CHAPITRE I
Arrivée à Ta ma lave — Débarquemenl des voyageurs el des marchandises. — La musique du gouverneur.— Formalités ■ le douane. — Monnaie coupée el balances. Le commencement de la saison sèche. — Commerce, importations
et exportations. — Embarquemcnl '1rs bœufs. ■ Voies ■! immunicalion à Madagascar. - Les borizana el 1rs filan-
jana. — Dépari de Tamatave. Rainivoavj el .Iran Boto. - Ivondrona. - Pirogues malgaches. Ambodinisiny. — Légende de Darafély. La cruche géante. - Ankarefa. - Vavony. Les lagunes littorales. Végétation côtière. — Andovoranto. -JTanimandry. — Ligne télégraphique de Tamatave a Tananartvc. - Le marais de Tanimandry.
\\s la miil du s mars, nous avions quille Sainte-Marie il»' Madagascar, par un gros temps, el le lendemain de très bonne heure, nous arrivions en \ ue de Tamatai e.
Les côtes sont basses, mais vers l'intérieur, les lerres se relèvent, 1rs mamelons, les collines s'élagenl en gradins el dans le lointain se montrent les premières montagnes; toul disparaît sous un manteau de verdure, ilonl
les teintes vives des premiers plans s'esl penl peu à peu pour aller s,.
confondre sur les cimes lointaines avec les brouillards du matin. Tamatave se distingue difficilement <lu large ; je devine plutôt que je n'aperçois ilu maisons peu élevées, cachées derrière 1rs cocotiers et 1rs grands arbres pi les rivage, la masse circulaire du fort Anlimerina, la pyramide rouge de
la pointe Tanio, seul signal qui guide le marin dans son atterrissage. A mesure que nous approchons, les détails s'accusent plus fortement, des Iciils brillenl au soleil dans les massifs de verdure piquetés de noir çà et là par les chaumes sombres des cases indigènes. Bientôt les pavillons des consulats el des maisons de commerce se déploient pour saluer l'arrivée du courrier de France. Mais nous avons dépassé un îlot boisé, Nosy-AlapoaTE,.. nana, l'île aux prunes, ['Amazone franchit la passe et jette l'ancre devant
Tamatave.
La rade formée par une légère incurvai ion de la côte, que prolonge au sud-est un promontoire sablonneux, n'a qu'une étendue peu considérable, elle va de la pointe Tanio au nord, aux récifs
d'Hastie qui la limitent vers le sud, du côté du large elle est imparfaitement protégée par des bancs madréporiques, sur lesquels la grande houle de la mer des Indes déferle constamment. Cette rade foraine ne présente qu'un abri insuffisant; la tenue est médiocre et lorsque vient le mauvais temps il faut se hâter de fuir ces parages dangereux, du reste les débris du Dayot près de la côte, ceux de Y Oise et de YÈbre sur les brisants, les épaves d'un Irois-màls et les carcasses de quelques boulres conseillent la prudence. Mais nous avons hâte de débarquer et après avoir pris congé de nos compagnons de route avec Lesquels une longue traversée de vingt-huit jours avait fait naître d'excellents rapports, et serré la main à M. Massé, commandant Y Amazone, je.prends passage avec mes amis dans une embarcation qui nous conduit rapidement au débarcadère. Il ne faut entendre par celte expression que l'endroit de la plage où l'on débarque habituellement passagers et marchandises. 11 y a quelques années, lors de l'occupation de Tamatave, un warff avait été construit par nos troupes, mais après leur départ, il avait été détruit par les indigènes, qui trouvaient là une concurrence sérieuse. Maintenant comme autrefois, les caisses et les ballots sont transportés du navire à la plage dans des chalands qui viennent s'échouer sur le sable, de nombreux porteurs viennent alors s'emparer de ces objets, les charger sur leur dos, et en poussant des cris assourdissants les déposer en terrain ferme, non sans pouvoir éviter quelquefois des chutes malheureuses. Pour les personnes le mode de débarquement est analogue; c'est ainsi que portés sur les épaules de deux vigoureux noirs, nous sommes amenés enfin à fouler le sol malgache.
Notre première visite fut pour M. Jore, chargé par intérim de la Résidence de France; il se mit fort gracieusement à notre disposition et je ne saurais trop le remercier de l'affabilité et de l'obligeance qu'il nous a montrées pendant tout notre séjour.
Nous dépêchons lestement quelques courses, et après nous être assurés d'un gîte convenable au grand hôtel de Tamatave, nous nous empressons, nouveaux venus, d'aller visiter la ville.
Tamatave, situé en partie sur la pointe d'Hastie, tend chaque année à s'accroître du côté de l'ouest dans la direction du chemin qui conduit à Tananarive, la ville est construite sur un sol sablonneux, où l'on trouve partout et peu profondément une eau saumàtre et malsaine, les fièvres y sont communes; les températures élevées de la saison chaude et les pluies diluviennes qui tombent à chaque instant, contribuent encore à l'insalubrité de Tamatave.
En quittant le débarcadère, les bâtiments de la douane, et les hangars des services maritimes qui l'avoisincnt, on arrive au quartier européen. La première voie dans laquelle on s'engage qui est parallèle à la plage porte le nom d'Avenue n° 1, c'est là que se trouvent la Résidence de France, plusieurs consulats étrangers, les principales maisons de commerce, les magasins des détaillants, la mission catholique avec une église et une école. L'Avenue n° 2, parallèle à la première, n'a que des bâtiments de moindre importance; ces deux voies principales sont reliées par des rues perpendiculaires qui vont d'une rive à l'autre de la pointe. En suivant l'Avenue n° 1, vers l'ouest, on rencontre, après avoir dépassé le quartier européen, le village indigène, puis le fort Anlimerina et l'on s'engage sur la route de Tananarive; vers l'est cette avenue conduit à l'extrémité de la pointe où se trouvent quelques cases habitées par des familles originaires de notre colonie de Sainte-Marie. Les matériaux de construction manquent dans les environs de Tamatave, les maisons sont construites en bois, apporté en majeure partie par des navires venant de la Réunion ou de Norvège; pour quelques habitations cependant on s'est servi de matières plus durables, de nombreux incendies ont d'ailleurs généralisé l'emploi des couvertures métalliques.
Je remis au lendemain ma visite au village indigène et aux autorités Anlimerina; cette promenade dans les rues de Tamatave où l'on ne foule qu'un sable mouvant nous avait harassés de faligue; pour avancer de deux pas il faut en faire trois, le recul est considérable.
Dans la soirée, la musique du gouverneur Rainandriamampandry vint à la Résidence nous l'aire entendre les meilleurs morceaux de son répertoire; les exécutants étaient peu nombreux : deux clarinettes, un cornet à piston, un tambour et trois grosses caisses; en revanche ils faisaient un bruit infernal; ils nous jouèrent, si j'ose m'exprimer ainsi, l'air de la Reine, celui du Premier ministre, du
DE TAMATAYE A TANIMANDRY