A UNE LIEUE D'AVALLON, EN BOURGOGNE
Al'époque delà restauration, la commune du Vault, situé à une lieue d'A vallon, sur la rivière du Cousin, avait pour pasteur Tabbé Lombard, digne prêtre, versé dans la connaissance de la langue latine et de l'histoire ancienne, homme du monde d'ailleurs, comme il convenait de l'être à un ecclésiastique aussi régulier. Il s'apercevait que de temps-en-teraps ses paroissiens lui glissaient, soit à l'offerte, soit à la quête, des médailles en bronze bien nettoyées, qu'il échangeait suivant leur volume , après l'office, pour des pièces de cinq ou dix centimes, de sa bourse-, et par ce moyen il se composait à peu de frais un médailler qu'il appréciait beaucoup. (2) Enfin vers les années
(i) Avallon , chef-lieu de Sous-Préfecture, Tribunal de I.èf* instance, est situé dans le département de l'Yonne, sa population est de 5,5oo âmes, autrefois Abalio, ville des Man- ! dubiens. f^. itin. Anlon. e.tTabl. Theod.
( a ) L'auteur de cette notice lient ce fait de l'abbé Lombard
1821 et 1822^ ce genre d'offrande étant devenu plus fréquent, et le curé ayant remarqué qu'une famille de vignerons, qu'il connaissait fort bien, était plus prodigue de ces médailles que ses autres paroissiens , il s'adressa au chef de celte famille , et lui demanda d'où lui venaient tant de pièces fausses, que lui et les fiiens distribuaient à l'offerte et à la quête pour de la monnaie courante. Le paysan commença par nier, mais vaincu par les explications du curé, et le voyant d'ailleurs peu courroucé de sa supercherie , il avoua qu'il les trouvait dans un champ inculte qu'il épierrait, et qui était situé presqu'au faîte du Montmarte ( Mons Martis ), la plus haute montagne du département de l'Yonne, et la plus voisine du village du Vault. Il raconta au bon pasteur qui le faisait causer avec intérêt, sur cette rencontre, que dans un murger ( amas de pierrailles), qu'il avait établi dans son champ, il avait accumulé des morceaux de marbre de difterenles grandeurs: des mains, des doigts, et autres débris de statues en pierres , des briques épaisses, et enfin une tête qui lui avait pres-
lui-même; il a vu ce niédailler de 60 à 80 pièces en brooze, la plupart grand bronze, au Type dcf Anloniri; Constantin , etc .
que fait peur. Le curé l'engagea à aller chercher cette tête : le vigneron tout satisfait d'avoir été si légèrement semonce, ne perdit point de temps, et au lieu d'une en apporta deux dans s* hotte, qu'il déchargea dans le jardin du presbytère , où de suite elles furent exposées sur une petite terrasse au bord de la rivière.
Les amis du curé, amateurs des beaux arl^ , apprirent bientôt qu'il possédait un trésor , et vinrent le visiter. Les têtes furent trouvées très belles. La moins endommagée ( qui l'est fort peu ) offre les formes un peu colossales d'une tête d'homme ( i ) , les cheveux sont abondants, et contournés, moins longs sur le derrière de la tête que sur le front , l'âge parait être de cinquante à cinquante-cinq ans. La phj^sionomie porte un caractère de tristesse, et le regard semble s'élever douloureusement vers le ciel. La barbe épaisse et polie se marie bien à l'ensemble de la figure. Certainement cet ouvrage est sorti des mains d'un savant statuaire et rappelle le siècle d'Auguste. Une pierre tendre et blanche , qui ne provient d'aucune carrière du pays, à servi à sa con-
^, ( i ) Première tête , •2'n» planche.
■fectioii ( 1 ). Après cet examen le curé et ses amis guidés par le vigneron, se dirigèrent près du sommet du Montmarle et tous ensemble fouillèrent l'amas de pierrailles dans lequel étaient renfermés quelques débris de l'antiquité.
