ET SUR LA CATASTROPHE QUI A CAUSÉ SA DISPARITION
Depuis l'époque de la deuxième édition faite à Naplesen 1817, du Voyage deM. l'abbé Romauelli à Pompéi, dont nous offrons la traduction au public, les fouilles se continuent toujours dans cette cité merveilleuse par les soins de MM. Arditi et Bonuci, avec plus ou moins d'activité. On déblaie des rues, on vide des maisons qui offrent de grandes richesses en tableaux et en ustensiles employés dans la vie privée : mais toutes les principales découvertes étaient opérées quand labbé Romanelli a publié son ouvrage. Temple, forum, portes et murailles delà ville, affiches, tombeaux, fontaines, théâtres, cirques, etc., il avait tout visité, tout décrit , et son voyage présente seul un ensemble assez complet pour transporter le lecteur dans ce séjour de merveilles qu'il n'est pas donné à tous les amateurs de visiter.
Le sol sous lequel cette ville a été retrouvée,:, n'est pas chargé ^e pierres volcaniques, ni de. villages bâtis récemment comme l'est celui w d'Herculanum. Composé de cendres du Vésu-^ ve, il est dominé par des vignes et des oliviers dont les racines, il y a déjà plus d'un siècle, ont. atteint quelques monuments souterrains. Des^ éminences découvertes alors ont révélé la cité dans plusieurs de ses parties. La rivière de Sarno dite Scafati passe non loin de ses mu-, railles. Elle était introduite autrefois dans la ville par un canal.
La situation de Pompéi est à cinq lieues de Naples , à son midi, et à trois raille de la mer." Suivant Strabon c'était une ville maritime. Un tremblement de terre en l'année 63 de J.-C, sous le règne de Néron, avait ébranlé, renversé même une partie de ses édifices. On' vient de retrouver dans son sein, des inscriptions qui nous retracent honorablement les noms des citoyens généreux qui employaieat leur fortune à restaurer les temples, les théâtres lorsque l'éruption du Vésuve qui eut
lieu 16 ans après ( à l'époque de la première année du règne de Titus ) , couvrit de cendrei cette ville infortunée , dont le sort étai' sans doute de succomber, d'être ense-
velie vivante , et de conserver pour notre siècle une effigie parfaite de celui d'Auguste.
Le 24 août 79 des tremblements de terre se firent d'abord sentir, puis l'éruption du Vésuve se détermina à sept heures du matin. Plusieurs naturalistes pensent que cette éruption est la première qui déchira le sommet de la montagne^ quelques-uns disent que c'est seulement la première dont la date précise ait été portée jusqu'à nous.
Pline le jeune , qui a été témoin de cet événement, va nous en fournir la description, en racontant à Tacite la mort terrible de son oncle qui en a été la victime.
» 11 était à Miséne , où il commandait la » flotte -, le vingt-troisième d'août , environ une » heure après midi , ma mère l'avertit qu'il » paraissait un nuage d'une grandeur et d'une » figure extraordinaire. Il avait été quelque » temps couché au soleil , avait pris le bain f » d'eau froide, et après un léger déjeuné, il » s'était jeté sur son lit, où il étudiait. Il se » lève, et monte eu un lieu d'où il pouvait ai- » sèment observer ce prodige. Il était difficile » de discerner de loin de quelle montagne ce )) uuage sortait. L'événement a découvert depuis » que c'était du mont Vésuve. Sa figure appro-
» chait de celle d'un arbre, et d'un pin plus » que d'aucun autre -, car après s'être élevé fort » haut eu forme de tronc, il étendait comme » des espèces de branches. Je m'imagine qu'un M: vent souterrain le poussait d'abord avec ima. pétuosité, et le soutenait : mais soit que l'im- ». pression diminuât peu-à-peu , soit que ce » nuage fût affaissé par son propre poids , on a le voyait se dilater et se répandre. Il parais- » sait tantôt blanc, tantôt noirâtre , et tantôt » de diverses couleurs, selon qu'il était plus » chargé ou de cendre ou de terre. Ce prodige », surprit mon oncle, qui était très-savant, et » il le crut digne d'être examiné de plus près. M, Il commande que l'on appareille sa frégate » légère, et me laisse la liberté de le suivre. » Je lui répondis que j'aimais mieux étudier; » et par hasard il m'avait lui-même donné » quelque chose à écrire. Il sortait de chez lui » ses tablettes à la main, lorsque les troupes de » la flotte qui étaient à Rétine, effrayées par la » grandeur du danger, ( car ce bourg est pré- ». cisément sur Miséne , et on ne s'en pouvait » sauver que par la mer ), vinrent le conjurer 5) de vouloir bien les garantir d'un si affreux » péril. Il renonce au projet qu'avait d'abord )) formé une simple curiosité , et s'en propose
