa partie supérieure, bouchée en grande partie par le tampon dont nous avons parlé, mais par laquelle pénétrait encore une masse d’eau considérable. Ils pi’enalent les dimensions de l’excavation, et les dessinaient sur un calepin, loi’sque M. Griffith, se penchant vers Isambard, lui dit tout bas : l’eau nous gagne. — Je l’ai vu, dit Isambard, nous allons partir, mais finissons. — Cependant, à l’extrémité de la galerie, on s’était aperçu que l’eau gagnait. M™* Brunei avait été obligée de remonter une marche de l’escalier, puis une seconde. On l’avait emportée évanouiej déjà quelques hommes s’étaient jetés a la nage pour aller prévenir les jeunes gensj d’autres, armés de porte-voix, hélaient avec force le canot. Ce bruit frappe l’oreille du jeune homme (|ui avait monté dans le canot. H s’aperçoit que la distance entre la voûte et l’eau a diminué, il restait à peine quatre [>ieds; ellrayé, il se lève
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en s’écriant : partons. Sa tête frappe contre la voûte, il tombe, entraîne avec lui et le canot et la lumière.
» A peine revenu sur l’eau, IsambarJ appelle ses amis, au milieu de l’obscurité : deux répondent, et le conjurent de s’éloigner au plus vite, car l’eau gagne. Isambard plonge à plusieurs reprises, trouve le corps de celui qui manquait, et le ramène sur l’eau. Ses amis le supplient encore de ne songer qu’à lui; mais Isambard leur répond en leur de^ mandant seulement de l’aider à le charger sur ses épaules. Ses amis, électrisés par son exemple, partagent avec lui et tour à tour ce fardeau; et péniblement, la tête à chaque instant portée contre la voûte par l’eau qui gagne, ils revoient le jour. Us n’étaient pas à la moitié de l’escalier que la voûte avait disparu sous l’eau. Le corps est examiné; Isambard et ses amis n’avaient ramené qu’un cadavre; le malheureux s’était ouvert le crâne contre la voûte.
» Cet accident fut le dernier; les machines recouvrèrent leur avantage, et bientôt les travaux purent être repris. Ils l’étaient depuis plusieins mois lorsqu’une seconde irruption eut lieu. Cette fois, Isambard était dans le Tunnel; il venait de quitter le bouclier et était à moitié chemin de la galerie, lorsque les cris : JJ~aterl water! (l’eau! l’eau!) arrivent justpi’à lui; il s’élance, le malheur
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était irrémédiable; après s’en être assuré par ses yeux, et de manière à pouvoir en rendre compte à son père, il court au milieu des ouvriers, les encourage, les guide, et se tenant le dernier, arrive avec eux au puits; là, un coup-d’œil lui apprend que beaucoup d’ouvriers manquent; il rentre dans le souterrain ayant déjà de l’eau à la ceinture, et guidé par des cris confus et étouffés, il s’aperçoit qu’un assez grand nombre d’ouvriers, au lieu de prendre la galerie par où l’on passe ordinairement, a pris l’autre gajeric, dont l’issue sur le puits est bouchée, au lieu de revenir sur leurs pas; ces pauvres gens, effrayés, désespérés en sentant l’eau qui les gagnait, se ruaient contre l’obstacle qui les arrêtait, et que tous leurs efforts n’eussent pu ébranler. Isambard est au milieu d’eux, sa voix a obtenu silence, il les fait rétrograder; tous guidés par lui, remontent contre l’eau déjà très-haute pour aller chercher le premier passage de communication. Ils passent devant lui, excepté deux ouvriers qui ne savent pas nager et le prient en pleurant de s’éloigner et de les laisser. Isambard force l’un d’eux, père de famille, à se metti e sur ses épaules, et ga-
gne le puits avec lui. Puis s’arrachant aux efforts de tous ceux qui veident le retenir, il retourne et ramene encore le second. Déjà frappé par quelques bois de construction entraînés par les eaux, au moment ou il arrive [irès du puits avec le second
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ouvrier, une foile masse de bois l’alteinl à la tête. Mais cent bras étaient là pour le sauver. Isambard fut porté évanoui chez son père, et, près de deux mois ses blessures le retinrent au lit.
» Lorsque, convalescent, il revint visiter les travaux, c’était à l’heure du dîner des ouvriers; ils étaient dans la cour d’entrée, leurs femmes près d’eux. A peine Isambard parut, ce fut un cri de respect et de bonheur : tous l’entouraient, pleuraient en l’embrassant, et des femmes, à genoux autour de lui, lui demandaient sabénédiction pour leurs enfàns; d’autres coupaient de petits morceaux au pan de sa redingote. 11 fallut dérober Isambard à ces émotions, qu’il n’était pas encore en état de supporter.
