VOVAGI'] A MA FKXKTRE
Après avoir l)uliné cli el là le miel de l'amour, comme ilirail un poêle, je finis par m'aKaclier pour lonjjlemps au bouquet de pervenches que lenait à la main une fenmie d'une beauté délicate. — Au bout de la main, dans un bouquet, quand je pouvais me loger si bien ailleurs! me direz-vous d'un air de surprise. — A cela je répondrai que le bouquet de pervenches n'était pas toujours à la main de la dame. — Au bout des Tuileries, elle se retourna tout en disant : " Quelle l'olie ! 11 est bien loin. » Elle voulut revenir sur ses pas; mais, après avoir flotté un instant, elle se décida à aller en avant. Après un quart d'heure de zigzag, elle arriva devant la grille d'un petit parc tout près de l'Elysée. Elle sonna 3 un grand laquais vint ouvrir et lui demanda ses ordres.
— Allez-vous-en , lui dit-elle.
Et elle prit par la plus sombre allée. Et elle se mit à parler de son cœur et à son cœur. — C'est étrange, en vérité, (|ue le souvenir seul puisse ainsi m'enivrer d'amères délices. Quoi! je vivrai toujours dans le passé? Quoi! je ne secouerai pas celte chaîne de fleurs fanées ? Quoi ! je n'aurai pas le courage de l'orgueil et de la coquetterie? Quoi ! ils seront tous à me dire que je suis la plus belle et la plus aimée, — et moi je ne croirai qu'à l'amour qui est mort?
Je reconnus que c'était madame la marquise de Monte — .
Toute la jeunesse dorée de noire temps a vu ou entrevu la belle marquise de Monte — . Je plains ceux qui ne l'ont pas vue. l'eut-ètre faut-il j)laindre encore plus ceux qui l'ont vue. Ou n'a jamais su si elle était veuve ou séparée de corps d'un marquis de Monte — . Pour mon com|)te , je n'ai jamais oui parler de ce nom ailleurs que dans le livre héraldique. La marquise vhit à Paris, vers 1846, après un voyage de quelques années eu Italie. Elle mena grand train. Elle loua un hôlel dans le faubourg Sainl-Honoré ; elle éclaboussa tout Paris par un coupé bleu-tendre orné d'orgueilleuses armoiries. Malgré le tapage de son luxe, elle ne parvint pas à se faire admettre dans le monde aristocratique. Dans son dépit , la marquise se jeta tète ])erdue dans le monde des femmes libres. Il serait trop long de vous raconter toutes les singularités de ce nouveau monde. Madame de Monte — . ne resta pas eu arrière;
VOYAGE A MA FEMÊTRE. 13
elle mit à propos son joli pied sur le manteau de la cheminée; elle donna des soirées politiques où les femmes n'étaient admises qu'en amazones; elle fuma à pied et à cheval. Bien plus , elle fonda une ou deux religions. En un mot, elle devint une femme libre, parfaite de point en point. Ce qui venait accentuer toutes ces extravagances, c'était son esprit et sa figure. Elle avait de l'esprit à faire peur, elle était jolie comme un ange et comme un démon.
Cependant le domestique vint troubler la marquise dans ses rêveries.
— Madame la marquise est servie, dit-il en s'avancant sur le perron.
— Je n'ai pas l;iim, murmura-t-clle.
Ce qui ne l'empêcha pas d'aller tout droit à la table. Elle déposa les pervenches et elle se mit à manger comme une Anglaise qui voyage, ou comme une femme du monde qui dine chez elle.
— Madame la marquise reçoit-elle ce soir? Voilà M. de Brunel.
— Faites-le passer dans le petit salon, et ouvrez-lui la fenêtre sur le parc. — Qu'il attende une demi-heure, se dit la marquise ; un maître des requêtes en service extraordinaire est accoutumé à attendre.
Un instant après :
— Qui donc vient encore de sonner, Germain?
— C'est AI. Théobald du Boys.
— Ah, oui! M. du Boys, dit-elle tout bas. — Qu'il passe au petit salon, Germain. — Il tiendra compagnie au maître des requêtes. Ils vont soupirer ensemble sur mes rigueurs. Mais voilà que j'entends sonner encore.