» un plus important et plus héroïque. Il ordonne » qu'An mette à flot les galères, s'embarque » lui-même, et part dans le dessein de porter » du secours non-seulement à Rétine, mais à j) plusieurs autres bourgs de cette côte, qui » sont en grand nombre à cause de sa beauté. » Il se presse d'arriver au lieu d'où tout le » monde fuit , et où le péril paraissait plus a grand, mais avec une telle liberté d'esprit, » qu'à mesure qu'il apercevait quelque mouve- » ment, ou quelque figure extraordinaire dans » ce prodige , il faisait ses observations et les » dictait. Déjà sur les vaisseaux volait la cendre » plus épaisse et plus chaude, à mesure qu'ils M approchaient. Déjà tombaient autour d'eux » des pierres calcinées et des cailloux tout «noirs, tout brûlés, tout pulvérisés par la » violence du feu. Déjà la mer semblait refluer, » et le rivage devenir inaccessible par des raor- M oeaux entiers de montagnes , dont il était » couvert, lorsqu'après s'être arrêté quelques » moments, incertain s'il retournerait^ il dit à » son Pilote, qui lui conseillait de gagner la » pleine mer : La fortune favorise le courage. a Touî^nez du côté de Pomponianus. Pomponia- » nus était à Stable, en un endroit séparé par » un petit golfe , que forme insensiblement
M la mer sur ces rivages qui se courbent. Là, » à la vue du péril qui était encore élbigné, » mais qui semblait s'approcher toujours , il » avait fait porter ses effets dans ses vaisseaux, » et n'attendait pour se sauver qu'un vent moins » contraire. Mou oncle, à qui ce même vent » avait été très-favorable, aborde Pomponianus, » le trouve tout tremblant, l'embrasse , le rasi) sure, l'encourage, et, pour dissiper par sa » sécurité la crainte de son ami, il se fait porter » au bain; après s'être baigné, il se met à table, » et soupe avec toute sa gaieté, ou ( ce qui » n'est pas moins grand ) avec toutes les appa- B rences de sa gaieté ordinaire. Cependant on » voyait luire de plusieurs endroits du mont B Vésuve de grandes flammes et des embrâse- » ments, dont les ténèbres augmentaient l'éclat. » Mou oncle, pour rassurer ceux qui l'accora- » paguaient, leur disait, que ce qu'ils voyaient » brûler , c'étaient des villages que les paysans » alarmés avaient abandonnés, et qui étaient a demeurés sans secours. Ensuite il se coucha » et dormit d'un profond sommeil ; car, comme » il était puissant, et que sa respiration plus » gênée n'en était que plus forte, on l'entendait « ronfler de l'antichambre. Mais enfin, la cour, » par où l'on entraii dans son appartement,
« commençait à se remplir si fort de cendres » et de pierres calcinées, que pour peu qu'il » eût resté plus long-temps, il ne lui aurait » plus été libre de sortir. On l'éveille ; il va re- » joindre Pomponianus et les autres qui avaient » Yeillé. Ils tiennent conseil, et délibèrent s'ils a se renfermeront dans la maison, ou s'ils se a tiendront en plein air : car les maisons étaient « tellement ébranlées par les fréquents tremble- » ments de terre , que l'on aurait dit qu'elles n étaient arrachées de leurs fondements, et M jetées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et » puis remises à leurs places. Quoiqu'en plein « air, on eut à craindre la chute des pierres » calcinées et pulvérisées , c'est néanmoins )) le parti que l'on prit comme le moins dange- » reux. Chez ceux de sa suite , une crainte » surmonta l'autre; chez lui, îa raison la plus « forte l'emporta sur la plus faible. Ils se « couvrent la tête d'oreillers attachés avec des j) mouchoirs -, ce fut la précaution qu'ils prirent » contre ce qui tombait d'en haut. Le jour ren commençait ailleurs; mais dans le lieu où ils « étaient , continuait une nuit la plus sombre I» et la plus affreuse de toutes les nuits, et qui » n'était un peu dissipée que par la lueur d'un » grand nombre de flambeaux et d'autres lu-
5) miéres. On trouva bon de s'approcher du n rivage , et d'examiner de prés ce que la mer » permettait de tenter ; mais on la trouva eu- »-core fort grosse et fort agitée d'un vent cou- »traire. Là, mon oncle, ayant demandé de » l'eau et bu deux fois, se coucha sur un drap » qu'il fit étendre. Ensuite des flammes qui » parurent plus grandes , et une odeur de » soufre qui annonçait leur approche , mirent «tout le monde en fuite; 11 se lève, appuyé « sur deux valets, et, dans le moment, tombe » mort. Je m'imagine qu'une fumée trop épaisse » le suffoqua d'autant plus aisément, qu'il avait » la poitrine faible et étroite , et souvent la » respiration embarrassée. Lorsque l'on com- » mença à revoir la lumière, ce qui n'arriva » que trois Jours après, ou retrouva au même » endroit son corps entier, couvert de la même » robe qu'il portait quand il mourut, et dans » la posture plutôt d'un homme qui repose , que » d'un homme qui est mort.
