‹ Voyage à MadagascarChapitre 38 sur 91 · JEUNE FILLE DE TRABONJY · texte numérisé non relu

JEUNE FILLE DE TRABONJY

Sud; mais à mesure que les Sakalava revendiquent leur indépendance, à mesure que parla guerre de partisans incessante qu'ils font aux Antimerina qui lâchent pied peu à peu, les Musulmans relèvent la tète, ils font des prosélytes tous les jours plus nombreux, et l'influence mahomélane suit maintenant une marche ascendante, lente mais continue. Pour qui connaît les populations malgaches, ce l'ait est très logique et s'explique aisément. Chez les Sakalava, la mode est à l'islamisme pour deux raisons principales: la première est une raison purement religieuse; la seconde, d'ordre plus spéciale aux populations madécasses. L'islamisme, religion très simple, avec sa logique toute matérielle, j'oserai dire, plaît essentiellement aux noirs; de plus, pour le Malgache, comme elle contient des fady, il s'empresse vile de l'adopter. La deuxième raison milite plus puissamment encore en faveur de l'islamisme. Le Malgache est un noir ordinaire et, comme tous les gens de celte race, il méprise profondément ceux qui sont plus foncés que lui ou qu'il croit tels, car il aime à se faire à ce sujet de grandes illusions. Le Malgache de la côte Ouest est en contact d'une part avec les Makoa, qu'il traite de sales nègres, et d'autre part avec les Musulmans, qu'il considère comme des vazaha, c'est-â-dire que, dans son intellect rudimentaire, il les considère comme des êtres d'une essence supérieure à lui — les Musulmans ne manquent pas d'encourager une telle pensée — et cherche bien entendu à s'en rapprocher, sinon à les égaler, pour bien marquer surtout la différence qui existe entre eux cl les « sales nègres ». Le Malgache se fait donc musulman, s'habille comme les disciples du Prophète; [tour un peu il ferait croire que sa famille habile la Mecque et qu'il est Charifou (descendant de Mahomet). C'est surtout à ce mobile orgueilleux qu'obéissent les Malgaches en se faisant Musulmans. Ils croient changer de peau. Quoi qu'il en soit, les Musulmans étrangers exploitent hardiment ce côté faible du caractère malgache, ils s'insinuent vite dans leurs bonnes grâces, et les conduisent par la religion. De là à devenir leurs chefs, il n'y a qu'un pas : il est t ite franchi. Aussi voit-on sur la côte Ouest toutes les reines et les roitelets sakalava qui se partagent cet immense territoire avoir pour ministres, pour hommes dirigeant leurs affaires, des Musulmans d'origine étrangère. Quelques pays même, aux environs de la baie de Mahajamba par exemple, ont de véritables sultans comme souverains. Les lien Ali, les Ben Mohammed, les Ben Abdallah, sont donc très fréquents sur la côte Ouest, mais on est très étonné d'apprendre que leurs pères étaient de vulgaires Rakolo, Ranaivo, Rainifringa. El pourtant ces Arabes, qui jouissent d'une si haute considération, n'ont le plus souvent d'arabe que le nom qu'ils se donnent. S'il y a parmi eux quelques indigènes de Sour ou de Mascale, la plupart sont (oui simplement des Comoriens ou des nègres du Moçambique. Ils parlent du reste, tous, le soahili, la langue des Grands Lacs; excessivement peu connaissent l'arabe, mais le Malgache n'y regarde pas de si près, il a fait comme les Comoriens, qui eux voulaient devenir Arabes, alors qu'ils n'étaient que de vulgaires nègres du Moçambique; maintenant toutes leurs familles habitent la Mecque, Médine ou autres lieux saints. Ils viennent d'Andafy, donc ils sont vazaha.