M. R , l'un deux, fit l'acquisition du
terrain que possédait le vigneron, se chargea des frais de recherches, et mit les pionniers en exercice vers le milieu de novembre 1822. Le Moutmarte , situé à une demi lieue de la voie romaine , qui d'Avallon passait sous Cora ( 2 ) et par Crisenon , communiquait à Auxerre, est remarquable par sa hauteur, la beauté de sa forme, et la variété des paysages qui l'entourent. Son pied touche à la rivière du Cousin, sur les bords de laquelle s'étend le village du Vault. Une calotte de laves arides (sorte de pierres calcaires à feuillets épais ) couronne son sommet. Un
( 1 ) Ce pourrait être une pierre des carrières de Tonnerre.
( 2 ) Cora est du nombre de ces villes perdues , sur lesquelles les géographes do bonne foi n'ont pu rien préciser que 'a situation ; elle était bâtie à trois lieues d'Avallon , sur une montagne à pic, qui du côté du levant domine la rivière de Cure, d'où peut-être elle tirait son nom. La voie Romaine qui longe la rivière du côté opposé à ce site est bien conservée l'espace d'une demi lieue. Danville, parle de Cora; on voit encore une enceinte de 860 pas environ de pierrailles, avec l'indication e dt-ux portes , et la forme de deux tours
arbre énorme, un tilleul de temps immémorial , placé sur sa première inclinaison ;, le domine du côté du nord-, à l'est et au sud-est, des vignes embrassent les deux tiers de sa hauteur, et la moitié de son contour. Quelques petits arbustes sauvages et touffus rampent des vignes à son sommet. Sous les racines du gros tilleul , une anfractuosité immense indiquerait peut-être la bouche d'un volcan éteint-, les vignerons n'en approchent qu'avec difficulté, pour attacher autour les branches de leurs ceps, (i)
Au sud, l'inclinaison de la montagne est plus douce-, à deux cents pas de sa crête les cultures commencent sur un terrain léger et graveleux , mêlé de petites laves. Plus la charrue • s'approche de la calotte du mont, plus les pierrailles multipliées arrêtent ses travaux. ! C'est dans ce lieu qu'en piochant pour écarter les obstacles, le vigneron qui avait porté les deux têtes en pierres à M. le Curé du Vault, les avoit trouvées presqu'à fleur de terre. C'est là aussi que les fouilles furent entreprises.
Quelques soins qu'y apportât M. R
(i) Il est de tradition à Ayailon, que des pierres ponces [pumices) se rencontraient autrefois en grand nombre sur les flan es du Montinarte.
une certaine confusion, résultat de la précipitation et de la curiosité, résultat aussi du défaut d'expérience, nuisait aux découvertes : on rejettaitles terres enlevées sur des emplacements que l'on voulait fouiller ensuite -, et dans le public empressé , il se rencontrait des mains avides ou maladroites, qui pouvaient nuire beaucoup aux résultats qu'on avait lieu d'espérer. Heureusement la ville d'Avallon recelait alors dans sonsein undeses enfans, qui, précisément dans cette partie de l'art, avait acquis une grande expérience à Naples, en Sicile, à Rome surtout, où il avait été chargé par le gouvernement français de faire des recherches monumentales; c'était M. Canstie , architecte distingué, celui-là même qui a été chargé de la construction du monument de Quiberon, dont il avait fourni le dessin, et qui est maintenant Inspecteiu-Général , membre du Conseil des Bâtiments civils. Il eut la complaisance de diriger les fouilles.
Sous son inspection, on découvrit une muraille élevée d'environ deux pieds et demi au dessus du sol antique, sa largeur était de i8 à 20 pouces seulement \ en suivant sa direction on la mit au jour sur ses quatre faces ^ chacune de cinquante pieds d'étendue. Du
côté de l'est, on rencontra une ouverture de 8 pieds, juste au milieu de son développement, M. Caristie avait conjecturé où devait se trouver cette ouverture ou porte dans la supposition que ce pouvait être un temple ( i ) de l'espèce de ceux désignés en latin sous le nom de Sacellura.
