L. CAECILIVS
PHOËBVS POSVIT
Lucins Cœcilius Phœbus Va placée dans ce lieu par décret des Décurions
Pendant que nous étions occupés à l'observer, nous fûmes avertis par un familier de ces fouilles de ne pas trop nous arrêter dans ce lieu , parce que non loin de là se développe une vapeur homicide, ou gaze acide carbonique, appelé par les paysans mofette , qui donne avec promptitude des douleurs à la tête. La dame dit, à l'occasion de cet avis, que dans tous les temples, les plus fameux de l'antiquité, où l'on
(i) De ces tables isiaques , une seule fut tirée entière des décombres; elle est revêtue de caractères hiéroglyphiques , semblables à ceux qui se voient sur les débris des statues d'Isis, et des Pastophores qui sont dans notre musée.
rendait des oracles et principalement à Delphes , c'était au moyen de ces vapeurs que \aPjthomsse roulait des yeux égarés , agitait sa chevelure , et se débattait sur son trépied. Tombée dans cet état de paroxisme, les prêtres rusés l'interrogeaient au nom de la divinité-, et elle proférait, comme par contrainte et avec peine, quelques paroles entrecoupées, que Von prenait pour résultat de l'inspiration du dieu.... C'est ce gaz qui aura produit l'effet merveilleux sur la sibylle de Cume dans son antre, ainsi que Virgile l'a décrit au VI^ Liv. de l'Enéïde.
Sous le trône de l'idole, il est remarquable qu'il existe une petite chambre , ou testudo , ( petite voûte ), où l'on peut soupçonner que les fourbes prêtres se cachèrent lorsqu'ils rendirent des oracles au nom delà déesse. Derrière ce petit temple on voit les restes de son escalier dérobé.
Deux grands autels occupaient les côtés du temple découvert-, le premier à gauche servait à brûler les victimes : et l'autre à droite était chargé des cendres sacrées -, on y eu trouva une grande quantité. Sous ce temple passe l'aqueduc qu'a fait faire le comte de Sarno, et on s'aperçoit que pour ne pas gâter le temple qui était au-dessus et particulièrement les co-
lonues, il dut faire une voûte eu forme de grotte d'une grande étendue. D'autres autels, placés le long des colonnes, devaient servir à répandre sans cesse une fumée d'encens, et a rendre, par ce moyeu plus respectable, ce temple sacré.
Auprès de l'autel qui était à gauche, nous vîmes une petite loge découverte , à laquelle aboutissait un escalier souterrain ; il nous sembla que c'était un lieu destiné aux purifications, à raison de la cuvette qui était placée dans sa partie la plus reculée. Différents bas-reliefs en stuc en décoraient les murailles.
Dans le mur qui fait face au sauctuaire , était pratiquée une niche, où ou avait peint un Harpocrate, qui par des motifs tirés du respect que l'ou devait à la religion, faisait signe du doigt que l'on eût à garder le silence. Au-dessous on trouva un banc en bois presque consumé, avec un prie-dieu pour les adorateurs-, et afin de rendre utile l'usage de ce banc, on l'a refait à neuf sur le même modèle, et chacun peut se procurer la satisfaction d'observer ce temple étant assis, et de remonter par la pensée jusqu'au temps du paganisme, que l'aspect de ces lieux semble rendre présent au spectateur. Une découverte remarquable, dit le cheva-
lier, fut celle de deux vases propres à contenir de l'eau lustrale, qui étaient placés à l'entrée de la porte intérieure à côté des colonnes. Ces vases étaient en carré long, de marbre blanc soutenus chacun sur un seul pied, d'un travail fort élégant , avec l'inscription : LONGINVS II VIR-, aujourd'hui on les voit au Musée-Royal. De plus ou a trouvé près de là une espèce de tronc eu bois consumé en partie , et qui contenait de la vieille monnaie en bronze : c'était dans ce tronc que la charité publique répandait ses bienfaits.