Les tombeaux arabes, que nous voyons sur notre droite, sont des quadrilatères en maçonnerie portant aux quatre angles une sorte de petite pyramide peu élevée, au bord intérieur taillé en petites marches égales, au bord extérieur taillé à pic, d'aplomb au niveau du mur d'enceinte; je vois également deux vieilles citernes, reste probable d'une ancienne mosquée ou d'une vieille maison arabe qui se trouvait près de la roule. En somme, en dehors de cette satisfaction, très platonique, qu'éprouvenl lesMusulmans à Madagascar, à se croire des vazaha, l'islamisme a peu changé leurs manières d'être; les petits côtés de celle religion les ont immédiatement séduits, c'est vrai, aussi en onl-ils pris bien vile tous les fady, sauf un cependant, celui concernant les liqueurs fermentées, que peu d'entre eux — suivant en cela l'exemple des Arabes eux-mêmes — observent scrupuleusement. Quant au précepte du Koran, aux grandes idées qu'il renferme, tout cela demeure lettre morte pour l'homme de couleur et pour le Malgache en particulier. Pour lui, l'islamisme, connue pour les nègres des Comores, consiste exclusivement à ne pas toucher au chien et au cochon.

Dans tout l'Ouest de Madagascar, les Antimerina sont appelés Amboalambo (chien cochon). Cette désignation n'est pas à proprement parler, comme certains voyageurs l'ont dit, un terme de mépris, employé par les vaincus pour désigner leurs vainqueurs. Celle appellation indique tout simplement, dans l'esprit

DE MAJUNGA A TANAXARIYE.

des Sakalava, des gens qui n'observent pas le grand fady de l'islamisme et qui touchent à ces animaux impurs.

Mais, nous voilà maintenant loin de la ville, dont les maisons blanches se détachent vigoureusement derrière nous, dans le bleu de l'Océan. Un rideau de verdure entoure Majunga, nous venons à peine de le traverser; à nuire gauche, s'élève la colline du Rova, dont les contreforts sont encore couverts de beaux manguiers;;» notre droite, un terrain couver! d'argile rougeâtre, dissimulée à peine sous un maigre

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gazon, d'où émergent parfois quelques gros bouquets de mokonasy, descend en pente douce vers les dernières maisons de Marofotona.Devanl nous,c'csl la brousse.Les arbres isolés sont rares, les grands salrana, les botona oui disparu, ce ne sont plus .pic de chélifs buissons. Le pays esl relativemenl plat, il y a bien quelques petites ondulations de terrain, mais chacune a à peu près la même hauteur, cl elles sont très rapprochées, ce qui ne permet pas de les distinguer à une certaine dislance. Cependant, au loin, surgissent deux ou trois mamelons, couverts de beaux manguiers à l'ombre desquels s'élèvent quelques cases, Andrehitra cl Amboaboaka-Kely. Dans le lointain se profilent, à l'horizon, à droite, les collines de Pahazony, à gauche au contraire, c'est une immense plaine de verdure qui s'étend à perte de vue, c'est l'embouchure de la Betsiboka avec ses forêts de palétuviers. Le chemin esl pénible pour les hommes. qui se blessent douloureusement les pieds aux roches calcaires coupantes qui encombrent le sentier; la chaleur est 1res forte; mes porteurs m'apportent pour me rafraîchir un fruit, qu'ils cueillent à un arbrisseau dont le sentier esl bordé et que je n'avais pas encore vu jusqu'ici à Madagascar. C'est un fruit 1res curieux, à noyau extérieur. Les indigènes cassent ces noyaux, pour en obtenir une amande, qu'ils font

griller, et qu'ils mangent avec beaucoup de plaisir; le fruit proprement dit est de la grosseur du poing. jaune et rouge, il est très aqueux, sa saveur est acidulé, c'est ce qu'on appelle dans le pays le mahabiba (Anacardium occidentale). Cette route de Tananarive ne va pas vers le nord-ouest, comme je le croyais, pour suivre la ligne des hauteurs que j'avais longée en venant d'Anlananlafy, et qui constitue celte espèce d'isthme qui réunit Majunga au pays voisin. Le chemin ne fait pas un si grand détour, il s'avance directement vers le Nord-Est, et passe dans les palétuviers. A marée basse, cela est parfait et l'on marche avec facilité sur ce sable mêlé de vase et durci par le soleil; mais à marée haute, avec de l'eau jusqu'au ventre, on patauge péniblement dans une boue infecte.

