DANS LA VALLEE DU MAHAJAMBA
vent, que les prédictions du devin sonl mensongères et que ses remèdes demeurent sans effet. Mais le Malgache n'en est que plus convaincu, et ils s'écrient tous quand ils constatent l'impuissance du Mpsikidy : « Faut-il que le desl in <le ma naissance soit fort, puisque le Mpsikidy n'a pu prévaloir contre lui. •>
Le vendredi 1S octobre, nous parlons de Betsisiky el nous continuons notre roule dans la brousse, nous nous approchons de la chaîne principale des Bongalava dont nous n'avons passé hier qu'un des contreforts principaux. Dans l'après-midi, nous nous engageons dans une région pins accidentée; pendant un certain temps, sur le^ hauts sommets, les arbres deviennenl pins rapprochés, c'esl presque un hois. A trois heures, nous sommes au point culminant (280 mètres), puis nous des< endons rapidement el la nuit nous surprend au lias de la montagne.
Nous sommes entrés dans la vallée du Mahajamba, quittant le bassin du Benarivo, son principal affluent de droite.
Le samedi 19 octobre esl noire première journée de marche dans ce bassin du Mahajamba. Nous faisons connue hier 1res peu de roule dans la bonne direction, el je ne puis obtenir de mon convoi d'éviter ces trop nombreux détours qui nous font perdre beaucoup de temps. Abondance de biens ne nuit pas, dit-on, el cependant avec Ions nos guides, les trois soldais que m'a donnés à Mandritsara Rako-
tondravoavy, les deux guides qui m'ont été fournis à Belalitra par Tsievala, et les deux Arabes qui se sont joints à la caravane depuis deux jours, il est impossible de connaître exactement la vraie route. Chacun donne son avis, qui est le seul bon, bien entendu. Chacun tire de son côté, et j'ai toute la peine du inonde à maintenir une parfaite cohésion dans ma petite caravane; cohésion d'autant plus nécessaire que dans ce pays de fahavalo il serait imprudent de ne pas être réunis et que je tiens essentiellement à avoir l'œil sur tous mes bagages. La plus grande partie de cette campagne du Nord est terminée cl il me serait fort désagréable d'être pillé et d'avoir toutes mes collections perdues à quelques jours de marche de Majunga. Vers midi nous nous arrêtons à Ankoby, et dans l'après-midi nous continuons notre route pour aller coucher à Antamotamo.
Nous sommes toujours dans la brousse; la caravane, rangée dans l'ordre accoutumé, décrit de longues sinuosités dans les grandes herbes, les guides et les soldats sont devant, les porteurs les suivent et je ferme la marche, veillant à ce qu'aucun paquet ne reste en arrière. Vers trois heures, j'entends des coups de feu en avant, et je vois bientôt venir se ranger autour de moi mes porteurs de bagages qui poussent de grands cris cl paraissent très effrayés. Mes prévisions ne s'étaient réalisées malheureusement que trop tôt, et nous étions attaqués par un fort parti de fahavalo. J'étais à ce moment sur une hauteur, et en m' avançant quelque peu il me fut possible de reconnaître nos assaillants. Les fahavalo qui nous cernaient étaient au nombre d'environ cent ou cent cinquante, la plus grosse troupe était en avant, dissimulée dans le lit desséché d'un ruisseau qui barrait la route, d'après les mouvements des herbes, il y en avait sur nos côtés et en arrière, mais je ne pouvais préjuger de leur nombre. Je fis rassembler promptement les bagages, je groupai mes hommes autour des charges, et je m'avançai seul vers la troupe du ruisseau, pour parlementer : c'était le seul parti qu'il me restait à prendre et il fallait entrer absolument en composition avec les brigands. Tout cela avait été exécuté très rapidement, et dans cette circonstance, je n'eus qu'à me louer des deux Arabes qui étaient avec moi, et qui empêchèrent absolument mes porteurs malgaches de prendre la fuite comme une volée de moineaux. En approchant des fahavalo, je fus très agréablement surpris de voir ces hommes qui n'avaient pas l'air si terribles qu'on me les avait représentés. Le chef vint à ma rencontre, et il ne se distinguait des autres que par le gros felana qu'il portait sur le front, coquillage d'un grand diamètre, entouré de cercles d'argent finement découpés. Nous entrons de suite en arrangement. Le kabary commence. Je leur dis qui je suis et pour quel motif très simple je veux traverser leur pays; c'est cependant assez difficile à leur expliquer, à eux qui croient, fort sagement du reste, que pour qu'un blanc vienne dans leur pays, il faut ou bien qu'il y fasse du commerce, ou bien qu'il serve quelque autre intérêt puissant. Mais un homme qui vient dans leurs brousses pour son plaisir, qui se contente d'y mettre des fourmis dans des bocaux, ou qui casse les cailloux de la roule doit être un simple d'esprit ou un menteur. 