FIN
les indigènes, les ont habitués, en chantant, à faire des gestes absolument grotesques et ridicules. Le samedi 2 novembre, je quitte Marovoay au lever du jour, en prenant vers l'Est la grande avenue. Les maisons vont fort loin et ne cessent que près d'un petit ruisseau, le Tsimahajao, qu'il nous faut traverser sur une poutre branlante. Quelques minutes après, nous nous arrêtons sur les bords de la rivière de Marovoay, en face du village d'Ambohibary. Cette rivière encaissée, mais très profonde, ne peut se traverser qu'en pirogues. A marée haute, cette traversée est déjà pénible; elle est hérissée de difficultés à marée basse, lorsque les eaux se sont retirées et ont mis à découvert, sur une assez grande largeur, les deux rives boueuses d'argile, dans lesquelles il nous faut patauger, pour aller de la terre ferme à nos pirogues. De l'autre côté de Marovoay, s'étend la grande plaine d'Ambohibary, transformée tout entière
en rizière par les indigènes. Au moment des pluies, c'est un passage très difficile, on ne peut suivre les levées de terre qui séparent les rizières et qui ont presque partout été enlevées par les grandes eaux. Il faut donc patauger dans une boue infecte, dans laquelle on enfonce jusqu'au ventre. A l'époque où nous nous trouvons, ces difficultés ont disparu, mais elles ont été remplacées par d'autres, non moins pénibles à vaincre. De nombreuses flaques d'eau restent encore dans les rizières, ce qui nous oblige à de grands détours. De plus, le terrain découvert d'où les eaux se sont écoulées a été desséché par un soleil torride, de grandes crevasses sinueuses se sont formées dans tous les sens, nous ne pouvons les enjamber qu'avec les plus grandes difficultés, car elles sont profondes, et leurs bords taillés à pic cèdent à la moindre pression; cette plaine doit s'étendre très loin à l'Est et à l'Ouest, mais les limites nous en sont cachées par des fourrés de bararata. Devant nous, un rideau sombre de verdure la limite vers le Sud- Est; nous sommes bientôt à la limite de ce petit bois, qui semble s'étendre assez loin vers le Nord et le Sud, et qui constitue la petite zone forestière de cette partie de la côte. Ce ne sont pas de hautes futaies, c'est plutôt un taillis, où la marche est difficile, le chemin est coupé à chaque instant par les lianes et les plantes grimpantes qui s'accrochent ou qui pendent aux arbres dont la roule est bordée. Aussi, pour pouvoir marcher avec plus de facilite, nous empruntons le lit desséché d'un ruisseau, qui court parallèlement à notre route. Vers onze heures, nous arrivons à Andronlsy.
C'est un village sakalava de 15 cases, il est très pauvre. On y trouve un carré formé par une enceinte de forts pieux en bois, qui renferme le tombeau d'une ancienne reine du pays. Je demande son nom. Il est fad)i de me le dire.
Ce fady sakalava, qui interdit aux vivants de prononcer le nom des morts, est très important à connaître pour pouvoir se rendre compte des changements successifs, sorte d'évolution lente mais continue que subit, la langue parlée, à Madagascar, sur la côte Ouest de l'île. Je ne veux pas aborder encore à présent une élude même très sommaire sur la langue madécasse; elle a en général été étudiée de très près, mais fort mal comprise par les personnes qui ont entrepris un tel travail. Il est évident que, en principe, la langue malgache est unique. C'est théoriquement vrai, et personne ne le met en doute, mais dans la pratique, les missionnaires catholiques et protestants qui ont ('•«•rit à Tananarive des dictionnaires cl des grammaires malgaches-anglaises ont méconnu, comme beaucoup d'autres, ce principe fondamental de l'histoire sociale et politique de Madagascar que j'ai exposé d'ailleurs, dans un avanl-propos de cet ouvrage, à savoir : les Anlimerina, quoique étant la tribu la plus puissante de Madagascar, sont encore loin d'avoir absorbé les antres peuplades, et si l'on doit dans toute question qui se rattache à Madagascar, tenir grand compte des usages, des coutumes de la langue, de la politique des Antimcrina, il est absolument illogique et contraire à nos intérêts aussi bien qu'à la vérité scientifique de ne vouloir voir dans Madagascar que celte peuplade. Depuis de longues années, c'est un piège tendu à notre politique parles Anglais. Dans la dernière guerre, et depuis lors, nousysommes lombes grossièrement, nous avons tout sacrifié aux Anlimerina : on pourra voir dans la suite des temps les fruits d'une telle politique.
En ce qui concerne les ouvrages de linguistique publiés à Tananarive, ils doivent s'appeler, non pas, par exemple, grammaire malgache-française, mais antimerina-française. Le dialecte anlimerina peut être sans doute compris dans toute l'étendue de l'île, aussi bien par un Sakalava que par un Betsimisaraka, cela est indiscutable, mais enfin, les dialectes sakalava et betsimisaraka existent, comme d'ailleurs dans chaque tribu, et je ne vois pas pourquoi le dialecte des Antimcrina serait pris comme type de la langue malgache. Au point de vue scientifique, le seul dont je doive m'occuper ici, il est infiniment probable que les Anlimerina, peuplade venue du dehors, ont dû apporter avec eux des mots et des règles grammaticales inconnus dans l'île avant leur arrivée, et s'ils les ont répandus avec eux dans beaucoup de provinces, il existe encore une grande partie du territoire de l'île où ce dialecte n'a pas pénétré.
Le dialecte sakalava est, parmi tous ceux parlés dans l'île, un des moins purs et des moins corrects. Ils n'ont pas de langue écrite, et les lettres n'ayant pas fixé les sons d'une manière définitive, on peut remarquer d'un village à l'autre des différences très notables. Une des grandes causes de corruption du dialecte sakalava est justement ce fady des noms des morts, contre lequel je venais de me heurter à
Androntsy. Ce fady m'a donné de suite la clef de différences notables que j'avais remarquées entre le sakalava et l'antimerina. Par exemple, presque toutes les peuplades de Madagascar appellent les œufs : atody ; l'eau : rano. Chez les Sakalava au contraire, comme il s'est probablement trouvé des rois et des reines qui se sont appelés Rainatody ou Rainirano, et que, à leur mort, il a été défendu de prononcer ces mots atodij et rano, les indigènes sakalava, du moins ceux qui se conforment scrupuleusement à ces fadij, ont dû se mettre l'esprit à la torture pour trouver, dans leur langue si pauvre, des mots qui puissent désigner ces objets, dont ils font un usage journalier. Ils y ont réussi, et les Sakalava du Rœny appellent l'eau mahalena (ce qui mouille) et l'œuf fandatsaka (ce qui tombe); c'est pour un motif analogue que, pour dire masoandro (l'œil du jour, le soleil), ce mot étant fady, ils disent : mahamay (ce qui brûle).
Dans la case où sont mes appartements, si j'ose m'exprimer ainsi, est une statuette en bois grossièrement sculptée et habillée à la mode indigène; elle représente l'ancienne reine et est l'objet d'une vénération toute spéciale des habitants du pays. Ces figures grossières qui représentent un bon ou un mauvais génie, ou encore un défunt, ne sont pas communes à Madagascar; c'est ici la première fois que j'en voyais, et je n'en ai plus revu que dans certaines tribus du Sud, chez les Antanosy en particulier.
