SS
Désert. Pas d’eau.
Repelek .
Désert. Bon puits d’eau douce.
Echek- Rabat .
Désert de sable. Pas d’eau.
Sélim .
Un village, un bon puits. Sables.
Ville de 30 000 habitants, à 12 verstes de l’Amou. Entrée de la ligne dans le Boukhara.
Tehardjoui .
Amou-Daria .
Ville nouvelle (en construction).
lliat .
Sables.
Kara-Koul .
Sables. Au delà de Kara-Koul les sables disparaissent jusqu’à Samarcande.
Yak atout .
La ligne traverse un pays fertile et peuplé.
Boukhara .
Grande ville dont la population est évaluée à 70 000 habitants.
Tougaï -Rabat .
Village.
Koujour-Mazar .
Village.
Aksatoh .
Village.
Malik . .
Village.
Kermineh .
Ville assez importante.
Siatdine .
Village.
Mir .
Village.
Kara-Koulakh .
Village.
Katta-Kourgan .
Ville russe. Ici la ligne sort du Boukhara pour entrer dans le Turkestan.
Dolina .
Arab-Khan .
Samarcande .
Ville de 36 000 habitants.
DE MERV A LA CASPIENNE
III. La question du chauffage n’était pas moins importante dans une contrée déboisée, où des hivers très rigoureux succèdent à des chaleurs torrides; l’emploi des résidus de pétrole pour les machines locomotives, comme pour les besoins domestiques, l’a résolue merveilleusement, car il procure une économie d’environ 6 p. 1 sur le chauffage au charbon. Le système adopté pour les maisons est dû à M. Nikitine ; il fonctionne avec succès dans les fours des cuisines et les foyers des appariements.
Et tous ces résultats ont été obtenus moyennant une dépense de 30000 roubles par verste, c’est-à-dire 75000 francs, car l’opinion générale — je citerai notamment celle de M. l'ingénieur en chefDaniloff — est qu’il convient d'adopter ici le cours de 2 fr. 50 comme hase de transformation des roubles en francs. Ce prix de revient modeste, pour une ligne à voie large construite dans des conditions particulièrement difficiles, donne une idée des économies que le gouvernement français eût à coup sûr réalisées dans l’œuvre d’achèvement de son réseau stratégique, en étant à lui-même son propre entrepreneur et en utilisant, comme les Russes, la main-d’œuvre militaire.
Pendant que je résume mes impressions, qu’ont partagées tous les touristes venus après moi ‘, le général Annenkoff
1. Le côté particulier de cette œuvre gigantesque, c’est qu’elle est un monument de grandeur morale, c’est qu’elle porte vraiment l’empreinte de ce qui fait surtout l’homme, la volonté. J’ai vu bien des choses qui honoraient l’esprit humain par la profondeur des combinaisons scientifiques d’où elles étaient sorties; je n’ai rien vu qui donnât une plus haute idée de l’homme, de sa capacité à vouloir, de la mission divine qui assure son règne sur la création. Il est impossible, de loin, de se faire une idée de l’énergie que le général Annenkoff a dû déployer et qu’il a dû inspirer à ses collaborateurs. 11 lui a fallu en quelque sorte les fanatiser par son exemple personnel. Dans cette Asie, on ne fait quelque chose qu’en se prodiguant. Ce ne sont pas les enfants de nations vieillies, qui se seraient
termine sa visite de la gare, des appontements, des installations multiples qui se créent dans la nouvelle ville. Il se montre enchanté : tout marche à souhait, la tenue des sables sous- marins est excellente, la carte marine dressée en 1874 n’a pas cessé d’être parfaitement exacte.
La nuit est venue, et avec elle la fraîcheur du bord de la mer. Décidément l’été est bien fini. Nous dînons dans le wagon fermé, aux accents d’une musique guerrière que j’entends pour la première fois. Ce sont de vrais soldats russes, en bottes et uniforme blanc, qui nous souhaitent la bienvenue. Le croiriez-vous? un officier me dit que ces musiciens sont à la charge personnelle de Son Excellence ; ils se déplacent d’un point à un autre du chemin de fer, apportant les distractions musicales aux exilés. On ne peut assez admirer cette prévoyance généreuse d’un chef millionnaire.
