‹ Voyage à MadagascarChapitre 12 sur 91 · VUE PRISE SUR LA ROUTE DAN 1 TAHAHARIVB · texte numérisé non relu

VUE PRISE SUR LA ROUTE DAN 1 TAHAHARIVB

vent continu, Une grosse pierre serl d'enclume; quelquefois c'est une masse de fer; L'outillage est complété par une pince faite grossièrement, el par des petits marteaux aussi mal fabriqués. Le forgeron malgache ne ménage pas ses coups; cela es! nécessaire, car il obtient en se servant de ses marteaux légers une action d'autant plus faible qu'il a l'habitude de tenir l'outil non à l'extrémité du manche, mais près du fer. Néanmoins avec îles instruments aussi imparfaits l'ouvrier indigène, pour lequel le temps ne compte pas, obtient quand il veut îles résultats satisfaisants.

Nous nous arrêtons à Ampasinibé; le soir, grand vacarme : ce sont les porteurs qui exercent leur forée et leur agilité sur un malheureux bœuf que l'on conduit à la mort. L'un d'eux saule sur le dos de l'animal. s'\ cramponne de toutes ses forces et essaye de s'y maintenir. Il est vite jeté à terre par le bœuf agacé qui fait des bonds énormes et prend sa course au milieu du village. Mais bientôt, le voilà arrêté dans sa fuite par une longue corde attachée à une de ses jambes de derrière et par les coups innombrables qu'il reçoit. In autre porteur succède au premier, el quand il est à bas, ses compagnons continuent ces exercices: la comda ne se termine que lorsque tous les hommes, plus ou moins contusionnés, ont tenté l'aventure. On attache ensuite l'animal harassé au poteau du suppliée; le lendemain il sera immolé. Celle préparation toute spéciale que l'on fait subira la viande de boucherie pourrait expliquer dans une certaine mesure l'arrière-goût de venaison que les Européens, à leur arrivée dans le pays, trouvent toujours au bœuf indigène.

En quittant Ampasinibé, nous entrons dans une contrée d'un aspect différent. Les mamelons sont remplacés par des collines aux lianes [dus abrupts, aux sommets plus élevés. Les vallées sont plus

profondes, les pentes plus raides. Par une série de montées et de descentes, le sentier s'élève peu à peu; à la sortie du village le baromètre indiquait 400 mètres d'altitude. Sur ce terrain mouvementé, on commence à distinguer une tendance à l'orientation du nord-nord-est au sud-sud-ouest de la chaîne côtière, que nous allons franchir prochainement. En maints endroits, l'argile est traversée par des pointements rocheux; sur les lianes des petites montagnes qui nous environnent apparaissent par places de gros rochers. Les rivières et les ruisseaux précipitent leur cours, ce sont de véritables torrents; leurs eaux, limpides quand il n"a pas plu — ce qui est rare, — se brisent sur les gros cailloux roulés entraînés des terrains élevés par les grandes crues. Parfois, coupées par des assises rocheuses, elles tombent en jolies cascades. A mesure que nous nous élevons, la végétation change également. Les ravenala ont déjà disparu et les raphia deviennent rares; nous entrons dans la première zone forestière qui entoure Madagascar d'une verte ceinture. Cependant nous ne sommes pas encore dans les grands bois, mais les arbres en bouquets ou disséminés, les fourrés de broussailles et d'arbustes, les massifs de bambous, nous en annoncent l'approche. Souvent dans les grandes clairières, sur les pentes gazonnées, au milieu des hautes herbes et des roseaux, les gros troncs d'arbres que l'indigène n'a pu abattre se dressent à demi carbonisés. La hache et le feu reculent loin vers l'ouest la limite des pays boisés d'autrefois. Nous traversons maintenant des terrains défrichés en partie. Le déboisement probable de Madagascar, déboisement lent mais continu, a sans doute modifié beaucoup l'aspect de l'île, et nous nous proposons d'étudier avec soin celle question intéressante dans nos prochains itinéraires.

A peu de dislance d'Ampasimbé on arrive, après une moulée longue et pénible, dans une petite forêt. Là, au milieu des arbres, est le hameau de Madilo. Puis, sortant du taillis, nous passons une rivière sur les bords de laquelle des raphia cachent encore les cases de Marbzevo. Avanl midi nous entrons à Beforona.

Depuis la côte, c'est le village le plus important que nous ayons rencontré. Dans un modeste rova habite un officier antimerina qui commande le poste; il a sous ses ordres quelques' subalternes et une vingtaine de soldats. Une case un peu plus spacieuse que les autres sert de temple, une école est à côté. Beforona est situé au milieu d'une petite plaine marécageuse; les fièvres y sont particulièrement redoutables.

C'est aujourd'hui dimanche, nous profilons de l'occasion pour nous livrer à quelques travaux sédentaires; ce n'est pas chose aisée, le calme et la tranquillité nécessaires nous font défaut. Les porteurs mis en gaieté par le rhum et le belsa-betsa betsimisaraka'danseht et chantent toute la nuit.

Le lendemain matin, nous nous remettons en marche dans un terrain détrempé, nous traversons des marais et des rizières, ce qui pour le voyageur est à peu près la -même chose à celle époque de l'année, et nous passons un grand nombre de ruisseaux dont le sentier emprunte souvent le lit. Dans nos circuits nous guéons treize fois un torrent qui s'obstine à nous barrer la roule. Mais nous dépassons le village d'Ambavanihasy, et nous pénétrons peu après dans la grande forêt.

La partie boisée que traverse le chemin de Tamatave à Tananarive est interrompue quelquefois par de grands espaces défrichés où l'on a construit des villages, lieux de repos nécessaires pour les nombreux porteurs qui suivent celle voie fréquentée. Les habitants de ces hameaux ont empiété sur la forêt. Aidés par les indigènes de passage, ils onl exploité par places les abords de la roule, coupant çà cl là les arbres qui leur étaient nécessaires pour leur commerce ou leur industrie. Néanmoins, dans les cantons respectés, la végétation est assez belle. Les arbres, trop serrés, poussent en hauteur et, ne pouvant se développer librement, vont -droit vers le ciel chercher un peu de soleil. Sous les voûtes sombres de leur feuillage, où s'attachent des lianes puissantes bizarrement contournées, poussent des fougères arborescentes et des palmiers nains, au milieu des roseaux et des arbustes qui forment des fourrés ('pais. Les essences sont variées, et plusieurs seraient l'objet d'un commerce important si 1 exploitation n'en était presque impossible. Quoi qu'il en soit, dans celle région les arbres n'atteignent jamais une grosseur remarquable et la végétation ne se développe pas avec la vigueur et la beauté que nous avons pu voir L'année suivante dans la province d'Antongil et dans le pays de Tolanara. En

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revanche, si la forêt d'Analamazaotra ne mérite pas tous les éloges que certains voyageurs lui ont donnés, le chemin est bien digne de sa mauvaise réputation.