11 me faut choisir, et je me résous à passer aux yeux de ces sauvages pour un simple fou civilisé, ce qui est encore relativement une consolation. La conversation avec ces brigands sakalava est assez pénible, je les comprends à peine, n'étant pas familier avec ce dialecte de l'Ouest très différent du dialecte anlimerina; heureusement que Jean Boto, mon homme universel, est venu à mon secours. Avec ce nouveau renfort le kabary se prolonge, mais j'ai beaucoup de patience pour le supporter. J'accepte d'ailleurs à peu près les conditions qui me sont imposées : on ne me prendra rien de force, mais le chef des fahavalo visitera mes bagages cl prendra ce qui lui conviendra. C'est une sorte de visite douanière, pas plus ennuyeuse, je crois, que certaines que j'ai déjà eu à supporter dans îles pays civilisés, et j'espère que ces fahavalo de Madagascar ne se montreront pas trop protectionnistes. Je m'exécute donc de bonne grâce et la visite commence. Je suis si pauvre que mes effets personnels ne les tentent pas, ils se contentent de prendre, dans ma lingerie d'explorateur, deux cravates blanches oubliées au fond de ma malle à la suite d'une soirée officielle quelconque; mes armes passent; j'ai bien eu quelques difficultés, mais mes systèmes compliqués de fusils, et mes cartouches métalliques perfectionnées ne les ont pas tentés; mes collections passent en franchise et ne font qu'exciter à un très haut point leur hilarité cl par suite leur bonne humeur; j'espère que mes instruments auront les mêmes prérogatives. Mais les espérances cl les
hypothèses même les plus plausibles sont souvent déjouées dans la vie humaine, j'en eus ce jour-là la triste preuve. En-examinant mon théodolithe, le chef des brigands voulait absolument prendre l'oculaire et sa petite monture en cuivre pour s'en faire un embout pour sa canne : j'eus toutes les peines du monde à le dissuader de mettre à exécution ce projet, et encore je n'y pus parvenir qu'en lui cédant une des grosses lentilles de mes jumelles de voyages qui me servaient habituellement d'allume-feu pour mes cigarettes, ainsi qu'un objectif de ces mêmes jumelles qu'il mit immédiatement à l'extrémité supérieure de sa canne. Enfin, j'abandonnai la moitié de mes provisions, une partie de mon sel, et toutes mes liqueurs alcooliques. A six heures, je quittais ces fahavalo devenus maintenant mes amis, et Sélim luimême, leur chef, m'accompagnait jusqu'au village de Antamotamo, me promettant formellement que je n'aurais plus rien à craindre d'eux jusqu'à ma rentrée à Tananarive. Sélim a scrupuleusement tenu cet engagement, et je n'ai plus vu de fahavalo dans celle campagne du nord de Madagascar. Avant d'arriver à Antamotamo, je serrai énergiquement la main de Sélim, en lui rappelant ses engagements, et je lui donnai encore sur sa demande (ces hommes sont insatiables] tout le tabac que j'avais sur moi. En approchant du village, les fahavalo et Sélim partirent dans le nord, je les vis s'éloigner dans la brousse, ils disparurent bientôt à mes yeux, el ma jumelle borgne ne pouvait guère me servir pour les suivre plus longtemps du regard.
En somme ce n'élail qu'une alerte, cette attaque s'était d'ailleurs terminée dans de très b îes conditions, et si j'en étais quitte à si bon compte c'est Je le crois, à cause de l'intervention 'les deux Arabes de Zanzibar qui étaient avec moi et qui avaient reconnu dans Sélim un de leurs coreligionnaires, mahométan peu zélé cependant, caril buvait fort bien mon absinthe. Selon mon habitude, j'avais recueilli mes deux Arabes depuis Belalilra avec quelque sympathie, ils s'en étaient souvenus et avaient causé — comme je l'appris plus lard — avec Sélim en langue kisoahéli. La certaine sympathie que j'éprouve pour toutes les populations musulmanes m'avait encore une luis servi.
