‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 46 sur 110 · VIEUX PONT DE LONDRES · texte numérisé non relu

VIEUX PONT DE LONDRES

Tout près du nouveau pont se trouve le vieux pont de Londres, autrement dit IcLofidon-Brig-dey

londrf.s.

dont la construction remonte, selon les uns, à l’an 1209, et, selon (i’autres, de l’an 99 3 à l’an loiG. D’après la dernière opinion, ce pont, qui était en bois, ayant brûlé en l’an 11 36, fut rétabli 24 ans aprèsj et 6 ans plus tard, c’est-à-dire en 11 *76, suivant Stowe, à force de détérioration, il dut être construit en pierres. Un ingénieur français, de la ville de Xaintes, fut chargé par le roi Jean, des travaux de ce pont, et l’on put y passer vers l’an 1209. Il resta couvert de maisons de chaque côté jusqu’en 1756, où, à la suite d’un incendie et vu qu’elles rétrécissaient trop la voie publique, elles furent entièrement rasées, comme de nos jours Napoléon le prescrivit pour le Pont- au -Change et le Pont-Neuf à Paris.

Des 19 arches en pierres dont se compose le vieux pont de Londres, et qui ne sont pas uniformes, celle du milieu a 72 pieds d’ouverture, les autres varient de 8 à 20 pieds. Lahauteurdu centre est de 60 pieds, et la longueur totale du pont de 915 pieds. La chaussée a 3o pieds de largeur et les trottoirs 7 pieds de chaque coté, ou régnent des parapets en forme de balustrade.

Le danger que nous avons signalé pour le passage des bateaux sous ce pont le fera sans doute abandonner et même détruire, car il n’est plus maintenant qu’un embarras pour la navigation du fleuve.

LONDRES

Il passait joumelleineiit sur le vieux pont de Londres, environ 1 26,000 personnes, 'jSo rouliers, 2900 cliarrettes, 1 700 fiacres et autres voitures, et 760 chevaux. C’est le point de communication entre Soutliwark et les quartiers de la Banque, de la Douane, de la Tour et des Docks ou bassins du commerce.

C’est du haut de ce pont qu’il finit porter les regards vers l’orient et contempler celte forêt de mâts qui couvrent la Tamise sur une longueur de plus de quatre milles. L’étranger peut ici se faire une juste idée de la richesse commerciale de Londres, sous ce rapport assurément la première ville du monde. A côté de ces milliers de vaisseaux rapportant de tous les ports de l’univers les objets d’échange des nations civilisées ou barbares, votre oeil découvre sur les deux rives du fleuve les vastes dépôts où seront accumulées ces différentes im- |3ortations de l’industrie étrangère auprès de l’industrie nationale, dépôts immenses que nous irons plus lard examiner. A l’occident, c’est-à-dire en remontant par la pensée ce fleuve majestueux et calme, le spectacle est aussi varié qu’imposant ; la vue embrasse une succession interminable de clochers et de monumens, parmi lesquels se distinguent le dôme de la Ban(|ue, celui de Saint- Paul, le Temple, Somerset-House et quelques autres édifices publics, outre l’ensemble de la ville

LOiNDRES.

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elle-même, autant du moins que la fumée de charbon permet de le saisir.

Mais indépendamment de ces voies patentes de communication une merveille dérobée aux clartés du soleil et cachée au-dessous des eaux, nous arrache à ce panorama grandiose, et réclame à son tour le tribut de notre pinceau voyageur : le lecteur, à ce peu de mots, aura nommé le passage sous la Tamise, destiné à compléter les communications d’uiie rive à l’autre, dans la' partie la plus orientale de Londres.

PASSAGE sous LA TAMISE, OU TUNNEt..

Le passage commencé sous la Tamise, et appelé à cause vraisemblablement du mur circulaire en forme de tour de 3,ooo pieds d’épaisseur, ou de tonneau renversé, que présente son entrée, aura de l’une à l’autre ouverture i,3oo pieds de longueur, ou 3oo pieds de plus que le lit de la rivière, à l’endroit oii on le pratique, c’està-dire, en face du populeux quartier de Wapîng, à environ deux milles au-dessous dupont de Londres, entre Greenwich, à la rive droite du fleuve, et les grands bassins creusés sur la rive gauche.

La moitié de celte longueur est déjà complètement terminée, et l’autre pourra l’être dès qu’on aura des fonds. Cette première moitié a coûté

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I^ONDRES.

