‹ Voyage à ParisChapitre 2 sur 28 · CHEZ LE BAÎ^QUIER · texte numérisé non relu

CHEZ LE BAÎ^QUIER

Mr, A, Bonjour, monsieur. Je pense faire une petite excursion à Paris avec ma famille, partir dans une quinzaine, et être absent près de trois mois. Aussi je viens pour me procurer les moyens de payer les frais du voyage.

3Ir, JB, Nous vous les fournirons avec le jdIus grand plaisir. Avez-vous l'intention de voyager beaucoup en Europe ?

Mr, A, Oh, non, nous allons seulement à Paris, et nous ferons de cette ville notre quartier général pendant toute notre visite, en faisant de petites excursions dans les environs de temps à autre.

Mr, JB, Alors vous n'aurez besoin que d'une lettre de crédit adressée à une seule maison à Paris. Mais nous les faisons ordinairement de telle sorte qu'elles sont valables dans toutes les villes principales de l'Europe.

Mr, A, Je ne pense pas avoir besoin d'une telle lettre ; mais ce serait assez bien d'en prendre une, car il se peut que nous revenions par la voie d'Angleterre, et là elle pourrait être utile.

Mr, B, Voici un échantillon en blanc de notre lettre

de crédit ordinaire. Vous voyez qu'elle est adressée à plus de cent maisons en Europe.

Charles, Est-ce que toutes ces maisons consentiront à nous donner de l'argent, sans nous connaître, aussitôt que nous leur aurons fait une visite avec cette lettre ?

M)\ B. Oui, chacune ; mais vous allez remarquer qu'il y a certaines règles à suivre dans l'usage de ces lettres, pour prévenir les fraudes et les erreurs, telles que celle de toucher plus d'argent que la somme indiquée dans la lettre.

Mr, A. Oui, je vois que la personne, au nom de laquelle la lettre est faite, doit signer au bas de la lettre, pour que, quand elle reçoit de l'argent sur la lettre en quelque ville que ce soit, elle puisse par sa signature prouver qu'elle est le propriétaire de la lettre.

Mi\ B, Oui, cela est une sécurité; mais si vous perdiez votre lettre, et si elle tombait dans les mains d'un coquin, il pourrait imiter la signature, présenter la lettre dans quelque petite ville, et toucher l'argent.

Charles, Que doit-on donc faire si la lettre est perdue?

Mr, B, Il faudrait avertir tout de suite les banquiers auxquels la lettre est adressée, pour qu'ils avertissent immédiatement tous les autres banquiers, dont les noms se trouvent sur la lettre de crédit, et à quelqu'un desquels elle pourrait être présentée.

Mr, A, Et au risque de qui est la lettre de crédit ?

Mr, B, A celui de l'acheteur, naturellement. Aussi, si vous avez l'intention d'emporter la lettre sur vous, vous ferez bien de ne pas la signer avant d'avoir l'occasion de vous en servir. En attendant, nous donnerons avis à nos correspondants que nous avons fait une lettre de crédit en votre faveur, qui leur sera présentée par vous en personne, et vous pourrez facilement vous faire identifier, quand vous les verrez pour la première fois, par votre passeport, ou par d'autres papiers, ou même par une introduction par quelque ami commun.

Mr. A, Veuillez donc me faire une lettre pour une somme qui ne dépasse pas dix mille dollars.

Mr, B, Avec plaisir. Désirez-vous faire un placement de cette somme, ou aimez-vous mieux signer un engagement de payer à Boston les sommes qui seront touchées sur ce crédit aussitôt que l'avis en sera reçu, avec les commissions et l'intérêt ?

Mr. A. Tenez-vous comjDte de l'intérêt d'un tel dépôt, s'il est fait en argent ?

Mr. B. Non ; et pour ne pas perdre l'intérêt, il vaut mieux déposer des actions ou des obligations produisant un intérêt, qui s'accroît pour vous dans ce cas, tout comme si vous les gardiez vous-même.

Mr. A. J'aime mieux, je crois, signer un engagement de payer, au fur et à mesure que l'argent sera touché et avis donné.

Mr. B. Comme vous voudrez, seulement dans ce cas c'est notre habitude de demander deux noms, le vôtre et un autre ; mais la signature de votre compagnie suffira.

Mr. A. Eh bien, je signerai le nom de ma compagnie.

Charles. Voulez-vous me dire, papa, pendant que Monsieur B. écrit la lettre, pourquoi vous n'emportez pas sur vous l'argent au lieu de cette lettre?

Mr. A. Si j'emportais les billets de banque de notre gouvernement, ils ne seraient pas reçus pour de l'argent j^ar les négociants d'un pays étranger. Il faudrait les vendre pour qu'ils puissent être renvoyés ici, et cela donnerait plus de mal que d'acheter la lettre de crédit. Si, au contraire, j'emportais de l'or, c'est lourd, et j'aurais beaucoup de soucis et d'inquiétudes pour le garder ; et s'il était perdu ce serait autant de perdu ; tandis que si je perdais la lettre de crédit, je ne perds qu'un engagement qui ne m'a coûté qu'un autre engagement, et on peut remplacer ceux-là, s'ils sont perdus, par d'autres.

11 faut cependant que je prenne de l'or sur moi pour

les frais sur le vaisseau, et pour le voyage du Havre à Paris.

Mr, JB. Voilà votre lettre, monsieur, et vous ferez bien de lire les instructions qui l'accompagnent, pour vous gui- (Jer si vous perdez votre lettre, ou si on vous la vole. Mais, j'espère que vous n'aurez pas un tel malheur.

Mr. A, Je vous remercie. Je prends assez de soin de mes pièces de valeur. Mais, à l'heure qu'il est, on ne peut dire ce qui peut arriver, et un bon averti en vaut deux. Veuillez donner avis à mon associé, qui doit rester à Boston pendant mon absence, des sommes que je toucherai, et il réglera avec vous. Je vous souhaite le bonjour.

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