PANORAMA DE MAJUNGA
rizon, qui esi une ligne parfaitement droite: nous traversons vers liniL heures l'Anjobajoba, rivière qui se jette dans la baie de Mahajamba. Nous arrivons dans la soirée à Manierenza. Le jour suivant, nous continuons dans la brousse toujours la roule à l'Ouest sous les grands lalaniers. Dans cette étape du matin, je m'aperçois que le sol change peu à peu de nature : ce n'est plus du sable et de l'argile rouge, c'est un terrain marneux auquel succède bientôt une terre noirâtre où je trouve des roches calcaires. Pour la première fois depuis mon arrivée à Madagascar, où j'ai déjà parcouru cependant un nombre respectable de kilomètres, je sors du terrain primitif pour entrer dans les étages neptuniens. Je ramasse beaucoup de fossiles, et je remarque aujourd'hui que depuis Manierenza, ce qui va d'ailleurs se continuer jusqu'à Majuuga, nous marchons en terrain secondaire; le sol qui nous environne est fort probablement, je crois, le terrain jurassique. A dix heures, nous nous arrêtons à Bemakamba et le soir à Tanantafy.. Depuis Manierenza nous sommes dans les Étals de la reine Anarena, reine de Marosakoa, qui gouverne tout le pays qui s'étend du nord de Majunga à la baie de Mahajamba.
Le jeudi "21 octobre, la brousse devient plus compacte, les arbres sont plus serrés, les buissons plus fournis, on voit que nous nous approchons delà côte. Ce pays, comme tous les environs de Majunga. offre une curieuse particularité au point de vue hydrographique; il n'y a plus en effet ces mille petits ruisseaux que l'on rencontre à chaque pas sur le terrain granitique de Madagascar. Les cours d'eau sont remplacés dans ce pays par une série de petits étangs circulaires entourés d'un rideau de verdure et (pie nous traversons à chaque instant sur notre route. A cette époque de l'année, ils sont entièrement desséchés, et ressemblent assez exactement à des arènes de cirque; ces étangs, que nous voyons en grand nombre, sont vraiment caractéristiques de ce pays; on rencontre d'ailleurs beaucoup de ces mares plus ou moins circulaires, dans tous les environs de Majunga, à Amparehingidro et à Ambatolampy notamment. Vers dix heures, nous apercevons la colline sur laquelle est construite la maison du gouverneur de Majunga, et nous traversons dans les palétuviers un bras de mer qui nous en sépare. C'est justement marée basse et la marche est très facile sur le sable humide et compact. A midi, nous descendons en ville, par l'avenue du rova. Je trouve, près de l'agent de France, M. Ferrand, qui remplissait alors les fonctions de vice-résident à Majunga. le plus bienveillant accueil. M. Ferrand ne veut pas que je descende ailleurs que chez lui, et pendant les huit jours que je suis resté à Majunga, j'ai reçu de lui la plus gracieuse hospitalité; qu'il me soit donc permis de le remercier bien sincèrement de sa bonne réception.
Majunga est une ville toute différente des autres villes malgaches (pie j'avais vues précédemment, elle a un cachet tout spécial de petite ville indo-arabe, qui vient faire une heureuse diversion à la monotonie du pays madécasse. Ces constructions n'ont rien de régulier, on y trouve tous les types : la case en salrana du Sakalava et du Makoa, la maison en terre, ou la bulle en raphia de l'Anlimerina, et au centre de la ville des conslruclions en pierre, spacieuses el relativement confortables, élevées par
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les Indiens et les Arabes. La population est aussi très mélangée. Il y a d'abord quelques Sakalava, mais ils y sont relativement peu nombreux, et, pour la plupart, n'ont à Majunga qu'une case où ils viennent loger quand les hasards de la vente de leurs produits les amèneiil dans la ville. Ils habitent presque Ions.