Dans l'enceinte palissadée qui contient le tombeau de l'ancienne reine, il y a beaucoup d'autres tombes, qui ont la forme de pyramides quadrangulaires. Mais ces pyramides, au lieu d'être constituées comme chez les Betsimisaraka, par de petites baguettes de bois mises les unes à côté des autres, sont chez les Sakalava édifiées avec de forts madriers. Il existe autour du village et dans le bois qui l'environne d'autres types de sépultures sakalava; ce sont des parallélipipèdes rectangles, sur lesquels (pour les gens de marque probablement) on a plaqué de petites dalles de granité, sur d'autres (pour des gens de conditions inférieures) on s'est contenté de disposer tout simplement un lit de cailloux de quartz. Quoi qu'il en soit, il s'élève à une des extrémités de ces tombeaux, le plus souvent tournés vers l'Est, une grosse pierre qui indique l'emplacement de la tète du mort. Nous passons l'après-midi au village, la chaleur est tellement forte qu'il nous serait impossible de traverser, pendant sept heures, la grande plaine aride qui nous sépare de Befotaka. Vers six heures, au lever de la lune, nous quittons Androntsy, nous marchons pendant une heure pour sortir du bois, puis, pendant longtemps, dans une grande plaine couverte de vero, d'où émergent ça et là de petits bouquets de lalaniers nains. A minuit, nous arrivonsà Befotaka.
L'accès de ce misérable hameau de cinq ou six cases est difficile, périlleux même, il nous faut traverser, sur une longue branche d'arbre, une rivière de boue, encaissée entre deux parois rocheuses taillées à pic. Au milieu de la nuit, ce n'est que par des prodiges d'équilibre que nous pouvons franchir heureusement , sur un tronc d'arbre, cette rivière d'un nouveau genre ; ce passage est délicat. Le lendemain , une petite étape nous conduit à Ambato. A peu de distance de Befotaka, je me suis arrêté au village sakalava de Trabongy, où je n'ai pu résister aux sollicitations pressantes de la reine qui veut absolument me faire entrer dans sa case royale. C'est une bonne vieille; un Islam, investi des hautes fonctions de premier ministre, l'assiste dans l'art si difficile de gouverner les peuples. Dans l'E.-N.-E. de Trabongy, les Antimerina ont édifié le poste militaire de Mahatombo, qui continue la série de ceux qui sont échelonnés de Majunga à Maevatanana.
De Trabongy, deux heures de marche nous conduisent à Ambato. C'est un village important de la région, il est habité en majorité par des Antimerina qui font du commerce dans cette vallée de la Betsiboka. Ambato est en effet sur les bords du fleuve.
Le lundi i novembre, nous traversons, à quelques minutes de marche d'Ambato, la rivière Ikamoro, dont le confluent avec la Betsiboka est à un kilomètre, à l'est du gué, puis nous continuons notre route, le long des rives de la Betsiboka. Ici son cours est parsemé d'îlots et de bancs de sable. Dans la soirée, nous arrivons à Bepako, misérable hameau de six ou sept cases.
Le mardi 5 novembre, nous continuons dans la brousse et, à neuf heures, nous arrivons à un gué de la Betsiboka. Nous devons atterrir de l'autre côté, dans une île formée par deux bras du fleuve. Dans celte île, en haut d'un gros mamelon que nous voyons d'ici, est le village d'Amparihibe. La traversée de ce bras de la Betsiboka se fait sans incidents dans de larges pirogues, et de l'autre côté du fleuve, après avoir traversé un grand fourré de bararata, nous montons à Amparihibe.
JEUNES PILLES ANTANKARA. ( GRAVURE HE ROUSSEAU, d'aPRES UNE PHOTOGRAPHIE.]
C'est, comme Ambato, un gros village antimerina; il n'y a que fort peu de Sakahv a, qui ont d'ailleurs, je le remarque, quitté en masse cette contrée, par crainte de corvées aussi injustes qu'écrasantes.
Le lendemain, une petite étape nous conduit à Maevalanana. Nous avons, au sortir d'Amparihibe, traversé le deuxième bras de la Betsiboka. La contrée a une végétation beaucoup plus pauvre, les arbres sont plus rares. On voit que nous sommes sur les confins de la région des brousses, et bientôt lorsque nous aurons quitté les pays sakalava, nous serons en pays antimerina dans la zone dénudée. Aux environs de Maevatanana, le pays est très accidenté, les pointements rocheux s'observent fréquemment. Dans les éboulis d'argile, on observe des filons de quartz entre des couches de schistes cristallins. Le village de Maevalanana est le plus important de ceux que l'on rencontre en allant de Marovoay à Tananarive. Le gouverneur de la ville, Ramambazafy, me loge dans une maison convenable. Ramambazafy, en même temps qu'il commande à Maevalanana. est le gouverneur de toute la contrée. Dans les entretiens que j'eus avec lui, il me parut être un homme fort intelligent ; malheureusement les lourdes corvées qu'il impose à ses administrés n'ont pas rendu son nom bien populaire dans le Bœny, il est craint, mais détesté dans toute la contrée, aussi bien par les Antimerina que par les Sakalava.
Maevatanana est bâtie sur une hauteur, colline escarpée par les ravinements de l'argile rouge dont elle est formée, à pic de tous les côtés, surtout du côté de l'Ouest. On entre dans la ville par deux passages où sont construites deux portes grossières; il est assez difficile de pénétrer dans Maevalanana sans passer par ces deux portes, tant par suite des fortifications que l'on a édifiées, haies de cactus, palissades, et par les fossés que l'on a creusés, que par les ravins creusés naturellement dans l'argile toul autour de la ville. Ces ravins ont d'ailleurs une grande profondeur. Le village compte environ 1 S00 habitants; on remarque une rue principale, Esl el Ouest, bordée de cases, dont quelques-unes sont en terre ou en briques crues; celles-ci plus confortables abritent îles Antimerina commerçants ou quelques Indiens qui sont venus s'établir ici, pour acheter des produits (cuir, caoutchouc el raphia), et vendre leurs marchandises (colonnade, armes, quincaillerie).
Depuis Majunga jusqu'à Maevatanana, le chemin est 1res beau, el suit un terrain plat. En effet, Maevatanana, qui est situé à une distance considérable de Majunga, n'est qu'à 170 mètres d'altitude, c'est dire que la pente est insensible. Malheureusement, Maevalanana. situé non loin de la Retsiboka, est. en ce pays découvert, un des points les plus chauds et les plus malsains de Madagascar. J'en devais faire moimême la triste expérience : j'y contractais, en effet, les germes de la malaria, et si jusqu'alors j'avais pu, plus heureusement (pie mes compagnons, échapper aux fièvres de Madagascar, cette première atteinte devait me frapper plus profondément. Mes porteurs, suivant l'usage, avaient voulu s'arrêter un jour ou deux à Maevatanana où ils rencontraient beaucoup de leurs compagnons. J'eus beaucoup de peine à les.en dissuader, j'avais de violents accès fébriles qui me faisaient désirer ardemment d'arriver à Tananarive, le terme de ce voyage.