Dans les bourbiers où ils enfoncent jusqu'à mi-corps, sur les roches glissantes où ils ont peine à marcher, dans les torrents bondissants où ils sautent d'une pierre à l'autre, les porteurs accomplissent des prodiges de force et d'adresse. Nos filanjana décrivent dans des plans variés tous les angles connus : tantôt nous avons la tète en bas, cl pour ne pas tomber en arrière il faut nous cramponner vigoureusement ; tantôt, à une descente dans une position inverse, nous évitons difficilement une chute en avant; d'autres fois, violemment secoués, nous inclinons brusquement d'une manière inquiétante. Ce sont de longues et pénibles ascensions à travers bois. Le chemin est encaissé entre les deux parois verticales d'une tranchée de 5 à 6 mètres de hauteur. Là les porteurs ont taillé dans l'argile de petits escaliers éphémères qu'ils renouvellent incessamment, abaissant peu à peu le niveau du sentier. Les eaux pluviales qui descendent avec violence dans ces couloirs en augmentent encore la profondeur et y causent de fréquents éboulements. Le filanjana ne peut se manœuvrer aisément, et malgré l'étonnement des borizana qui trouvent probablement «pie nous dérogeons, nous mettons pied à terre et nous pataugeons sur un des cAlés du couloir, en faisant clés efforts parfois infructueux pour ne pas glisser dans le fond rempli d'une boue rougeâtre et gluante.

Malgré toute noire bonne volonté nous avançons lentement, heureux quand une racine nous offre un léger point d'appui, maudissant le sorl quand dans nos pénibles exercices nous la heurtons violemment. Les murs d'argile sont dominés par des rochers qui reposenl à peine sur un peu de terre minée par les eaux; souvent des racines soni au-dessus de nos tèles et les quelques points d'attache qui les retiennent encore aux parois menacent à chaque instant de se rompre. Les mauvais passages se succèdent el se ressemblent. Ils sont indescriptibles, dans une montée que les Malgaches appellent Fitomanianomby , a la Montée qui l'ail pleurer les bœufs ».

Un silence presque absolu règne dans la forêt. Nous n'entendons qu'une l'ois les hurlements mélancoliques des babakoto el nous ne voyons que rarement des perroquets noirs et des pigeons verts. Les oiseaux étaient beaucoup plus communs sur la côte el dans la région des «lunes; c'étaient le goaka, corbeau noir et blanc «le Madagascar, le oorompolsy, aigrette blanche, beaucoup de coa, que nous retrouverons sur les hauts plateaux, el «le nombreux oiseaux aquatiques. Les insectes sont aussi faiblement représentés, si ce n'esl un Sphaerotherium, gros myriapode vert foncé qui se tient accroché aux pentes argileuses.

Dans une petite vallée dominée au nord par un gros roc qui élève à plus de 180 mètres une muraille à pic, nous traversons le village d'Anévoka. Quelques heures après, nous étions à Analamazaolra.

Après une nuit passée dans ce village, nous suivons une route un peu moins accidentée que celle de la veille. Il faut traverser un grand nombre de ruisseaux, affluents du Ranombary, rivière du nord qui, avec le Ranolahy, va se jeter dans l'Iaroka, à quelques kilomètres à l'ouest d'Andovoranto. Jusqu'à l'Irihilra nous avons guéé «les cours «l'eau «pii allaient au sud se jeter directement «lans l'Iaroka.

Nous nous arrêtons, au milieu «lu jour, à Ampasimpotsy. Le fond «le la vallée <»ù est construit ce village est recouvert d'une couche «!«' sable dont la blancheur tranche sur l'argile fortement colorée «les environs. Cette couche arénacée est peu épaisse el semble provenir «le dépôts modernes. Les 40 cases qui composent le village, disposées «le chaque côté «!«• la route, sont assez propres, elles ont cependanl la mauvaise réputation de loger un nombre considérable de petits animaux dont la morsure «'si à craindre el nos hommes qui nous donnent ce détail «ml hâte de nous conduire à Moramanga.

Au delà «l'Ampasimpotsy nous cuirons «le nouveau «lans la forêt, et, par «les chemins aussi exécrables «pie le jour précédent, nous nous élevons peu à peu. Maintenant il y a «le nombreuses clairières, et la forêl cesse lout à fait à l'est «lu hameau «le Behena. C'est près de cette limite que nous franchissons les «lerniers sommels de la chaîne côtière à une altitude de 990 mètres. De ce point élevé la vue s'étend

ouest. Derrière nous, les montagnes boisées que nous venons «le franchir

lorl loin «lans 1 esl el «lans

m VOYAGE A MADAGASCAR.

s'abaissent peu à peu pour aller se confondre fort loin dans l'horizon brumeux. Devant nous s'étend une grande plaine parsemée de petites collines : c'est la grande vallée du Mangoro. Ce fleuve important du versant oriental de Madagascar coule du nord au sud; c'est beaucoup plus bas seulement après avoir fait un coude à l'est qu'il se dirige vers l'Océan Indien en se frayant un passage dans les défilés de la chaîne littorale. Il se jette prés de Mahanoro. Dans le lointain, de hautes montagnes se détachent nettement sur le ciel : ce sont les monts d'Ankeramadinika, arête faîtière soutenant à l'est le massif central, dernière marche du gigantesque escalier qu'il nous faut monter pour arriver dans l'Imerina. Plus près de nous est Moramanga, où nous descendons en suivant un sentier tracé sur un contrefort de la montagne.

Moramanga est un gros village important ; c'est le marché principal des produits de la région. Le gouvernement de Tananarive y a depuis peu de temps établi un poste militaire et en a fait le chef-lieu politique de la province d'Ankay. La ville s'étend surtout en longueur. Les cases en raphia sont construites avec soin; la plupart sont divisées en plusieurs pièces et possèdent des portes et des fenêtres que l'on ferme par une large planche. On aperçoit sur certaines maisons des velléités d'ornementation. Jean nous a trouvé un logis confortable, une case située à l'entrée de la ville au milieu d'une cour entourée d'un petit mur d'argile. A l'intérieur les cloisons et le toit sont recouverts de nattes; il y a même dans la chambre qui nous est destinée une table et deux chaises.

