‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 54 sur 110 · NATION ANGLAISE · texte numérisé non relu

NATION ANGLAISE

La nation anglaise, forte de vingt trois millions d’individus pour les trois royaumes-unis d’Angleterre, d’Ecosseetd’Irlande, se compose, d’abord de la masse du peuple, ensuite de l’aristocratie, avec ses privilèges et ses corps constitués ou son Parlement, et puis du monarque et de ses ministres . ou ügens. Elle est essentiellement grave et commerçante; dans les villes, préoccupée d’affaires et toujours agissante; dans les campagnes, plus livrée à ses sentimens naturels, plus affranchie des froides cérémonies et des puériles formalités du monde; en un mot, plus affable et moins triste hors des villes que dans leur enceinte. Au milieu d’une Cite comme Londres, le peuple anglais est plus intéressé, plus personnel, parce qu’il vit dans une épaisse atmosphère de fumée, de lucre et d’intérêt qui rcsseiTe le coeur, car tout commerçant qui

LONDRES

n’a que deux à trois cent mille fi’ancs de capital croit n’être qu’au commencement de sa carricrej dans les campagnes, au contraire, où l’air est plus léger, plus élastique^ le peuple, entoure des aisances de la vie élégante des cités, en bannit la contrainte, et se montre plus cordial, en meme lems que le séjour champêtre qui simplifie les moeurs présente des individus mieux constitués et mieux portans, ainsi que cela arrive dans toutes les contrées, avantage qui rend aussi la vie humaine plus longue dans les campagnes que dans les villes. La Métropole britannique n’est qu’un lieu de rendez-vous où les classes supérieures passent quelques moisdel’annce comme dans une sorte de carnaval, après lequel elles reprennent les habitudes rurales, ce qui fait que l’agriculture est si honorée, si perfectionnée dans les îles britanniques.

On est assez porté à croire que le goût des entreprises mercantiles nuit aux relations alfectueusesde la hiraille : la vSeule relation qui, en clfet, soit ici restée pure, c’est le lien conjugal, lequel se distingue par une protection fidèle d’un côté et un tendre et religieux dévouement de l’autre. Seulement, on remarque un peu de rudesse ou de cérémonie dans les rapports des enfans et de leurs parens; l’enfant traite son père de^iVou monsieuvy et le fils aîné, certain, dès sa venue au monde, que le titre et les biens paternels lui appartiendront,

LONDRES

car il est rare qu’un père le dcsliérile (en ne lui laissant (ju’un sclielling, s’il le voulait), s accoutume trop tôt, peut-être, i\ se regarder comme un

être indépendant et libre.

La nation anglaise paraît pousser jusqu’à la badauderie le goût des litres et des distinctions nobiliaires (i); néanmoins, si l’on observe parmi les gens du peuple une soumission servile en apparence pour les claSvSes supérieures, on ne taide pas a reconnaître que les égards de l’homme du peuple pour le rang ne vont pas sans etre unis a une appréciation réelle des personnes et a un sentiment profond de ses droits comme citoyen d un pays libre. Qu’un homme de la plus haute nais-

(i) La pairie anglaise compte 26 ducs, 17 marquis, 100 comtes, i8 vicomtes et 97 barons, sans y comprendre les pairs catholiques et les pairs mineurs. Le roi peut augmenter ce nombre.

Les autres titres sont ceuv de liaronnets et de chevaliers. On compte environ 5oo baronnets anglais, 200 chevaliers-baronnets écossais, et environ 100 baronnets irlandais. Il y a chevaliers de la Jarretière, et environ 4oo chevaliers du Bain.

La qualification de sir est usitée a l’égard des chevaliers et baronnets; les lords sont traités de seigneuries, ]cs membres des Communes cY honorables, et les membres du conseil privé de très-honorables.

La noblesse de province a reçu la désignation de gentry, et les députés de celle classe qui sont élus par les bourgs et les petites villes des comtés, s’appellent couniry-gentkinen . Ou

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