Le jeudi 7 novembre, nous continuons notre roule, longeant le fleuve sur sa rive droite, mais ce grand cours d'eau n'est plus la Betsiboka, c'est son grand affilient de gauche, l'Ikopa, dont nous avons dépassé le confluent après Amparihibe. La contrée est très rocheuse, et, comme dans les environs de Maevatanana, la végétation est très peu active. Vers dix heures, nous sommes à Tsarasoatra. Ce village, qui compte 33 cases environ, est bâti comme d'habitude sur une hauteur. Nous avons laissé Ambodiroka à 1 Ouest, l'Ikopa, distant de nous d'environ un kilomètre, n'est plus navigable, ni même flottable, son lit est obstrué de gros rochers, sur lesquels les eaux se brisent en tourbillons d'écume.
Le vendredi 8 novembre, nous nous mettons en route sous la pluie; c'est la première que nous ressentons depuis que nous avons quitté les forêts de l'Est, mais nous nous approchons du plateau central où la saison des pluies commence en novembre. Nous suivons l'Ikopa, et nous passons en vue des îles de Nosy-Fito, le barrage important le plus bas de cette grande rivière. Puis, avant d'arriver au village de Mandendamba, nous traversons deux affluents de l'Ikopa, l'un, l'Andranokely, l'autre, le Mandendamba. Enfin, a midi, nous arrivions à Ampasiria, gros village fortifié, entouré de plantations de cactus, et de palissades.
Le samedi 9 novembre, après avoir traversé, au sortir du village, la petite rivière d'Ampasiria, nous suivons la vallée du Morokoloy, et nous nous arrêtons à un village du même nom. Dans la soirée, continuant notre étape, nous gagnons Malatsy. Ce village a des fortifications très complètes et l'on n'y peut pénétrer qu'après avoir franchi quatre portes successives. A Malatsy, les fièvres dont j'éprouvais les violents accès depuis plusieurs jours, redoublèrent encore d'intensité, je ne pouvais me mouvoir que très difficilement, et dans cette pénible occurrence, je dois rendre hommage aux bons soins que me prodiguèrent mes porteurs. Pendant les jours qui suivirent, il me fut presque impossible de continuer mes observations et je dus m'en remettre complètement à mes hommes, pour continuer mon voyage jusqu'à Tananarive. A Malatsy, les maisons en terre des Antimerina réapparaissent; le lendemain, ce sont les pierres levées, toute végétation a disparu. Nous sommes en pays hova clans la zone dénudée. La partie la plus intéressante de ce voyage dans le Nord et l'Ouest est terminée.
Le dimanche 10 novembre, je quitte Malatsy, porté en filanjana; la fièvre ne m'a pas quitté, et malgré la grande consommation de quinine que je fais, les accès semblent augmenter d'intensité. En sortant de Malatsy, nous traversons le Kamolandy, affluent de droite de l'Ikopa. Beaucoup de ruisseaux barrent la route. Cette zone dénudée est d'ailleurs très riche en eau vive, comme il est de règle dans tous les pays granitiques.
Le sentier que nous suivons passe à huit cents mètres au nord du mont Andriba ; près du premier contrefort méridional de ce mont, sont groupés trois villages, pauvres aujourd'hui, niais très peuplés autrefois. Ce sont : Antsahamena : huit cases; Alakamisy : douze cases; Maroharona : vingt cases. Le village d'Alakamisy était autrefois le siège d'un marché très important, c'était le rendez-vOus des caravanes de porteurs, venant les uns de Tananarive, les autres de Majunga. Depuis quelques années, Alakamisy a subi le sort de tous les autres villages du Bœtiy, il s'est dépeuplé peu à peu. La crainte de lourdes corvées en est la seule raison; quelques personnes font entrer aussi en ligne de compte les brigands qui rendent très peu sûres les routes, par lesquelles on pouvait y amener des marchandises, mais il ne faut pas oublier que l'existence même de ces fahavalo n'est qu'une conséquence immédiate des lourdes corvées qui pèsent sur le peuple, surtout dans ces régions. Au sud d'Alakamisy et de Maroharona, nous traversons le Mamokomita, dont nous suivons pendant quelque temps la profonde vallée. Là, ma caravane est arrêtée par le convoi d'un mort sakalava, que l'on porte dans le Nord. Le corps du défunt, roulé dans des nattes épaisses, elles-mêmes recouvertes de lamba de soie, est porté sur une sorte de civière par huit vigoureux gaillards. Ces gens qui viennent de fort loin, du sud de Menavava , sur la rive gauche de l'Ikopa, semblent supporter vaillamment les longues marches qu'ils viennent de faire. Ils crient et gesticulent; de temps en temps, ils reviennent sur leurs pas, puis se dirigent tantôt à droite, tantôt à gauche du sentier. Je les crois ivres; il n>n est rien. C'est encore une coutume sakalava qui va m'expliquer leurs allures étranges. En effet, dès qu'un Sakalava a rendu le dernier soupir, on procède immédiatement à son ensevelissement et à sa toilette mortuaire, puis on le conduit provisoirement quelque part, dans la maison de ses proches ou dans la sienne généralement; l'enterrement proprement dit n'aura lieu que beaucoup plus tard. Quoi qu'il en soit, dansée premier transport du défunt, les porteurs du cadavre prétendent connaître la volonté du mort qui leur indique, par les petits coups qu'il donne aux portants de la civière, où il veut aller. Il leur indique même en frappant ou en retenant tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, la direction qu'ils doivent suivre. Les porteurs de ce Sakalava obéissaient donc aux indications que leur donnait leur mort, mais j'avoue que ces indications devaient être fort contradictoires, car chacun prétendant les entendre, ils entraînaient la civière, tantôt à droite, tantôt à gauche, s'élançaient en avant pour revenir immédiatement sur leurs pas. Dans ces conditions, ils faisaient fort peu de chemin en ligne droite. On m'a raconté que dans un cas semblable, où l'on avait transporté dans une civière mortuaire un Sakalava qui n'était pas complètement mort, les porteurs, en sentant les chocs produits par le moribond qui se débattait dans les nattes qui l'enserraient, avaient tout simplement répondu à ces indications posthumes, et au lieu de transporter le corps vers le nor,d, comme ils en avaient l'intention, ils l'avaient
ramené à son point de départ, et avaient même continué vers le sud, parce qu'ils avaient senti encore quelques mouvements; ils marchèrent sans cesse, sans trêve, ni repos, tant que le prétendu mort sembla s'agiter. Lorsque enfin, étouffé sous ses lamba, il eut vraiment pour cette fois rendu le dernier soupir, ils s'arrêtèrent exténués. Le mort ou celui qu'ils croyaient tel les avait conduits, pensaient-ils, au lieu qu'il avait choisi pour sa sépulture. Ils l'enterrèrent donc là, et s'en revinrent dans leur village. Les tombeaux sakalava du Bœny ne sont pas, comme chez les Antinierina, des caveaux de famille, ils en creusent généralement un pour chaque individu, c'est un simple trou en forme de rectangle allongé; il n'est pas très profond, un mètre environ; au fond, on couche le corps la tête toujours tournée du côté di1 l'Orient, puis on comble la fosse. A la surface du sol, s'élève un tertre peu élevé, pyramide quadrangulaire de terre argileuse sur laquelle on plaque quelques pierres plates, en ayant soin d'en réserver la plus grande, pour l'élever à l'Est du tertre du côté de la tète; souvent les parents du mort, en venant visiter son tombeau, déposent sur ce tertre de petits cailloux de quartz.