Faisant creuser dans la partieinté rieure de la muraille, à neuf pieds de distance de tout le pourtour, on trouva un second carré en maçonnerie inscrit au premier, a3^ant 28 pieds d'étendue sur chaque face. Une ouverture vis-à-vis de la précédente qui a dû être de la même largeur, mais qui était dégradée sur ses côtés, indiquait bien que là était le portique de la largeur d'une muraille à l'autre. Le prolongement de cette muraille parallèle , devait
( I ) M. Caristie se réservait de préciser son opinion sur oc temple , et chacun des objets intéressants des <lécoiivertes , «près que de nouvelles fouilles, attendues toujours, auraient été faites. La science hésite, l'ignorance scdétormiut. A défaut de fouilles nouvelles et attendu ce privilège, nous bazarderons dans cette notice nos observations , basées cependant en partie sur ce que nous a suggéré M. Caristie. Cet architectt savant pense que le monument pourrait être un Temple romain: que les statues qu'il renfermait sont pour la plupart du bon temps de la sculpture antique ; et que ces petits ftinple^ isolés ou stations, se rencontraient dans le vf>i';inag; des voie»^ romaines.
former une galerie ou péristyle , dont le toit était soutenu par des pilastres ou des arcades au travers desquels le jour était introduit dans la galerie, du carré intérieur de 28 pieds , qui formait un temple découvert. L'autel était sans doute dans cet espace aéré. On a retrouvé de ces temples à Pompeï et à Herculanum : c'était Xhypœtron des Grecs.
Les principales rencontres se sont faites dans les parties de la galerie les plus rapprochées du Proîiaum. On a relevé dans un des angles de cette galerie une statue de plus de 7 pieds de hauteur , en pierre , renversée sur le ventre , les pieds tournés vers l'orient, la tête et les bras séparés du tronc , mais prés de lui. Elle semblait couchée là depuis son premier renversement^ soit qu'il provint des secousses du iemps, soit qu'il eut pour cause (.la réaction qu'exercèrent les légions qui reprirent après Julien l'apostat l'étendard de la croix. Nous nous arrêtons d'avantage à cette dernière idée, parceque les mutilations nombreuses de toutes ces statues payennes semblent dans ce lieu avoir été faites à plaisir. Celle-ci unpeu colossale représentait certainement un flamine ( i ). Le voile
( I ) Deuxième tête , s»« planche.
couvre sa tête, et retombe sur ses épaules, ses formes ne sont pas cachées par la chute de sa robe dont les plis relevés se réunissent dans sa main gauche ; la droite tient une coupe destmée aux libations ; l'air grave et majestueux de ce pontife, l'expression auguste de sa dignité portent le caractère de la sculpture antique.
Vis-à-vis ce pontife, à l'angle nord-ouest, une autre statue également en pierre, renversée et brisée comme celle-ci, annonça une même chute, un même événement. C'est un jeune homme d'une taille au-dessus de la plus élevée ( i ). Il est entièrement nud. Une courroie mince et légère passe sur son épaule droite et se termine en nœud sur sa hanche gauche, son expression est la fierté, on croit remarquer un léger gonflement à ses narines , et à sa lèvre supérieure, son bras droit recourbé semble prêt à saisir une flèche dans un carquois qui flotte sur son épaule. Croirait-on que cette belle statue gisante prés du lieu d'où elle avait été tirée, pour satisfaire aux désirs des spectateurs, a été mutilée dans son sexe peu d'instants après sa découverte !
( I ) Première tête , 3»e planche. (Peut-être Mars.)
lO
Une superbe statue en marbre, de grandeur ordinaire, mais aussi mutilée, ayant sur la tête un casque figuré par une tête de louve, auquel il manque deux petites extrémités, et que les uns ont appelé la déesse Rome, les autres une Bellone ( i ) , occupait un troisième , angle de la galerie , côté du midi. Puis les débris de la belle statue en pierre dont la tête apportée par le vigneron, avait révélé ces trésors cachés, et quantité de bras, de doigts, de portions de troncs, de têtes d'hommes et de femmes, le jarret colossal d'un cheval en pierre, deux petites statues sans tête de la grandeur de la main, et qui devaient avoir été des dieux domestiques, une poignée de sabre en pierre , etc. Tous objets rapprochés du portique ou passage, comme à dessein, et mutilés sur ce lieu même.
Le sol de la galerie est une espèce de glaise étendue uniformément. On pourrait penser que des mosaïques posées dessus en auraient été enlevées. Le sol du Temple qui devait n'avoir jamais été couvert et qui était renfermé dans le carré de 28 pieds sur chaque face de l'enceinte du second mur, est un pavé en cailloutage.