en temps habituel, dans les villages voisins; il y a aussi un certain n lue d'Anlimerina. dont la plus
grande partie est logée dans un village établi sur la colline à quelques centaines de mètres dans l'Ouesl du fort. On remarque en outre une grande quantité d'Arabes cl surtout de C.omoriens, lous musulmans d'ailleurs, et qui se sonl li\és à Majunga depuis forl longtemps; enfin dans ces dernières années beaucoup d'Indiens sont venus s'établir ici, de Bombay principalement, et ces Indiens ont comme les Antiinerina des esclaves makoa, dont le nombre s'élève chaque année el qui sonl traités fort durement. Il tant aussi mentionner une dizaine d'Européens, français pour la plupart, fonctionnaires et commerçants. On voit donc que Majunga est non seulement une ville quelque peu étrangère à Madagascar par son aspect extérieur, mais encore par le fond même de sa population. La partie étrangère, qui c prend les Européens, les Arabes el les C.omoriens sujets ou protégés français, les Indiens cl Zan/.ibarites, sujets ou
protégés britanniques, est de beaucoup la plus nombreuse ci la [dus importante, non seulement par sa quantité numérique, mais encore par sa situation commerciale, industrielle ou politique; aussi Majunga est-elle, de toutes les villes de Madagascar, celle où les Antimerina -c sentent le moins chez eux. c'est la porte ouverte de la grande Ile, et, comme je le montrerai dans le chapitre suivant, c'est le commencement du chemin que doit suivre une expédition quelconque pour se rendre dans les liants plateaux, dans le pays des Antimerina. La ville occupe la partie occidentale d'une sorte de grande presqu'île formée au nord de la baie, par des liras de mer qui s'enfoncent profondément dans l'intérieur des terres, surtout à marée haute cl qui coupent les campagnes, au Nord, du côté d'Amborivy, à l'Est, du côté d'Amparehingidro; ces deux rivières d'eau salée qui se perdent dans les palétuviers laissent cidre elles un isthme qui va du sud-ouest au nord-ouest, sur laquelle serpente la roule qui conduit à Tananarive. La ville de Majunga est bâtie au bord de la mer. elle s'étend Est et Ouesl sur une longue plage de sable et de rochers : la partie occidentale, la plus longue et la plus étendue, esl formée entièrement de cases cl Ar paillottes, c'est le quartier de Marofotona; là habitent principalement les indigènes Sakalava et Makoa, et les Comoriens, sujets et protégés français; en allant vers l'Ouest, c'est-à-dire au centre de la ville, sonl bâties les maisons en pierres des Indiens Arabes el Européens; à l'extrémité orientale, du côté du large, se trouve un autre faubourg indigène nommé Maroiloka; c'est là qu'habitent les pêcheurs sakalava et comoriens, et c'est aussi là que l'on trouve la Résidence de France, qui est une maison indienne que l'on a louée à cet effet. Par suite des courants violents du Betsiboka. des fortes marées et des coups de vent que l'on observe, principalement sur cette côte en février, il se passe à Majunga un phénomène bizarre qui, dans certaines circonstances, peut devenir dangereux même pour les habitants. Je veux parler de l'éro-
sion des côtes par les eaux île la mer; cette érosion, qui se fait flans certains points plus particulièrement, sans que rien puisse le l'aire prévoir, est très notable; en temps ordinaire, elle atteint plusieurs mètres par an, une dizaine environ, et dans certaines circonstances, des ras de marées ou des cyclones par exemple, ces érosions ont atteint tout à coup des proportions véritablement effrayantes. C'est ainsi que dans deux ans, ce quartier de Marodoka et cette maison de M. Ferrand où je loge, auront totalement disparu, et que la mer aura gagné en cet endroit plusieurs centaines de mètres. Ces érosions sont dues tout simplement à la couche d'argile assez puissante qui recouvre le terrain calcaire; cette couche est minée à chaque marée par les lames, et dans les gros temps, de nombreux éboulis se produisent, la mer gagne quelques pieds, elle mine de nouveau et le travail du nivellement se continue. Par contre, en même temps que ce travail d'érosion lent mais continu se produit à l'entrée de la rade, il se forme dans le fond de la baie de grandsdépôts de boue; la vase gagne peu à peu, mais cependant, telle qu'elle est, la rade de Majunga est encore aujourd'hui l'une des plus belles de Madagascar, et sans aucuns travaux, par la nature même des choses, Majunga est appelé à devenir le port le plus important de Madagascar. Son commerce augmente chaque année, et, bien qu'il soit inférieur à celui de Tamatave, il est néanmoins considérable. Voici les derniers renseignements que j'ai pu recueillir sur le commerce de Majunga; ces renseignements, qui datent de 1892, donneront, en même temps que le commerce de Majunga, un aperçu général sur le genre d'affaires qui se traite dans toute l'étendue de la côte Ouest de l'île, en pays sakalava par conséquent. Cuirs et peaux. — Les peaux de bœufs sont une des branches les plus importantes du commerce d'exportation de Madagascar. Malheureusement les indigènes les préparent fort mal, et les livrent presque toujours en mauvais état à l'acheteur européen ou à son représentant.