C'est beaucoup plus à l'est du ruisseau près duquel nous venions d'èlre attaqués, que M. (ieorges Millier a été assassiné pendant la saison sèche de 181(2, en suivant d'ailleurs l'itinéraire qui" je venais de tracer depuis Mandritsara '.
Au village de Antamotamo, je retrouve mes guides, qui étaient venus s'y réfugier dès le commencement de l'alerte; ils avaient pu ramener avec eux un des soldats antimerina, les deux autres avaient été tués par la première décharge. Toute la nuit, dansée village, il y eut de grands kabary entre mes hommes et les habitants du pays, conversations interminables dans lesquelles les porteurs racontèrent avec mille détails, tous plus mensongers les uns que les autres, et tous exagéraient, bien entendu, l'agression dont nous venions d'èlre victimes.
Le lendemain 20 octobre, nous nous mettons en marche au lever du jour. Les arbres de la brousse
1. Au mois de juin 1892, un borizana venait à Majunga et y annonçait le meurtre de l'explorateur M. G. Millier. Voici d'après son dire ce qui était arrivé :
« M. Mûller avait quitté Mandritsara dopais doux ou trois jours, il marchait on tête <\r sa caravane qui à la file indienne se déroulait dans les grandes herbes. Tout à coup d'un petit bois placé sur la gaucho éclatèrenl des coups de feu qui vinrent blesser un des porteurs, il tomba. M. Millier fit alors volte-face et, armé de son fusil de chasse, il lit feu dans la direction présumée dos assaillants. Une nouvelle décharge dos fahavalo s'en suivit, M. Miiller recevait dans la cuisse une balle ot dans l'abdomen un coup do sagaie. A ce moment, pendant que les fahavalo sortis de leur cachette se niaient sur le corps du malheureux explorateur, le mutilaient, et pendant qu'il respirait encore lui coupaient la tète avec un méchant couteau, les porteurs se sauvaient dans toutes les directions.
« Doux ou trois jours après, des indigènes apportaient lo corps «lu français assassiné à Mandritsara, la tête ne fut pas retrouvée. Le meurtre de l'explorateur français M. G. Miiller esl assez inexplicable. Je sais bien que M. Miiller n'avait autour de lui que des Antimerina, ce qui est une très mauvaise chose lorsqu'on voyage à Madagascar, dans les tribus insoumises. En 1892, on parlait déjà d'une expédition éventuelle, les Antimerina étaient 1res surexcités contre les Français cl ils voyaient avec peine un Français parcourir leur pays; donc je soupçonne fort Rako tondra voavy, gouverneur antimerina de Mandritsara, d'avoir fait assassiner par ordre notre malheureux compatriote, ou du moins d'en avoir singulièrement facilité l'exécution. Cet événement malheureux, lorsqu'il sera complètement élucidé, montrera encore une l'ois l'esprit de haine qui anime les Antimerina contre les Français. En attendant, on a essayé de rendre responsable de ce meurtre le banditisme ;'i Madagascar. Les fahavalo ont bon dos. Cependant il ne faudrait pas trop généraliser. Les rendre responsables de tout, c'est très logique, je l'avoue, pour excuser en tonte circonstance le gouvernement antimerina ; cependant j'ajouterai que ce n'est pas tout à fait conforme à la vérité, tant s'en faut. »
sont plus touffus, plus rapprochés les uns des autres, les petits buissons se louchent presque, les raphia sont très abondants et de larges espaces sont couverts par les bavarata (Phragmites communie), sorte de grands roseaux piquants très communs dans tous les terrains humides du versant Ouest de Madagascar.
Le sol est moins desséché, la végétation plus vigoureuse, on voit que nous approchons d'un grand fleuve dont les eaux fécondent ce pays. A neuf heures, nous arrivons au village d'Andoamboary, résidence habituelle du roi sakalava Diriamana.
Dans ce hameau, je suis fort bien accueilli par Diriamana; il me paraît assez intelligent, et paraît comprendre les projets de voyage que je lui expose ; je lui fais d'ailleurs les plus beaux cadeaux qui me restent encore dans mes bagages, et nous sommes bientôt lions amis. Le Mahajamba, qui coule large et profond à deux heures du village, me sera facile à traverser, grâce aux pirogues que Diriamana va me procurer. Je quitte Andoamboary et je suis en deux heures sur les bords du fleuve. Il coule en cet endroit, sudsud-Est-nord-nord-Ouest, sa largeur est de 80 mètres, sa profondeur en moyenne supérieure à 2 mètres.