Ainsi, chez les Sakalava, nous retrouvons quelques traces de cette espèce de culte de la pierre si répandu chez les Antimerina. Les Sakalava n'ont, il est vrai, ni pierres levées, ni funataovana, mais ils ont quelque chose d'analogue à ces las de pierres que les voyageurs forment peu à peu sur les bords des routes fréquentées. Le Sakalava en effet, vivant dans un pays de brousse ou les pierres sont généralement plus rares que dans la zone dénudée, a un fanataovana particulier. Lorsqu'un Sakalava voyage sur une route, lorsqu'il suit un sentier, souvent pour que son voyage soit heureux, il ramasse un caillou, une petite pierre, et la place à l'intersection de deux branches du buisson voisin. Dans tout le Bœny, dans les environs de Majunga notamment, j'ai bien souvent observé1 ces pierres placées dans les branches des buissons qui bordent les sentiers. Souvent aussi, le Sakalava agit autrement; sur un gros rocher qui se trouve à proximité d'une route quelquefois suivie, il place une grande quantité de petits cailloux, puis plante verticalement au milieu d'eux un bâtonnet, à l'extrémité supérieure duquel flotte un bout de chiffon. Ces sortes de petits drapeaux minuscules sont souvent plaides sur les tombes fraîchement ouvertes.
Au sud du Mamokomita, le pays devient très montagneux, la route est assez difficile, mais, comparée à la route de Tamalave, elle est encore très belle. Nous suivons de profondes vallées où une argile rouge détrempée forme de nombreuses fondrières. Enfin après avoir traversé le Maharivana, affluent de gauche du Firingalava, nous arrivons à Ampotaka. C'est un village antimerina, fortifié comme
m E H A.MPO l'AK \.
Malatsy; toutes les cases sont en terre, il n'y en a plus une seule en raphia qui, d'ailleurs, est inconnu dans la contrée. Quelques huttes cependant sont encore faites en roseaux, en bararata; sur ces claies de roseaux, on a plaqué un mélange d'argile rouge et de bouse de vache.
Le lundi 11 novembre, nous suivons au sortir d'Ampotaka, jusqu'au village abandonné d'Ambohinora, la vallée du Firingalava; dans le fond de cette vallée, je retrouve un végétal avec lequel j'avais fait une trop longue connaissance, dans la région des défrichements de la côte Est, je veux parler du longoza (Amomum angustifolium). Dans celte région, le quartz a totalement disparu, et je retrouve à
chaque instant les poinlements rocheux de gneiss, de granité et de roches porphyroïdes, qui caractérisent si bien la zone dénudée de Madagascar. Enfin, à onze heures, nous passons en face du village de Kangara et nous arrivons à Kinajy, après avoir traversé à gué une. dernière rivière, le Manankazo, affluent de gauche de l'Ikopa. Kinajy est un assez gros village fortifié comme Ampolaka. Depuis Malatsy, c'est-à-dire depuis deux jours, nous montons les derniers échelons qui conduisent au plateau central à Kinajy; nous sommes arrivés au niveau du plateau, par 1080 mètres d'altitude. Maintenant, j'ai presque épuisé ma provision de quinine, et la fièvre ne cesse pas; au contraire, les accès deviennent plus violents, tous les mouvements volontaires, la marche en particulier me faisaient cruellement souffrir, il m'était presque impossible de me mouvoir. A Kinajy, nous étions arrivés sur le plateau central, et je né regrettais que médiocrement de ne pas pouvoir me livrer à mes observations habituelles dans celle contrée, si bien décrite d'ailleurs par le Père Roblet, en sa grande carte de Madagascar. Il me fallut (rois journées de marche, de Kinajy, pour arriver à Tananarive; ce voyage, qui ne présente aucune difficulté, n'offre également rien d'intéressant qui vaille la peine d'être raconté.
A mon arrivée à Tananarive, je retrouvais mon ami Maistre, qui était revenu dans la capitale et occupait non pas notre ancienne maison d'Ambohitsorohitra, mais un nouveau logement qu'il avait trouvé dans la ville haute, dans le quartier d'Ambodihandoala. Nous avions donc quitté notre ancien propriétaire, Rainimananabe, pour un médecin hova nommé Rainiketabao, dont le père, parti pour le Sud, était gouverneur de Fianarantsoa. Maistre, après m'avoir quitté à Mananara, était arrivé à Tamalave après une navigation longue et difficile, sur la goélette la Dorade. Néanmoins, ce séjour forcé en mer lui avait fait quelque bien, et peu de jours après son arrivée à Tamatave, il n'avait pas lardé à se remettre des fatigues (''prouvées. Mon compagnon, au lieu de revenir directement à Tananarive pour prendre quelque repos en m'altendant, comme je le lui avais conseillé d'ailleurs, en le voyant si malade avant son départ de Mananara, avait voulu revenir à la capitale par un chemin nouveau, en explorant le nord de la vallée du Mangoro, celle troisième section dont j'ai parlé dans le chapitre VI. Il me faut encore une fois — et je le fais avec grand plaisir — rendre hommage au courage et à la bonne volonté de mon compagnon qui, guéri à peine de fièvres graves, revint à la capitale en explorant le lac Alaotra et le pays des Antsihanaka.
Parfaitement installé à Tananarive, et au milieu de mes compatriotes que je remercie encore de leurs bons soins, j'eus vite recouvré la santé, mes douleurs cessèrent, et les accès de fièvre disparurent peu à peu ; au bout de deux mois, j'étais tout à fait rétabli et prêt à recommencer mes explorations qui devaient celle fois me porter dans le Sud. Néanmoins il me fallait attendre la fin de la saison des pluies, et je ne pouvais partir qu'aux premiers beaux jours, vers la fin du mois de mars. Quoi qu'il en soit, ce séjour
NOTilt MAISON A TANANARIVE.
RUE H IM.VHIVOLVNITHA. A. TAN ANAR1VE. (DESSIN DE G. VUILLIER, GRAVÉ PAR PRIVAT.)
forcé à Tananarive ne fut pas perdu : en même temps que je rétablissais ma santé, fortement compromise dans les voyages précédents, je complétais mes notes et mes observations sur ce peuple antimerina dont j'habitais la capitale.
La maison de Rainiketabao était beaucoup plus spacieuse et plus confortable que celle que nous avait louée autrefois Rainimananabe. Notre demeure, construite en briques crues, avait un certain cachet, elle était en bordure de la rue principale de Tananarive, en haut de la montée d'Imarivolanitra. Cette rue est très passagère et, de notre véranda, nous jouissons d'un coup d'œil fort animé. Rainiketabao, qui venait naguère d'achever sa maison, avait, peu de jours avant notre arrivée, célébré le fitokantrano. Cette fêle antimerina est une cérémonie privée qui se célèbre en famille pour fêler l'achèvement d'une nouvelle demeure, appeler sur elle les bons esprits et en chasser les mauvais qui pourraient par les maléfices et les sorts nuire aux habitants. Comme dans toute cérémonie malgache, on avait tué beaucoup de bœufs, chanté- et festoyé pas mal, on avait même appelé le sorcier.