» Après que mon oncle fut parti , je continuai » l'étude, qui m'avait empêché de le suivre. » Je pris le bain. Je soupai. Je me couchai, ». et dormis peu , et d'un sommeil fort inter- » rompu. Pendant plusieurs Jours, un tremblei) ment de terre s'était fait sentir , et nous avait
» moins effrayés parce que la Campauie y est » sujette. Il redoubla pendant cette nuit avec » tant de violence , qu'on eût dit que tout était, » non pas agité , mais renversé. Ma mère entra » brusquement dans ma chambre, et trouva 5) que je me levais , dans le dessein de l'éveiller, » si elle eût été endormie. Nous nous asseyons » dans la cour, qui ne sépare le bâtiment d'avec M la mer , que par un fort petit espace. Comme » je n'avais que dix-huit ans, je ne sais si je M dois appeler fermeté ou imprudence ce que )) je fis : je demandai Tite-Live , je me mis à le » lire, et je continuai à extraire, ainsi que j'au- » rais pu le faire dans le plus grand calme. Uai » ami de mon oncle survient-, il était nouvelleu meut arrivé d'Espagne pour le voir. Dés qu'il » nous aperçoit, ma mère et moi assis , moi vn » livre dans la main, il nous reproche, à elle » sa tranquillité, à moi ma confiance. Je n'en » levai pas les yeux de dessus mon livre. Il » était déjà sept heures du matin , et il ue pa- » raissait encore qu'une lumière faible, comme )) une espèce de crépuscule. Alors les bâtiments » furent ébranlés avec de si fortes secousses , » qu'il n'y eut plus de sûreté à demeurer dans » un lieu à la vérité découvert, mais fort étroit. » Nous prenons le parti de quitter la ville ; le
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5) peuple épouvanté nous suit en foule , nous » presse , nous pousse -, et ce qui , dans la » frayeur, tient lieu de prudence, chacun ut; » croit rien de plus sûr que ce qu'il voit faire » aux autres. Après que nous fûmes sortis de » la ville , nous nous arrêtons -, et là, nouveaux » prodiges , nouvelles frayeurs. Les voitures » que nous avions emmenées avec nous , étaient » à tout moment si agitées, quoique dans un 3> chemin trés-uni, qu'on ne pouvait, même en » les appuyant avec de grosses pierres , les ar- » rêter en une place. La mer semblait se ren- » verser sur elle-même , et être comme chassée » du rivage par l'ébranlement de la terre. Le » rivage en effet était devenu plus spacieux, M et se trouvait rempli de différents poissons )) demeurés à sec sur le sable. A l'opposite, une M nue noire et horrible, d'où sortaient des feux 3) qui s'élançaient en serpentant, s'ouvrait et » laissait échapper de longues fusées semblables » à des éclairs, mais qui étaient beaucoup plus » grandes. Alors l'ami, dont je viens de parler, » revint uneseconde fois et plus vivement à la » charge. Si votre frère, si votre oncle est » vivant, nous dit-il, il souhaite sans doute que » vous vous sauviez ; et s'il est mort , il a sou- » haité que vous lui surviviez. Qu'attendez-TOU«
» donc? Pourquoi ne vous sauvez- vous pas? )) Nous lui répondîmes que nous ne pouvions » songer à notre sûreté pendant que nous étions » incertains du sort de mon oncle. L'Espagnol n part sans tarder davantage , et cherche son » salut dans une fuite précipitée. Presque aussi- » tôt la nue tombe à terre, et couvre les mers : » elle dérobait à nos yeux l'isle de Caprée qu'elle » enveloppait, et nous faisait perdre de vue le » promontoire de Misène. Ma mère me conjure, )* me presse, m'ordonne de me sauver de qael- » que manière que ce soit -, elle me remontre » que cela est facile à mon âge, et que pour » elle, chargée d'années et d'embonpoint, elle » ne le pouvait faire -, qu'elle mourrait con- » tente si elle n'était point cause de ma mort. » Je lui déclare qu'il n'y avait point de salut » pour moi qu'avec elle^ je lui prends la main, » et je l'oblige à doubler le pas : elle le fait avec » peine, et se reproche de me retarder. La „ cendre commençait à tomber sur nous, quoi- 1) qu'en petite quantité. Je tourne la tête, et » j'aperçois derrière nous une épaisse fumée 3) qui nous suivait en se répandant sur la terre » comme un torrent. Pendant que nous voyons » encore, quittons le grand chemin, dis- je à M ma mère, de peur qu'en le suivant, la foule