Ci) Troisième tête , 5ime. planche
Le seuil du portique, ou porte correspondante, est en dalles du pays, les montants qui ne sont figurés qu'à l'ouverture extérieure , sont en grosses briques, autrefois peut-être revêtues de marbre. Dans la partie nord intérieure de la galerie , on a trouvé des enduits en stuc peints, dont les couleurs vertes et rouges sont bien conservées, ce sont des feuilles d'acanthe entrelacées avec des cercles. Ces enduits, les débris des statues , les têtes en marbre et eu pierre, enfin tous les résultats des fouilles à peu de chose prés, sont déposés chez M. R. . à Avallon.
On peut estimer à douze le nombre des statues de toute espèce qui décoraient ce Temple. Autrefois a eu lieu sans doute un pillage et un enlèvement considérable des objets transportables qu'il conteiiait, et qui pouvaient être utilisés. On ne retrouve pas la dixième partie du cheval colossal-, on ne rencontre pas la centième partie des fragments de lambris et de corniches de beau marbre blanc qui faisaient certainement le tour de l'intérieur du Temple. Les villages situés au bas de la montagne faisaient arriver avec facilité, et en les roulant , les blocs dont ils voulaient s'emparer. A Vermoiron, village dépendant de la paroisse du
Vault, situé au pied du Montmarte, à son nordest, nous avons vu dans les plus vieilles maisons, des pierres encore arrondies d'un côté, ou portant quelques traits de sculpture, employées dans la maçonnerie. Combien d'objets provenant de ce monument ont été dénaturés et employés? combien, dispersés et perdus?
A six pieds du portique du Temple, et visà-vis sa façade extérieure, dans le lieu où ce portique a peut-être été renversé, on a trouvé, en fragments de marbre blanc, une inscription que l'on n'a pas pu rassembler complètement. Les cavités en sont bien prononcées, nettement détachées, chaque lettre à seize lignes de hauteur, ou lit : DEO 'TS^RL EX ' STIPIBV V ViVI En confondant
le dernier jambage de l'M avec l'E qui suit et qui ne paraît pas douteux, quoique l'on n'ait que son trait inférieur ^ , on lira DEO NKRCurio. Ce serait le Dieu auquel le Temple aurait été dédié ( i ). Ces lettres de seize lignes étant placées à dix ou douze pieds de hauteur en avant du Pronaum, devaient être lisibles, surtout si leur excavation était coloriée. L'inscription
(i) Voyez le dessin planche 2«. On a des exemples dans les inscriptions antiques de ce genre de liaison.
gisait à deux pieds sous terre seulement, elle est l'unique qui ait été rencontrée.
De plus érudits que uous^ hésitent à se prononcer sur cette inscription ; M. Caristie qui en a relevé le dessin à la vue des marbres rapprochés, rejette même la supposition d'un M, à cause de l'élévation perpendiculaire du trait du second jambage , et du peu de distance avec le troisième qui serait uni à l'E ; il admet la nécessité de cet E. Alors il faudrait lire DEO NERC , cette dernière lettre n'étant pas douteuse. Ce qui ne se rapporterait à aucune divinité, à aucun demi- dieu, et serait inintelligible ou à peu-prés; mais cela n'en serait qu'un plus merveilleux objet de recherches.
A la distance de deux pieds de l'inscription, on a trouvé réunies, sans enveloppe, cent quatre médailles, dont deux en argent, le reste en bronze de différentes grandeurs. Un inventaire détaillé, parfait, en a été composé par un habitant d'A vallon, très-versé dans la science numismatique. La plus ancienne de ces médailles est de Trajan, la plus récente de Valentînien I" ( i ).
( 1 ) En voici la liste : Une de Trajan , empereur en 98; deux de Marc-Aurèle, une d'Alexandre Sévère, trois de Gordien IH, une de Constance-Cbiore , deux de Maxiniii-Daza / deux dt
On. a ti*oiivé aussi prés du portique et en dehors, une pierre propre aux sacrifices. Elle est carrée, large de deux pieds avec un rebord de quinze ligues tout autour. Une petite pierre très-dure^ trés-tranchante, de trois pouces de haut sur deux de large, aypiit un peu la forme d'un coin, a été recueillie prés d'elle.