Aussitôt l'animal abattu, on enlève la peau sans précaution et souvent elle est entaillée de plusieurs coups de couteau, ce qui en diminue beaucoup la valeur marchande Si l'indigène est loin de l'acheteur, il ne lui portera pas la peau dans cet état, le transport en serait trop lourd et trop pénible; il la débarrasse grossièrement des matières grasses et des chairs qui peuvent encore y adhérer; puis, après l'avoir frottée d'argile ou de cendres, il la fait saler et sécher au soleil; les peaux de Majunga sont de deux qualités :
1° Les cuirs de boucherie valant de 20 à 23 francs les 100 kilos;
2° Les peaux venant de l'intérieur de la côte, généralement traitées au sel et relativement beaucoup moins chères.
Le nombre des peaux exportées diminue sensiblement ; il a été, pour 1892 et 1893, de 53847; pour 1888 et 1889, de 66 575; enfin il avait été de 98 000 pour l'exercice précédent, il s'en était même exporté plus de 180 000 l'année d'avant.
lîœufs et animaux vivants. — Les bœufs de la région sont petits et grêles, assez généralement semblables, d'ailleurs, à ceux du reste de Madagascar. Ils sont nombreux aux alentours des centres de quelque importance (Majunga, Marovoay, Mahabo, Trabongy, Beseva, Ankoala , Mevatanana, et les villages de la baie de Mahajamba). Un bœuf bien constitué vaut en moyenne de 25 à 30 francs.
Il n'y a pas de moutons sur le versant nord-ouest de la grande terre; en revanche, il y a une grande quantité de chèvres, l'animal préféré des Indiens dans ces parages.
Les porcs sont assez nombreux, mais l'usage de leur viande étant interdit aux Arabes, aux Indiens et aux Comoriens, et le plus souvent aux Sakalava, on ne les trouve guère qu'autour des centres peuplés par les Antimcrina. Ces animaux sont inférieurs à ceux de l'Europe, et appartiennent à la variété gris foncé de l'Inde et de la Chine, à chair flasque. Un porc de belle venue vaut en moyenne 22 francs.
La volaille abonde sur la côte Ouest, mais elle est de race inférieure et d'aspect chélif. Une poule vaul 40 centimes, un poulet 30 centimes, une dinde 4 francs, une pintade 1 fr. 75, et un canard 1 fr. 25. Une oie se paie 4 fr. 50.
Caoutchoucs. — Le caoutchouc comprend trois qualités :
1° Le caoutchouc préparé à l'acide sulfurique, dil de Majunga, et récollé par les Antimcrina. qui vaul de 36 à 40 piastres les 100 livres anglaises;
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2° Le caoutchouc préparé au citron ou au tamarin par les Sakalava, lequel, vu les matières étrangères qu'il renferme, telles que terre, sable, cailloux et vieux chiffons, subit toujours une déperdition. On fait très peu de ce caoutchouc dans la région. Il se vend 11 piastres 00 centièmes;
3' Lecaoutchouc préparé ausel, dit du menabé, venant du Sud. généralement assez propre, maisd'apprêt insuffisant à lui enlever toute son humidité; par suite, à l'arrivée en Europe, il accuse une diminution de poids de 50 pour 100. Il se paie de 25 à 30 piastres les 100 livres anglaise*.
Une partie du caoutchouc, la plus grande, achetée dans la région, est dirigée sur Marseille avec option pour Londres. Dans l'exercice 1802 et 1893, il en a été exporté environ 85 000 livres. Ce chiffre tend à augmenter. Mais il est important de remarquer (pie, les cours étant toujours plus élevés en Angleterre qu'en France, et les Messageries maritimes prenant les mêmes frets pour Marseille que pour Londres, l'article est toujours réexpédié de France cl vendu sur le marché anglais.
Lnmba et rabanes. — Il y a quatre qualités de rabanes : la rabane fine, à chaîne de raphia et trame de soie du pays, qui vaut une piastre: la rabane de raphia île tissu soigné, donl le prix est indéterminé; la rabane ordinaire à grandes raies de couleurs vives pour tentures et ameublement, qui se paie i piastres 1rs 20; la rabane grossière pour emballages.
Bois de construction. — Le bois de construction esl le palissandre. Il s'achète brut et suivant l'apparence des pièces. Il n'y a pas de marchands de bois dans la région, il faul l'envoyer couper par les Sakalava.