Les grands fleuves du versant oriental de l'île, au lieu d'avoir leur embouchure obstruée par des levées sablonneuses comme cela a lieu sur la côte Est, et de former des lagunes et des marais tout le long du littoral, se jettent à la mer sur la côte occidentale de l'île par de larges embouchures, divisées généralement en forme de delta, cl placées au fond de profondes baies. Ces fleuves occidentaux de Madagascar sont le plus souvent plus forts et plus gros que ceux de la côte Est ; en revanche, leur cours est très irrégulier, comme volume d'eau charrié. Tandis que, sur la côte Est, les pluies presque continuelles qui tombent dans la zone forestière alimentent toute l'année, d'une manière presque constante, les cours d'eau de ce versant, sur la côle Ouest au contraire, où la zone forestière est 1res peu marquée et où il s'établit deux saisons parfaitement tranchées, l'une de sécheresse absolue et l'autre de pluie torrentielle, les grands cours d'eau de cette côte coulenl à pleins bords et en rapides à la fin de la saison des pluies; en revanche, leur lit est souvent à sec pendant l'autre saison. Il en résulte que ces cours d'eau au régime irrégulier entraînent, lorsqu'ils coulent à pleins bords, beaucoup de dépôts vaseux qui viennent s'accumuler non loin de leur embouchure. Ces dépôts s'appuient sur les berges du fleuve, mais ils forment aussi de nombreuses îles qui encombrent leur delta. Les roules de navigation changenl d'une saison à l'autre, et des pilotes habiles sont nécessaires pour suivre un chenal sinueux que les eaux ont creusé dans les boues: de plus, ces vases sont sans cesse remuées par les mouvements des marées et par les eaux du fleuve qui se heurtent continuellement. Ainsi à Majunga on peut voir à marée basse les eaux jaunes de la Belsiboka qui se répandent à plus de dix milles au large. Sur ces dépôts vaseux, couverts ou découverts par les eaux saumatres, ont pris naissance de grandes forêts de palétuviers, et ces arbres, remontant le cours du fleuve, croissent en grande abondance sur les rives jusqu'au point précis où l'eau de mer esl poussée par la marée montante. Au sortir des palétuviers, nous reprenons notre route dans la brousse, et nous arrivons bientôt à Amparehingidro.

C'est un village d'une douzaine de cases; j'y remarque dans les alentours plusieurs petits lacs et étangs d'une formation analogue à celle que j'avais observée près de Antananlafy. Ces réservoirs d'eau douce sont très précieux pour les habitants, car il n'y a pas de sources dans la région, cl leur voisinage permet aux indigènes de se livrera quelques cultures maraîchères, qui leur ont été enseignées par les Européens de Majunga.

Le jeudi 31 octobre, nous marchons dans un pays relativement boisé ; c'est encore la brousse, mais la végétation est plus active et les incendies qu'allument constamment les indigènes oui respecté un plus grand nombre d'arbres. Nous sommes toujours en terrain secondaire, et je ramasse sur mon chemin un grand nombre de petites pierres calcaires, semblables à des bâtonnets. Vers dix heures, nous arrivons à Ambohitromby, grand camp retranché, construit pendant la dernière guerre. C'est un rectangle de plus de 500 mètres de côté. Ses fortifications sont faites de fossés et de remblais en pierres et en terre, avec des embrasures de distance en distance. Ces fortifications, quoique rudimentaires, sont assez bien comprises, et des Européens ont dû certainement participer plus ou moins directement à leur construction. Au milieu de ce camp retranché où ont dû exister, il y a quelques années, de nombreuses maisons, subsiste encore une enceinte palissadée qui entoure les trois cases de l'officier antimerina qui commande le fort cl de ses quatre soldats. On me montre quatre vieux canons lisses, en foule, qui reposent sur des madriers.