La population de Moramanga est d'environ un millier d'habitants, mais elle augmente notablement à certaines époques, surtout aux jours de grands marché. Dans cette ville, au milieu des Antimerina fonctionnaires, soldats ou commerçants, et des nombreux borizana, population flottante d'origine très variée, se trouvent quelques représentants de la tribu des Bezanozano établis dans le bassin du Mangoro. Ces indigènes portent ici le nom d'Antankay. Nous avons quitté le pays des Betsimisaraka à l'ouest de Beforona, et jusqu'à Ankeramadinika nous serons en territoire bezanozano, mais sur cette route le voyageur n'aura guère l'occasion de faire des études ethnographiques intéressantes au milieu des représentants de toutes les tribus qu'il rencontrera à chaque instant.

La longue et unique rue de Moramanga présente une grande animation. Bien que ce ne fût point le jour du marché, qui se tient le jeudi, des commerçants en grand nombre avaient établi leur boutique en plein vent et débitaient leur marchandise accroupis à l'ombre de vastes parasols en coton écru ou en rabane bariolée. Devant eux étaient étalés sur une bulle de terre battue quelques articles européens : cotonnades blanches ou teintées, couteaux, miroirs, aiguilles, boutons, du sel, du manioc et divers produits indigènes.

Près de notre case est l'habitation du gouverneur Ratrema 11e honneur. Il vint nous voir dans l'aprèsmidi et nous fil apporter comme cadeau de bienvenue la poule réglementaire. Pour reconnaître sa gracieuseté, je lui proposai de faire sa photographie; il accepla avec empressement.

Dans noire logis confortable nous pensions bien trouver le repos nécessaire après nos fatigues des marches précédentes. Nos espérances furent déçues, Maislre et Foucàrt sont aussi malheureux que moi; nous n'avons pu fermer l'œil, dévorés toute la nuit par les puces. Cet insecte désagréable vit en légions à Madagascar, cl ses morsures, qui partout ailleurs ne sont qu'un léger désagrément, deviennent ici par leur multiplicité un réel danger. H est rare qu'après deux ou trois nuits d'insomnie, les fièvres ne viennent pas vous surprendre. Les puces pullulent dans les cases des indigènes cl surtout dans les maisons en terre des habitants du massif central; leur nombre dépasse les limites de l'imagination. Ces animalcules ne sont pas les seuls, tant s'en faut, que. l'on rencontre dans l'île, d'autres aptères y sont dignement représentés. Dans les régions basses du littoral, ces insectes sont remplacés par des nuées de moustiques et de maringouins. Malgré la petitesse de ces adversaires, il faut lutter vaillamment, et dans bien des cas on préférerait affronter d'autres dangers.

Nous quittons Moramanga le "21 mars par une fraîche matinée. Les hommes s'enveloppent dans leurs lamba, que dans les marches précédentes ils portaient roulés autour des reins sous leur chemise de rabane. Grelottant, ils trottinent à côté de nos filanjana.

LA MONTÉE, DE TANIMANDRY A TANANARIVE

A celle altitude nous trouvons un autre climat; les matinées sont particulièrement froides et humides, ce n'est pas encore la température de l'Imerina, mais nous ne ressentons plus les chaleurs lourdes de la côte.

Dans la plaine du Mangoro le chemin est beau. Au milieu des herbes il y a bien par places quelques bas-fonds marécageux, mais dans celle grande vallée, plaisir inconnu jusqu'alors, nous marchons en terrain plat et nous pouvons porter nos regards sur de lointains horizons.

Nous arrivons bientôt après à Andakana. c'est un village construit sur les deux rives du Mangoro, à Il kilomètres de Moramanga. En cet endroit, le fleuve, large de 80 mètres environ, a un cours assez rapide, ses eaux jaunâtres vont se briser sur les quelques îlots que nous voyons en amont et en aval.

i : M '.! \I'A'. \~i in.

Nous faisons passer sur l'autre rive nos bagages dans des pirogues qu'il nous faut disputer assez chaudement aux borizana qui les prenaient d'assaut. Non- passons ensuite et malgré mes regards attentifs je ne vois pas de caïmans, qui pourtant, parait-il. vivent en grand nombre dans le Heine.

En quittant Andakana, le sentier longe pendant quelque temps la rive droite du Mangoro et s'élève bientôt par des rampes assez, rapides sur le liane occidental de la vallée, et sur les premiers contreforts du mont lfodv.

Dans la vallée du Mangoro l'argile rouge est souvent recouverte par une couche d'humus noirâtre généralement peu épaisse, où croissent en abondance des joncs et des roseaux, des fougères, des bruyères et une herbe bien fournie. Les lîezanozano, au nord de Moramanga principalement, y font paître de grands troupeaux de bœufs.

Le bœuf de Madagascar Boa zebu est un bœuf à liosse voisin des zébus de l'Inde et de l'Afrique orientale. Haut sur jambes, portant de longues cornes, il est en général doux et paisible. La chair en est bonne et devient excellente lorsque l'animal est bien nourri. La protubérance qu'il porte sur les épaules atteint pendant l'engraissement de fortes proportions: c'est, parait-il. un mets recherché. Les vaches sont mauvaises laitières, cl quand elles sont séparées de leur veau elles ne donnent plus de lait. Dans certaines régions de l'île, vivent à l'état sauvage quelques troupeaux de ces zébus que les Malgaches appellent omb\i halit. Je n'ai jamais pu rencontrer une autre variété de bœufs sauvages, sans bosses ceux-là. désignés sous le nom de omby manga. Depuis quelque temps déjà des races européennes ont été introduites dans l'île et paraissent s'y acclimater fort bien. Le bœuf est une des grandes richesses

de Madagascar et l'élevage de ces animaux prendra certainement plus lard un grand développement.

Au delà du village de Zomakely nous faisons l'ascension du mont Ifody. Les flancs sont dénudés; un petit bois regardé par les indigènes comme un lieu sacré couvre son sommet. Sur l'autre versant, une descente rapide nous amène dans une jolie vallée où, après une marche lente cl pénible à travers les marais et sur les petites levées de terre qui séparent les champs de riz, nous traversons une rivière sur un tronc d'arbre branlant cl mal équarri. Nous arrivons ensuite au sommet d'une colline dans le village de Sabotsy.

