SUCRE, THÉ ET CAFÉ
La Grande-Bretagne possède le plus grand nombre de colonies à sucre; elle fait seule une plus grande consommation de cette denrée que tout le reste de 1 Europe; le sucre est pour elle l’objet d’un grand commerce d’importation, d’exportation et de transit, et elle entretient beaucoup de raffine-
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ries. En i83i, les importations de sucre dans tous les ports des îles britanniques ont dépassé deux, millions 4^0 mille quintaux métriques, et les exportations de la même denrée ont été de plus de 5oo,ooo quintaux métriques. La quantité de sucre qui est restée dans le royaume-uni, pour la consommation intérieure a été, pendant la même année, de 395 raillions de kilogrammes.
Le sucre, qui, sous la reine Anne, ne payait à son entrée dans les ports d’Angleterre qu’un droit de 4 francs 5o centimes par quintal métrique, paie aujourd’hui environ 60 francs pour les provenances anglaises des Antilles ou d’Amérique; 70 francs par quintal métrique pour les provenances de l’indostan; et i58 francs par quintal métrique de sucre étranger. La conséquence de la taxe est de doubler au moins la valeur agricole et marchande de cette denrée, et ce doublement de valeur diminue considérablement la consommation. En eftet, lorsque le sucre se vendait en Angleterre environ 3 00 francs le quintal, la consommation intérieure dépassait 2 millions de quintaux , tandis qu’en i832, par suite de récoltes abondantes et de nouveaux perfectionnemens, la valeur étant tombée à 60 francs, cette consommation a dépassé 3 millions 200 mille quintaux.
La consommation annuelle du sucre est estimée à 23 livres par tête en Écosse et en Angleterre;
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mais elle n^est que de 6 a 7 livres par l6te en Irlandcj parce que le sucre y coûte plus cher, et que, par cette raison, il n’entre pas encore dans la consommation des classes inférieures et les plus noml3reuses de la société. En France, la consommation du sucre est d’environ trois livres et demie par tête (]), ce qui fait près de 20 livres de moins qu’en Angleterre, où cependant les économistes prétendent que la consommation devra s’élever à 5o livres par tête, lorsque l’impôt du sucre aura été réduit au taux modéré qu’ils proposent, et lorsque les perfectionnemens récens de préparation de cette matière se trouveront généralisés.
Peu de personnes en Europe sont, pour le dire en passant, revenues d’une erreur en crédit chez les masses, celle qui fait provenir exclusivement de la canne le sucre qui nous arrive des Indes* L’Asie en produit de deux sortes: celui qu’on obtient des palmilèrcs, ou de Varundo saccharifera^ et celui que donne la canne à sucre. Jusqu’ici la fabrication du sucre de palmier a été la plus ré-^ pandue dans l’Inde, parce qu’elle exige moins de
(1) Un dixième de cette denree est fourni par le sucre de betteraves, qui occupe en France 120 ctablissemens ou fabriques, avec un capital de plus de 20,000,000 de francs-, et salarie 25,000 ouvriers, sans compter 3o,ooo femmes ou enfans employés durant l’été au sarclage et a la récolte de la plante.
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Capitaux et moins de travail que celle de la canne. Les palmiers qu’on cultive pour en obtenir du sucre, entre autres le petit palmier et le cocotier, abondent dans les pays compris entre le 10‘^ct le 1 i® degré de l’équateur; ils aiment les terrains maigres; mais la plus belle croissance du cocotier, par exemple, se remarque aux rivages de l’océan indien. Du reste, les palmiers, dans les parties méridionales de l’indostan, sont, par rapport aux végétaux nutritifs, dans la même proportion que la vigne et les oliviers sont aux céréales en Europe. Au bout de huit années de plantation, ils rendent déjà du jus et continuent à en donner jusqu’à vingt-cinq ans. Partout le travail est insignifiant, et le sucre de palmier se recueille à moitié moins de frais que le sucre de canne; il ne revient guère qu’à dix centimes par livre. Ce sucre, dans les contrées pauvres et montagneuses, nourrit les classes moyennes et inférieures; la presqu’île méridionale de l’Inde, les empires de Siara, de Cochinchineet des Birmans, fabriquent, consomment et exportent même des quantités considérables de sucre de palmier. Le sucre de canne y est encore peu en usage ; il n’y paraît que comme un produit secondaire, bien que, cependant, la canne qui secrète la matière saccharine soit originaire de l’Asie, d’ou, en ]5oG, elle fut, par un Espagnol, transplantée aux Antilles. Il est rare, en parcou-
rant un jardin en Asie, de ne pas y rencontrer lu canne à sucre, bien que toutefois, comme branche d’agriculture, elle ne soit guère cultivée que sur les rives du Gange, dans les parties sud-est de la Chine, de la Cochinchine et du Tonquin; on la trouve en grande abondance aux Philippines et à Java, une des îles les plus riches de l’Archipel indien.