» de ceux qui marchent sur nos pas , ne nous à étouffe dans les ténèbres. A peine nous étious- » nous écartés, qu'elles augmentèrent de telle » sorte , qu'on eût cru être , non pas dans une u de ces nuits noires et sans lune, mais dans » une chambre où toutes les lumières auraient B été éteintes. Vous n'eussiez entendu que plaintes « de femmes, que gémissements d'enfants, que » cris d'hommes. L'un appelait son père, Vautre a son fils, l'autre sa femme -, ils ne se reconnais- » sent qu'à la voix. Celui-là déplorait son mal- » heur, celui-ci le sort de ses proches. Ils s'en » trouvait à qui la crainte de la mort faisait » invoquer la mort même. Plusieurs imploraient u le secours des dieux -, plusieurs croyaient » qu'il n'y en avait plus , et comptoient que » cette nuit était la dernière et l'éternelle nuit , » dans laquelle le monde devait être enseveli. V On ne manquait pas même de gens qui aug- D mentaient la crainte raisonnable et juste par » des terreurs imaginaires et chimériques. Ils » disaient qu'à Miséne ceci était tombé , que » cela brûlait j et la frayeur donnait du poids » à leurs mensonges. Il parut une lueur qui M nous annonçait non le retour du jour , mais j) l'approche du feu qui nous menaçait ; il s'ar- « rêta pourtant loin de nous. L'obscurité re-
» vient, et la pluie de cendres, recommence, et n plus forte et plus épaisse. Nous étions réduits » à nous lever de temps en temps pour secouer » nos habits , et sans cela elle nous eût accablés » et engloutis. Je pourrais me vanter qu'au » milieu de si affreux dangers, il ne m'échappa » ni plaintes ni faiblesse-, mais j'étais soutenu » par cette consolation peu raisonnable, quoi- » que naturelle à l'homme, de croire que tout » l'univers périssait avec moi. Enfin , cette » épaisse et noire vapeur se dissipa peu à peu , M et se perdit tout-à-fait comme une fumée ou » comme un nuage. Bientôt après parut le jour » et le soleil même, jaunâtre pourtant, et tel » qu'il a coutume de luire dans une éclipse. » Tout se montrait changé à nos yeux troubles » encore, et nous ne trouvions rien qui ne fût » caché sous des monceaux de cendre, comme » sous de la neige. De retour à Miséne, après » nous être un peu refaits de la fatigue, nous » passons dans une cruelle incertitude de notre » sort une nuit partagée entre la crainte et » l'espérance^ mais-la crainte était la plus forte ; » car le tremblement de terre continuait, et i» beaucoup de gens , dans un esprit égaré , se I») plaisaient à aggraver leurs maux et ceux des I) autres, par des prédictions eiirayantes. Ce-
» pendant, malgré tout ce que nous avions » souffert et ce que nous avions encore à crain- )) dre, nous n'eûmes pas la moindre pensée de w nous retirer, que nous n'eussions eu des nou- >i velles de mon oncle. » (Traduct. de Sacy),
L'article suivant, a été publié dans plusieurs journaux, au mois de mars 1826, notamment dans le Mercure.
rt Voici une nouvelle qui va intriguer bien » des savants. Une peinture à fresque, décou- » verte à Pompéi , représente le Vésuve en y> éruption et vomissant des flammes et des tor- >) reuts de laves ; des processions religieuses » ont lieu au pied de la montagne. On distingue » parfaitement dans le lointain le Cap de Miséne » et la ville de Naples. 11 faut que le Vésuve » soit aujourd'hui bien affaissé, car il a dans » la peinture une hauteur extraordinaire. Il est » évident que la montagne de la Somma a été « fournie par les éruptions subséquentes, puis- « qu'elle ne figure pas dans ce tableau. »
Un Voyageur récent a publié au sujet de ce tableau des observations qui paraissent judicieuses et explicatives.