A la fin du mois (22 novembre), eut lieu à Tananarive la fêle du fandroana. Cette fête, célébrée en grande pompe dans la capitale, est la fête la plus importante des Antimerina; c'est leur fête nationale. Le fandroana, fêle du bain de la reine, et qu'on pourrait appeler plus exactement fêle des bœufs, a une origine assez difficile à trouver. Certains auteurs en l'ont le premier jour de l'année malgache, ce n'est pas exact, Celte fête, que j'ai vue revenir pendant quatre ans le ±1 novembre de notre calendrier, semble plutôt correspondre à une date mémorable dans la vie du souverain régnant '. Quoi qu'il en soit, cette année (1889) la fête du bain sera célébrée dans quelques jours, le 22 novembre, le 11" jour du mois de Adimizana, T mois de l'année malgache. Un mois avant cette fête, un décret «lu souverain «les Antimerina en fixe la date dans toute la province cl dans tous les postes antimerina de l'île. Par celle loi qui fixe ainsi la dale de relie fête solennelle, il est défendu, pendant les cinq jours qui suivent ou qui précèdent le fandroana, de mettre à mort aucun quadrupède; de plus, par celle mê »rdonnance royale, il
est enjoint aux parents brouillés, aux époux séparés de se réconcilier au moins pendant ces jours de fêle. Cela est assez strictement observé el il est assez curieux de voir, pendant ces jouis de fêle, les épouses divorcées, qui sont si nombreuses à Madagascar, venir retrouver leurs anciens maris. Lorsque la loi est promulguée, on doit payer an souverain un petit tribu d'allégeance, offrande minime, dans laquelle les admirateurs des Antimerina ont voulu voir une cote personnelle. I ne quinzaine de jours avant le fandroana cl même plus longtemps, si cela est nécessaire à la politique du premier ministre, toutes les affaires sont suspendues. Après le fandroana, il y aura de nouvelles vacances aussi longues que les premières, ce qui fera une quarantaine de jours de gagnés à la politique de temporisation des Antimerina.
Pendant les jours qui précèdent le fandroana, la reine, le premier ministre el les principaux officiers du palais s'occupent à l'aire des largesses au peuple et aux modestes fonctionnaires; les produits des douanes, el surtout ceux qui ont été payés en nature, servent à cet effet; puis les cadeaux de bœufs commencent, on en envoie un, deux ou trois selon l'importance du destinataire, on en fait tuer un grand nombre, dont on envoie les morceaux à tous ceux que l'on connaît. C'esl une véritable orgie. Dans la ville, on ne rencontre (pie des esclaves et des domestiqués chargés de quartiers de bœufs, qu'ils vont porter dans toutes les directions. Des visites ont lieu, les familles vont se voir, pour se souhaiter réciproquement toutes sortes de prospérité, jusqu'au fandroana prochain. Dans ces visites, on échange quelques présents, généralement un petit morceau d'argent, comme signe de l'amitié qui unit visiteur et visité. Les parents éloignés et les protégés des personnes influentes n'ont garde de manquer à celte coutume et apportent loujours un petit présent qui les rappelle annuellement au bon souvenir d'un prolecteur influent. Enfin les esclaves et les serviteurs des riches habitants de Tananarive rallient ce jour-là autant que possible la capitale, pour offrir un présent quelconque à leur maître et faire ainsi à cette époque acte de soumission ; c'est la coutume.
1. L'époque du Fandroana, 22 novembre, correspond à l'anniversaire de la proclamation de Ranavalona III à Tananarive, comme reine de Madagascar.
Les habitants se préparent aussi activement à la fête ; pour la dignement célébrer, ils approprient leurs maisons, ils soignent leur toilette et préparent leurs plus brillants costumes nationaux pour le grand jour. Enfin, le 21 novembre arrive; dans la soirée, après le coucher du soleil, les enfants et les jeunes gens sortent et se répandent dans les rues, ils courent même sur les chemins et dans les rizières qui environnent la ville, ils portent un bambou à l'extrémité duquel est fixée une torche allumée. Ils l'agitent en criant et en appelant les bénédictions du ciel sur la nouvelle période annuelle qui va commencer.
De la véranda de la maison de Rainiketabao, j'assiste à ce spectacle, qui est vraiment fort joli. La nuit s'est faite et on voit partout où la vue peut s'étendre dans les quartiers bas de la ville que je domine de très haut, dans les rizières, dans les villages voisins échelonnés sur les hautes collines qui environnent la capitale, tous ces feux agités par mille mains, ces lueurs qui, naissant partout, jettent un grand éclat, puis disparaissent; il en est de même dans toute l'étendue de l'Imerina, et l'on voit fort loin ces petits points brillants percer la brume du soir.
Le Malgache, si soucieux du culte des morts, n'a pas voulu célébrer une grande fête sans rendre hommage aux défunts aussi craints que vénérés. La matinée du 22 leur est consacrée, on les invoque dans chaque case, souvent même on porte un petit présent sur leurs tombes. Pour se préparer dignement à célébrer le fandroana, tout le monde se purifie et, tandis que le peuple se livre à de simples ablutions, la reine et ses officiers se purifient par un cérémonial spécial dont l'origine remonte aux anciens rois antimerina. On égorge un coq rouge; le sang, recueilli dans une coupe, est présenté à la reine et aux principaux officiers du palais qui, trempant leurs doigts dans ce liquide encore tiède, s'en marquent le front, le creux de l'estomac et les principales articulations. Depuis que le gouvernement antimerina, entraîné par son penchant d'imitation, et poussé par des influences étrangères, a décrété le protestantisme religion d'État et a fait semblant de s'y convertir dans la personne de ses principaux membres, cette purification préparatoire de la fête du bain est tenue secrète, mais elle est aussi exactement suivie que par le passé, et les nouveaux convertis ont gardé nombre d'anciennes coutumes qu'ils se défendent énergiquement de pratiquer, et qu'ils cachent soigneusement aux yeux des étrangers.
