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Voyage à Paris

Mme, A. {Regardant 2^ctr Ici fenêtre.) Voilà papa qui arrive. Il a l'air pressé. Qu'est-ce qui peut donc lui être arrivé ?

Mr, A, {Entrant tout essoufflé.) Eh bien ! ma chère amie, tout est arrangé.

3fme. A. Qu'est-ce qui est arrangé? Vous ne voulez pas dire le voyage à Paris ?

' J£r. A. Si. fait. J'ai dit aujourd'hui à mon associé qu'il faut qu'il se passe de moi pendant trois mois, parceque je vais vous mener tous à l'étranger.

Mme. A, Le pauvre homme ! N'a-t-il pas fait d'objections à ce que vous le laissiez seul ?

Mr. A. Beaucoup ; mais je lui ai dit que vous mouriez tous d'envie de faire ce voyage, et que je me faisais un devoir de vous satisfaire ; aussi a-t-il consenti.

Mme. A. Il faut avouer qu'il est bien aimable ; mais je suppose que lui aussi n'agit que par le sentiment du devoir. L'idée que vous vous en allez à l'étranger par le sentiment du devoir!

Mr. A. Mais, à vrai dire, je pense que peut-être le voyage me fera aussi un peu plaisir.

Claire. Oh non, papa. Je vous vois, au contraire, par-

tir avec conscience, observer avec conscience tout ce que vous désirez voir, et vous amuser, toujours avec conscience, mais probablement plus que nous tous.

Edouard, Non, pas plus que moi; avec ou sans conscience, je m'attends à jouir de chaque instant — surtout sur l'océan. Je voudrais voir les baleines et les marsouins, et attraper un requin. J'ai lu beaucoup de ces histoireslà; cela doit être si amusant d'en hâler un à bord !

Charles, Par quel steamer partirons-nous, papa ?

Mr, A, Je compte prendre la ligne française, pour que nous ayons tous l'occasion de parler un peu français avant d'arriver à Paris.

Mme, A, Voilà une bonne idée; et l'on dit que la cuisine est excellente sur cette ligne. Je pense que vous ne ferez pas d'objection à cela.

Mr, A, Non, quoique sur mer aucune cuisine n'ait aussi bon goût que sur terre; mais les officiers parlent tous français, les garçons, et l'équipage aussi, et la conversation française semble bien s'accorder avec la cuisine française.

Mme, A, Eh bien, mes enfants, puisque nous allons à Paris et par un steamer français, plus tôt nous commencerons à ne parler que français, plus facilement nous le parlerons quand nous serons arrivés, et 23lus nous jouirons de notre voyage. Aussi, dès ce moment, plus un mot d'anglais entre nous avant que nous ne soyons de retour de notre voyage.

Tous, Soit! soit! Et celui qui y manquera devra donner un gage.

Claire, Mais quand partirons-nous, papa ?

Mr. A, Le prochain steamer français partira de New York d'aujourd'hui en quinze. Pourriez-vous être prête dans un si court délai?

Mme, A. J'aimerais mieux avoir un mois, mais je tâcherai.

Edouard, Moi, je pourrais être prêt dès demain. Qu'est-ce qu'il y a donc à faire qui demande quinze jours ?

Mi\ A. Ma part des préparatifs du voyage pourra se faire en un ou deux jours, mais mes affaires demandent quelques jours aussi.

Mme, A. Pour faire ma part consciencieusement, comme votre père et son associé, il me faudrait au moins un mois ou six semaines. D'abord il faudra faire une visite d'adieu à tous nos amis, ensuite il faudra nous arranger pour que la maison soit tenue en ordre pendant notre absence — et puis — et puis — il faudra faire bien des emplettes.

Mr, A. Mais vous ne savez pas que vous pourrez avoir tout à meilleur marché à Paris, et, à ce qu'on assure, d'une qualité supérieure ? Cependant, pour ma part, je me contente des produits américains.

Mme, A, Voilà bien les hommes ! Naturellement nous achèterons à Paris des habillements complets pour nous tous, sauf peut-être pour vous qui préférez ce que vous trouvez ici, et à prix double ; mais qu'est-ce que nous allons porter en route et sur mer?

