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Altitude du col de Mamisson, 2862 mètres

— du Zikara 3129 —

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trovsk , et de Pétrovsk il contournera le Daghestan par Derbent et Bakou, point terminus du Transcaucasien. Après l’achèvement prochain de ces vastes projets, la chaîne caucasienne, longue de 1200 kilomètres, sera véritablement entourée d’une ceinture de fer.

Faut-il voir dans tous ces travaux les apprêts d’une invasion future des Russes en Turquie, en Perse et dans l’Asie centrale? Est -il juste de dire avec M. Elisée Reclus que la Transcaucasie est pour eux aussi bien une place de guerre qu’un pays de colonisation? Je ne le pense absolument pas. J’accorde, bien que ce ne soit pas tout à fait exact, que ce pays est encore placé sous le régime militaire, mais qu’y a-t-il d’étonnant à cela, et ne trouverait-on pas souverainement naïf d’installer le régime civil dans une conquête à peine pacifiée? La colonisation, qui a déjà réalisé de sérieux progrès, se complète tous les jours; dès le lendemain de la capitulation de Schamil, le maréchal Rariatinsky ordonna de dresser — on le sait déjà — un programme de travaux qui jetterait l’épouvante dans plus d’un Parlement et dont l’exécution progressive et par parties n’est peut-être pas très éloignée, car les Russes se rendent très bien compte que cette région chaude et fertile est le joyau de leur empire. C’est parce qu’ils le savent qu’ils prennent tant de mesures de « conservation » ; quant à s’étendre plus loin, non ; ils disent hautement qu’ils ont déjà trop de territoire et que cette étendue immense est pour eux une cause de faiblesse.

On peut donc dormir tranquille à la Porte ottomane. Sans doute, la route militaire du Davial se prolonge au delà de Titlis dans la direction d’Alexandropol, Kars et Erivan, jusqu’à la frontière turque; mais elle est entretenue tant bien que mal en vue d’assurer la sécurité d’une contrée montagneuse et infestée de brigands, et surtout il n’est pas question de la doubler d’un chemin de fer. Il est possible ipie l’Asie Mineure soit complètement ouverte aux

armées du Czar, que les cols à franchir soienl en leur possession; cela n’empêche pas que les préoccupations des Russes sont tournées d’un autre côté, et qu’il ne leur déplairait nullement de voir les Turcs, devenus leurs alliés, chercher des compensations au delà de la vallée de l’Euphrate. L’avenir nous apprendra s’il est chimérique de pronostiquer la restauration du khalifat de Bagdad.

Il octobre.

A partir de Vladikavkaz, le touriste peut regagner Paris en chemin de fer; le plus court itinéraire consiste à passer par Kharkoff, Kieff, Cracovie et Berlin. C’est l’affaire de sept ou huit jours. Mes obligations m’imposèrent une autre route : je revins par un chemin que vous connaissez déjà, — Odessa, Galatz, Bukarest, Vienne, — et je n’aurai pas l'outrecuidance de vous narrer ce voyage de retour, agrémenté d’une promenade peu agréable dans les marécages de la Dobroudja. Tout n’est pas rose dans la vie des explorateurs, surtout quand il gèle à pierre fendre ou que le ciel se fond en cataractes diluviennes.

Le premier cas se présente à cel te époque de l’année dans la traversée des steppes de la Ciscaucasie. Les pelisses de fourrures commencent à faire leur apparition et les wagons du train sont chauffés à outrance par d’excellents calorifères. Encore un petit perfectionnement que n’adopteront pas nos grandes compagnies, sous prétexte que le climat de la France est tempéré. Il fait si chaud dans notre coupé que mon ami le major ouvre une fenêtre pour respirer plus à l'aise et s’attire une semonce — incomprise du reste — d’un employé qui se précipite et la lui referme au nez violemment. Shoking! Mais aussi dépense-t-on tant de combuslible pour réchauffer ces solitudes et faire fondre la neige des montagnes? Nous voyons suffisamment le Grand-Caucase à travers les doubles vitres (autre raffinement que je

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signale sans plus d’espoir), el l’incomparable spectacle de celte muraille crénelée, étincelante de blancheur sous les rayons du soleil, nous ravit d’admiration jusqu’à la chute du jour.

A mesure que le train s'éloigne dans la direction de Rostov, le terrain naturel s’abaisse en pente douce, et le Kazbek, que nous laissons derrière, nous semble grandir de plus en plus. Puis notre grande préoccupation est d’apercevoir l’Elbrouz, géant de la chaîne; d’aimables Russes nous montrent les aiguilles du Dich-taou, du Kachlan-taou (prononcez taô), qui, plus élevées que le Kazbek, ne forment pas des massifs isolés de l’arête maîtresse et produisent un effet médiocre.

C’est seulement vers midi (nous sommes en route depuis sept heures trente-deux du matin) qu’un dôme apparaît à l’horizon du côté du couchant. Le voilà! c’est lui! s’écrient nos compagnons enthousiasmés. Ce dôme s’élève peu à peu, complètement isolé de la grande chaîne; puis, l’angle de vision se modifiant avec la marche du train, nous voyons qu’il est double, comme la tête du Kazbek; enfin se montrent les chaînons secondaires qui entourent le colosse et semblent être, à cette grande distance (plus de 100 kilomètres), un véritable soubassement.

Alternativement nos yeux se portent sur les deux rivaux : longtemps la cime aiguë du Kazbek l’emporte par sa hère allure; enfin l’éloignement devient tel qu’elle se perd dans l’azur du ciel, et la victoire appartient sans conteste à la masse imposante de l’Elbrouz. Dans les environs de Piatigorsk (station thermale assez connue pour que je n’en dise lien ici), la plus haute montagne de l’Europe se dresse dans toute sa majesté; les énormes glaciers qui ruissellent sur ses lianes arrondis sont parfaitement visibles à l’œil nu ; l’impression est si grande que les conversations s’arrêtent jusqu’au soir, el nous contemplons encore ce tableau grandiose quand il disparaît dans les ombres du crépuscule.

12 octobre.

On arrive le lendemain matin, vers neuf heures, dans la grande ville de Rostov (70 000 habitants), au bord du Don. Les voyageurs pour Moscou et Saint-Pétersbourg descendent ici, et je reste seul avec le major. J’ose dire que ma compagnie ne lui fut pas précisément inutile, étant donnée la casquette anglaise qui signalait de loin sa nationalité. A cette époque, en effet, la tournure des affaires bulgares avait produit en Russie une surexcitation bien légitime, et je ne pus m’empêcher de donner plus d’une fois au diable cette malencontreuse coiffure. Un Anglais, du reste, est toute l’Angleterre, a dit M. John Lemoinne; il la porte avec lui, en lui. Heureusement pour nous, le Slave est bon enfant au fond, et le mot « Franzouski » sonne agréablement à son oreille. Il peut être certain de la réciproque.

Peu après Rostov, arrêt à Taganrog, autre grande ville (63000 habitants) et port très important Nous ne parviendrions pas à nous faire entendre au buffet, sans l’assistance empressée de voisins qui ne nous ont jamais vus et ne nous reverront jamais. Vraiment, c’est un plaisir de voyager en Russie; le français s’y parle couramment, les bébés russes l’apprennent même avant la langue nationale.

Nous sommes enfin dans le train qui nous mène à Kharkoff, où aura lieu notre séparation, le major continuant par Kieff, Cracovie et Rerlin. Ce qui l’étonne le plus, c’est la grande quantité de terres incultes dans ces plaines si fertiles

1. Importation et exportation de Taganrog dans la période 1881-1883 (valeur en roubles).

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