Des pièces de 1 mètres de long sur 13 à 18 cenliiiièl res de diamètre se paient I l'r. 85 la pièce. Les grosses pièces valent de 15 francs à 3() francs; elles oui environ 5 mètres de long sur 35 centimètres de diamètre.
( )n emploie aussi le palétuvier choisi : la pièce de 5 mèl res de long sur 15 à 20 centimètres de diamètre se paie T.") centimes.
Saindoux. — Les Antimerina fabriquent du saindoux, qu'ils vendent environ 1 IV. 25 le litre. Il ne s'en l'ait que de petites quantités.
Raphia. — Le raphia, qui figurai! pour une valeur insignifiante aux exportations de ces dernières années, a pris subilemenl une certaine importance: il s'en esl exporté, en 1893-1893, 30 000 livres anglaise--.
Il vaut à Majunga de 15 à 25 francs le- 50 kilogrammes.
Cire. ■ — La cire devient 1res rare sur la côte nord-ouest; elle se vend 6 piastres 50 centièmes les 30 livres anglaises.
Café. — Le café du pays en coque esl rare. Il se vend environ 15 piastres les loi) livres anglaises.
Riz, pois, maïs. — 11 n'y a pas d'agriculture sur le versant nord-ouest ; aussi n'y trouve-t-on qu'occasionnellement des céréales, el, à l'exception du ri/ il ne se vend aucun grain. Les Antimerina cultivent liés peu le maïs el le sorgho pour leur besoin; par cou Ire la culture du riz esl beaucoup plus étendue, dans la vallée du Betsiboka principalement. <>n en charge des boulres à Majunga, qui vont le vendre à Nosy-Be, Diego-Suarez, Mayolte et les Iles C res, mais ils ont 1res peu de fret de retour.
Conserves. — On reçoit à Majunga toutes les conserves d'Europe, anglaises et françaises. Elles se vendent fort cher.
11 ne s'en fabrique pas.
Orseille. — 11 y en a, paraît-il, quelque peu sur la côte nord-ouest dan- la baie du Bœny el à Baly; mais on ne la récolte sérieusement que dans le Sud. el ce sont les traitants de Nosy-Ve qui l'achètent ; ils sont munis de presses pour la mettre en balles. A Majunga, pas de marché cl pas de prix.
Coton. — Il ne se cultive pas. On trouve quelques pieds à l'état sauvage; il y a lieu de supposer qu'il réussirait.
Sucre. — Le sucre vient à Majunga de Mayolte el de Maurice. 11 s'en vend trois qualités :
1° Le sucre blanc vaut 80 francs les 100 kilos :
2° Le sucre moyen, 00 francs les 100 kilos:
3° Le sucre rouée, 45 francs les 100 kilos.
A Majunga, il ne s'en fait pas.
Indigo. — L'indigo est inconnu dans la région.
Toiles et cotonnades écrues. — Les cotonnades écrues s'écoulent en assez grandes quantités par pièces de 30 yards et 40 yards en balles de 25 pièces, de 8 à 15 francs la pièce. 11 y a de la toile dite américaine qui n'est qu'une colonnade généralement écrue et qui se vend comme su il :
Balles de 25 pièces de 30 yards, de 36 pouces de large, 10 francs à 12 IV. 50 la pièce; vente environ 1 000 balles par an.
Petites largeurs : 31 pouces, pièces de 40 yards, 25 pièces à la balle au prix de 10 à 12 fr. 50; vente 60 balles par an.
Le drill américain, 31 pouces, pièces de 40 yards, 25 pièces à la balle; prix, 20 francs la pièce; vente environ 30 balles par an; sert à confectionner des voiles de boutres et des costumes d'Européens.
La toile américaine vient exclusivement de Boston; l'importation en est monopolisée par deux maisons rivales de cette dernière ville.
Depuis 1889, les toiles américaines ne viennent plus ou très peu sur la côte nord-ouest. Toiles et cotonnades blanches. — Il s'en importe quelque peu de Manchester, de mêmes dimensions et de mêmes prix que les précédentes, mais beaucoup moins solides.
Indiennes et patnas. — L'indienne arrive en caisses ou par balles de 100 pièces de 24 yards de long sur 28 pouces de large; son prix varie de 7 fr. 50 à 11 fr. 25 la pièce, suivant la qualité. Il s'en importe environ 1 000 pièces par an.