Dans tous les villages de l'Imerina, on a,ten prévision de la fête du bain de la reine, engraissé des bœufs dont on envoie un certain nombre à Tananarive, comme présent au souverain. Les bœufs engraissés pour le fandroana sont en général de fort beaux animaux; privilégiés entre toutes les bêtes domestiques des Malgaches, ils sont les seuls dont s'occupe l'indigène, les seuls auxquels il donne une nourriture sans laisser ce soin à la nature. Ces bœufs destinés au fandroana, et élevés dans les villages de l'Imerina, sont descendus dans des fosses qui ont servi à l'indigène à extraire l'argile dont il avait besoin pour construire sa maison; dans ces excavations, d'où l'animal ne peut sortir et au fond desquelles il ne peut que se mouvoir difficilement, en lui donnant quelques herbages, il engraisse fort vite. Une semaine ou deux avant le fandroana, on creuse une tranchée qui permet à l'animal de sortir, et il est amené à Tananarive. au palais de la reine. Avant le fandroana, on compte plus de 500 bœufs amenés ainsi dans l'enceinte du rova royal; on en a bien distribué quelques-uns hier et avant-hier aux principaux Européens et autres gens de marque à la capitale, mais le plus grand nombre est donné dans l'après-midi du 21 novembre, au peuple et surtout aux corps de métiers qui ont travaillé en corvée au palais royal, et dont de nombreuses délégations viennent d'aller saluer le souverain. Vers deux heures, ces bœufs, chassés en petits groupes de l'enceinte du rova, se répandent bientôt dans les rues de la ville, il en passe un grand nombre devant ma maison à Imarivolanitra ; quand les bœufs courent dans la ville, sitôt qu ils ont dépassé l'enceinte du rova royal, ils appartiennent à ceux qui les prennent. Ils ont bien été donnés théoriquement aux forgerons, charpentiers, maçons, ferblantiers, et à tous les autres corps de métiers qui sont venus travailler au palais, mais comme bien d'autres gens ont été pris dans le cours de l'année pour le service de la reine, la coutume a voulu que le peuple tout entier fût convié à ce cadeau royal, cl que tout le monde en eût sa part; c'est ce qui a lieu. 11 s'organise, dans cet après-midi du 21 novembre, une véritable chasse aux bœufs dans toute la ville. Les animaux affolés se sauvent dans toutes les rues, dans les ruelles, ils ne connaissent pas d'obstacles. Malheur au passant inoffensif qu'un bœuf affolé ren-
contrera flans une ruelle étroite bordée de murs élevés, comme il y en a un si grand nombre à Tananarive. Une armée d'esclaves et d'enfants cherche à s'emparer des bœufs et à les attacher par une des jambes de derrière a une longue corde sur laquelle ils tireront pour maîtriser l'animal épouvanté. La foule, massée dans les cours intérieures, accroupie sur le haut des murs, entassée sur les balcons, excite animaux et chasseurs par ses cris et ses vociférations; enfin, vers cinq heures, tout se calme, les derniers bœufs ont été pris et on peut enfin sortir de chez soi, ce qui eût été fort imprudent quelques heures auparavant. C'est à minuit, ou fort avant dans la soirée du 21, qu'aura lieu au palais la fête du bain proprement dite. Jusqu'aux premières heures de la nuit, les rues sont très animées, une foule d'indigènes, revêtus de leurs plus beaux lamba, les parcourent : ils vont faire visite à leurs amis et à leurs parents, et accomplir une cérémonie très usitée ce jour, sorte de purification très sommaire dont le bain de la reine ne sera tout à l'heure que la consécration officielle. Pour accomplir celte purification, des vases remplis d'eau sont posés près des portes de toutes les maisons, el quand on entre dans celles-ci, on prend de cette eau lustrale du bout des doigts, el on s'en humecte la tète, en formulant des vieux de longue vie pour ceux que l'on vient visiter. Pendant ce temps, il y a grande affluence au palais royal, les portes sont gardées par des détachements de soldats, el tous ceux porteurs d'un uniforme quelconque sont massés dans les cours intérieures. Vers huil heures, une salve d'artillerie esl tirée par les vieux canons couchés sur la roule d'Andohalo, c'est la cérémonie du bain de la reine qui va commencer. .le me mêlai alors aux Européens invités à assistera celle cérémonie el je montai au rova.
Lorsque nous sommes tous réunis dans la salle du Palais d'argent, où le premier ministre donne ses audiences et dans laquelle on nous a l'ail attendre quelques instants, nous suivons Andriamifidy ', ministre des affaires étrangères, qui nous conduit dans la salle basse du grand palais où nous nous groupons, guidés par ses soins, en arrière de la grande colonne qui soutient ce! édifice que j'ai décril au chapitre V. Cette grande salle, où se presse une foule vraimeni considérable, offre un aspect 1res animé et très pittoresque. Involontairement, en voyant la scène et le décor que j'ai sous les yeux, je me crois transporté bien loin de Madagascar, el je pense assister à un opéra-comique quelconque. Celle pensée, un peu frivole, je le conviens, m'a poursuivi malgré moi pendant toute la durée de la cérémonie. En face de nous, adossé au mur septentrional de la salle.se dresse le trône de la reine: il est composé d'une estrade de plusieurs marches, sur laquelle esl un fauteuil doré', tapissé de velours rouge, où esl assise Ranavalona III. A ses pieds esl conclu'' un enfant, à ses côtés se tient le premier ministre; la reine, de taille peu élevée, a les traits moins délicats et le teint plus brun que la plupart de ses sujets, elle esl drapée dans un lamba rouge vif, et porte sur la tête une couronne d'or, elle n'a pas d'autre ornement; sous ce lamba rouge, couleur de la royauté chez les Antimerina comme chez toutes les autres peuplades de l'île, Ranavalona porte une robe rouge de coupe européenne; son maintien est grave, sa figure esl sévère et semble pénétrée des lois/étroites de l'étiquette. Le premier ministre a un costume fantaisiste très difficile à décrire : sa taille est 1res serrée dans une sorte de dolman de salin blanc, il porte la culotte courte, ses vêtements sont soutachés d'or, de grands brodequins en cuir jaune et à talons liés élevés lui emboîtent les chevilles, des bas blancs avec jarretières enrubannées; il manie un sabre recourbé, dont le fourreau en cuir noir incrusté d'or pend à son côté gauche, soutenu par un énorme baudrier doré. Rainilaiarivony, dont le col esl orné de la cravate de commandeur delà Légion d'honneur, est nerveux et agité; autant le maintien de la reine semble digne, j'oserai dire ennuyé, autant l'aspect du premier ministre est ridicule. Ranavalona III me rappelle, tant par sa personne que par le
1. Andriamifidy est un officier du palais chargé des affaires avec les étrangers. — Le gouvernement antimerina, autant par gloriole que pour bien montrer que le traité de 1.S85 n'existe pas pour lui, l'appelle le ministre des affaires étrangères. C'est également pour bien montrer qu'il ne tient nul compte de ce même traité franco-malgache que ce même gouvernement antimerina a installé, à Londres et à Maurice, deux consuls : MM. Paul Le Mière et Samuel Procter. Voilà dix ans que cela dure, et comme le gouvernement français n'a jamais rien fait que des protestations tout à fait platoniques, le gouvernement antimerina continue à fouler aux pieds très joyeusement les articles de ce traite, qui lui paraissent contraires à ses intérêts; il n'en retient qu'un qu'il proclame bien haut d'ailleurs, c'est celui par lequel, contrairement au bon sens, à la justice et à la vérité, nous avons reconnu la reine des llova comme reine de toute l'île.
cadre qui l'entoure, quelque idole indienne; Rainilaiarivony n'est qu'un jeune premier d'opérette. Entre le trône et l'espace qui nous est réservé derrière la grande colonne, ainsi que sur les deux côtés de la salle, sont accroupis sur leurs talons les principaux représentants de la noblesse et des bourgeois antimerina; tout ce monde est enveloppé du lamba traditionnel, le plus souvent Yarindrano, blanc à rayures noires et bordures foncées. Pour la cérémonie du fandroana, en effet, par une des rares coutumes anciennes qui subsistent encore, les étoffes européennes ont été bannies, et les Antimerina s'habillent ce jour-là d'étoffes du pays, avec lesquelles ils font néanmoins des vêtements de coupe européenne, pantalon et veston, cachés, il est vrai, sous des lamba arindrano. Le premier ministre et quelques grands chefs militaires font seuls exception, mais dans quelques années celte vieille coutume disparaîtra sans doute, et les Antimerina, dans leur désir d'imiter les Européens, au moins dans leurs coutumes extérieures, pénétreront dans la salle du bain en redingote et en chapeau haut de forme. Les principales castes de la noblesse sont représentées ici au nombre de six : 1° les proches parents de la reine; 2° les Zanak'andriamasinavalona, qui sont les descendants du chef célèbre qui conquit la plus o-rande partie de l'Imerina ; 3' les Zazamarolahy ; 4° les Zanak'Ambony, descendants des soldats qui prirent Tananarive sous la conduite d'Andrianjaka; o" les Zafinandriandranando ; 6° les Zanadralambo, qui sont issus de Ralambo, ancien roi d'Ambohilrabiby, qui découvrit le premier que le bœuf était bon à manger! Derrière ces castes de la noblesse sont les représentants de la bourgeoisie, ce sont les Hova; derrière nous et dans les coins de la salle, relégués au dernier rang, sont les esclaves divisés en deux groupes, les esclaves de la couronne : Tsiarondahv, Tsimandoa, Manisotra et Makoa, et les esclaves des Antimerina : Zazahova et Zazavery. Tout ce monde est accroupi, seuls le résident général de France et le consul d'Angleterre sont assis sur des coussins; nous nous tenons debout derrière
eux.