— C'est M. Jules de Rosoy.
— Jules de Rosoy; dites-lui d'entrer ici. — Un poëte ne fait jamais mauvaise figure à table.
Jules de Rosoy entra.
— Bonsoir, monsieur, asseyez-vous; égrenez donc cette belle grappe de raisin, tout en me racontant ce qui se dit dans le monde des gens d'esprit.
— Dites des pauvres d'esprit, madame.
■ — Qu'est-ce qu'on dit enfin?
— Ce qui s'imprime anjourdlnii.
— Qu'est-ce qui s'imprime aujourd'hui?
— Ce qui s'iuipriuiait liier, madame.
— Passous par là, dans le petit salon; il y a, je crois, quelcju'un qui a du nouveau à m'apprendre.
Le petit salon de la marquise était un chef-d'œuvre d'art et de luxe. Maliomet l'eiît choisi pour un de ses paradis. 11 y avait une cheminée de marhre blanc soutenue par deux ravissantes cariatides sculptées par quelque nouveau Coustou ; jamais plus gracieux airs de tète n'avaient enchanté le regard. Sur la cheminée, une pendule en argent ciselé, d'un merveilleux travail, rappelait, du premier abord, les plus féeriques fantaisies de l'orfèvre florentin. Deux bouquets se pavanaient dans deux vases du même métal et du même style. La glace était bordée d'arabesques en perles se détachant sur un cadre de velours bleu -sombre. Sur la glace , Diaz avait peint des amours et des fleurs. Tout le boudoir était fendu de velours bleu de ciel rehaussé de lambrequins en brocart d'argent. Les meubles pouvaient s'appeler des bijoux. Un tapis de Perse fleurissait les pas de la marquise. Les rideaux de dentelle qui tremblaient aux fenêtres eussent paré vingt duchesses. En face d'un divan en velours bleu l'œil était frappé par un portrait d'homme jeune et pâle qui n'avait pas l'air surpris de se trouver si bien placé. On se disait tout bas que c'était un amant de la marquise. Elle n'en parlait jamais. Une console dorée supportait sous ce portrait un grand vase du Japon, où se desséchaient des bouquets fonés depuis longtemps. La fenêtre du boudoir, on l'a déjà dit, s'ouvrait sur le petit parc de l'hôtel. Quand la marquise entra avec Jules de Rosoy, M. de Brunel et M. du Boys étaient en contemplation — d'euxmêmes — à cette fenêtre.
Je ne veux pas reproduire tout ce qui s'est dit ce soir-là dans ce divin salon. Vous connaissez les quatre personnages : une femme du monde qui vit d'un amour passé, un maître des requêtes en service extraordinaire, un beau du boulevard de Gand qui attend une sous-préfecture, un homme, c'est-à-dire un gentilhomme de lettres, qui vit au jour le jour de hasard, d'amour et d'esprit.
11 est sous-entendu que M. de Brunel, M. du Boys et M. Jules de
VOYAGE A MA FEXllTHE. 15
Rosoy font la cour à la marquise , qui n'y voit pas grand mal sans doute, par la raison toute simple qu'elle ne craint pas de les aimer.
Mon âme était toujours dans le bouquet de pervenches que la marquise avait repris à la main au sortir de table; j'admirais, j'écoutais, je respirais, je me croyais à jamais emparadisé. Tout d'un coup le maître des requêtes vint troubler mon bonheur par une demande insensée.
— Madame la marquise, dit-il en s'inclinant, vous avez à la main les plus belles pervenches que j'aie vues.
Et Théobald d'admirer le bouquet, et le poëte de parfiler un madrigal.
— Mon Dieu, dit la marquise, si vous y tenez tant, — il y en a d'autres dans le parc.
■ — Alais ces pervenches ont fleuri dans votre belle main, dit le poëte. S'il ne fallait faire qu'un poëme épique pour les mériter...
— Que dites-vous là? Vous m'effrayez !
— S'il ne fallait qu'une course au clocher, dit le dandy.