« Au mois de janvier dernier nous allâmes » visiter les ruines de Pompéi. Le gardien nous » conduisit dans une habitation où l'on voyait,
)) nous dit-il, la fameuse fresque qui représente )) une éruption du Vésuve. En examinant ce » tableau^ nous crûmes reconnaître que ce qui >» passe pour la représentation des flammes , » n'est qu'un reste de couleur rouge que le » temps n'a pas effacé, tandis qu'il l'a détruit 1) tout au tour. Cette fresque , comme la plu- » part de celles qu'on voit à Pompeï, aura pris » des tons de couleurs différents de ceux que )) ces couleurs avaient primitivement-, et de ces » nuances accidentelles , il résulte un effet sin- » gulîer qui n'appartient qu'au hasard, comme » souvent un nuage prend la forme d'un arbre , » d'une montagne , et même d'un animal. La » partie rouge du tableau , où l'on veut voir » de^ flammes, ressemble plutôt à une oriflamme » qu'aux masses de feu et de fumée que vomis- » sent les volcans. Rien dans ce tableau n"a le » caractère d'une éruptiou volcanique. Les per- » sounes à imagination vive et à vue courte » ont pu seules se faire quelqu'illusion à cet » égard , parce que la fresque de Pompéi , j» peinte à une aussi grande hauteur, ne peut ) être examinée de prés.
» Quant à ce Mont Somma dont les journaux > ont parlé comme d'une montagne nouvelle , ) c'est au contraire l'ancien Vésuve , décliné ,
» abaissé par les éruptious nombreuses qui out » eu lieu depuis 79. Le Vésuve actuel s'est » formé des débris de l'ancien, des laves et des » cendres lancées en l'air, retombées, amonce- » lées les unes sur les autres, et qui à chaque » éruption élargissant leur base , out fini par 3) occuper tout le centre de l'ancien cratère. » Dans les éruptions ordinaires nous avons vu » plus d'une fois, au milieu du nouveau cra- » tére, s'élever de ces cônes presque réguliers » que les grandes éruptions qui ont formé le » Vésuve actuel, renversent, brisent en éclats, » et dispersent en les lançant dans les airs.
VOrAGE
De Naples à la Tour de l'Annonciation.
Je partis de Naplos le 3o avril 1817 pour me reudre sur le lieu des fouilles de la fameuse autant qu'infortunée ville de Pompéi ; je passai par la délicieuse route d'Herculanura, qui, du tombeau de la Sirène , longe l'agréable rivage de la mer , et conduit à la rivière de Saruo. J'étais accompagné du , chevalier Pbilottette , dont les manières sont engageantes, et qui connaît fort bien tous les monuments qui ont été découverts Jusqu'à ce jour dans cette ville , rendue à la lumière.
Après avoir passé par quantité de sites enchantés au pied du Vésuve menaçant, dans des campagnes couvertes de beaux villages et d'a^ gréables jardins, tels que Teduccio , Pieira Bianca, Porticcij Résina et la Terre del Greco; et après avoir foulé les cendres de la fameuse
ville d'Herculaiium, en arrêtant nosre gards sur la niasse de pierres et de laves volcaniques (Jui couvre un espace de douze naille, nous arrivâmes à la Tour de l'Annonciation. Là, nous fûmes bien accueillis par Néarque, notre ami commun , qui nous donna l'hospitalité avec toutes les bonnes manières qui distinguent un galant homme.