La cérémonie commence : ce sont d'abord des paroles élogieuses pour le souverain et ses aïeux, rythmées et psalmodiées, sur un ton haut et plaintif; un grand nombre d'assistants les soulignent en cadence par de vigoureux battements de mains, puis les proches parents de la reine, les représentantsdes différentes castes de la noblesse, des Hova et des esclaves vont faire le hasina devant la reine et lui présenter une offrande avec leurs vœux de longue vie et de prospérité. Cela demande plusieurs heures, et après, le premier ministre prononce un long discours, dans lequel il rappelle brièvement les principaux événements de l'année qui vient de s'écouler, il célèbre les louanges de la reine et de son gouvernement, il n'a garde de s'oublier. 11 demande au peuple qui l'écoute, sises actions sont justes et équitables et tout le monde s'écrie : marina! izayf (c'est vrai, c'est cela). Il explique que, dans telles circonstances, il a pris une mesure qu'il a crue équitable. A-t-il bien fait ? alors : marina! izaxj! s'écrient d'une seule voix tous les assistants. Ces discours sont très longs, et la reine commence à donner des signes non équivoques d'un profond ennui. Sa Majesté antimerina, sans doute pour le chasser, fait une ample consommation de tabac à chiquer. Les dames d'honneur, qui connaissent son faible, s'empressent de prévenir ses moindres désirs, lui présentent un vase d'argent où elle crache à tous moments. Quand les discours sont terminés, entrent en scène de nouveaux personnages; en voyant leur défilé, mon imagination, folâtre ce soir, je ne sais pourquoi, reporte ma pensée au premier acte du Songe d'une nuit d'été : le défilé des marmitons. Le premier, en tricot et en lamba blanc, roulé autour des reins, ce qui est assez exactement un tablier de cuisine, est l'oncle de la reine, il porte une marmite aux flancs rebondis dans laquelle on va faire cuire le riz de la nouvelle année; des nobles et des esclaves le suivent dans le même costume, ils portent le riz, le bois, l'eau nécessaire à la préparation culinaire qui va se faire sous nos yeux, ainsi qu'à l'apprêt du bain de Sa Majesté. Chose curieuse, tous ces gens défilent par rang de taille; l'oncle de la reine, gros et grand, a ouvert la marche; un petit enfant, neveu de Sa Majesté, qui portail une énorme cuillère en bois, a clôturé le défilé.
Pendant que des chœurs chantent des cantiques de circonstance, on allume les feux sur lesquels on fait cuire le riz et on fait chauffer l'eau du bain de la reine. Je dois rendre hommage à l'habileté du chef (l'oncle de la reine), qui avait si bien choisi son combustible ligneux que pendant toute l'opéra-
ÉGLISE DES IE3U1TES » TANAN IMVE.
lion, qui fui assez longue d'ailleurs, je ne pus percevoir dans la vaste salle où je me trouvais la moindre sensation de fumée.
C'est dans l'angle Nord-Esl de la salle que se trouve la baignoire royale, entourée d'un rideau rouge derrière lequel la reine se dissimule. Lorsque toul esl prêt, la reine entre derrière le rideau el juste à ce moment, éclate une deuxième salve d'artillerie qui annonce dans toute la province la purification du souverain. L'opération n'est pas longue. La reine ressorl bientôt ; cette fois elle a quitté son lamba rouge et se fait voir parée de quelques bijoux dan- sa robe européenne. Elle reprend place sur son trône, el dans une corne de bœuf montée d'argenl , on lui apporte de l'eau du bain. Les représentants des différentes castes énumérées plushaul viennent alors se présenter à ses pieds pour lui demander l'onction sainte. Elle trempe ses doigts dans la corne el en mouille leur tête. La reine, après cette opération, se lève et parcourt la salle en aspergeanl tout le monde d'eau lustrale, elle montre sa bienveillance par sa prodigalité, etceux qui reçoivent une bonne aspersion doivenl se considérer comme 1res heureux. Elle faille tour du palais et asperge aussi, dans les cours, les troupes qui présentent les armes. Enfin, elle revient sur son trône pour manger le premier riz, faire le premier repas de la nouvelle année, le jaka. Autrefois, lorsque l'assistance, moins nombreuse, ne comptait presque pas d'étrangers, on y mangeait le jaka en commun, et chacun recevait un peu de ce riz cuit au fandroana, avec du miel et un peu de bœuf de l'année précédente, conservé dans la graisse. Maintenant celle coutume s'est modifiée et il n'y a plus que la reine et les membres de la famille royale qui, avec le premier ministre, prennent part au jaka du bain. Les indigènes l'ont le jaka dans leur famille et, quant aux Européens, ils sont conviés quelques jours après le fandroana, au repas du jaka, par Andriamifidy, dans une maison au nord du grand palais. C'est là d'ailleurs le seul repas donné aux étrangers européens par le gouvernement antimerina.
Après la consommation dujaka, lefandroana est terminé, la fin vient d'en être annoncée par une troisième et dernière salve d'artillerie, et je rentre chez moi à deux heures du matin, content de ma soirée, mais non débarrassé de mon obsession théâtrale.