— S'il ne fallait que traverser à la nage le Bosphore , dit le maître des requêtes.
— Et vous ne songez pas, dit la marquise d'un air railleur, que le bouquet serait fané longtemps avant la fin de ces travaux d'Hercule. Je vous conseille plutôt de faire tous les trois assaut d'esprit. Celui qui aura de l'esprit comme quatre remportera la victoire.
— Avec vous, madame, dit le maître des requêtes, nous n'aurons jamais d'esprit.
— Je m'ennuie, vous le savez, poursuivit la marquise; racontez-moi quelque beau conte comme la sultane Scheerazade.
— Je ne suis pas un romancier, dit avec orgueil ]\I. de Brunel.
— Vous n'avez pas besoin de vous en défendre, dit la marquise. Si vous ne voulez pas raconter quelque chose, vous serez hors du concours pour mon bouquet de pervenches.
— Je veux être du concours; mais que puis-je raconter?
— Si vous n'avpz ])as (riinagiiialioii, vous avez Lien un peu de mémoire. Racontez-moi quelque jolie hisloire où vous avez joue un rôle.
— C'est cela, dit le lion en se pavanant ; moi j'ai dans le cœur bon nombre de ces liistoires-là.
— Je ne suis pas embarrassé non j)lus, dit le maître des requêtes.
. — Eh bien! je vous écoute.
— Mon Dieu, madame, je débute sans plus de préface.
Le maître des requêtes raconta lourdenu'iit une vul;jaire histoire d'amour dont il avait été le héros. La marquise y prit pourtant un certain intérêt de curiosité féminine. Je me garderai bien de vous redire celte histoire, non plus que celle que raconta avec toutes sortes de grimaces M. du Boys, qui croyait déjà tenir le bouquet.
— Et vous, dit la marquise en se tournant vers le poi'te avec une expression plus sympathique, qu'avez-vous à me raconter? Je vous écoule.
— Moi! je n'ai rien à dire, murmura Jules du Rosoy de l'air du monde le plus décidé à garder le silence. Que voulez-vous que je vous raconte? Mon âme n'est pas un livre profane que tout le monde ouvre et feuillette à son gré. C'est un poème mystérieux que je me chante à moi seul dans mes jours de tristesse et de solitude. Quelquefois il m'arrive de répandre mon amour en hymnes, en stances ou eu sonnets ; mais en vérité la prose d'un récit n'est pas digne de traduire ce que l'amour a écrit là.
Disant ces mots, Jules du Rosoy se frappa le cœur d'un air ins])irc.
— Le charlatan! pensa la marquise. — Enfin, lui dit-elle tout haut, vous me devez une histoire, j'en suis làciiée pour vos grands airs mystérieux, mais vous êtes contraint de ])rendre à voire tour la parole.
Le poêle avait levé les yeux sur le porirail ; une idée l'illumina tout à coup.
— C'est une inspiration qui me vient d'en haut, dit-il en cherchant parmi ses souvenirs. Ce n'est pas mon histoire que je dois
VOYAGE A MA FENKTRE. 17
lui raconter pour distraire son cœur , c'est son histoire à cllcmènie : le bouquet de pervenches est à moi.