Mr, A, Tous les vieux vêtements que vous pourrez trouver à la maison ; plus ils seront vieux, mieux cela vaudra.

Mme, A. Pour avoir l'air de vrais épouvantails, n'est-ce pas?

3Ir, A, Vous verrez que la toilette sur mer ne fait pas grand'chose, et que les beaux vêtements doivent iuévitablement se salir.

3fme. A, C'est possible ; mais quand il fait beau, et en s'embarquant, et en quittant le vaisseau le dernier jour? En de telles occasions on aime à être aussi bien que les autres et à n'épouvanter personne. D'ailleurs, sur mer on a besoin de vêtements extrêmement chauds, et je suis

sûre d'avoir beaucoup d'emplettes à faire avant de pouvoir être prête.

3Ir, A, Y aura-t-il jamais un moment où vous n'ayez besoin de rien ?

Charles. Moi, je voudrais acheter quelques livres, car si je vais voyager, je voudrais savoir tout ce qui a rapport aux endroits que je dois visiter.

Mme, A, Et moi

Mi\ A, Eh bien ! eh bien ! Faites comme vous voudrez; et, à présent que j'y pense, je dois avouer que j'ai besoin moi-même de faire quelques emplettes — une ou deux boîtes de cigares, une bonne lorgnette, des pliants pour notre usage sur le pont ; il faut aussi que j'achète les billets. Charles et moi nous ferons ces emplettes, et maman, Claire et Edouard se chargeront des autres.

Edouard, Moi, papa, je préfère aller avec vous si vous me le permettez. Je n'aime pas faire des emplettes avec les dames. Je ne puis me tenir assez tranquille.

Mr, A, En grandissant, mon enfant, peut-être l'aimerez-vous mieux. Peut-être, dis-je ; car s'il en est ainsi vous serez un phénomène.

Mme, A. Fi donc ! mon ami : — mais je ne dirai rien ; je suis si heureuse à la pensée du voyage, et je vous en remercie tant d'avance, que j'ai lïntention de ne plus jamais faire la moindre observation sarcastique sur votre compte; jamais, à moins que vous ne fassiez ou ne disiez quelque chose qui me fasse parler avant de réfléchir.

Mr, A, Bien, cela sufiit pour une promesse; mais si je disais que la simplicité des vêtements est l'index le plus sûr d'une bonne position dans le monde, que diriez-vous?

Mme, A, Que j'aurai soin de ne rien acheter, absolument rien, qui ne soit du goût le plus exquis, et — et — à la dernière mode naturellement.

EXERCICES DE COÎ^YERSATION FRANÇAISE. 5

l'achat DES BILLETS.

Mr, A, ( Qui entre au bureau de la compagnie du stea^ner,) Je viens voir si je puis retenir des cabines dans le steamer du 26 courant, pour moi, ma femme, ma fille, et mes deux fils.

JO agent. Combien de cabines vous faudra-t-il, monsieur ?

Mr, A, Deux suffiront, mais il faut qu'elles soient à côté l'une de l'autre.

JOagent, Dans ce cas, j'ai justement votre affaire, car une personne qui avait engagé deux des meilleures cabines vient de me faire savoir que son monde ne pouvait partir avant le départ du prochain steamer.

Mr, A, C'est heureux jDour nous. J'aimerais voir le plan du steamer pour me faire une idée de la situation des cabines.

JOagent, Voici le plan, et les deux cabines que je puis vous donner sont les numéros 26 et 28, juste en face l'une de l'autre — et du côté du vaisseau exposé au soleil pendant le voyage au Havre.

Mr, A, Combien de lits y a-t-il dans chacune ?

JOagent, Deux lits et un sofa qu'on peut arranger comme un lit confortable.

Mr, A, Voilà donc mon affaire, et vous pouvez nous inscrire comme passagers dans le Pereire. Je crois que c'est le nom du prochain steamer qui part, n'est-ce pas?

JOagent, Oui, monsieur. Vous dites que vous êtes cinq, n'est-ce pas ?

Mr, A, Oui, ma femme, ma fille, mes deux fils et moi.

JOagent, Voulez-vous avoir la bonté de me dire l'âge de vos enfants, car cela peut faire une différence dans le prix ?

Mr, A, Le plus jeune a douze ans.

b VOYAGE A PARIS.