Le patna est très connu sur la côte nord-ouest. Il convient de mentionner ici le genre « mouchoirs » qui s'importe par pièces de 12 mouchoirs, suffisant à confectionner deux simbo; le mouchoir mesure 24 pouces sur 27, et 29 sur 30; il vient de Manchester. Le débit en est considérable et se fait par balles ou par caisses de 100 à 200 douzaines; la dimension inférieure vaut 2 fr. 80 à 3 francs la pièce et la grande de 3 fr. 50 à 3 fr. 75. Le dessin préféré est la fleur blanche sur fond rouge; vient ensuite la fleur rouge sur fond blanc.
Manchester et Walhenstadt envoient à Majunga un tissu dit « suisse », qui se vend fort bien pour kikoy (simbo); il arrive par balles de 50 pièces de 12 kikoy, mesurant 42 pouces et 31 pouces. La grande largeur vaut 15 fr. 00 la pièce; la petite, 7 fr. 50. Ce tissu est de colon, de couleur blanche avec raies rouges sur les côtés.
Percales. — Il s'importe des percales anglaises par balles de 100 pièces de 16 yards, au prix de 1 piastre 25 centièmes la pièce.
Mousseline. — Peu ou pas de vente en mousseline; cependant les qualités en sont fort diverses. Les mousselines de Bombay s'importent en pièces de 9 et de 18 yards, de 70 centimètres de largeur; la pièce de 9 yards se paie 3 fr. 75, celle de 18 yards, 6 fr. 25.
La mousseline de Manchester est de meilleure qualité; elle est blanche cl ornée, comme la précédente, de dessins, de fleurs et de figures diverses.
Soieries. — Les soieries ne donnent lieu qu'à des affaires insignifiantes.
Les soieries de l'Inde sont des tissus de soie et de coton de couleurs voyantes, telles que le rouge et le jaune, et de prix modérés.
Draps et lainages. — Pas de marché sur la côte nord-ouest. Draps communs. — Affaires 1res restreintes. Couvertures de laine et de coton. — Affaires restreintes.
Flanelle. — On ne vend à Majunga que de la flanelle de colon à grosses raies de Manchester, au prix de 1 fr. 25 à 2 fr. 50 le mètre.
Fers travaillés, serrurerie, cadenas, quincaillerie. — Le marché est pauvre. Il se vend surtout des cadenas grossiers, les portes n'ayant pas de serrures.
De Bombay viennent de grandes quantités de clous employés dans la construction des boutres. Verroterie. — Il s'importe de petites perles blanches, rouges et noires, en barils de 400 livres
environ; elles viennent de France ou d'Angleterre et d'Autriche principalement, et se vendent 4 piastres les 1G kilogrammes.
Horlog-crie. — La seule horlogerie connue à Majunga est celle d'Amérique.
Il s'importe des réveils et quelques rares pendules communes et sans valeur.
Lampes. — Les lampes arrivent en petites quantités d'Autriche et d'Allemagne. Elles sont généralement en verre, rarement en métal grossier. Il s'importe aussi quelques suspensions communes.
Instruments de musique. — Le seul instrument de musique importé est l'accordéon, venant d'Allemagne et d'Autriche. Il vaut 7 fr. 50 à 20 francs et affecte soit la forme octogonale, soit la forme allongée rectangulaire.
Faïences et poteries. — ■ L'Allemagne envoie à Majunga d'assez grandes quantités de faïences.
Les assiettes, généralement blanches, à fleurs rouges et bleues, valent de -1 IV. 50 à 5 francs la douzaine.
Les bols se paient suivant leur grandeur : Ci fr.. 12 IV. et 15 francs la douzaine.
Les grands plats à riz valent de 5 à 15 francs la douzaine.
Itluim et alcool. — Le rhum vient exclusivement de Maurice par barriques de 210 à 215 litres, au prix rie 15 à 20 piastres la barrique. Il est de mauvaise qualité et son débit atteint 14 à 1 500 barriques par an.
L'absinthe de marques inférieures a un débouché de 5 à 1000 caisses par an, au prix de 10 à 12 fr. 50 la caisse de 12 litres. Le cognac ne peut se placer qu'autant que son prix ne dépasse pas 20 francs la caisse, et encore ne se vend-il qu'une centaine de caisses dans l'année.
Papier. — L'Allemagne importe du papier dit >• écolier o et des registres, le tout de mauvaise qualité et à bas prix.
Peinture à l'huile. — Elle vient de France en petite quantité, par boites de 10 kilos.
L'usage en est fort restreint et la vente rare.
Fer-blanc. — Le fer-blanc proprement dil ne se traite que fort peu sur la côte Ouest.