Dans l'enceinte de ce temple , dit la dame , on aura recueilli quantité d'objets curieux et intéressants, car il était au nombre des plus considérables de Pompéi Parmi les découvertes précieuses qu'on y a faites , répliqua le chevalier, celle qu'on met au premier rang, est la rencontre des tables isiaques ( tahulœ isiacœ ), qu'où transporta au Musée-Royal. On y trouva aussi beaucoup de peintures que l'on détacha des murailles , et qui représentaient différents dessins d'architectures : une Isis avec le sistre à la main; un Anubis avec une tête de chien; différents prêtres avec des palmes ou avec des épis-, et l'un d'eux qui tenait une lampe suspendue. On y voyait Y Hippopotame ,
ïlbis , le Lotus , et difiFérentes arabesques figurant des oiseaux et des Dauphius (i)-, la statue de Vénus en marbre, dont les bras, le col et le nombril étaient dorés ; et en outre les statues de Bacchus et de Friape et une àilsis en argile -, les ustensiles en bronze de tout ce qui constitue l'appareil des sacrifices ( et certainement rien de semblable pour la rareté n'a été découvert en aucune autre partie du monde ) : c'étaient des lampes , des candélabres , des réverbères , des trépieds , des lits à l'usage des déesses [lectisteimium) , des coupes, des encensoirs , des cassolettes , de grands bassins , propres aux sacrifices, des burettes , des marteaux, des couteaux j des clairons , des sistres , des cymbales , des goupillons , et enfin les aiguilles augurales pour faire des observations
dans les eutrailles des victimes Ce devait
être, dit alors l'étranger, un sanctuaire trésfréquenté par les gentils , et surtout par les dames qui, tous les jours entraient dans la confrérie d'Isis : erant incasto Isidis. La quantité
(i) Toute l'ichno graphie des trois côtés intérieurs de ce temp^e, avec leurs descriptions, et d'autres gracieuses peintures représentant des campagnes et des marines que font graver les académiciens d'Herculanum, n'ont pas encore été livrées au public .
d'autels dédiés à cette déesse en fait foi. Les ministres, loin de croupir dans l'oisiveté^ devaient trouver de l'occupation dans l'exercice d'un tel culte. Cette quantité d'instruments qu'on y employait et que nous venons d'éuumérer, ne laisse aucun doute sur ce fait. La plus imposante de ses cérémonies était celle des supplications publiques, lorsqu'on faisait usage des lils , où s'asseyaient les divinités, et lorsqu'on leur servait une table somptueuse. Cette grande solennité était destinée à détourner les calamités publiques qui menaçaient l'état. Voilà l'usage que l'on faisait des lectistemia : \esépuîons, prêtres , qui présidaient à ces festins , les consommaient en réalité.
Après avoir examiné l'intérieur du temple dans chacune de ses parties, nous en sortîmes pour visiter son pourtour. L'habitation des ministres isiaques est à gauche : elle consiste en deux chambres de retraite et une cuisine encore toute reconnaissable par les objets qu'elle présente ; on y voit son foyer et ses fourneaux tout semblables aux nôtres. On y trouva des vases en terre avec des os de jambons ,• et dans un coin des écailles de poissons ; une pièce sert de desserte à cette cuisine : c'est une espèce de dépense ou d'arrière cuisine avec un
cellier. Dans la première chambre de retraite , ou découvrit le squelette d'uu prêtre ayant une hache à la main, incliné contre un mur-, voulant fuir, il avait déjà franchi deux issues, mais il était trop tard. Un autre prêtre fut trouvé dans la basse cour, derrière le sanctuaire. Ces prêtres étaient probablement occupés à manger, lorsque la pluie de cendres pressa leur sortie ; ' car on trouva des os de poulets , quelques œufs jet des vases d'argile dans l'appartement. On découvrit encore d'autres squelettes de prêtres. Il paraît qu'ils périrent tous dans cette enceinte ; soit qu'ils n'aient pu s'échapper, soit que leur religion leur fît un devoir de ne pas abandonner dans le péril la- divinité qu'ils servaient. Les peintures les représentent avec la tête rasée ; leurs vêtements étaient de lin blanc, et leur chaussure était d'un tissu si transparent, qu'on voyait leurs pieds au travers. Tel était le costume ordonné par leur rituel pour faire connaître que leur déesse avait introduit eu Egypte l'usage du lin (i).
Sortis de l'habitation des prêtres, nous observâmes le lieu saint le plus retiré, qui est derrière le sanctuaire. Il consiste dans une cour découverte, où l'on ne pénétre qu'en passant
(i) O^id.u'uor. lib. a. Eleg. i. etalib.
SOUS cinq arcades jcette cour a trente palmes de long et quarante- neuf de large; une porte communique à une chambre contiguë , qui sans doul e contenait les ornements sacrés. Nous y vîmes un bassin propre à conserver l'eau-, là on put recueillir tous les instruments qui servaient aux sacrifices. Parmi eux, on trouva deux sistres d'un prix inestimable , destinés à accompagner, par leur harmonie, toutes les fêtes et les cérémonies isiaques. On y trouva deux lectisterniu7nj savoir : un en bronze avec des franges d'argent, qu'on voit aujourd'hui restauré au Musée-Royal, et un autre en ivoire, mais qui est en morceaux ; et enfin un chandelier en bronze, qui avait la figure et les feuilles du lotus j plante indigène des marais d'Egypte. Outre ces rares monuments de l'antiquité, on découvrit deux idoles égyptiennes de bazalle d'un grand prix, qui soutenaient sur leurs têtes, avec leurs mains, une vaste coupe. Elles sont aujourd'hui l'ornement du Musée-Royal. On voit encore la chapelle où elles reposaient. La corniche de cet édifice, à l'époque du tremblement de terre, fut retournée pour opérer une restauration. Elle contenait l'inscription suivante : M. LYCRETIYS RWYS LEGAVIT.