« Il y a quatre ou cinq ans, aux fêtes du carnaval, la belle marquise de Chantour rencontra dans le monde M. le comte Gérard de Cerny, — je ne me pique pas de bien me rappeler les noms; — ils se virent, ils s'aimèrent, ils ne se le dirent pas et se comprirent. La marquise était jolie entre toutes les femmes ; le Corrége seul eût été digne de la peindre, tant elle avait la grâce exquise et la fraîcheur de l'aube. Elle était mariée depuis trois ans à un sportmami, qui n'avait pu oublier pour elle ses habitudes d'Opéra Il y a encore beaucoup de gens, à Paris, qui préfèrent à leur femme la femme qui est à tout le monde ; c'est là un travers de tous les siècles. Madame la marquise avait d'abord aimé son mari avec toute l'ardeur d'une âme de vingt ans. Elle s'était bientôt fatiguée d'aimer toute seule. Le comte de Cerny lui était apparu très à propos; il était digne en tout point d'inspirer une belle passion : c'était un gentilhomme de la tète aux pieds. Tout enchaînée qu'elle fût par son devoir, la marquise se laissa prendre à ses façons galantes et à son art exquis de parler sans rien dire. Ils se rencontrèrent souvent en 1846, pendant les bals de l'hiver. Ils commencèrent par se tout dire avec un regard ; ils finirent par s'entendre par toutes les voix de la passion. Pour la première lois de sa vie, la marquise fut heureuse, ou du moins elle prit un vrai plaisir à cette comédie humaine où nous jouons tous notre triste rôle. Elle fut effrayée de cette passion naissante , toute pleine d'orages et de tempêtes. — Qu'importe, se disait-elle, si je suis renversée par un coup de vent ; je ne veux pas vivre , comme je vivais, dans le calme et dans la prose. Il me faut du bruit et de l'agitation ; c'est l'éclat du tonnerre que désire mon cœur. — Et son cœur eut bien sujet d'être content.
)i Le bonheur ne se raconte pas, un proverbe l'a dit; je passe donc les pages blanches du roman de la marquise. Son bonheur'
18 VOYAGE A MA FEXKTUE.
dura six semaines comme par une béncdiclion du ciel. Six semaines de bonheur ! Ah ! marquise , Satan vous les comptera un jour.
i> Cependant il se passa nn jour sans qu'elle revît le comte. Qui pouvait doue le détourner en si beau chemin"? Quoi, riieuro était sonnée et il ne venait pas! .'ivait-il perdu la tète et le cœur ? Il faut avoir attendu dans sa vie pour comprendre les angoisses de la marquise. Elle attendit cinq minutes, une heure, un jour, un siècle : il ne vint pas. Elle attendit le lendemain; elle se pencha vingt fois à la fenêtre , elle sonna vingt fois sa fonnne de chambre pour lui demander si on n'avait pas sonné. Le surlendemain , — elle n'avait pas dormi depuis trois jours , — elle était assoupie devant l'àtrc, poursuivant la fugitive image du comte, quand elle vil entrer — le portrait de son amant — un beau portrait, comme celui que vous voyez là. Il y avait une lettre avec le portrait. Voici à peu pi'ès ce que disait le comte :
ic .\dieu, madame. Je vous ai aimée de toute mon âme, je vous )■: aime encore , mais dans le souvenir. Que voulez-vous ! l'amour » est un voyageur qui va sans cesse à la découverte. Ce ])ortrait a » été peint par Ary Scheffer il y a trois semaines , quand à votre v> seule pensée j'avais l'àme dans les yeux et sur les lèvres. C'est « moi quand je vous aimais. Ce i7io/-lk est mort. Xous mourons n mille fois pour renaître sur nos ruines. Gardez mon portrait » si vous voulez, c'est votre amant; pour moi, je ne suis plus ;- qu'un étranger.
" Le comte de Cerw. »
" Le croira-t-on? Au bout de six semaùies, le comte de Cerny s'était laissé enlever par une comédienne. Après avoir pleuré toutes ses larmes, la marquise se consola dans cette idée qu'elle s'était réveillée au beau moment du rêve. — Mieux vaut mille fois, se disait-elle, avoir (ini ainsi dans tous les enchantements de l'amour, que d'avoir attendu l'heure du déclin. — Toutes les femmes devraient raisonner avec cette force de logique. Comme a dit ini poi'te persan, le cœur est un buisson qui fleurit au printemps; euoilk'z-j (les boiKjuets, mais gardez-vous d"y pénétrer
VOYAGE A MA FEVKTRE. 19
trop loin ; après les bouquets viennent les épines et les ronces. La marquise laissa donc en paix le fugitif. — Au moins, se disait-elle, s'il revient, il reviendra avec l'amour, car mes larmes et mes plaintes ne l'auront pas offensé. Il ne se rappellera que mes sourires. — Il ne revint pas. — La marquise cultiva avec religion les fleurs odorantes du souvenir. Dans son boudoir, en face du canapé où elle s'asseyait souvent , était un miroir de l'enise du meilleur temps où elle saluait sa beauté cent fois par jour; elle détourna le miroir pour accrocher en face d'elle le portrait du comte. N'était-ce pas la plus grande preuve d'amour que pût donner une belle femme. Je n'en connais pas deux capables de ce sacrifice. » — Voilà mon histoire.