A côté du sucre il est juste de placer, en Angleterre, la consommation du thé, qui est encore plus générale que ne l’est chez nous le café. Cette consommation est annuellement de 20 à 2Ô onces par tête. La ville de Londres, en i833, a consommé environ 27,000,000 de livres de thé, lorsque la France entière n’en avait employé que
220.000 livres; la Hollande, que 2,5oo,ooo; la Russie, avec ses 60,000,000 d’habitans, que
5.200.000 livres; le Danemark, 129,000; l’Autriche 2,000; les Etats-Sardes, 5,6oo; les États- Romains, 4,200; Naples, 9,400; et la Sicile, 1,700 livres.
Quant a l’arbre à thé, dont la culture est indigène en Chine, ce n’est qu’au bout de trois ans que ces feuilles sont bonnes à récolter. Après sept ans de croissance l’arbrisseau atteint ordinairement la hauteur d’un homme, et ses feuilles deviennent rares et coriaces; c’est l’époque oîi l’on est dans l’usage de le couper au pied, et dans le courant de l’été suivant, la souche produit une
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ljuantilé de rejetons et de feuilles nouvelles. La récolte des feuilles est une opération très délicate; on les détache une à une de la branche; celui qui le fait doit avoir les mains parfaitement propres et éviter d’effleurer de son haleine l’arbuste. Les feuilles sont réunies par les ouvriers, qui ont dû, pendant plusieurs semaines, s’abstenir de toute nourriture grossière, de peur d’altérer par leur respiration le parfum délicat de la récolte. Ils sont obligés de mettre des gants et de se baigner deux ou trois fois par jour. Cette récolte a lieu à trois ou quatre époques de la saison, en février, mars, avril ou mai, en juin et en août. La première récolte donne des feuilles de première qualité, pour le thé vert, appelé poudre à canon, et le thé noir, appelé pekose. La deuxième et la troisième récoltes fournissent le thé vert, appelé hyson, et le thé noir, appelé souch^g. La quatrième récolte Iburnit les qualités les plus grossières du thé noir, appelé tlié bon ou bo-hé.
La consommation du café est loin d’atteindre en Angleterre celle du thé. La quantité totale de l’importation en i832 a été d’environ 4o millions de livres. Il en a été réexporté 21 millions; il est donc resté, pour la consommation intérieure, 19 millions de livres, ce qui pour 28 millions d’iiabitans dont se composent les trois royaumes-unis, ne fait pas une livre par tcle; au lieu que, pour le
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lllC, nous avons vu tout-à-riieurc qu’il s’en consomme environ une livre et demie par tote. L’inverse a lieu en France, où le café est d’un usigc infiniment plus général que le llié, lequel n’y est encore employé dans les repas que par un trèspetit nombre de personnes riches, le reste n’e» consommant guère que dans les cas d’indisposi-p tion et presque comme médicament.
EERS ET HOUILLES.
La quincaillerie et la coutellerie, le fer brut et le fer ouvré, forment en Angleterre une industrie sans rivale, comparée à celle des autres nations. En effet , aucune n’est mieux partagée pour les matières premières et pour le combustible.
La qualité du fer de France est inférieure d’un cinquième à celle du fer anglais indigène ou importé.
Le combustible employé dans la fabrication du fer dépasse 3 millions de tonneaux. Le combustible est proprement de la houille dont la consommation totale et annuelle pour les trois royaumes est évaluée à j5 millions de tonneaux répartis de la manière suivante :
Falnicalion du fer • 3,ooo,oou loiiiieaux.
Londres 3, 000,000
Exportation en Irlande 700,000
Consommation locale 8,3oo,ooo
Total
LO N DR lis.
L’exportation à l’etranger est d’environ deux millions de tonneaux, qui se tirent principalement des comtés de Durham et de jNorlhumberland, dont les produits sont écoulés sur Londres, où l’on compte '7, 5oo déchargeurs, porteurs, agens, armateurs, etc. Il y a en Angleterre une populalation ouvrière de 200,000 individus , représentant au moins 100,000 familles qui vivent de cette industrie, sans compter le travail qui s’opère à l’aide de chevaux, machines à vapeur, et le transport sur les rivières, les canaux et les chemins de fer.