Des clous de plusieurs grandeurs, des débris de verre et d'amphores, des briques larges et épaisses, quelques unes courbées, du marbre blanc en lame de six lignes d'épaisseur , et de un, deux et deux pieds et demi de longueur, et sur lequel sont sculptés des traits droits, ont été trouvés avec quelques médailles dans la partie intérieure du temple, qui nous paraît n'avoir jamais été couverte.
Les ouvriers furent encore employés pendant plusieurs jours à continuer les fouilles hors de l'enceinte de la Galerie et du Temple. On découvrit bientôt un bâtiment qui , débordant ce temple sans régularité, elle joignant cependant, descendait de l'ouest à Test sur une longueur
Licinius père, dix-huit de Constantin-le-Grand,six de Uoiiie, quatre de Constantinople , sept de Crispus, onze de Constantin le-Jeune, six de Constant, dix de Constance , seize de Magnence , dix de Decentius , une du Julien, une de Constance-Galhis, une d'Hélène, une de Valentinien T«f. , salué empereur en 565 , mort en ô^S.
(le soixante-trois pieds. Il était traversé à la distance de vingt-deux pieds du nord au sud par un acqueduc fort régulier d'environ deux pieds de largeur, en forte maçonnerie. Il devait recueillir les eaux que versait le sommet du Montmarte, et assainir le Temple. Du côté du midi , quatre piles en maçonnerie , en forme de contre-forts (i), étayaieut le mur de cette enceinte. Ce mur fait en talus, était déjà trésépais par l^ù-même, nous lui avons trouvé à sa superficie ,' à deux pieds du sol, trente pouces de largeur. Du côté du nord il est presqu'entiérement ruiné, et disparaît la longueur de cinquante pieds. Ce grand édifice a-t-il été une construction plus moderne que le Temple? n'était-ce pas le logement de ses prêtres? il faut ajourner ces conjectures. L'enceinte n'a pas été entièrement fouillée -, la rigueur du froid ayant chassé les ouvriers de ce lieu même , le i5 décembre 18225 mais M. R. . . pour assurer la continuation des fouilles et n'éprouver d'obstacles d'aucune part, a acquis à cette époque tous les terrains environnans , les a jalonnés, a scrupuleusement examiné les éminences et les mouvements de terre , qui annon-
( 1 } Voyez le plan, h^e, planche.
çaieut encore des trésors cachés; ce qui fait présumer qu'il a le projet de continuer incessamment ces fouilles.
Trois statues en pierre, et peut-être une en marbre, pourraient tout au plus être restaurées, cette dépense est au nombre de celles que projette M. R. . . . M. Buchon , que S. Exe. le Ministre de l'Intérieur avait autorisé en 1828 à visiter les dépôts de bibliothèques et d'archives pvibliques , a eu occasion d'admirer le recueil si riche, résultat des découvertes faites sur le Montmarte. M. Burnouf, Inspecteur de l'Université, et beaucoup de voyageurs distingués et d'gmateurs de l'antiquité, sont également venus les visiter -, tous, comme MM. Caristie et Buchon, ont reconnu les traits de la haute antiquité , et ont fait des vœux pour que de nouvelles fouilles otFrissent encore au public ce qui reste à explorer de ces richesses.
Le Montmarte, outre les débris du Temple et de ses accessoires, que nous croyons avoir été dédiés à Mercure, dieu des voyageurs, en recèle d'autres, non loin de là, peut-être aussi intéressants. A quatre cents pas, nord-est, deux fontaines, dont les eaux vives se joignent en se précipitant sur le flanc de la montagne , ont été par les Romains utilisées et embellies,
sans doute à cause du voisinage du Temple , avec ce soin et cet art qu'ils savaient répandre sur tout ce qu'ils faisaient. La vigne ou passe le cours d'eau, se nomme la Vigne des fées. On aperçoit au dessus deux petites esplanades , restes des bains antiques. Perdus dans les broussailles, ces bains démolis et pillés, avaient encore laissé voir quelque beauté en 1777, et l'abbé Courtepée, dans son histoire descriptive de Bourgogne , parle de ces bains qui furent alors retrouvés. Des marbres ciselés, des morceaux de brique se voient aujourd'hui par parcelles , autour d'une des deux sources dite la Fontaine- Belle. Unefouille bien ordonnée pourrait rendre au jour, dans ce lieu, des conduits, des tuyaux, des fondations d'édifices , et peut-être des statues d'un grand prix.