Maj'cus Lucretius Rufus l'a léguée par testament.
M. de Saint-Non, dans la distribution qu'il fait de toutes les parties de ce temple , assigne cette chambre et la cour découverte à Tusage des mystères secrets et des cérémonies cachées du culte isiaque auxquels les prêtres seuls et les initiés pouvaient assister. Les emblèmes de leurs divinités, suivant ce qu'il affirme, étaient les statues de Bacchus , de Vénus et de Priape qu'on a trouvées dans ces lieux ; et celle ^Isis y du style égyptien-, qui avait dans la main un instrument en forme de T; c'était peut-être le sistre qui lui était consacré à cause du son aigu qu'on en tirait, qui ressemblait beaucoup à celui que rendent les épis agités par le vent. On sait qu'Isis passait en Egypte pour avoir enseigné l'art de cultiver les plantes céréales. M. de Saint-Non attribue à l'association aux mystères isiaques qui étaient répandus partout, l'extension de son culte à Pompéi et dans d'autres villes.
De plus, dans certaines parties de la cour découverte, ou a trouvé des Hermès , ou des petites colonnes de marbre avec des têtes de différentes divinités, qui servaient peut-être pour délimiter des champs auxquels Isis présidait. Enfin sur le pavé en mosaïque on lisait ces inscriptions à présent totalement effacées.
CORJNELIA CELSA
N. POPJDI CELSIM
N. POPIDI AMPLUTI.
Tels étaient les noms de tous les membres de la famille Numerius Popidius Celsiniis , qui fit reconstruire ce temple renversé par le tremblement de terre, premier désastre qu'éprouva Pompéi. En effet, on remarque dans le temple que les anciennes colonnes avaient été placées à sa restauration différemment de ce qu'elles le furent antérieure ment. On lisait sur le frontispice de ce temple, dans son inscription, un trait de générosité digne d'être transmis à la postérité. Cette inscription est à présent déposée au Musée-Royal. Elle fait connaître « que Numé- » rius Popidius Celsinus, fils de Kumerius, » rétablit de ses deniers le temple d'Isis renversé » par un tremblement de terre ; qu'il fallut le « relever depuis les fondations ; et que pour 3) reconnaître cette action généreuse , les Dér> curions l'agrégèrent honorablement à leur » ordre ; qu'il était alors âgé de soixante ans. »
N. POPiDIYS, N. F. CELSENYS
AEDEM ISIDIS TERRAEMOTV
COLLAPSAM
A FVNDAMENTIS P. S. PaESTITYIT
HYNC DECYRIONES OB LIBERALITATEM
CYM ESSET A>NOR SEXS (0
ORDINI SLO GRATIS ADLEGERYNT.
(i) Cette inscription, unique dans son genre , parce qu'elle
Le dessin qui représente ce temple tel qu'il est maintenant et tel qu'il avait dû être avant l'éruption volcanique, se trouve dans le voyage pittoresque de M. Després. Son imagination vive et ardente lui a fait concevoir et exécuter la représentation d'une fête isiaque avec tout l'appareil sacré des sacrifices, et le rituel des cérémonies. De plus, on y voit le Dieu Apis , couronné de fleurs, sous la forme d'un bœuf, dans l'altitude d'une divinité placée pour recevoir les hommages des prêtres qui l'entourent , et qui forment différents groupes avec des sistres, des cymbales et des trompettes .
spécifie en toutes lettres au lieu de chiffres , l'âge de Popidius, a fait le désespoir de tous les érudits d'Italie à l'époque de sa découverte. Tls se provoquèrent de toutes parts pour préciser l'expression SEXS, qui pouvait signifier stize, aussi bien q«e soixante ; l'avocat y^/?«o«io 5e7"5'/o, en remit une copie à l'avocat Doniinico Rwizza de Lanciano, et on peut dire sans exagération, que celui-ci fit sur ce mot une dissertation qui fût approuvée des savants. Le marquis Tanuccî, secrétaire d'état, la fit insérer dans les nouvelles littéraires de Florence, par le docteur Lami. On peut la lire encore dans le recueil des Opuscules Scicutifiques, imprimé à f-'enise, en 1767 , et enfin dans le recueil de prose du docteur Ea^izza, imprimé à Naples, l'année 1794.
Temple d'Esculape.
A peine sortis du temple d'Isis, nous vîmes à droite une petite rue qui conduisait au corridor du théâtre tragique, et en-deçà une chambre large et spacieuse qui devait servir de réceptacle aux bêtes destinées à être offertes pour victimes au culte d'Isis. Les anneaux en fer qui se trouvèrent là nous l'indiquèrent.