Je désirais depuis long-temps faire de nouvelles recherches sur les monuments de Pom* péj, et avoir un détail de toutes les découvertes obtenues jusqu'à ce jour ; car on n'a dans les livres qui en parlent que des descriptions incomplètes et peu satisfaisantes. Quelques voyageurs ont donné la notice des monuments isolés qui 'ont le plus attiré leurs regards; ils sont entrés dans les détails minutieux de leurs descriptions, et ont même décrits tous les accesssoires. Des auteurs étrangers eu grand nombre composent cette classe ; leurs ouvrages portent les titres d'Observations, de Lettres ou de Voyages. Les plus estimés sont Bar-thelemi , Richard , Fougeroiix de Bivsses , Seigneux , Winckel- ■mctniiy Dupaty-j Caylus , Cochin^ Kequier, Hamilton, Gory, Maffey. Nous avions en outre les Mémoires de l'Académie de Paris , les Actes de l'Académie de Naples, les Transactions Phi-
losophiques, et beaucoup d'autres. Quelques écrivains voulaut embrasser le détail général des découvertes, l'ont renfermé dans un cadre étroit et tronqué. C'est ainsi que le Voyage Pittoresque, composé par M. de St. -Non, a été conçu. Ou y lit une courte description de Pompéi et de différents monuments découverts alors. Des dessins y .^sont joints, mais ils sont en grande partie défectueux , comme celui du Temple d'Isis, de la Caserne, du Tombeau de Memmia, du fameux Temple grec , et de quelques autres. La publication de l'ouvrage de M. Delalande , suivit de prés celle du Voyage Pittoresque de M. de St..-Non. Il s'occupa à décrire le temple d'Isis, et signala le premier théâtre qu'on venait alors de découvrir, et la colonnade en portique qu'il crut être une caserne militaire -, il donna aussi une description générale des maisons et des rues de Pompéi. Parmi nous autres Italiens , le fameux Galanti nous donna une esquisse de cette ville dans son ouvrage intitulé : Description de Naples et de ses environs. Mais il n'a pas eu la prétention de tracer aux voyageurs un itinéraire complet, ni de faire connaître les plus beaux monuments, qui alors n'étaient pas découverts. Après lui le Seigneur d'Ancora a publié un prospectxts
d'Herculanum et de Pompéi , pour servir de guide aux étrangers ; et quoique sou ouvrage soit trés-saVaut, il laisse à désirer toutefois des détails plus exacts , et des notions sur quantité de monuments qu'il passe sous silence. Je ne parle pas de nos écrivains plus anciens que lui, qui, s'ils avaient connaissance du désastre de la ville infortunée de Pompeï , ignoraient au moins le lieu où elle gissait, et ne purent jamais déterminer son enceinte. Quels renseignements sur cette ville offraient-ils eu effet à leurs lecteurs ? Capaccio , Valco , Pellegrino , Sanfelice, Momille, Celano, SernelH et d'autres encore, ont désigné tantôt lesite de Scajfati sur la rive moderne du Sarno, tantôt la Tour de l'Annouciation ou le pied du Vésuve, ou un lieu plus rapproché encore de Naples , pour celui qu'occupait Pompeï •, et quoique Capaccio et Pellegrino sussent bien qu'il existait au-delà de la Torre un endroit qu'où appelait Civitas , ils crurent toutefois qu'il s'agissait de l'ancienne ville de Taurania , ou de Tora, ou de Cosa , et l'idée que c'était Pompeï ue leur vint nullement à l'esprit; cependant une fois Capaccio parut prêt à nommer cette cité. Je suis étonné de leur ignorance à l'égard de la situation de Pompeï ; car ces écrivains n'étaient pas sans
doctrine, et dés leur temps des pans de murs, des marbres, des colonnes qui paraissaient çà et là, et surtout le temple d'Hercule, d'architecture grecque, et qui était à découvert depuis des siècles, devaient être des guides pour eux. Ajoutons que Nicolas d'Alagny , père de la fameuse Lucrèce d'Alagny , créé par le roi Alphonse I«r comte de Sarno, fit creuser u|i aqueduc qui dut traverser tout le plan de Pom,péi'pour conduire l'eau jusqu'à la Torre. Il rencontra pour exécuter cette opération, des temples, des maisons, des rues, des réservoirs, et d'autres monuments renversés^ dont il fit même usage des matériaux. Bien plus , pour ne pas ruiner ce qui restait des édifices, il eut l'attention de faire faire des excavations souterraines en forme de grottes, comme sous le temple d'Isis, où tout le monde peut vérifier à quel point il a concouru à la conservation de ce monument (i). La situation de Pompéi était-
(i) Tandis que l'on fouillait pour établir cet aqueduc on trouva les deux inscriptions suivantes citées par mou compatriote Capaccio , H. N. cap. li\>. a, cap. 9, et après lui par Reinesius , Clas.I^n. 18, c. VI , n«. 61.
IMPERIO VENERIS PHYSIGiE
lOVI O. M.
ANTISTIA METÏIE ANTISTI
PRIMIGENI EX D. D.
«lie donc alors si difficile à deviner ? Enfin quelques fouilles exécutées en 1689, comme le dit Bianchino f à ern^iron un mille de la mer y sur lejlanc oriental du Vésuve , déterminèrent plus ostensiblement cette grande découverte. Ou recueillit des inscriptions parmi les choses précieuses que i'ou déterra, qui fesaient une mention expresse de Pompéi. Elles sont placées dans le musée du comte Francesco Piacchiati , antiquaire distingué.