Grande réunion après dîner sous la marquise de la gare ; les femmes des officiers et employés de tout ordre sont présentes au grand complet; je pense qu’il a été inutile de les « réquisitionner ».
« Nous allons organiser un bal pour demain soir, me dil le général; il faut que la France y soit représentée. »
Hélas! un mauvais petit vapeur est en partance pour Bakou; si je le manque, c’est un retard de trois jours. Les lointains voyages vous réservent de ces désagréments amers. Mais le devoir avanl le plaisir!
Autre « point noir » à l'horizon; un citoyen prussien débarque sans otkrytyï-iist, mais avec l’intention de faire le
risqués sur des sables mouvants dans un pays dépourvu d’eau et de feu. Un Américain ne se serait peut-être pas laissé intimider par les difficultés, lorsqu’il s’agissait de mettre les choses en train; mais il n’y avait qu’un de ces hommes dont parle de Maistre, « qui ont dans le cerveau de quoi faire sauter une citadelle », qui fut capable d’aller jusqu’au bout et d’arriver à bon port. (M. Lorin, lettre adressée de Tchardjoui au Journal de.? Débats, en septembre 1887.)
DE MER Y A LA CASPIENNE
voyage de Merv, tout simplement . « Impossible, répond le général; vous n'avez pas l’autorisation du ministre de la guerre; je ne puis vous laisser passer. Vous voudrez bien vous rembarquer demain. »
Le docteur — il y a beaucoup de docteurs en Allemagne — n’est pas content, et cela se conçoit. Ai-je l'air particulièrement naïf? Il s’assied à côté de moi et me prie à voix basse d’intervenir en sa faveur. Rien que ça. Comme je me défends en trois points de l’honneur qui m’est fait, le général, intrigué, s’écrie : « Messieurs, vous êtes témoins : voici la France et la Prusse qui complotent contre la Russie! »
Le travail opiniâtre n'exclut pas la franche gaieté. Elle vient naturellement à ses heures, après la besogne journalière, la satisfaction morale du bien accompli. Le général Annenkoff a donc le droit de faire feu de toutes pièces.
« Pourquoi, dit-il à sa voisine, les femmes de Finlande ont-elles tant d’enfants?
— Eh bien! je le demandais un jour à une Finlandaise, qui m’a répondu : « Les nuits sont si longues! »
Cette dernière soirée d'Asie m’a laisse un souvenir vengeur de toutes les calomnies débitées sur l’orgueil moscovite. Ce n’est pas dans ce pays qu'il faut chercher la morgue solennelle du fonctionnaire et du bureaucrate. La France périrait — ce qui n'arrivera pas — que le bon rire gaulois aurait une seconde patrie.
L'heure de la séparation a sonné.
La vie humaine s’épuise trop souvent à nouer des relations que brisent, dès le lendemain, des circonstances imprévues ou des jalousies mesquines.
Mais il faut être philosophe.
Le départ est fixé pour midi; le général Annenkoff a fait avancer l’heure du déjeuner.
« Je vous conduirai à bord, dit-il, avec mes officiers et mes ingénieurs b »
Sur la dunette du vapeur s’échangent les derniers adieux, en présence du malheureux docteur, qui se désespère de plus en plus. Le général me donne rendez-vous pour l'inauguration de la gare de Samarcande.
Mes remerciements sont interrompus par le dernier coup de cloche; l’ancre esl levée; le bateau s’ébranle. Pendant que l’état-major, rangé sur le quai, le regarde s’éloigner, je saisis en toute bâte mon appareil photographique pour fixer sur le verre celte scène inoubliable ; mais telle est mon émotion que j’oublie de retirer l’obturateur placé devant l’objectif.
Deux minutes plus tard, Ouzoun-Ada et son hardi fondateur disparaissaient derrière les dunes de sable jaune.
1. Aux noms déjà mentionnés de ces infatigables collaborateurs, il serait injuste de ne pas ajouter ceux de MM. Viasemski, ingénieur en chef des voies et communications, Metchérine, Fynn (de nationalité anglaise), Lebrun (Français), etc.