AVENUE N° 1, A TAMATAVE
gouverneur ol îles divers officiers de Tamatave, des morceaux variés el lerminèrent la séance en écorchant d'une étrange façon la Marseillaise Le lendemain, je faisais débarquer notre matériel el procédais à l'accomplissement des quelques formalités nécessaires.
Comme garantie de l'emprunl que le gouvernemenl malgache a 'là émettre après la dernière guerre, il a abandonné aux sociétés financières qui onl souscrit jusqu'à concurrence du paiement dos intérêts cl annuités le produit îles douanes du royaume. Ce service, -eus le contrôle du Comptoir national d'Escompte, fonctionne assez régulièrement à Tamatave, Vatomandry, Mananjary, Fenoarivo, Vohemar, Mojanga où le comptoir a des agents européens; mais dans les autres provinces, les gouverneurs et leurs subalternes prélèvenl des sommes assez rondes sur les produits des douanes ou entrent en arrangement avec 1rs d slinalaires ou expéditeurs. Souvent même ils diminuent les droits pour attirer les transactions dans leur gouvernement, se l'aire bien coter en haut lieu par un gros chiffre d'affaires et augmenter d'autanl leurs petits bénéfices. Les marchandises sonl frappées d'un droit ad valorem de 10 pour 100 perçu en argenl ou en nature. L'importation des armes el munitions de guerre est prohibée ainsi .pie celle du rhum el autres liqueurs alcooliques, mais cette dernière interdiction est purement théorique; il est défendu d'exporter sans autorisation spéciale les bois de construction.
Le village indigène n'offre à Tamatave rien de caractéristique; des cases groupées sans ordre en fort mauvais étal où les roseaux el les feuilles d'arbres employés d'habitude par les constructeurs malgaches sonl remplacés parfois par des tôles usées, des douves de barriques et des débris de caisses, abritent une population flottante de soldats et de porteurs.
Le marché se trouve non loin de là en revenant vers le quartier Européen, les habitants des villages voisins y apportent leurs produits, on y trouve de la viande de boucherie, des volailles, du poisson, des
légumes, des denrées indigènes. Les marchands accroupis sous un pelil toit de chaume supporté par quatre piquets débitent leurs marchandises amoncelées pêle-mêle devant eux, et qui n'est pas toujours de la première fraîcheur. Les approvisionnements que l'on trouve au marché sont insuffisants pour les besoins des Européens, ils doivent y suppléer, principalement pour les légumes, par des envois continuels de la Réunion ou des achats fréquents aux maîtres d'hôtel des paquebots de passage, aussi la vie est-elle fort chère à Tamalave.
Au sud du Bazar sont groupées les habitations des Indiens Malabars ; Ce sont eux qui détiennent le petit commerce de détail et servent d'intermédiaires entre les grandes maisons européennes et la population indigène. Ces marchands indiens (pie l'on trouve sur toute la côte d'Afrique et dans les îles voisines, en si grand nombre à Zanzibar, commencent à envahir Madagascar; se contentant d'un petit bénéfice, ils réalisent au bout de l'année un chiffre d'affaires important et font une concurrence sérieuse aux autres établissements. C'est dans le voisinage des boutiques malabarcs que s'exercent les industries indigènes, la ferblanterie notamment pour laquelle les Malgaches paraissent très bien doués. En rejoignant l'Avenue n° 1 nous sommes arrêtés au passage par les changeurs. Ces modestes industriels jouent ici un rôle important : accroupis sur une natte, ils ont devant eux un étalage de toutes sortes de monnaies qu'ils vendent ou achètent suivant les cas pour un certain poids de morceaux d'argent usités dans le pays. Je m'approchai de l'un d'eux pour me faire initier à l'art si difficile «le payer ses dettes à Madagascar.
Il est probable que la piastre mexicaine a été connue et acceptée par les Malgaches depuis de longues années cl que, comme dans beaucoup de pays d'Orient, elle a formé la base du système monétaire: aujourd'hui, bien que cette pièce d'argent n'aie plus cours, on compte par piastres, en malgache ariary. Maintenant dans toutes les parties de l'île, où les indigènes se servent de l'argent dans leurs échanges, les pièces de cinq francs de l'Union latine sont acceptées, les Malgaches préfèrent celles dont l'exergue est en relief, en particulier celles frappées à l'effigie de Louis-Philippe qu'ils nomment farantsay. Ils prétendent qu'elles contiennent plus de métal. L'or n'a pas cours et n'est accepté qu'exceptionnellement dans les centres commerciaux de la côte. Les Malgaches font eux-mêmes l'appoint divisionnaire, en sectionnant la pièce de cinq francs en morceaux menus et irréguliers; à l'aide d'une balance de fabrication indigène — mizana — ils apprécient la valeur des plus petits fragments. Pour parfaire une somme quelconque ils se servent de poids en fer poinçonnés par le gouvernement, correspondant aux subdivisions principales de la pièce de cinq francs. Ces poids, au nombre de huit, permettent d'obtenir par des dispositions additives ou souslractives, quarante-quatre combinaisons principales et qui ont chacune une dénomination particulière. L'une des grandes difficultés de ce système monétaire, déjà si compliqué, réside dans la pesée; le Malgache, défiant par nature, exige qu'elle soil l'aile avec des soins minutieux et délicats; avaclio (change), répète-t-il souvent. Il faut alors exécuter uni' double pesée en règle. Bien souvent, pour abréger celle opération fastidieuse, je donnais le bon poids, néanmoins je devais attendre que mon vendeur prenne dans sa main les petits morceaux d'argent, les soupèse, les frotte, les examine un à un pour s'assurer de leur bonté '; encore les donnait-il à ses parents et amis présents qui se livraient au même examen. Dans des villages île l'intérieur, il fallait plus d une demi-heure pour peser le prix d'une poule, quatre sous de noire monnaie: l'opération nécessitait beaucoup [dus de temps quand le propriétaire du volatile avait une nombreuse famille.