Sur les cartes, la rivière appelée Befanjava n'est qu'un bras de mer qui part du fond de la baie de Mahajamba, et qui s'avance profondément dans les terres ; ce n'est donc pas une rivière, mais une sorte d'arroyo comme il en existe d'ailleurs un très grand nombre dans les vastes baies qui découpent si profondément la côte nord-ouest de Madagascar; en général, ces arroyos coulent comme les marées, cl ne sont bien pleins qu'au flot. Dans cet arroyo de Befanjava, l'eau atteint un village qui porte le même nom, au delà ce n'est plus qu'un petit ruisseau sans importance, à sec pendant la plus grande partie de l'année el qu'on appelle le Sambilahy.
En arrivant sur les bords du Mahajamba, nous trouvons trois pirogues à balanciers que Diriamana nous avait fait préparer, el grâce à ces embarcations légères, nous sommes bien vile sur l'autre bord.
Tandis que les Malgaches se servent sur toute la côte Est de la pirogue ordinaire, creusée dans un seul tronc d'arbre et marchant à la pagaie, el qu'ils nomment lakana, les indigènes de la côte Ouest se servent exclusivement d'une autre pirogue à balanciers faite en plusieurs morceaux el qu'ils appellent lakamfiara ou lakang'do.
Le lakamfiara, à longueur variable, de C à 10 mètres généralement, a une largeur de 50 à C0 ecnlimètres; le corps de l'embarcalion comme l'espars qui forme le balancier sont en bois très léger. La quille est formée d'une seule pièce de bois, entaillée en forme de Y, et les bordages qui y sont ajustés, sont fixés au moyen de chevilles et de coulures de raphia ; les joints sonl d'ailleurs remplis avec un mélange de graisse de bœuf, d'argile rouge cl de fibres végélales.
Le balancier, fanary, est allongé parallèlement au corps de l'embarcalion; à environ 1 m. 50, il porle, à la partie supérieure, deux grosses chevilles percées d'un trou et nommées latiky. Dans ces tatiky, s'enfoncent perpendiculairement au balancier deux longs bois, nommés varona, qui viennent s'attacher à deux lianes de l'embarcation, el se prolongent en dehors pour porter un autre petit balancier nommé fanaribitiky. Ce fanaribitiky n'est pas à proprement parler un balancier.il ne sert qu'à amarrer les écoutes de la voile ou à supporter du côté du venl un piroguier, dont le poids doil faire équilibre à la poussée d'uni' forte brise. Les lakana de la côte Est ont une section transversale en U, les lakamfiara de la côte Ouest au contraire ont celle même section en Y; il est donc nécessaire de placer dans l'embarcalion une sorte de plaie-forme horizontale cl centrale, sur laquelle on peut s'asseoir ou placer les marchandises; on les protège d'ailleurs par deux claies mobiles en raphia, que l'on fixe sur les bordages de la pirogue. 11 exisle aussi, aux deux extrémités du lakamfiara, deux autres petites plates-formes triangulaires, sorle de dunette ou de gaillard d'avant que l'on nomme basa.
Le lakamfiara proprement dil, au lieu d'avoir à l'avant el à l'arrière les deux extrémités simplement effilées, a un bordage central qui se recourbe en forme de proue antique, (pie l'on décore souvent de couleurs vives.
Ces pirogues à balanciers portent un ou deux mâts, sur lequel ou entre lesquels est fixée une voile assez grande, qui imprime à l'embarcalion, même par de légères brises, une grande vitesse. Dans les cas de l'oilcs brises, la bande donnée par ces pirogues sérail si forte qu'elle pourrait les faire chavirer, même
avec le balancier. Pour ces navigations à la voile, un des piroguiers — ils sont généralement deux — se lient debout du côté du vent, soit sur le balancier, soit sur le fanaribitiky . L'autre dirige la marche de la pirogue au moyen d'une pagaie de queues d'une fivioy. Autant les indigènes de la côte Est craignent la mer, et ne sont que de fort mauvais navigateurs, à l'exception toutefois des habitants de Sainte-Marie, autant les Malgaches de la côte Ouest craignent peu cet élément; ils s'aventurent fort loin dans de légères pirogues, ne craignent pas d'y mettre un bœuf ou deux solidement attachés sur la plate-forme centrale, et ainsi chargés d'aller quelquefois jusqu'à Mayotte ou aux Comores. Dans le sud du cap Saint- André, il existe toute une classe de Sakalava, qu'on appelle les Vezy, et qui passent presque toute leur vie en pirogues, tandis qu'une autre classe de cette même tribu, nommée Masikora, vit dans l'intérieur et cultive la terre. Ces deux dénominations de Vezy et de Masikora, qui ne désignent que certaines classes de Sakalava, qui s'adonnent à des occupations spéciales, ont fait croire à certains voyageurs que ces Vezy et ces Masikora étaient des tribus différentes.