Nous sommes là sur les premiers contreforts de la chaîne de partage des eaux. Dans les petites vallées que laissent entre eux ses chaînons prennent naissance de nombreux ruisseaux affluents de droite du Mangoro. De Sabotsy nous dominons un de ces vallons; le fond en est bien cultivé, mais les collines qui l'environnent sont arides et désolées.

Le lendemain, nous arrivons en quelques heures à Ambodinangavo, et à l'est de ce village nous commençons à monter une rampe rapide, où le chemin se confond souvent avec le lit d'un ruisseau qui vient des hauteurs.

Nous sautons de pierre en pierre et nous nous hissons péniblement sur les plus gros rochers.

A gauche la route est dominée par le sommet du mont Angavo; et , pendant que nos hommes essoufflés reprennent haleine, Maistre et moi, nous en faisons l'ascension (1270 mètres). Là une vue magnifiqne nous fait oublier nos peines. .Malheureusement elles n'étaient pas terminées, et nous reprenons notre marche dans un chemin épouvantable; c'est une nouvelle édition de la route d'Analamazaotra. Les couloirs boueux, les roches glissantes, les rampes abruptes, se succèdent. Nous traversons la deuxième ceinture boisée de l'île, ('elle forêt, accrochée aux sommets de la grande chaîne de partage des eaux, n'a que quelques kilomètres d'épaisseur. Elle cesse brusquement en avant du village d'Ankeramadinika. A midi nous atteignons le point culminant de la roule, près du mont Ambalobe 1 1 -4(30 mètres). Une heure après, nous sommes à Manjakandriana.

A l'ouest de la deuxième ceinture forestière on entre dans la province de l'Imerina. Les maisons en terre ont remplacé les cases en roseaux. Le pays devient 1res peuplé, nous sommes dans les environs delà capitale.

Mais, sans nous attarder longtemps sur ce territoire des Anlimerina. que nous allons visiter en détail dans notre premier voyage, nous avons hâte d'arriver à Tananarive.

Dans celle description rapide du chemin de Tananarive à Tainatave, chemin bien connu de tous les Européens qui ont voyagea Madagascar, j'ai essayé de montrer au lecteur ce qu'était la grande roule lnlana br, qui relie à la côte le pays des Antimerina. Si j'ai insisté' sur les difficultés de tous genres que l'on y rencontre, et' n'est certes pas pour m'en plaindre, un voyageur aurait mauvaise grâce à màudir les obstacles qu'il vient bénévolement chercher dans les pays lointains. Mais il n'en esl pas de même des Européens et des créoles qui, appelés par leurs situations ou leurs affaires dans l'île africaine, sont obligés de suivre ces sentiers exécrables, accompagnés parfois de leurs femmes cl de leurs enfants. Cette route dangereuse pour les voyageurs et si coûteuse pour les transports est cependant la plus fréquentée de Madagascar. Continuellement entre Tamatave cl Tananarive, marchant dans un sens ou dans l'autre, plus de 900 borizana sont échelonnés sur le chemin; ils transportent environ deux tonnes cl demie de marchandises.

Notre roule traverse encore plusieurs villages, 1res rapprochés les uns des autres, et arrive au pied de la montagne sur laquelle est construite Tananarive, où nous faisons notre entrée le 30 mars. Encore une petite ascension à faire, courte mais difficile, dans des ruelles étroites et sinueuses. Emportés dans une course folle, nous distinguons à peine les maisons et les édifices, qui fuient devant nos yeux. Nos hommes, heureux d'arriver au terme du vùyage, Veulent l'aire sans doute une belle entrée dans la capitale. Ils prennent leur trot le plus allongé, bondissent sur les blocs énormes de granit qui forment le pavage des rues, montent et descendent des escaliers et, après mille détours, nous déposent sains et

LA MONTÉE. DE TAMMANDRY A TANANARIVE

SI

VALLÉE l'I -

Saufs à la porte de V Hôtel de l'Europe, où nous éprouvons l'agrément, qui ne nous paratl pas médiocre, de retrouver quelques-uns des raffinements de la civilisation.

Avant la fondation du royaume antimerina, Tananarive Intananarivo n'étail qu'un village construit au sommet d'une colline rocheuse dominant à l'ouesl la plaine de Betsimitatatra. Les premiers rois antimerina, tentés par la position inexpugnable alors de ce hameau, y établirent leur résidence habituelle et à mesure que leur puissance grandissait, ils voyaient s'accroître leur capitale. Bientôt de nombreux villages se groupèrent autour de la demeure royale, puis ils se réunirent peu à peu par de nouvelles constructions. Leurs noms désignèrent alors les différents quartiers de la ville des mille villages qui est aujourd'hui une grande cité, la plus importante de Madagascar, avec ses palais, ses édifices publics et ses faubourgs.

La colline sur laquelle est bâtie la ville proprement dite s'étend du nord au sud sur une longueur d'environ trois kilomètres el sur une largeur moyenne d'un millier de mètres. C'esl un gros massif de gneiss et de granité s'élevant à 150 mètres au-dessus de la plaine et recouvert le plus souvent par une couche d'argile rongeàtre qui atteint quelquefois une grande épaisseur. Du côté de l'orient, celle colline est rattachée aux monticules voisins par quelques contreforts, partout ailleurs elle se trouve isolée au milieu des rizières de la vallée supérieure de l'Ikopa. Les versants sont très escarpés à l'ouest, au sud et à l'est; dans la partie méridionale, en certains endroits les rochers sont à pic cl même en surplomb. Dans la partie septentrionale les pentes sont moins rapides, deux ramifications partent des hauteurs et vont, en s'abaissanl peu à peu, se perdre dans la plaine. Le point culminant de la ville, où est bâti le palais de la Reine, est à 1 420 métrés d'altitude. Ce sommet se distingue de fort loin dans la province de l'Imerina.

s2 VOYAGE A MADAGASCAR.

Lorsqu'on approche de Tananarive, l'aspect en est très pittoresque : partout les pentes sont couvertes de maisons d'un rouge sombre groupées sans aucun ordre, conséquence inévitable de la disposition du terrain. Des bâtiments modernes, de construction soignée, apparaissent par places. Dans les hauts quartiers, quelques vieilles maisons de bois aux teintes foncées font ressortir plus vivement encore dans cette tonalité rougeâtre la blancheur des palais. A l'ouest de la ville, sur les bords du petit lac Anosy, le panorama est particulièrement curieux ; c'est là que je vais conduire le lecteur, pour essayer de lui décrire ou plutôt de lui énumérer les principaux quartiers et les édifices remarquables.