» L’on prendra une idée de l’inexprimable terreur où l’irruption des eaux jetait les ouvriers par le fait suivant : Un des ouvriers qui travaillaient au bouclier, se voyant gagné par les eaux, qui s’élancaient avec violence par l’excavation qu’il pratiquait, crie à l’un des ouvriers employés à rouler les matériaux ; L’eau gagne! du foin! du foin! — A peine ces mots ont-ils frappé l’oreille de cet ouvrier, employéseulement depuisquelques jours, qu’il fuit avec toute la force que lui laissait la frayeur, franchit l’escalier, arrive au bureau de M. Brunei, lui jette ces mots : « Le Tunnel est plein d’eau! » puis sort comme un désespéré. M. Brunei
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court lui-aieme au puits, et il y voit cet ouvrier pencliésur le parapet, tournant la lete, etfeiinant les yeux avec horreur, agitant convulsivement une longue corde jetée par lui dans le puits, et criant d’une voix étouffée ! takeit (Jac(|ues,
prends celajj Jaccjues était son frère. ÎVI. Brunei se penche : pas d’eau! Il descend rapidement, toU' jours accompagné des cris. Jack, take it! et, parvenu à l’entrée de la galerie, il distingue la lumière des ouvriers mineurs cjui, de cette place, ne parait qu’un point lumineux à une distance infinie. Ce n’avait été qu’une peur panique. Lesouvi iers rouleurs et mineurs riaient à gorge déployée de la fiayeur de l’Irlandais 5 l’eau avait été combattue avec succès, et le pauvre homme eut pour sur nom ; Jack, take it!
» Tous ces dangers, si hardiment combattus, si heureusement surmontés, sont maintenant des leçons qui permettent d’assurer que l’achèvement du Tunnel se suivrait sans nouveaux accidens. Remarquons d’ailleurs que les plus grandes difficultés sont passées, puisque l’on est à plus de moifiédu travail, -’et que l’on a franchi l’endroit où le lit du fleuve a le moins d’épaisseur au sommetùle la voûte. Tout fait donc espérer (jue le Parlement ne voudra pas laisser tant de dépenses sans fruit, tant de génie sans résultat, tant de vertus sans récompense. »
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Le Tunnel a etc commencé le 3 mars iSaS d’après les plans et sous la direction de l’ingénieur français, M. Brunei. 11 n’a mis que trois ans pour conduire le passage au point où il se trouve maintenant, et il serait déjà livré à la circulation si les travaux n’avaient été interrompus faute d’argent. On estime qu’il rapportera 400,000 francs par année, c’est-à-dire environ 5o,ooo francs de plus que le pont de Waterloo, parce qu’il est au milieu d’une immense activité commerciale. Aussi les actionnaires se sont réunis tout récemment, et se sont décidés à une mise de fonds nouvelle, équivalente à la moitié environ des fonds nécessaires à l’entreprise. L’autre moitié vient d’ètre obtenue du Parlement.
Quant à l’idée d’un tel ouvrage, fruit du génie français, comme presque toutes les autres communications de Londres sur la Tamise, on sait, du reste, qu’elle n’esl pas nouvelle. Diodore de Sicile fait mention d’un passage creusé sous l’Euplirate à Babylone, dans le but d’assurer à la grande reine Sémiramis la facilité de se rendre d’une rive à l’autre sans être vue et sans être obligée de recourir à des embarcations. Mais pour cela on put fiire ce (]ui n’eùt pas été pratical)le à Londres, à cause de la marée : on détourna les eaux du fleuve par le moyen d’un canal latéral de 35 pieds de profondeur. On entreprit ensuite h
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galerie souterraine, dont les voûtes en briques cuites, d’une épaisseur de quatre coudées, furent enduites de chaque côté d’une couche de bitume fondu. L’épaisseur des murs de la galerie était de vingt briques ; ils avaient, sans compter la courbure de la voûte 12 pieds de hauteur; la largeur était de i5 pieds. Ce travail fut achevé en sept jours, au bout desquels l’Euphrate roula de rechef ses eaux dans son lit naturel.
Il nous reste à examiner les objets compris dans la quatrième section du Chapitre 11, et que nous avons désignés sous le titre générique d’embellissemens; cette section terminera l’ensemble de la partie matérielle et physique de Londres, d’oû nous devons passer à la partie politique ou morale, sujet du Chapitre 111.