D'Allemagne et d'Angleterre s'importe de la tôle pour toitures en feuilles de 2 m. 50 sur 70 centimètres, au prix de 4 à 5 francs la feuille.
Tabac. — En dehors du tabac français, il se consomme à Majunga du tabac de la Réunion, de qualité commune.
Miroirs. — Majunga reçoit quelques miroirs d'Allemagne, d'Autriche cl de Bombay. Les Indiens en sont les seuls acheteurs.
Chapellerie. — Cet article se réduit à quelques casques blancs et feutres mous, à l'usage des Européens.
11 ne m'a pas été possible d'obtenir le total général du commerce de Majunga, et là, pas plus qu'à Tamatave cl dans les autres ports de Madagascar, il ne faut pas se baser sur les données officielles de la douane. Les statistiques douanières qui sont, à Majunga comme dans les principaux ports de l'île, surveillées par des agents européens du Comptoir national d'Escompte, sont absolument mensongères et toujours au-dessous de la vérité. Partout la fraude se l'ail sur une trop vaste échelle; dans l'Est, tout le monde y concourt, mais dans l'Ouest, elle est l'aile principalement par les commerçants indiens, sujets britanniques, cl qui, à Majunga surtout, couverts et encouragés même par leur consul', font
1. Le, vice-consul anglais à Majunga, M. Stratton Knott, est un ancien pasteur protestant uni antérieurement à ses fonctions consulaires avait séjourné quelques années a Madagascar. Actuellement M. Knott est vice-consul britannique à Majunga. C'est en même lemps un gros commerçant de la ville. Faisant l'exportation et la commission, il achète (Unis de très lionnes conditions aux indigènes les produits du pays, qu'il expédie en Angleterre et approvisionne ses administrés les Indiens de tout ce dont ils ont besoin.
Il va sans dire qu'il exerce ses fonctions commerciales avant ses fondions consulaires et que, par exemple, s'il doit juger un Indien accusé par un Français d'un délit quelconque, il donnera tort invariablement à notre compatriote, et renverra indemne son administré indien. Il ne faudrait pas en effet perdre un bon client.
Cet état de choses que je connais très bien et dont je parle savamment pour Majunga. doit être absolument la même chose à Tamatave, à Tananarive, dans toutes les villes, en un mot, où il existe un agent britannique. Il est triste de constater que l'on va peut-être faire une expédition longue et onéreuse à Madagascar pour consacrer cet état de choses, au plus grand bien des étrangers et au grand dommage des colons français. Voilà donc à quoi servent les Protectorats !
passer en franchise toutes leurs marchandises. Il n'y a aucune sanction; les fonctionnaires français n'ayant pas de pouvoir à Madagascar sur les étrangers, comme sur personne, ne peuvent que constater la fraude; quant aux officiers hova, avec quelques pièces de o francs, pot-de-vin qu'il n'est nullement nécessaire de cacher, on en fait tout ce qu'on veut. Voici comment agissent les Indiens, sujets britanniques, pour éviter non pas de payer les droits de douane, il n'en est nul besoin, mais pour sauver les apparences et empêcher même toute constatation de leurs trafics. Les boutres venant des Indes, de Bombay notamment, chargés de toile (indiennes, patnas, mouchoirs, etc.), viennent bien mouiller en rade de Majunga. Là, ils sont accostés par un autre boutre vide, qui embarque à son bord les marchandises, puis qui part, traversant la baie de Bombéloke, et remonte la rivière jusqu'à Marovoay; là, dans ce gros village, où il n'y a pas de fonctionnaire européen, on débarque pour la forme les marchandises devant un officier hova, dont on achète le silence avec quelques piastres. Puis, on les rembarque, en ayant soin de se munir d'un laisser-passer de transit pour Majunga. Le boutre revient alors dans ce dernier port, conduisant des marchandises d'un point à un autre de Madagascar. Officiellement, il n'y a pas d'importation directe et le tour est joué. Sur la côte Est, il y a moins de sujets britanniques et partant moins de fraude. Cependant, nombre de commerçants se font expédier par goélette ou par boutres arabes leurs marchandises venant d'Europe dans un de leurs comptoirs, dans un petit village du littoral; là, on achète un laisser-passer d'un officier hova, qui n'a nul contrôle, et l'on rentre triomphalement à Tamatave. Ces fraudes, dont soutire l'administration des douanes à Madagascar, n'auraient aucune importance si le gouvernement antimcrina seul en souffrait; malheureusement, les commerçants français, maintenus et surveilles plus étroitement par les résidents et les fonctionnaires du Comptoir national d'Escompte, payent intégralement leurs droits de douane et ne peuvent frauder; il n'en est pas de même des commerçants étrangers, sur lesquels ces mêmes agents du protectorat n'ont aucun pouvoir. Aussi, il arrive que nos nationaux reçoivent leurs marchandises à un prix plus élevé que leurs concurrents, et que par suite, ils sont dans un état réel d'infériorité.