Tout prés du chemin, du même côté que cette chambre ou écurie, nous entrâmes dans un temple très-petit, dont le toit est renversé; un grand autel en tuf en occupe le centre ; sa forme carrée paraît bien conservée. Nous montâmes au sanctuaire par neuf gradins ; ce sanctuaire était sans doute couvert. Les débris des colonnes qui supportaient le toit le démontrent. Aucune décoration ne distingue ce temple en ruine , et son architecture ne semble pas faite pour avoir attiré l'admiration -, seulement trois statues de terre cuite en ornaient le tabernacle ; et ces statues rappelaient les temps anciens de
simplicité, où une pierre informe représentait une divinité. Celles qui figuraient dans ce temple, étaient ^sculape , Hygîée et Vriape : ce sont les emblèmes de la santé et de l'agriculture.
Atelier de statuaire.
Dés que nous eûmes achevé cette visite , nous remarquâmes que dans cette partie de la ville beaucoup de maisons et de boutiques renversées s'offrent à la vue. Dans une d'elles, en face du temple à'EscuIape ^ on découvrit le squelette d'une dame qui avait sur elle diflerents ornements, des pièces d'or, et des bracelets d'or. A{ droite nous entrâmes dans l'atelier d'un statuaire. Cette découverte fut une des plus importantes de Pompéi, parce que l'on y trouva des statues en marbre, les unes à peine finies, les autres dégrossies seulement, avec quantité de marbres pour en fabriquer -, des ferrements et des machines propres à l'exercice de cet art (i).
( I ) Tous ces outils et ustensiles sont placés dans une chambre haute du musée-royal de Portici. Malgré la quantité de ces objets qui ont été détruits parla rouille, il reste encore trente et plus de ces pièces , tant marteaux , que maillets à sculpteur ; petits marteaux; beaucoup de compas, les uns courbés, les autres droits, grand nombre de scalpels de différentes L'randeurs, plusieurs très-petits, quelques-uns a3ant encore le taillant en
Le chevalier fît une réflexion fort juste à cette occasion. Il nous dit qu'il eut été nécessaire, pour l'élude de la sculpture antique, de couserver réunies toutes ces ébauches, et de déposer dans des armoires particulières les ferrements que l'on rencontra ici.
La maison du statuaire est belle et spacieuse; sa cour est découverte et embellie comme toutes les autres, du bassin, en forme de carré long, pour recevoir les eaux de pluie. Mais peu
*• de chambres sont encore intactes. Il y avait audessus un premier étage où conduisaient plusieurs marches d'escalier. Aujourd'hui l'on ne voit bien que le seul atrium avec le péristyle autour, soutenu par dix colonnes de briques
f revêtues de stuc, avec deux puits.
Dans l'autre rang de maisons de la même rue, on remarque une boutique de marchand d'huile ou de vin, dans laquelle on a trouvé quatre gros vases en terre cuite , qui étaient placés dans le comptoir recouvert de marbres : ils portaient sur eux la désignation du nom du mar-
bon état , d'un acier très dur ; trois ou quatre leviers de fer pour remuer les grosses masses, des ustensiles en fer pour élever des marbres sur les édifices; différentes scies , dont une a été trouvée dans le chemin qu'on lui avait frayé dans un bloc de marbre, et d'autres objets encore de même nature.
chand. Ou y lisait : C. Cluenti ampliati. Dans le fond de l'appartement est le petit four d'usage ; c'est une chose remarquable que la quantité de beaux marbres et le grand nombre de bonnes peintures que l'on rencontre dans ces boutiques et qui servaient à leur décoration. Vis-à-vis nous revîmes la grande porte du théâtre.
Théâtre comique de Pompe'i.
Dés notre entrée nous fûmes frappés de la vue de deux théâtres au lieu d'un,- ils ne sont séparés que par un portique. Le premier plus petit, moins élégant, était couvert-, l'autre, plus grand et noblement décoré , était en plein air. Il eût sans doute été inutile de construire deux théâtres ainsi contigus, s'ils eussent dû être employés au même usage. Cela nous porta à croire que le premier servait aux représentations comiques ou satyriques, et que le second était réservé aux scènes tragiques. Cette première idée émise au hasard par l'un de nous, fut pleinement justifiée, par ce que nous découvrîmes d'analogue à l'un et à l'autre théâtre.
Nous attachant d'abord à examiner le premier, nous lûmes sur la porte une inscription qui est répétée dans les mêmes termes sur le mur de la partie opposée. Elle signifie que ^es Duumvirs Caïus Quinctius T^algus , Jils de Caïus , et Mardis Porcins , Jîls de Marcus , par décret
des Décurions y tranchèrent V adjudication de la construction du théâtre couvert , et en ap' prouvèrent l'exécution.