Le Mahajamba a un cours très lent, son large lit, contenu par des berges sablonneuses, est encombré d'îlots, de bancs de sable, sur lesquels des quantités invraisemblables de caïmans se prélassent au soleil. Nous ne marchons que fort peu aujourd'hui, et nous nous arrêtons en amont et sur les bords du fleuve, près de quelques cases, qui se trouvent dans un immense champ de bananiers, nourriture principale des habitants de ce pays. Nous avons eu tort de ne pas nous éloigner davantage du cours du fleuve, car sur ses bords et sous les bananiers nous sommes environnés d'une nuée de moustiques. J'ai déjà eu occasion de parler, dans de précédents chapitres, de puces, poux et punaises et autres vermines que l'on rencontre malheureusement trop souvent sur la côte orientale et surtout sur le plateau central. Ces animalcules désagréables se trouvent moins fréquemment sur la côte ouest, mais ces parages possèdent en revanche un animalcule aussi désagréable, ennemi encore plus redoutable, car son nombre est effrayant : c'est le moustique. A l'endroit où nous nous trouvons, il y en a des nuées, aussi nous passons la nuit à danser et à nous livrer à des mouvements désordonnés devni il les grands feux de bois vert que nous avions allumés. Le lendemain, je suis très peu valide pour me mettre en route, et je suis persuadé que deux nuits comme celle-là donneraient de forts accès de fièvre à l'Européen le [dus robuste.
Le lundi 21 octobre, nous continuons dans la brousse notre route vers l'Ouest, et nous trouvons, une heure après avoir quitté les rives du Mahajamba, le petit village de Tsaramaso. A l'ouest de ce village, les beaux salraua sous lesquels nous marchons depuis plusieurs jours, mil disparu et sont remplacés maintenant par d'autres salraua beaucoup plus petits aux troncs toujours inclinés, aux feuilles toujours épineuses. Je ne connais pas celle deuxième espèce de latanier. qui se trouve dans tous les environs de Majunga : au lieu d'avoir des fruits ovoïdes comme les autres lataniers, ces salraua ont des petits fruits bilobés, que les indigènes recueillent en grande quantité pour faire du rhum. Les Sakalava cueillent les fruits de ces satrana dans les derniers mois de la saison sèche, ils les incitent dans de grandes jarres en terre, nommées sadjoa, et les placent dans un trou creusé à la surface du sol; les fruits sont alors abandonnés à eux-mêmes et grâce à l'humidité et à la chaleur ils ne lardent pas à en lier en fermentation. Lorsque cet état est suffisamment développé, les indigènes les font cuire dans de grands vaisseaux en terre aux flancs rebondis et à élroile ouverture. Sur le col de ce vaisseau, et dans un plan légèrement incliné, un canon de fusil ou un simple bambou luté avec de l'argile rouge, ce canon de fusil, col et serpentin de cet alambic primitif, passe dans une auge en bois où l'on renouvelle sans cesse de l'eau froide, puis il déverse dans un récipient quelconque l'alcool obtenu; je n'ai pas besoin de dire que cet alcool est de mauvaise qualité, mais tel qu'il est, malgré les éthers et les huiles essentielles qu'il contient et qui lui donnent une odeur très forte, il est très eslimé des indigènes qu'il grise parfaitement du reste. Après le village de Madirobohana, nous retrouvons les grands lataniers, et nous nous arrêtons à Ambohimena. L'étape du soir nous conduit à Marokira.
Le mardi 22 octobre, toujours dans la brousse et dans les lataniers, la route se déroule dans le sable et l'argile rouge; nous traversons une chaîne de collines peu élevées, mais couronnées sur leur sommet de quelques bouquets de bois. Derrière nous dans l'Est, la grande plaine du Mahajamba fuit vers l'ho-