Cependant la saison des pluies est maintenant bien établie; dans les rizières, le riz repiqué depuis quelques semaines montre ses pousses vigoureuses; la plaine de Betsimitatatra est inondée en partie, car, dans plusieurs points, les eaux de l'Ikopa ont débordé et le fleuve, grossi par un mois de pluies torrentielles, a rompu en plusieurs points les digues qui limitent son cours. La grande plaine de Betsimitatatra, qui est à l'est de Tananarive, était autrefois, avant la fondation de la ville, un immense marais, desséché il est vrai pendant la saison sèche, mais changé en étang pendant la saison des pluies, car à celle époque de l'année les hautes eaux de l'Ikopa étaient souvent sensiblement plus élevées que le niveau moyen de la plaine de Betsimitatatra. Depuis, à mesure que la population plus nombreuse, qui venait se fixer sur les collines de Tananarive, sentait grandir ses besoins, il fallut chercher à étendre les cultures autour de la capitale, et à conquérir notamment sur les eaux celte vaste plaine boueuse de Betsimitatatra. Pour ce faire, les rois antimerina levèrent dans leurs États des corvées extraordinaires, et firent endiguer le cours de l'Ikopa dans les environs de la capitale. De cette façon, suivant le régime des eaux, la nappe fluide de cette grande rivière pouvait s'élever ou s'abaisser en dedans des digues, mais elle ne pouvait plus envahir les plaines voisines. Ce terrain, ainsi conquis par ces grands travaux, ne devait pas rester improductif, car, en ménageant de dislance en distance des canaux d'irrigation, et en coupant de loin en loin les digues pour les alimenter, on pouvait permettre en temps opportun à l'eau de venir inonder la plaine qui, cultivée et arrosée avec méthode, est devenue une rizière d'une grande fertilité. Malheureusement, presque tous les ans, sous la violence des eaux de l'Ikopa qui coulent en ces mois à pleins bords, les digues, qui ne sont que de la terre rapportée, se rompent fréquemment; alors le riz, encore en herbe, est noyé sous cette masse d'eau qui envahit la plaine, et la récolte est compromise. Il faut réparer les digues et faire appel à la corvée. C'est alors que l'on peut voir Rainilaiarivony, drapé dans son grand manteau rouge de commandement, aller sur les digues de l'Ikopa. Il fait appel à toute la population, chacun apporte sa sobika de terre, la digue est bientôt réparée.
Pendant la saison des pluies à Tananarive, c'est-à-dire pendant les mois de novembre, décembre, janvier, février et mars, la pluie tombe tous les jours. La matinée est relativement belle, le soleil se montre même quelquefois, puis de midi à 3 heures, de gros nuages s'amoncellent, le ciel s'obscurcit, l'astre du jour disparaît. Vers -4 heures, au sein de ces nimbus, un orage se forme, presque toujours dans l'est ou dans le nord, il s'avance peu à peu, les roulements de tonnerre d'abord lointains deviennent plus violents. Tantôt ce sont de lointaines décharges d'artillerie, d'autres fois on dirait que l'on arrache violemment une cotonnade neuve; ce sont des crépitements, alors l'orage est dans toute sa force, il crève sur nos tètes, la pluie tombe en larges gouttes, bientôt même on ne distingue plus celles-ci, les cataractes du ciel semblent ouvertes. Vers G heures du soir, on observe généralement une rémission, l'averse reprend vers 11 heures; le reste de la nuit jusqu'au matin, c'est une petite pluie froide et persistante. Ces phénomènes aqueux et électriques se renouvellent généralement sans interruption pendant cinq mois, et présentent le plus souvent la marche que je viens de décrire. Il me fallait donc pendant ces mois que je restais dans la capitale profiter du malin pour sortir, et revenir à la maison avant i heures pour éviter l'averse du soir. Pendant les pluies il fait très chaud à Tananarive, et alors que pendant les mois de juin et de juillet, c'est-à-dire en pleine saison sèche, les vêlements de drap sont de rigueur, et (iiie souvent même il esl nécessaire d'avoir recours à un pardessus de demi-saison, pendant la saison des pluies au contraire, et surtout quand elle est bien établie, en décembre et janvier, on ne peut plus porter que le pantalon et le veston blanc, vêtement colonial par excellence.
Pour charmer mes loisirs pendant les heures de pluie, j'allais souvent chez les familles antimerina que je connaissais, principalement du bas peuple où il m'était plus facile de pénétrer et d'observer les vraies coutumes malgaches, les jeux et les amusements indigènes. Dans un pays qu'il visite le voyageur doit surtout s'attacher à fréquenter ces basses classes : j'ai beaucoup plus appris au rude langage des
MAJUNtiA A TANANARIVE.
paysans cl des esclaves, en ne craignant pas d'entrer dans leurs cases le plus souvent malpropres, et de me frotter à leurs lamba crasseux; j'ai préféré même, je l'avoue franchement, leur compagnie au grand monde de Tananarive, aux Anlimerina nobles et riches, dont l'orgueil cl la vanité n'ont d'égales que la haine et le mépris qu'ils professent pour nos compatriotes. A voir ces gens, en redingote, chapeau haut de forme et souliers vernis, j'ai toujours songé aux siniic< habillés que je voyais dans ma jeunesse, dans les fêles de village.
Les Anlimerina, comme toutes les autres tribus de l'île, aimenl beaucoup la danse, et ce sont surtout des porteurs et des esclaves qui se livrent le plus volontiers en public à ce divertissement. Pendant que les borizana dansent, tous ceux qui se trouvent dans la case, H qui environnent les danseurs, les excitent de la voix cl du geste. Ils chantenl le plus souvenl une romance qui n'esl qu'un itinéraire entre deux grandes villes de Madagascar, p 'iidanl qu'ils s'accompagnent de battements de mains rythmés à contretemps sur leurs chants. Avec les danses cl les chants, les Anlimerina affectionnenl beaucoup les airs de musique joués sur les instruments. Parmi ces derniers de fabrication indigène, j'ai déjà mentionné le valika, d'origine antimerina; il faul y ajouter le lokanga-voatavo, d'origine plutôt betsimisaraka ; le lokanga se compose d'une calebasse creuse de forme hémisphérique qui sert de boite sonore el que l'on applique contre la poitrine; sur cette calebasse est fixée une lige rigide supportanl
une OU deux COrdes; avec la main gauche, (in saisil celle
tige, et avec les doigts qui compriment allernativemenl la corde, sur des renflements dont la lige esl munie, nu donne à la cordelette une longueur vibratoire différente, avec la main droite on produit le son en grattant la corde au moyen d'un petit éclat de bois. Les autres amusements des Anlimerina sont le fanorona, sorte de jeu de dame, que l'on joue avec trente-deux fèves sur une planche ou sur toute autre
surface lisse, sur laquelle on a tracé des lignes convergentes cl des rectangles concentriques. Le jeu du katra est très peu connu à Tananarive. Comme jeu physique, les Antimerina oui ce qu'ils appellent mamely dia manga (faire des bleus avec la piaule du pied . Le plus souvent, ce jeu exige de nombreux partenaires qui se divisent en deux camps; chaque camp se compose de cinq ou six jeunes gens, qui, se tenant par la main, cherchent à coups de pieds à porter le désordre dans le camp adverse.
Dans ce long séjour que je venais de l'aire à Tananarive, il me fut donné d'observer encore 1 affection très bizarre qu'oui les Anlimerina pour le nombre douze; quand une ville esl éloignée, on la dit à douze jours de marche. Enoncer qu'une famille a douze enfants, c'est dire qu'elle esl 1res nombreuse. L'Antimerina trouve maintes occasions de placer son douze. On ne prononce pas un kabary public sans faire allusion aux douze rois de l'Imerina el aux douze montagnes sainlesqui environnent Tananarive. Au point de vue géographique, j'ai voulu connaître les noms de ces douze collines sacrées, cl, malgré mes investigations et mes recherches patientes, il m'a élé impossible de réunir ("es douze montagnes. Les Anlimerina instruits que j'interrogeais à ce sujet, m'en nommaient bien sept ou huit, toujours les mêmes; pour les les autres, les avis étaient partagés, on se perdait dans le domaine de la fantaisie. Les collines les plus généralement nommées étaient les suivantes : Ilal'y, Ambohitrabiby, Ambohimanga, Namehana, Anibohidratrimo, Ambohidrapeto, Alasora, Ambohimanambola, cl Ambohimanjaka.