M. M. HOLCONI RUFUS ET CELER
CRYPTAM TRIBUNAL THEATRYM. S. P.
AD DECVS COLONIAE.
La crypte , ou réservoir d'eau.
Nous remarquâmes à côté de celte porte une grande excavation, ou plutôt un grand réservoir propre à contenir de l'eau. C'est de là que se dirigeaient les canaux qui conduisaient l'eau à la If partie inférieure de Pompéi et particulièrement 3.U Jb/'u m. Serait-ce là cette caverne, cette voûte profonde que les frères Holconius, qui méritèrent si bien de la patrie, ont fait construire? C'est précisément celle-là, répliqua
le chevalier à la dame-, les eaux du fleuve Sarno, plus élevé que le niveau du terrain, se répandaient par le moyen de conduits cachés par toutes les rues , dans une grande partie même des maisons de la cité, où nous avons eu occasion de remarquer des tuyaux de fontaine, et dérivaient ensuite par des passages différents dans la parlie basse de Pompéi. Peut-ou voir tant de beaux résultats sans remarquer la magnificence des anciens à Tégard des établissements de première nécessité? Si le comte de
Sarno avait été mieux avisé , il iiaurail pas fait faire un nouvel aqueduc pour transporter l'eau à la Torre... mais alors qui pensait à Pompéi?...
Tribunal de Pompéi.
Prés de là est un atrium, ou cour découverte en forme de carré long, avec un péristyle autour, composé de huit colonnes cannelées de piperine (i) sur chaque longueur, et de trois sur les côtés les moins étendus. Ces colonnes avaient leurs chapiteaux, des architraves et des corniches correspondant à l'atrium ,• sur la façade on lit une dédicace à ]\I. Claudius Marcellus. Nous mesurâmes cet espace dans l'intérieur : il est de quatre-vingt-huit palmes en longueur, et de soixante-quatre en largeur. Ce que ce monument contient de plus remarquable , c'est une sorte de tribune eu piperine, élevée au milieu d'un des côtés, avec un petit degré pour y monter.
Chacun a donné son avis sur l'institution de ce bâtiment -, mais nous avons fini par ôtre complètement de celui du chevalier, qui a
(i) Sorte.de ciment d'Italie.
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prétendu que c'était le tribunal, ou la curie de Pompéi, bâti par les Holconius , comme l'inscription nous l'avait appris. Cette conjecture est tout-à-fait d'accord avec Vitruve , qui enseigne expressément que la curie était réunie ?i\\ forum et au théâtre, où se portait ordinairement la foule des citoyens. Pompée avait fait consiruire à Rome la salle du bareau en avant de son théâtre. C'est dans cette enceinte , dit Suétone, que César fut tué. Outre la tribune, celle-ci était décorée d'une corniche saillante, que Vitruve désigne comme un ornement obligé dans un tribunal pour que la voix des orateurs, des plaideurs , ou du juge ne se dissipe pas sans résonner et sans pouvoir être entendue par tout le peuple.
Temple d'Isis.
Après être sortis du tribuDal par l'issue qui donue sur la rue, nous trouvâmes, du même côté, le temple d'Isis. Le commerce que celte cité pratiquait, dit l'étranger, avec les négociaus di Alexandrie , qui seuls trafiquaient alors dans les Indes , donna lieu d'adopter ici le culte de cette divinité. Les Pompéiens voulurent sans doute en éterniser la mémoire par tant d'emblèmes tracés de sacrifices et de rits égyptiens , qu'ils laissèrent à la postérité -, par tant de peintures de leurs dieux ; tant de plans géographiques de leurs pays ! Il faut dire aussi, ajoutai-je, que , dans quantité de villes anciennes de ce royaume, le commerce avait étendu le culte de la même divinité. J'ai vu un temple semblable à Aternum, aujourd'hui Pescara , avec l'inscription tronquée : ATERN. QVI FVIT IN COLLEG ISID : Qui fut dans le collège d'Isis à Aternum. A Naples, àReggio, à Pouzzole et autres cités du royaume j j'ai vu des débris
de monumens qui attestaient l'existence ancienne de ce culte.
Le temple d'Isis à Pompéi est hypœtron, c'està-dire découvert, entouré du péristyle ordinaire, ou portique couvert, soutenu dans les côtés les plus étendus par huit colonnes, et par six sur le fronton. Ces colonnes sont d'ordre dorique sans bases, de neuf pieds et demi de haut. Les dimensions de ce temple ne sont pas de plus de quatre-vingt-quatre palmes de longueur et de soixante-quatorze de largeur. Tout l'édifice est construit en briques , enduites d'un mastic très-dur, dont les anciens faisaient un fréquent usage. Le stj'le en est beau et élégant, mais des architectes expérimentés reconnaissent que les proportions eu sont trop rétrécies.
Le sanctuaire, tout-à-fait isolé dans la partie reculée du temple, est fait pour éveiller l'attention de l'observateur. On y monte par sept degrés revêtus autrefois de marbre blanc. Il consiste dans un petit temple carré voûté couvert en tuiles, embelli de stucs dans toutes ses parties intérieures , ayant deux niches dans son frontispice , et une autre dans la partie opposée. Deux autels sont au fond de ce sanctuaire, et de chaque côté" deux élévations, sur lesquelles étaient placées les deux fameuses
tables isiaques (i). Un petit, mais élégant vestibule, soutenu par six colonnes proportionnées, et orné d'une belle mosaïque , servait d'introduction à la cella , ou nef intérieure : là , sur une élévation, se trouvèrent les fragments de l'idole avec l'inscription suivante sur sa base :