Majunga, comme plusieurs points sur la côte Ouest, est un territoire soumis aux Antimcrina et relié ■ à la capitale par une route et une ligne de postes fortifiés. De chaque côté de la ville, on trouve des Etats indépendants, gouvernés par des roitelets et des reines sakalava, dont la plupart viennent cependant à certaines époques de l'année rendre visite au gouverneur de Majunga. Les Antimcrina sonl arrivés à ce résultat, non par la force qu'ils sont incapables de déployer, mais par un artifice, basé uniquement sur les superstitions et les croyances des Sakalava de la région. Avant la conquête antimcrina de cette province du Bœny, conquête qui a eu lieu à la fin du règne de Radama I". ces territoires sakalava, de Majunga et de Bombéloke étaient soumis à des Andriana Sakalava, qui avaient leur résidence habituelle à Majunga. et leur tombeau dominait la colline sur laquelle est maintenant construit le rova antimerina. Dans ce tombeau étaient réunis non seulement les ossements des anciens rois du pays, mais encore les restes de toutes les grandes familles de la contrée. Ces sépultures étaient l'objet d'une grande vénération de la part des Sakalava. et une croyance bien enracinée dans le pays assurait que ceux qui auraient en leur possession ces reliques des ancêtres posséderaient le pays tant qu'ils conserveraient ces ossements entre leurs mains. Les Antimcrina, bien au courant de ces croyances sakalava, obtinrent par trahison la possession de ces reliques anccstrales et eurent par cela même tout le Bœn\ ; encore aujourd'hui, ces reliques des rois sakalava sonl soigneusement gardées par les Antimerina dans leur rova, et deux fois dans l'année les Sakalava de la région, conduits par leurs chefs et leurs roitelet-. viennent vénérer ces reliques. Ce jour est, pour les Sakalava de toute la région, une occasion de grandes réjouissances; selon leur habitude, ils tirent un grand nombre de coups de fusil, égorgent des bœufs, chantent et dansent toute une semaine.
A Majunga, la végétation est bien fournie, on remarque surtout de beaux manguiers qui poussent en grosses masses derrière la ville et dans les environs du fort antimerina; plus loin, c'est la brousse, mais on n'y rencontre pas immédiatement les grands satramt, qui ne poussent pas si près du bord de la mer. La rade de Majunga, qui est fort belle, est très souvent animée par les boutres indiens et arabes qui
viennent au mouillage. Le boutre, bateau arabe, trop connu pour que j'aie besoin de le décrire ici, est le bâtiment de cabotage par excellence de la mer îles Indes. Si l'on en voit fort peu sur la côte orientale de Madagascar où ils trouveraient grosse mer, abris insuffisants et où ils devraient doubler le cap d'Ambre ou le cap Sainte-Marie, navigation difficile en somme, pour atterrir ou sortir de ces côtes, sont au contraire très communs sur toute la côte occidentale de Madagascar; ils viennent en général y charger des bœufs ou du riz pour Mayotle et les Comores, ils amènent de l'Inde des marchandises précieuses; enfin, ils font sur toute la côte le petit cabotage entre les points commerçants. Tous les négociants de l'Ouest, Comoriens, Arabes, Indiens surtout, possèdent un OU deux boutres qui leur sont nécessaires pour leur négoce ; ces boutres, qui portent jusqu'à 120 tonneaux, peuvent aller non seulement sur la ente du Moçambiquej mais encore, en profitant des moussons de l'océan Indien, jusqu'à Zanzibar, Mascasle, le golfe Persique, les côtes de l'Hindoustan. Quelques-uns de ces boutres, ceux qui appartiennent surtout aux Indiens, sujets britanniques, se livrent non seulement au commerce ordinaire, mais encore au trafic delà chair humaine; ces boutres négriers vont à Moçambique chargés de bœufs et reviennent à
Madagascar avec un charge nt de jeune-- esclaves
qu'ils vont déposer au fond des baies profondes, donl est découpée la côte Ouest, ou ils sont à l'abri <\<^ visites intempestives d'un navire à vapeur qui ne pourrail les poursuivre sur ces bas-fonds. Ces négriers trouvent d'ailleurs à terre le meilleur accueil, et dans ces tribus insoumises, les Sakalava s'empressent d'aller changer aux Indiens négociants leurs jeunes esclaves africains contre des fusils el de la poudre.