A nos pieds se trouve le lac Anosy. C'est une propriété royale; il a été creusé en partie par ordre du o-ouvernement pour fournir, par un déversoir artificiel, la force motrice nécessaire à des moulins a poudre, construits non loin d'ici et qui sont abandonnés aujourd'hui. Il est alimenté par un canal de dérivation de l'Ikopa. Au milieu de la nappe d'eau, sur un terre-plein circulaire relié au rivage par une digue en pierres sèches, sont édifiées des maisons en bois, palais d'été de la famille royale, qui servent maintenant de poudrière. Sur les bords du lac, une légion de blanchisseurs et de blanchisseuses jacassent à l'envi ; à leurs côtés, des gamins armés d'une ligne de pèche rudimenlaire prennent quelquefois des petits poissons rouges, seuls habitants des eaux; encore sont-ils d'importation européenne.

De l'autre côté du lac Anosy est la plaine de Mahamasina, le Champ de Mars de Tananarive. Ce vaste carré d'environ oOO mètres de côté sert quelquefois à la manœuvre des troupes, aux revues de l'armée, là se tiennent les grandes assemblées. Vers le centre on remarque une construction circulaire soigneusement maçonnée : ces murs enserrent la pierre sainte sur laquelle le souverain se tient debout lors de son couronnement. Cette pierre, qui consacre ainsi la toute-puissance royale, a, par ce pouvoir mystérieux de rendre saint, maha masina, donné son nom à l'emplacement qui l'environne. En temps ordinaire le court gazon de Mahamasina nourrit les bœufs que l'on amène journellement dans la ville et quelques ânes ou chevaux, bien rares encore dans le pays.

Derrière Mahamasina, le terrain s'élève brusquement et l'on voit se dresser presque verticaux les flancs de la grande colline de Tananarive, qui décrit un gigantesque arc de cercle dont nous occupons le centre cl où nous allons suivre du regard, de droite à gauche, le panorama de la ville. Auparavant, en tournant la tète vers le sud, nous remarquons sur un plan plus rapproché un monticule arrondi et isolé : c'est la montagne d'Ambohijanahary. Des maisons qui s'entassent à ses pieds et sur ses flancs forment le faubourg d'Imerintsiafindra. Le sommet du mont est dénudé, aucune construction n'y est élevée; on ne doit pas bâtir en face du palais de la reine. Des lignes noires parallèles rayent les hauteurs de ce mamelon; ce sont des fossés profonds creusés dans l'argile par ordre du roi Radama, qui voulait niveler le sommet du mont. Cette entreprise gigantesque n'a pu être continuée. Ambohijanahary est rattaché par une petite crête au massif rocheux de Tananarive.

En suivant cette crête, nous abordons l'extrémité méridionale de la ville. Sur le sommet se trouve le quartier d'Ambohipotsy, au milieu duquel se dresse la flèche d'un temple prolestant. Les flancs abrupts de ce versant sont par exception recouverts d'une argile blanchâtre; et les roches superficielles, décomposées en partie, qui apparaissent par places, sont extraites pour fournir des matériaux de construction plus faciles à travailler, sinon plus durables, que le granit.

Continuant à parcourir du regard la ligne des crêtes, nous arrivons, après avoir dépassé le quartier d'Ambohimitsimbina, à l'ancien palais de Ramboasalamy, qui sert aux réceptions et aux fêles offertes aux étrangers par le gouvernement antimerina; et, tout à côté, à l'ensemble des bâtiments royaux ou rova, au milieu desquels se découpe vigoureusement sur le ciel le grand palais de Manjakamiadana, flanqué de ses quatre tourelles et surmonté de son toit aigu, où plane au sommet le voronmaheri/, le faucon malgache, emblème préféré des rois antimerina. Caché par ce grand édifice, est le palais de Masoandro, où habile la reine. Au nord du Manjakamiadana, nous apercevons un édifice de proportions plus modestes : c'est le Tranovola, « palais d'argent », où le premier ministre donne ses audiences. Au-dessous du rova, la paroi rocheuse est verticale, en cet endroit on précipitait autrefois dans la plaine, à plus de 100 mètres de profondeur, certains condamnés à mort.

LA MONTÉE, DE TAN1MAXDRY A TANANARIVE

Il PALAIS DE LA REIXE.

A gauche du rova on distingue, au milieu des maisons □ breuses du quartier d'Ambohijafy, plusieurs constructions importantes, habitations des principaux officiers de l'armée el de la cour el des grands fonctionnaires. Vienl ensuite le palais du premier ministre. Cette vaste construction de l'orme carrée, ornée aux angles de clochetons, esl surmontée d'une grande coupole vitrée. Au uord de ce palais, la colline s'abaisse peu à peu en même temps qu'elle se divise en deux branches, aux versants

moins rapides, couverts parloul de nombreuses habitations, liés l'origi le la ramification occidentale

dans le quartier d'Ambodinandohalo, on voil les constructions de la mission catholique, que dominent les deux tours de la cathédrale. C'esl au-devanl de la cathédrale que s'alignent, braqués sur un précipice, une vingtaine de canons sans affûts. Les Anti rina se figurenl que ces batteries constituent

une défense sérieuse. En réalité elles ne servenl qu'à tirer des salves lors des fêles. A gauche de la cathédrale est le quartier d'Ambatovinaky, avec son église norvégienne el son temple britannique. Puis de nombreuses maisons s'échelonuenl en étages, successifs el viennent se cacher dans les massifs de verdure qui bordenl dans noire voisinage le lac d'Anosy, tandis que, au second plan, apparaissent les hauteurs de la ramification orientale. C'esl le quartier de Faravohitra. A l'extrémité se dresse la tour carrée d'un temple.

Enfin, à l'extrême gauche du panorama, le quartier d'Ambohitsorohitra, où se trouvenl les bâtiments

de la résidence de France.

Si la ville de Tananarive esl intéressante à contempler, une promenade dans les rues de celle cité esl dénuée d'agréments. Ses voies tortueuses, coupées par des marches élevées, obstruées souvent par de gros blocs de granit, sont pavées par places de pierres anguleuses: parfois la roche massive sert de chaussée, mais le plus souvent on marche sur l'argile ravinée, maintenue sur les pentes trop raides par d'insuffisants barrages. Pour l'Européen, l'usage du Glanjana est presque toujours indispensable, s'il veut sortir sain el sauf de ces périlleuses excursions.