Le poëte s'inclina vers la marquise en achevant ces mots.
— C'est tout? murmura-t-elle en essuyant une larme. Comment donc avez-vous appris cela ?
— Le poëte , madame , a le privilège de lire dans les cœurs comme une femme lit dans les yeux de son amant.
— Vous avez fini votre histoire ? dit le maître des requêtes en service extraordinaire.
— Enfin ! dit le beau du boulevard de Gand comme un homme qui allait s'endormir.
— Il ne me reste donc plus qu'à donner mon bouquet de pervenches, reprit la marquise avec un soupir.
— Et je sais bien, dit le poëte, à qui vous l'allez donner.
— Point d'influence , dit le maître des requêtes.
— Si j'avais quatre bouquets et quatre cœurs, dit la marquise, peut-être
— Nous ne sommes que trois, interrompit le maître des requêtes.
— Silence! s'écria le poëte, n'avez-vous pas déjà abusé de la parole.
— Je n'ai qu'un bouquet et qu'un cœur, reprit la marquise, mon cœur et mon bouquet sont à lui.
20 VOYAGE A MA FEXKTRE.
Disant ces mois, la marquise se leva et alla déposer le bouquet daus le beau vase du Japon qui loucbait au cadre du portrait.
— Mais, dit Tiiéobald, celui-là n'était point du concours.
— J'avais oublié de vous avertir qu'il en était , murmura la marquise.
— Mais il n'a rien raconté.
— C'est tout juste pour ce motif que ce bouquet lui revient de droit. .Avouez qu'il a sur vous un grand avantage pour n'avoir rien dit.
— On ne bat pas son monde avec plus d'esprit et de méchanceté, dit le maître des requêtes en prenant son chapeau. .Adieu, madame la marquise, il faut se bàler de vous laisser en tèle-à-féte avec ce portrait.
— Attendez-moi, M. de Brunel , dit Théobald en boulonnant son gant. Je ne veu.\ pas lutter davantage contre im honnne qui ne dit rien.
Le poijte allait partir sans observation, la marquise lui prit la main :
— Attendez, dit-elle avec un sourire de fraternité; vous êtes un honuue d'esprit , vous avez compris qu'on ne va pas au cœur des femmes en leur parlant de soi-même , mais en leur parlant d'elles-mêmes. Les autres ne reviendront plus, Dieu merci; mais vous, je vous attends.
Le poi'te baisa la blanche main, s'inclina et partit. Demeurée seule , la belle marquise tomba agenouillée devant le portrait.
— 0 toi, qui n'as rien dit, n'es-tu pas plus éloquent mille fois! Tu parles mieux que le poète lui-même, car l'amour est plus éloquent que la poésie. .A toi le bouquet de pervenches, à toi qui me racontes chaque malin et chaque soir le beau poëme d'amour qui enchante ma vie !
Après être ainsi descendue dans son cœur pour y trouver les ivresses du beau temps, la marquise sonna et ordonna à sa femme de chambre de la déshabiller.
J'étais toujours là. Mon àme nageait loujoiirs sur le bouquet de j)crv('iu lies. Je ne songeais pas le moins du monde à m'en aller
VOYAGE A MA FEXÈTRE. 21
— ni à regarder de l'autre côlé , — mais — on frappa à ma porte.
— N'ouvrez pas ! dis-je avec fureur.
Mais on avait ouvert. C'était madame *** : mon âme rentra chez moi — j'allais dire chez elle.
Qu'est-ce que madame *** ? Une de ces belles folies qui nous viennent en pleine jeunesse, secouant leurs grelots, leur éclat de rire et leurs larmes.
— Ah! madame, pourquoi venez-vous si mal à propos? Tel que vous me voyez, je ne suis pas chez moi, je suis retenu aux Champs-Elysées chez la belle marquise de Monte — qui est en ti'ain de se coucher.