A l'aspect de tant de merveilles découvertes ou prévues , M. Malot, ancien procureur du Roi, au baillage d'Avallon, a senti à l'âge de soixante et douze ans , renaître en lui ce feu poétique qui lui avait fait conquérir, dans sa jeunesse , plusieurs palmes académiques : il a composé un poème de plus de six cent vers sur ce sujet. En voici des fragments :
Aux lieux, où du Cousin l'urne encore peu profonde Voit l'aulne et l'églantier se miter dans son onde,
Et, fuyant les rocliers et les bois du Morvaiid . Vient s''unir à la Cure, et vogue à l'Oce'an, S'élève un mont altier , dont le flanc se tapisse D'un plan cher à Bacchus , aux poètes propice ; Son front aérien , oi'gueilleux et désert....
Quel œil assez perçant eût jamais soupçonné Qu'il recelait ainsi de superbes antiques , Du génie et du goût précieuses reliques. . .
Pour de si vieux débris d'où naît ce vif attrait? L'ascendant seul des arts produit-il cet effet ? Sans doute le lointain lui prête son prestige ; Il donne un nouyeau lustre à l'antique prodige. De vapeurs , de lumière et d'ombre environné , Ce lointain merveilleux plaît à l'oeil étonné. On aime à promener sa pénétrante vue Dans ce vaste horizon , dans sa vague étendue.
Le sacrificateur dans l'angle enseveli , De l'abîme du temps , des gouffres de l'oubli , Après plus de mille ans, revient à la lumière Etaler tous ses traits et sa forme première. Oui , son noble maintien , son port majestueux , Tout représente en lui l'interprète des dieux. Aruspice , Flamine , Augure ou Mars peut-être ; Si ce n'est le dieu même, au moins c'est son grand prêtre.
Parlant d'une autre statue.
C'est le gladiateur dans le cirque romain jMourant pour lo plaisir de ce peuple inhumain.
Une noble douleur sur ce front est empreinte ,
Il voit de près la mort et la subit sans crainte.
Ces yeux levés au ciel qu'ils semblent implorer ,
Quoiqu'ils ne pleurent point , nous font presque pleurer.
Cette lèvre entr'ouverte à nos yeux semble dire :
» Tu veux , peuple cruel , qu'avec grâce j'expire ;
» Jouis de mou malheur , repais-toi de mon sang ,
» Toi seul es criminel , car je meurs innocent ,
» Acteur infortuné d'un spectacle féroce :
» Toi , d'un délassement lâche, odieux, atroce ,
» Apprends un art plus grand que celui de mourir ;
y> Retiens cette leçon : viens apprendre à souffrir ;
» Et, quand de moi la mort , sans m'étonner , s'empare,
» Cesse, cesse, du moins, de me nommer barbarr.
» Le barbare , c'est toi qui nourris ton orgueil
» De conquêtes, de sang, de victoires, de deuil. »
Rempli de ces objets dignes de nos Orphées , Je m'égarais — J'atteins la fontaine des Fées Oii l'on prétend qu'un riche et somptueux romain Possédait autrefois un magnifique bain.
(]ent marbres, enfouis long-temps sous cette rive. En de vastes bassins y tenaient l'eau captive : Là, notre LucuUus, ivre de volupté, Reprenait sa vigueur, retrempait sa santé.
Lorsqu'on est fatigué d'une pénible course , i Qu'il est doux de puiser l'onde pure à sa source ! • La nymphe offrait de plus le tapis de ses bords; .TeTaccepte, m'assieds, et m'étends et m'endors. Bientôt, au bruit flatteur d'une douce harmonie , M'apparaît de ces monts le paisible génie. Majestueux sans faste , imposant sans fierté ,
Il niaborde, il me parle avec simplicité'; Je reconnais l'accent de la vérité même. « Je viens, dit-il , je viens résoudre le prohlénit