Deux rues principales partent du rova. L'une descend vers l'est et après avoir contourné le Palais de Justice, petite construction en pierre de style grec, possède une chaussée pavée avec soin. Ce travail de voirie qui ne s'étend malheureusement que sur une petite longueur, une centaine de métrés, représente le seul progrés réalisé récemment. Bientôt après la rue reprend son aspect primitif cl après avoir traversé le quartier d'Ambohitantely, où elle est rejointe par la roule de Tamatave qui gravit par des pentes fort raides et des escaliers géants les flancs escarpés de la montagne. Le chemin se dirige

ensuite vers le nord en suivant les hauteurs de Faravohitra, puis il descend dans les faubourgs d'Ankadifotsy pour aller à Anlanimena traverser les rizières de la plaine et conduire dans les villages voisins.

La deuxième rue principale que nous allons suivre est celle de l'ouest, c'est la plus fréquentée, le boulevard élégant de Tananarive. Tout d'abord en quittant le palais elle passe au milieu des habitations des grands dignitaires et le long des vieilles maisons de bois, rares échantillons des anciennes constructions. Il y a quelque cinquante ans, Tananarive était divisée en deux parties. L'une comprenait les faubourgs et les villages qui couvraient les flancs des collines et certaines parties de la plaine voisine, l'autre, la cité proprement dite, était construite sur les hauteurs de la grande colline, groupant ses nombreuses cases autour des bâtiments royaux. Celle ville haute était environnée, surtout du côté de l'est, de fossés profonds; le versant occidental, presque à pic, rendait superflu ce système de défense ; des portes massives donnaient accès dans les rues principale-. On remarque encore maintenant quelques vestiges de ces fortifications, et des postes de soldats occupent aujourd'hui dans les voies fréquentées les emplacements des anciennes portes.

Dans cette enceinte primitive on ne pouvait édifier que des maisons de bois; dans les constructions d'alors la pierre, les briques et la terre étaient exclues. Les quelques maisons qui subsistent encore sont d'un joli aspect avec leurs murailles sombres, leurs toits de chaume très aigus et les derniers chevrons des pignons qui dépassent le faite de deux longues pointes acérées.

Continuant notre marche nous arrivons devant le palais du premier ministre cl pendant quelque temps nous longeons une muraille qui soutient la grande terrasse sur laquelle s'élève ce vaste édifice. Après quelques détours sur une pente assez rapide, nous débouchons ensuite sur la place d'Andohalo.

Cet espace triangulaire qui se trouve au point où les deux bras de la colline se divisent est la seule plate-forme de quelque étendue que l'on rencontre dans la ville, encore le terrain descend-il légèrement vers le nord. La place d'Andohalo, comme la plaine de Mahamasina, sert aux assemblées populaires, aux grands kabary; c'est là que le peuple se réunit pour entendre la lecture des messages de la reine et la promulgation des lois, les déportations des provinces y attendent avec leurs tributs l'ordre de monter au Palais. Autour de la place le terrain s'étage en amphithéâtre, aussi une foule considérable peut-elle s'y entasser, augmentée encore de nombreux spectateurs groupés sur les terrasses des maisons qui environnent Andohalo. Généralement c'est un lieu de réunion pour les oisifs et les curieux : aussi dans ce nouveau forum beaucoup de Malgaches se réunissent pour se raconter les nouvelles du jour. Accroupis sur l'herbe, ils demeurent de longues heures dans celle position qu'ils semblent affectionner particulièrement. Dans la partie centrale de la place, on voit au ras du sol une roche noirâtre qui a ses attributions sacrées comme celle de Mahamasina. Sur celte pierre, le souverain, après une absence de Tananarive, et particulièrement en revenant de son voyage annuel d'Ambohimanga, remerciait le Ciel de pouvoir rentrer en paix dans sa capitale. Au sud de la place se tient un petit marché fréquenté surtout parles soldats de garde au Palais qui viennent s'y approvisionner.

En descendant de la place d'Andohalo l'on arrive bientôt devant la Mission catholique. L'église fort spacieuse est séparée de la chaussée par un lac minuscule; c'est un endroit sacré auquel il est défendu de loucher, ce qui a gêné beaucoup les Pères dans la construction de leur cathédrale. A gauche est une maison de pierre construite à l'européenne, résidence de Mgr Cazet, évêque de Madagascar, à droite les habitations des Pères. L'emplacement accordé à la mission est vaste; il descend jusque sur la plaine de Mahamasina; malheureusement le terrain est en grande partie d'une déclivité telle que maints endroits ne peuvent être utilisés. De l'autre côté du chemin se trouve l'école des Frères.

lui quittant la Mission catholique le chemin est dominé à l'est par des constructions importantes. A l'ouest il est bordé par un précipice de 120 mètres de profondeur. De ce côté, sur un petit remblai de roches et d'argile, où poussent quelques aviavy centenaires, rares représentants de la végétation arborescente dans les liants quartiers, gisent sur le sol vingt-cinq canons de foule qui servent à tirer des salves dans les grandes solennités. D'autres canons aussi délaissés se trouvent encore dans les différents quartiers de la ville haute et sont employés aux mêmes usages. Près du Palais une de ces bouches à

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feu donne dans la matinée le signal d'exécuter les corvées de la reine, et à neuf heures du soir annonce le couvre- l'eu.

Le long des chemins que nous suivons sont situés les principaux établissements français cl les magasins les plus achalandés ; les maisons anglaises cl les maisons des missionnaires protestants se sont groupées de préférence sur l'autre branche de la colline, dans le quartier de Faravohitra. En continuant notre roule nous traversons les quartiers d'Imarivolanitra et d'Ambatavinaky, nous descendons une rampe assez rapide où le sol c-l particulièrement mouvementé; après chaque orage celle partie de la voie nécessite quelques réparations urgentes, que l'on fait tant bien que mal, mais qui sont loin d'être

LES VIEUX CASONS.

suffisantes, l'rès d'un temple protestant deux voies secondaires viennent aboutir à noire rue. L'une au sud descend vers la plaine de MaliainaMua. l'autre au nord va dans la vallée que laissent entre elles les deux ramifications de la colline, au quartier d'Analakely, l'uis la rue principale sur un terrain [ilus uni nous conduit au grand marché du Zoma; non loin de nous, sur la gauche, est l'emplacement de la résidence générale de France, Lu quittant le Zoma, nous traversons le quartier populeux d'Isotry cl, après avoir dépassé le tombeau delà famille du premier ministre, on arrive dans les rizières sur la route qui conduit à Màjunga.