En quittant Ambohitromby, nous marchons plus au sud, et à noire droite, nous voyons bien maintenant le fond de la baie de Majunga et les maisons blanches de la ville, l'embouchure 71e la Betsiboka, pin-

sieurs des bras qui la constituent, les îles, et surtout la belle venue des palétuviers qui recouvrent toute cette vallée. Ambohitromby, établi sur une hauteur dominant la route et toute la vallée, est une bonne position stratégique. Malheureusement, la place manque d'eau, et l'on est obligé de l'aller chercher à une assez grande dislance. Ce défaut est d'ailleurs commun à tous les forts et postes militaires antimerina qui, édifiés sur les sommets, sont assez éloignés des sources qui les alimentent. Le soir, j'allai coucher à Maevarano, village situé sur les bords de la Betsiboka. De ce village, je comptais arriver en un ou deux jours de marche à Marovoay; j'avais choisi cette roule par terre pour me rendre compte du pays, et pour les besoins de ma mission; généralement les voyageurs qui montent à Tananarive vont à Marovoay par le fleuve la Betsiboka, la traversée en pirogue ou en boutre est assez courte, et le voyage beaucoup moins pénible.

Il faut neuf heures trente minutes de marche pour aller de Majiingaà Maevarono; pendant tout ce temps la contrée reste sensiblement la même, <■<• n'es! pas une plaine à proprement parler, mais c'est un terrain relativement plat. Quelques coteaux et monticules peu élevés y forment de longues ondulations à pentes douces; une ligne de collines de 150 à 200 mèl res de hauteur limite l'horizon dans le nord-est ; dans le sud-ouest au contraire, le plateau s'abaisse insensiblement pour aller se perdre dans la vallée du Betsiboka. Néanmoins, partoul la vue s'étend à une assez grande distance, et le chemin suit toujours un terrain découvert. La végétation de relie région esl représentée par des arbres isolés, des buissons çà et là, et surtout par des lataniers épineux qui croissent partout ; il n'y a pas de taillis, si ce n'est près de la Betsiboka, à deux ou trois kilomètres de la roule, où les palétuviers forment une véritable forêt.

Maevarano, où nous passons la nuit, est un village de 10 rases environ, il esl entouré d'une enceinte de troncs d'arbres, on y trouve également 't canons lisses, en foule, montés sur affût en bois, fabriqués par les indigènes. Ce village, qui est à une altitude de 20 mètres, esl peu éloigné de l'estuaire du Betsiboka; ce village, dominé au nord et à l'est par de hautes collines, n'a qu'une position très défectueuse au point de vue militaire ; avant d'arriver à Maevarano, on traverse une petite rivière, premier affluent de droite de la Belsiboka. Cette rivière était desséchée à celle époque de l'année, et pendant la saison des pluies, elle se traverse à gué, avec la plus grande facilité.

Cri le nuit passée à Maevarano a été absolument épouvantable. Nous avons (''lé' dévorés par les moustiques. Ces insectes, très nombreux auprès des grands fleuves de la. côte Ouest, se sont probablement donné rendez-vous à Maevarano, pour nous livrer bataille. Il a fallu combattre toute la nuit, et nous ne sommes sortis victorieux de la lutte qu'avec les plus grandes difficultés. De part et d'autre, il y eut beaucoup de sang répandu. Les moustiques, nos grands ennemis de la côte Ouest, vivent ici en légions innombrables; leurs larves aquatiques se développent avec la plus grande facilité dans les mares d'eau douce croupissante qui nous environnent. A l'état adulte, ces insectes cherchent partout leur nourriture, et malheur à l'être vivant, homme ou animal, qui s'aventure dans ces parages. Je n'ai jamais vu, dans les nombreux voyages que j'ai entrepris, une telle affluence de ces insectes désagréables. On en dislingue plusieurs espèces, dont 1rs deux principales sont lesmoka, qui piquent principalement le jour,

et les mokafohy, plus petites, qui préfèrent les ombres de la nuit; grâce à celte diversité de goût, le malheureux voyageur n'a pas un instant de répit.