Lhigent, Dans ce cas il faut que nous demandions le même prix pour chacun de vous.

Mr, A. Faut-il payer d'avance ?

L\igent, C'est notre règle, mais vous pouvez faire, monsieur, comme il vous plaira.

Mr, A, J'aimerais mieux acheter les billets aujourd'hui ; mais si quelque chose d'imprévu nous empêchait d'être 23rêts à temps ?

U^ agent. Oh ! dans ce cas, vous pourriez prendre un steamer partant plus tard ; ou bien vous pourriez vendre vos billets, puisqu'ils sont transmissibles. Ne feriez-vous pas bien d'acheter en même temps les billets de retour? Le prix serait un peu moins élevé.

Mr, A, Mais si je ne voulais pas revenir par cette ligne ?

JOagent, Alors le prix des billets vous serait rendu, moins, naturellement, l'escompte fait à cause de l'achat d'avance des billets d'aller et retour.

Mr, A, Eh bien ! donnez-moi donc des billets d'aller et retour. Combien cela fait-il ?

U'agent, Onze cent vingt-cinq dollars.

Mr, A, Si vous voulez préparer les billets je vous signerai un chèque pour cette somme.

JOagent, Il faudra inscrire votre nom et celui de chaque membre de votre famille sur la liste des passagers.

Mr, A, Vous pouvez écrire Monsieur et Madame A., leur fille et leurs deux fils, tous de Boston.

L'agent, Ce seul billet suffira pour vous tous. Vous devez remarquer que c'est pour cinq personnes dans la première classe.

Mr, A, A quelle heure est-ce que le steamer partira ; ou plutôt, jusqu'à quelle heul^e pourrons-nous retarder notre arrivée au quai avec sécurité?

IJ agent. On nous mande que les passagers doivent être à bord à 7 heures samedi matin.

EXEECICES DE CONYEESATION FRANÇAISE. 7

Mr, A, En ce cas nous arriverions à peine à temps si nous prenions le train du bateau à vapeur de vendredi soir ?

IjCigent, Je le craindrais pour vous. Vous ferez bien d'être à New York vendredi l' après raidi, ce que vous pouvez faire très facilement, si vous prenez le train de 10 heures du matin via Springfîeld et New Haven.

Mr, A, Y a-t-il quelque chose que les passagers feraient bien de se procurer pour le voyage en fait de vins ou d'autres délicatesses?

]J agent. Oh non, rien, sauf un pliant ou deux pour vous assurer en toutes occasions une place confortable sur le pont. Quant au vin, la compagnie fournit l'ordinaire sans frais, et on trouve à bord toutes les espèces à meilleur marché, et d'une aussi bonne qualité, que celles qu'on trouve soit à New York, soit à Boston.

Jfr. A. Et les cignres ?

Ju agent. Pour cela, chacun a son propre goût. Mais des cigares qu'on suppose être fins, et qui viennent certainement de la Havane, se trouvent toujours à bord.

Mr, A, Le Pereire fait de courts voyages, me dit-on.

JOagenL Oui, meilleurs que ceux de tout autre steamer. Il fait la traversée presque toujours en neuf jours de New York à Brest.

3Ir, A, Et de quelle durée est le voyage de Brest au Havre?

Uagent, A peu près seize heures. Ainsi on peut quitter New York le samedi au matin et être à Paris le second mardi.

Mr, A, Eh bien ! voici un chèque pour les billets, et j'espère que nous serons assez heureux pour avoir une traversée aussi rapide.

Uagent, Oh ! vous pouvez y compter, si le temps est favorable. Ce n'est pas d'un seul voyage que je parle, mais de la traversée moyenne de ce steamer. Cependant,

8 VOYAGE A PAEIS.

le brouillard ou les vents contraires pourraient vous retarder un peu, mais à cette saison cela n'est pas probable.

Charles, J'aimerais savoir s'il y a des livres à bord pour l'usage des passagers.

Uagent, Oh, oui, toute une bibliothèque, et aussi un piano et de la musique.

Charles, Alors, papa, si nous n'avons pas le mal de mer nous pourrons nous amuser aussi bien que sur terre.

Mr, A, Oh, certainement ; mais il faut nous en aller et arranger un crédit chez les banquiers.

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