Ce monument funéraire fui édifié sous le règne de la reine Ranavalona 1"'. M. Laborde, qui en fui l'architecte, résidail depuis longtemps déjà à Madagascar, chargé des intérêts de la France, dans les dernières années de ce long règne il s'est rendu populaire dans l'Imerina par les nombreux services qu il na cessé de rendre et les industries variées qu'il a créées dans le pays, toutes choses qui lui donnèrent, et à juste titre, un grand ascendant à la cour. Le tombeau fui construit pour Ramiharo, le ministre puissant de Ranavalona I"\ père de Rainilaiarivony le premier ministre actuel. Le soubassement de l'édifice est formé d'un massif carré de maçonnerie de 20 mètres de côté, au-dessus une immense dalle monolithe recouvre le caveau de la famille, celle dalle esl entourée d'arcades, deux colonnes élevées se dressent au nord du monument.

A ces deux voies principales viennent aboutir un nombre considérable de rues de moindre importance, ce ne sont que des sentiers tortueux et si étroits que souvent on a de la peine à y passer.

Depuis longtemps Tananarive a perdu l'originalité de ses constructions primitives, les maisons de bois des anciens Antimcrina, bàlies d'après un style uniforme; les grands palais d'alors, qui étonnaient parleurs dimensions autant que parla grosseur des matériaux employés, ont disparu peu à peu, ou sont cachés sous une enveloppe moderne, qui laisse à désirer parfois sous le rapport de l'élégance. Partout la brique ou l'argile battue. Quelquefois la pierre est maintenant employée, et les constructeurs ont bâti des maisons de tvpes fort variés, copies toujours mal comprises de nos habitations. En général, une maison confortable de Tananarive possède deux étages; les murs en brique cuite ou crue, selon la richesse du propriétaire, soutiennent une toiture de tuiles; une ou deux varangues supportées par des piliers sont établies sur les côtés de la maison. Des portes assez bien faites et des fenêtres vitrées ornent la construction, surmontée toujours d'un paratonnerre. Le peuple habile des cases plus modestes : quatre murs de terre recouverts d'un toit de chaume. Ces maisons, pour ne pas exposer leurs habitants aux vents froids et violents de l'est, ont leurs ouvertures — imparfaitement closes par des volets primitifs — pratiquées dans le mur occidental. Celte coutume que nous observerons toujours dans les villages de l'intérieur est ici tombée en désuétude; l'usage des vitres se répand de plus en plus et cette règle inflexible gênait par trop les nouveaux architectes dans leurs conceptions modernes. Les constructions imporlanles sont entourées d'une cour plus ou moins vaste, limitée par un mur de pierre ou d'argile: c'est dans celle enceinte que se trouve, à coté de l'habitation principale, la demeure des esclaves ou des o-ens de service. Les maisons plus ordinaires sont réunies dans un enclos par groupes de trois, quatre ou* même davantage; d'autres fois elles s'entassent à côté les unes des autres, ne laissant entre elles que d'étroites ruelles. Ces emplacements ont élé conquis en entamant le rocher et en rejetant les déblais sur les pentes pour niveler un peu le sol. Presque partout la ville offre ainsi une succession de terrasses établies sur les lianes escarpés des collines.

On peut évaluer à 100 000 le nombre des habitants de Tananarive. 11 faut encore ajouter à cette population sédentaire une population flottante fort nombreuse. Beaucoup d'indigènes sont continuellement en voyage.

Les habitants sont en grande majorité des Antimerina. Si l'on rencontre quelques représentants des autres tribus, ils appartiennent presque tous à la classe des esclaves ou des affranchis. C'est dans la capitale que résident les grands dignitaires du royaume, les nobles et les gens riches de la province, les officiers et les meilleures troupes, puis des Antimerina marchands ou industriels avec leurs esclaves ou leurs serviteurs. L'indigène libre qui cultive la terre habile de préférence les nombreux faubourgs et les villages des environs. Une partie notable de la population est formée par les esclaves des ministres, des princes et des grandes familles : c'est dans cette catégorie que se recrutent principalement les borizano, porteurs de filanjana ou porteurs de marchandises.

Malgré cette grande agglomération d'habitants, la ville est relativement saine. En l'absence des précautions les plus élémentaires de l'hygiène, la position élevée de Tananarive, les vents violents qui dessèchent l'atmosphère pendant plusieurs mois de l'année, les grosses pluies de l'hivernage qui nettoient les hauts quartiers et entraînent dans les parties basses les immondices de toute nature, enfin l'abondance et le bon marché de la nourriture qui rendent la vie facile, contribuent à maintenir la ville dans d'assez bonnes conditions de salubrité.

L'eau est fournie en assez grande quantité par des sources qui jaillissent au pied des collines et suites flancs des coteaux, mais il faut la transporter dans les différents quartiers, ce qui nécessite des ascensions continuelles et un travail pénible. Aussi l' Antimerina ne se montre-t-il pas prodigue pour sa personne et sa maison de cet élément essentiel de propreté, il économise le précieux liquide et ne s'en sert que pour sa cuisine et sa boisson. Certaines sources donnent une eau de bonne qualité; les autres, ce sont les plus nombreuses, laissent à désirer sous ce rapport, elles se perdent dans des mares stagnantes. Ce sont des femmes esclaves qui vont chercher l'eau. Malin et soir elles assiègent en troupes

LA MONTÉE, DE TANIMANDRY A TANANARIVE

l \ i .un DU Z"M \.

nombreuses les abords îles fontaines el y remplissent des cruches de lerre aux formes arrondies, d'une contenance de 10 litres environ. Elles les portent sur le sommet de la tête posées sur des petites couronnes de paille, et remontent ensuite en longues Ries 1rs chemins escarpés de la ville

A Tananarive, le vendredi est le jour du grand marché. Dès le lever du soleil, toutes les routes qui conduisent à la capitale amènent une foule considérable. Los rues de la ville sont toute la journée remplies de personnes affairées; 1m population, calme el nonchalante habituellement, semble à •■elle occasion remuante cl agitée. C'est que le Zoma ou marché esl non seulement le centre d'approvisionnements de toute nature le plus important delà ville, mais qu'il est encore pour le Malgache un lieu de prédilection où il va volontiers apprendre les nouvelles, discuter les prix des marchandises, s'enquérir des besoins industriels ou commerciaux, chercher de l'ouvrage, enfin rencontrer les amis des villages voisins.