Et cependant après des indices aussi clairs , aussi patents, tous les écrivains qui ont parlé de la découverte de Pompéi, l'ont attribuée au hasard , et racontent que quelques agriculteurs éveillèrent l'attention du gouvernement par la rencontre d'un petit .Priape et d'un trépied à travers dififérentes ruines près du fleuve Sarno; que ces objets mis au jour excitèrent le génie auguste du roi Charles de Bourbon, qui incontinent ordonna des fouilles régulières au moyen
Cette autre se trouva fixée à une porte t
■ >' M. LVCRETIVS L. F. DEC. D. RVFVS. DEC. DEC.
jintistie Méthe^Jîlle d' Antisdus , par un décret des Décuvions a consacré ce monument à Vénus physique , et à Jupiter très-bon tt très-puissant.
M. Lucrelius ,fds de L. Rujiis , par un décret da Décurions.
desquelles ou vit apparaître la cité de Pouipéi.
Il y a de la vérité dans ce récit, mais il est un témoignage de l'insouciauce que les érudits ont apportée dans la recherche des antiquités de notre patrie , ou , pour le dire nettement , de leur indolence à apprécier les données qu'ils avaient déjà , et à se déterminer d'après elles à commencer les fouilles. Mais ce qui n'est pas moins merveilleux, ce fut après que les découvertes, ordonnées par le roi, furent faites, de les entendre raisonner sur le nom que l'on devait donner à la ville qui venait d'être mise au jour. Etait-ce bien Pompéi? Il leur fallut faire une longue et sérieuse étude de Strahon ^ Mêla ^ Senèque y DioUj l'un et l'autre Pline j Fleurus , Marziano Capella , et beaucoup d'autres qui en avaient non-seulement donné la description, mais en avaient fait un tableau, de manière à ne pas s'y méprendre. Ecoutons Sénèque ^ qui mourut sous le règne de Néron, dans le liv. VI de SQ^ Questions Naturelles. Il raconte le tremblement de terre , arrivé l'an 63 de l'ère chrétienne , qui fut la cause du premier désastre de Pompéi et de toutes les autres villes de la Campanie.
M Pompeios celebrem Campaniœ urbem, iu a quam ab altéra parte Surrentiuum, Stabianuni
» littus, ab altéra Herculanense conveniunt , » mare que ex aperto conductum amœno sinu M cingit, desedisse terrœ motu, vexatis quae- » cumque adjacebaut regiouibus , 'audivimus. 3) Herculanenseis, oppidi pars ruit. Dubie que M stant etiam quae relicta sunt. Adjiciunt bis » sexcentarum ovium gregem exanimatum et » divisas statuas.
Nous avons appris que Pompéi, célèbre ville de la Campanie, située d'une part entre les territoires de Surrentinum et de Stable ; de Vautre d' Herculanum ,• que la mer embrasse dans d'heureuses sinuosités ; vient d'être détruite par un tremblement de terre ^ ainsi que ses environs. Une partie de la vHIq d'Herculanum est renversée, ce qui en reste est fortement ébranlé j des troupeaux de plus de cinq cents bêles à laine ont été étoujfés , et des statues brisées.
Comment pouvait-on donc douter du site de Pompéi placé entre Stable et Herculanum , sans aucune autre ville avec laquelle on puisse la confondre ; et qui après avoir éprouvé les désastres du terrible tremblement de terre de 63 , fut seize ans après , la première année du règne de Titus Vespasieu, l'an -^g* de l'ère chrétienne, entièrement ensevelie sous les cendres du Vé-
suve, par l'effet de la plus terrible et de la plus fatale éruption de ce volcan, depuis lors jusqu'à nos jours? et cependant le doute s'empara de tous les esprits, et fut long-temps à se dissiper.
L'Académie , fondée par notre glorieux monarque à la suite de ces premières découvertes, pour en perpétuer les monuments ainsi que ceux d'Herculauum et de Stable, en les éclairant de dissertations savantes, fît enfin évanouir le nuage qui cachait encore le nom de Pompéi. Nous devons à cette réunion d'érudils, le bel ouvrage connu sous le titre à' Antiquités d'Herculanum j dont le luxe typographique, l'exactitude des recherches, la profondeur des observations , ont fait un livre réellement classique.