Par suite de sa position au milieu des marais, Majunga est un point très malsain de la côte Ouest de Madagascar; la chaleur y est excessive, c'est, je crois, le point le plus chaud de l'île ; les conditions matérielles de l'existence sont un peu plus chères qu'ailleurs, cela tient à une plus grande rareté des produits alimentaires dans ce pays très peu peuplé. On boit de l'eau de puits, presque tous creusés non loin du rivage; celle eau malsaine esl souvent saumâtre, toujours désagréable au goût.
Je passe une semaine à Majunga que je mets à profit pour compléter mes noie- et l'aire de nombreuses photographies. Il existe à Marofolona les ruines d'une ancienne mosquée arabe, que l'on dil remonter à trois siècles; des ruines également musulmanes se trouvent à Ambatolampy, petit village situé au fond de la rade; toutes témoignent d'une ère de prospérité et de force dont joiiissail le Bœny avant la conquête antimerina. Majunga, comme beaucoup d'autres villes sur la côte Ouest, a reçu de nombreuses colonies musulmanes qui ont imprimé aux constructions, aux habitants dans leurs mœurs et leurs coutumes un cachet particulier, qu'on chercherait en vain partout ailleurs, à Madagascar.
Le mercredi 30 octobre, je fais mes adieux à M. Ferrand, chargé' de la vice-résidence de France, cl à M. Garnier, un de nos compatriotes, notable commerçant dans la ville, en les remerciant encore une fois de l'accueil si gracieux qu'ils ont bien voulu me faire, et dans l'après-midi je me mets en route pour Tananarive.
I Avant de quitter Majunga, par les renseignements dont je m'entoure el les quelques observations personnelles qu il m'est donné de faire, il m'est permis de constater que le port de Majunga est non seule-
5AKALAVA DE MAJUNGA.
ment le plus vaste de ceux que j'ai visités dans mes voyages à Madagascar, mais c'est encore le meilleur à tous les points de vue. Dans deux ans je reviendrai encore à Majunga pour y faire un long séjour cette fois, et mes nombreuses observations relatives au port de Majunga ne feront que confirmer ce que je présume déjà en 1889.
Tout d'abord le port de Majunga est vaste. Des flottes entières peuvent venir chercher un refuge à proximité de la ville. Le mouillage de Majunga comprend en effet une vaste superficie; non seulement il faut citer la baie de Majunga proprement dite, mais il faut encore mentionner la baie d'Ampombitokana, plus vaste [encore, et qui constitue l'estuaire du Betsiboka. La baie de Majunga et la baie de Ampombitokana réunies forment la baie de Bombétoke. C'est une véritable petite mer intérieure. La tenue des navires y est excellente. Les fonds, très suffisamment bas, sont quelquefois de sable, le plus souvent de vase molle, alluvions du Betsiboka. Ces bancs vaseux se déplacent fort souvent, mais une surveillance ordinaire peut renseigner très suffisamment les navigateurs; ce n'est donc paslà un inconvénient sérieux. Le mouillage de Majunga est d'un atterrissage relativement facile, les côtes sont élevées, les relèvements aisés à prendre. De plus les cyclones, si redoutables à Madagascar de janvier à mars, sont absolument inconnus à Majunga. Cette considération est capitale, et dans l'expédition militaire qui se prépare, si l'on envoyait nos navires sur la côte Est en février ou mars, ils y courraient de réels dangers, en cas de cyclones éventuels. Nul ne peut savoir s'il y en aura, mais il est plus prudent, soit de retarder un peu le départ des troupes, soit plutôt de ne fréquenter pendant ces mois dangereux que la baie de Bombétoke. Nos navires y seront en sûreté et à l'abri d'un naufrage qui pourrait très bien se produire ailleurs, à Tamalave notamment; sinistres maritimes qui seraient les seules pertes sérieuses à notre actif dans l'expédition de Madagascar qui, selon toute probabilité, sera des plus faciles et des plus utiles, si, après son achèvement, la France prend possession de la grande île africaine; des plus inutiles au contraire, si elle se termine par un nouveau protectorat, qui sera, j'en suis sûr, aussi mauvais que l'ancien, parce qu'il sera conduit par les mêmes hommes.