L'institution de ces marchés si nombreux à Madagascar est un trait caractéristique de la vie sociale de l'Antimerina. Il a répandu celle coutume en même temps que son influence dans un grand nombre de provinces. Ces sortes de foires se tiennent dans les villes, dans les villages importants, souvent aussi en pleine campagne au milieu des hameaux disséminés. Les populations trouvent dans ces assemblées un moyen de communications incessantes et peuvent écouler leurs produits et y trouver en même temps les objets qui leur sont utiles. Il est nécessaire d'attendre, il est vrai, le jour du marché, devenir quelquefois de fort loin; mais pour l'indigène ces déplacements et la perle du temps qu'ils entraînent ne comptent pour rien. Les noms des jours de la semaine où sont ouverts ces marchés servent à les désigner.

En approchant du Zoma par la grande rue qui descend d'Ambatovinaky on a île la peine à se frayer un passage dans la foule pressée, des convois arrivent île toutes les directions el partent chargés de

produits divers. Il faut se garer à chaque instant des marchandises transportées et pendant que l'on évite une longue pièce de bois qui s'avance menaçante, une botte d'herbes sèches vous frotte vigoureusement ou de grands paniers pleins de volatiles effarés tombent sur vos épaules. Les maisons voisines du Zomasont occupées par des revendeurs qui profitent de la circonstance pour étaler dans la rue leurs marchandises disparates, ou faire une vente aux enchères qui ne manque jamais d'attirer une cohue. Là, se trouvent les objets les plus divers, vieux habits, ('toiles défraîchies, conserves avariées, vaisselle d'occasion et spiritueux frelatés. Puis ce sont les vendeurs de bambous de charge; les borizana, leurs clients, viennent essayer la force et la légèreté de ces bois au grand détriment des passants inattentifs.

Sur le marché, l'animation est très grande, chacun va et vient bruyamment, fait ses offres et ses demandes, vante sa marchandise ou discute longuement la valeur des objets. Des appels, des cris, des vociférations se croisent dans un vacarme assourdissant. Cependant les disputes sont rares. Parfois une grande poussée se produit dans la foule : c'est, un voleur que l'on surprend en flagrant délit. Ce malheureux a dérobé quelque chose à un étalage ou a coupé le coin du lamba d'un passant, délit plus grave encore, car c'est là que, dans un nœud de l'étoffe, celui-ci enserre ses morceaux d'argent. Le criminel est entraîné à l'écart et lapidé incontinent. Le Malgache ne pardonne pas le vol commis à son préjudice.

La partie haute du Zoma est, couverte de petits abris; un toit de chaume supporté par quatre pieux s'élève au-dessus d'un terre-plein carré qui dépasse légèrement le niveau du sol. Là se lient accroupi le vendeur, surveillant les marchandises amoncelées devant lui. On a de la difficulté à circuler dans les étroites rigoles qui séparent ces boutiques rudimentaires, et souvent, bravant les malédictions, il faut enjamber les étalages. Puis ce sont des amoncellements de poterie, cruches de toutes les formes, jarres à eau, plats en terre rouge et blanche, assiettes à pied vernissé, marmites à riz de toutes les dimensions. Il serait trop long d'énumérer tout ce que l'on trouve dans ce grand marché.

Chaque partie de la place a son affectation spéciale; l'on parcourt successivement le quartier des marchands d'étoffes indigènes et européennes, des chapeliers, cordonniers, vanniers, marchands de meubles neufs et d'occasion, de literie, d'instruments de musique, etc.

Le marché des produits alimentaires est toujours bien fourni. On y voit du riz en grande quantité, du manioc, des patates, des fèves, du maïs, des pommes de terre, des choux, presque tous nos légumes de France et différentes plantes indigènes comestibles.

Lorsque l'on quitte le Zoma, une petite ruelle affreusement ravinée conduit vers le nord sur la place d'Analakely. Une annexe importante du grand marché y est établie pour la vente des animaux vivants. C'est également sur cette place que l'on trouve les madriers destinés aux charpentes et les planches pour la menuiserie. Ces pièces de bois viennent de loin et sont d'un transport difficile, aussi le Malgache a-t-il recours à certaines ruses pour diminuer ses maux. Les planches réunies par paquets d'une demidouzaine ont une assez belle apparence, mais sans grand examen on reconnaît bien vile la supercherie. Ces planches taillées à la hache dans les arbres de la forêt voisine — un tronc fendu en longueur fournit deux planches — sont amincies patiemment par l'ouvrier qui respecte les bords et les extrémités des plateaux mais creuse la partie centrale dans de tories proportions . Toutes les pièces de bois vendues sur les marchés sont travaillées de la même façon, elles sont ainsi moins lourdes à transporter, mais se réduisent à rien quand le rabot y a passé. En regagnant la ville par une rue latérale on passe devant des tas de gerbes de herana, jonc triangulaire employé pour les toitures et contre des paquets de claies de zozoro, plante analogue mais plus fortequi dans les cases pauvres sert déportes ou de cloisons; plus loin on longe des meules d'herbes sèches el des piles de pelils fagots. Dansl'Imerina le bois manque complètement ; pour cuire les aliments il faut acheter au marché du bois apporté des contrées forestières de l'est. Aussi pour remplacer ce rare combustible la grande majorité de la population se sert des herbes coupées sur les coteaux dénudés de l'Imerina.

Selon l'abondance ou la rareté des produits mis en vente les cours du Zoma sont soumis à quelques fluctuations. Je crois utile de mettre sous les yeux du lecteur certains prix, notés lors de mon dernier

LA MONTEE, DE TANIMANDRY A TANANARIVE

passage à Tananaiïvc à la fin de l'année 1891). Ces renseignements serviront à ('-faillir sans qu'il soit besoin d'y revenir dans la suite les conditions exceptionnelles de bon marché où sont livrées à Madagascar les productions du pays; encore faut-il remarquer que partout, dans l'intérieur de l'île, ces prix diminuent dans de notables proportions pour devenir dérisoires dans les provinces méridionales où l'argent n'a plus cours.

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