12.0,000 livres sterling on 3, 000,000 de francs. Elle offre une double avenue ou galerie éclairée par le gaz, et dont le mur de séparation ou soutènement de la voûte est entrecoupé d’une succession de voûtes formant une file d’arcades entre les deux sections du passage. Le front de l'excavation, quia 87 pieds de largeur sur 22 pieds de hauteur, est masqué par un bouclier en fer du poids de 120 tonneaux, et qui consiste en 12 divisions que l’on avance alternativement et indépendamment l’une de l’autre. Chaque division a trois cellules l’une au-dessus de l’autre, qui servent constamment d’échafauds aux mineurs et aux maçons, car à mesure que les premiers creusent, les seconds bouchent l’excavation par une forte maçonnerie en briques, laquelle a une forme réeL lement circulaire, mise ensuite de niveau par le bas pour la chaussée, comme l'intérieur d’un long tonneau dont le fond aurait été rendu plat. Dans la vue de faciliter l’accès rapproché des voitures aux deux extrémités, on doit pratiquer des descentes circulaires dont la pente sera presque insensible, malgré la profondeur du souterrain, lequel n’a au centre qu’une inclinaison de 1 3 pieds sur une étendue de plus de 600. H n’y aura jamais moins de i4 pieds entre le lit de la rivière et le couronnement du double passage.

Malgré cette distance considérable, il s’est opéré

LONDRtS.

successivement vei’s le milieu du fleuve deux grandes crevasses occasionées par la mollesse du sol et qui ont en un moment inondé la double galerie. Mais ces deux cavités ont été vite remplies au moyen de sacs d’argile entremêlée de gravier, qui forment ainsi un nouveau lit à la rivière. On évalue à raille charges de voitures ou à- mille tonneaux les matériaux qu’il a fallu réunir pour combler le dernier trou, et que le bouclier a supportés avant qu’ils fussent maçonnés comme le reste. Nous retrouvons décrits dans le feuilleton d’un journal de i833 les incidens de ces deux ruptures du sol entre le Tunnel et le lit du fleuve. L’intérêt qu’en excite la lecture nous engage à les consigner ici :

c( Lors de la première irruption, un effroyable désordre se mit parmi les ouvriers; MM. Brunei père et fils n’étaient pas en ce moment aux travaux. Mais un sous-directeur, nommé, je crois, Griffith, ami de M. Brunei fils, d’Isarabard Brunei, conserva tout son sang-froid, rallia les ouvriers; tous parvinrent à l’extrémité de la galei'ie, et, à l’escalier, avant que les eaux n’eussent atteint le sommet de la voûte. En peu de minutes, l’eau se trouva dans le puits au niveau de la Tamise, à quarante pieds environ au-dessus du sommet de la voûte.

» On sait, qu’après plusieurs Icnlalives (jui de-

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meurèrenl infruclueuses pour bouclier le trou qui s’était pratiqué à l’extrémité du Tunnel, M. Brunei eut enfin la pensée de faire couvrir de toiles goudronnées la partie du Ht du fleuve où l’accident avait eu lieu; des matières argileuses furent jetées par dessus, la pression de l’eau fit pénétrer le tout comme un tampon dans le trou; en même tems, l’on procédait à l’épuisement du puits et des galeries au moyen de machines à vapeur. On sent avec quelle anxiété leurs progrès étaient suivis; chaque jour l’Angleterre en était instruite; enfin, l’on s’aperçut que l’on gagnait du terrain, les machines l’emportaient sur le fleuve lorsque la marée était basse; mais celui-ci l’emportait à son tour lorsque la marée montait; enfin il perdit cet avantage, et peu à peu l’on découvrit sept à huit pieds de galeries. Ce fut alors que vint la pensée de profiter de ce vide si péniblement obtenu, pour aller en bateau dans la galerie visiter le lieu même de l’accident. Le jour pris pour cette visite, M. Brunei étant malade, Isambard fut chargé de le remplacer.

» Un petit fanal fut descendu dans le puits; Isambard, M. Griffith et un autre sous-directeur, devaient le monter; ils descendirent l’escalier au milieu de tous les ouvriers du Tunnel, qui, eu voyant ces trois jeunes gens, leurs chefs, prêts à s’engager dans ce long souterrain, au milieu de lu

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