Le vendredi Ier novembre, une bonne étape va nous conduire à Marovôay; on compte sept heures de marche de Maevarano à Marovôay. La contrée est semblable à celle que j'avais traversée les jours précédents, moins accidentée encore; c'est une grande plaine a peine ondulée par de petits mamelons, le sol est très caillouteux, c'est toujours la brousse comme végétation. Les lataniers y sont en grand nombre, et à côté du grand satrana au tronc uni et élevé, poussent des touffes de petits satrana épineux,

qu'on distingue facilement de loin, de la première espèce, d'abord par leur plus petite taille, et ensuite parce que leurs troncs rugueux, toujours penchés, ne s'élèvent jamais verticalement, comme celui du grand lalanier. A 12 kilomètres dans le nord de Marovôay, et après avoir dépassé le village antimerina de Miadana, nous arrivons sur les bords de la rivière Andraholava, qu'il nous faut traverser pour continuer notre route. Le passage est, long; car pour toute ma caravane, nous n'avons qu'une petite pirogue, qu'un pèchent* de crabes a bien voulu nous louer. L'Andranôlavë roule des eaux jaunâtres, il n'y a qu'un très faible courant, la marée monte encore, les berges d'argile rouge détrempées par les changements quotidiens du niveau de l'eau, sont pénibles à franchir, et l'on enfonce profondément dans cette bouillie rougeàtre. De l'autre côté de l' Andraholava, nous marchons quelque temps dans la même contrée qu'auparavant, faisant roule sur un massif de manguiers, dont la verdure annonce au loin les premières maisons de Marovôay. Vers deux heures, nous entrons dans la ville.

Marovôay est une des grandes agglomérations dé la côte Ouest; elle est, sensiblement, aussi peuplée que Majunga, comptant 4 000 habitants environ. La ville est orientée sud-est nord-ouest et les maisons se disposent à peu près symétriquement, d'une longue avenue qui s'étend dans cette direction. Les habitations de la ville son! comme à Majunga d'ordre 1res composite : il v a des maisons en pierre construites et habitées par les Indiens et les Arabes, gros négociants du pays, puis des maisons en torchis et en terre occupées par les Antimerina, enfin des cases en roseaux où se logent la population sakalava, les esclaves malgaches el africains, qui sont ici en assez grand nombre. Une petite rivière, qui porte le même nom que la ville, passe au sud de Marovôay; ce cours d'eau n'est pas très large, mais il est profond, et permet, en tout temps, aux boutres el aux embarcations de le monter jusqu'à Marovôay. Aux deux extrémités de la ville, surtout du côté Ouest, par où nous sommes arrivés, s'élèvent de beaux manguiers. Ces arbres magnifiques donnent à la ville un cachet tout particulier. Parallèlement à la rivière, el du côté du nord, s'élèvent deux ou trois collines aux flancs assez escarpés; sur leur sommet, les Antimerina oui édifié leurs posles militaires; il est défendu par deux petites pièces de canon el renferme l'habitation du gôuverneùret de ses principaux officiers. Ces fortifications n'ont aucune importance; elles sont les dernières que l'on rencontre sur la roule; celles des autres posles. murs de terre, fossés et palissades, oui surtout pour objet de défendre les populations des villages contre les bandes de maraudeurs el de pillards, qui sont nombreux dans la région. Pendant la dernière guerre, le poste de Marovôay étafi destiné à couvrir la retraite de Ramambazafy, alors gouverneur général du Bœny, el relire avec des troupes à Ambohitromby. Les Antimerina avaient prévu celle retraite, qui n'était que trop

FEMME SAKALAVA DE MAROVOAY.

DE MAJUNGA A TANAXARIYE.

probable si nous avions voulu. Le commerce de Marovoay n'offre rien de particulier à signaler. Les principaux négociants de Majunga, Européens et gens de couleur, y ont presque tous des comptoirs; ils y vendent leurs produits et retirent ceux de la région. Dans ces terres basses de la Betsiboka. la plaine est couverte tous les ans par des alluvions fertiles qui amènent les grandes eaux, il y a de nombreuses rizières. Marovoay est un peu le centre de cette production, et chaque année, au moment de la récolte, on y achète beaucoup de riz non décortiqué. En cet état, ce produit se conserve bien et peut supporter de grands voyages; on en amène de grandes quantités à Majunga, et de là on envoie ce riz aux Comores, à Mayotte, sur les côtes d'Afrique. L'industrie de Marovoay es! exclusivement entre les mains de quelques Indiens, qui fabriquent, avec de l'argile rouge des environs, de la poterie de mauvaise qualité. Ces cruches, ces sadjoa, comme les appellent les indigènes, leur servent dans leurs cases à conserver l'eau douce de consommation journalière. Je suis logé dans la maison du capitaine de la douane, un Antimerina de type presque pur. C'est lui qui reçoit les étrangers; sa maison en torchis est très confortable. Qu'on en juge : du papier peint tapisse toutes les pièces, des plafonds en toile sont tendus, îles rideaux aux fenêtres, des couverts, de la porcelaine, une table. Pour un explorateur, c'est un palais.

Dans la soirée, le gouverneur de Marovoay m'envoie sa musique qui, pendant mon repas du soir, me joue continuellement un motif de valse assez joli, el que je vais essayer de transcrire ici pour piano.

Celte valse antimerina que j'avais déjà entendu jouer à Mandritsara pour la première fois, et que j'ai depuis entendue souvent partout à Madagascar, a été certainement importée dans l'île par des Européens; j'en ignore l'origine, aussi bien que l'auteur, mais quoi qu'il en soit, je la donne, parce que les remaniements que lui ont fait subir les Antimerina, sont assez curieux, et qu'ils nous donnent bien la mesure et le rythme de ces indigènes. »

Après ce concert, j'entendsdes chœurs, qui m'intéressent par leur chant. Certaines personnes qui ont écrit des relations de voyage à Madagascar ont été prodigues de louanges pour les dispositions musicales que montre le peuple madécasse : j'ai beaucoup étudié cette question pendant mon exploration, et j'arrive malheureusement à une tout autre conclusion. Pour l'exprimer, j'emprunterai à M. Guimet le jugement qu'il a donné an sujet de la musique japonaise, et qui convient parfaitement à la musique malgache :

« Elle est assez désagréable pour nos oreilles européennes. Les intervalles sont toujours trop courts. Les chanteurs chantent faux, les musiciens jouent faux; mais néanmoins leur unisson est juste. Ils chantent et jouent faux, d'une quantité égale, de sorte qu'ils chantent faux avec une justesse admirable. »

Sans doute, on pourra voir un joueur de valiha qui répétera sur son instrument primitif des airs qu'il aura entendu jouer, par des instruments européens, même avec assez de justesse. Sans doute on pourra voir aussi un adolescent répéter parfaitement un air qu'il aura entendu chanter, mais ce ne sont là que des exceptions et, d'une manière générale, je suis convaincu que le jugement porté par M. Guimet sur la musique japonaise, peut s'appliquer strictement à la musique malgache. Toute personne qui, à Madagascar, a pénétré dans un temple, et qui a entendu des chœurs de fidèles chanter des cantiques partagera de suite mon avis. Je m'empresse d'ajouterpour excuser les Malgaches que c'est un peu de la faute de leur professeur habituel, s'ils chantent toujours faux. En effet, les missionnaires protestants anglais, non contents d'apprendre aux Malgaches de la mauvaise musique sur un thème incompréhensible pour

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