Les objets extraits des fouilles de ces malheureuses villes , font l'ornement du Musée Royal de Bourbon ; Musée unique sur la terre par la prodigieuse variété qu'il offre en peintures, sculptures, bronzes, marbres, verres, vases, papyrus, médailles, inscriptions, instruments d'arts et de luxe, et ustensiles \t& plus nécessaires dans l'usage de la v>e , dont on n'avait eu aucune idée jusqu'à leur découverte. A leur aspect, le voile épais qui couvrait la vénérable antiquité se déchira -, les talents nationaux
se reveillèrent et se livrèrent à d'utiles investigations -, les arts y gagnèrent en perfectionnement, et une foule d'étrangers, attirés par la curiosité, vinrent visiter ces grands monuments, et dépenser dans nos foyers une partie de leur fortune.
Non-seulement les étrangers, mais tous le amants de l'antiquité qui habitent en Italie, n'ont pas cru pouvoir se dispenser d'accourir voir Pompéi, qui seule, placée entre Herculanum et Stabie, offre, par sa découverte, l'ensemble d'une cité, et présente aux érudits tout ce qui peut satisfaire leur curiosité. Quel spectacle en effet plus agréable et plus singulier àla-fois que de voir debout les murs de cette ville-, de marcher dans ces rues; de visiter ces temples ; d'entrer dans ces théâtres -, de franchir le seuil de ces maisons, où dix-huit siècles auparavant habitaient les hommes les plus illustres de la terre ! Nos idées s'agrandissent à ce sublime aspect ; et il nous semble embrasser dans notre vie le passé et le présent. Ce spectacle sera encore plus grand quand le plan entier de la ville sera mis à découvert -, moment désiré par tout le monde , et pour lequel , il faut le dire, on n'épargne ni dépense, ni activité, ni attention. Pleins d'ardeur dans notre entreprise
^7 de visiter Pompéi, nous partîmes le jour suivant, le chevalier Philottéte et moi, de la Tour de l'Annonciation , et voici notre itinéraire.
De la Tour de l'Annonciation à Pompéi. — Bourg d'Augustas Félix.
A la distance d'un mille et demi de la Tour de l'Anuouciation , nous rencontrâmes sur la route royale, qui conduit de Naplesà Salerne, un pilier sur lequel était écrit : VIA DI POMPEI. Arrivés là, nous quittâmes la route royale, et nous dirigeant à main gauche par un sentier , à la distance de quelques pas, ayant franchis une colline peu élevée , nous rencontrâmes une barrière en bois qui ferme l'entrée de Pompéi. A peine nous fut-elle ouverte par les soldats préposés à sa garde, que nous mîmes le pied sur l'antique voie consulaire, entièrement conservée , et qui conduisait de Capoue et de Naples à Pompéi et à d'autres villes voisines. Le terrain que nous foulions était proprement celui du bourg ou village, appelé Augustus -Félix , composé de différentes maisons de campagne , dont deux sont présentement découvertes et exposées aux recherches et à la curiosité des voyageurs. Quand on reprendra les fouilles de
ce côté, il est certain qu'on j trouvera encore nombre d'habitations semblables-, toute la forme du terrain parait l'indiquer.
Maison de campagne de l'affranchi M. u4rrius Diomedes dans le bourg d'Augustus Félix.
En portant nos regards du côté droit, dés notre introduction dans la voie consulaire, nous y vîmes la première maison du village d'Augustus-Felix , rendue à la lumière. Elle appartenait à l'affranchi M. Arrius Diomedes. On y monte par quelques degrés revêtus de grandes briques et embellis par deux petites colonnes latérales. Aussitôt on rencontre l'avant cour-, elle consiste dans un vestibule découvert, que les anciens appelaient impluvium ou cavœdium. Le vestibule est entouré de quatorze colonnes de briques revêtues de stuc, qui formaient un portique, ou péristile couvert, sous lequel on pouvait circuler des quatre côtés, sans crainte de la pluie. Le pavé est une mosaïque composée de petites pièces de briques et de marbre blanc; dans le centre de la cour découverte était placé un grand échenet de marbre bien taillé en forme de carré long, pour recevoir l'eau de la pluie qui tombait du toit du portique ; cet échenet la
rendait par quelques ouvertures à deux citernes garnies de margelles de puits en pierre d'une petite dimension, où sont encore empreints les passages de la corde qui servait à puiser l'eau. Un goût uniforme de construction a fixé ce vestibule , ou cavœdium , dans le centre de toutes les maisons romaines : c'est de là que partent toutes les diflérentes distributions du logis et des appartements latéraux; c'est de cette cour qu'ils récoltent aussi la lumière.
Après avoir bien observé limpluvium ainsi que l'ordre d'architecture qui aboutit à ce centre commun, nous sommes entrés dans la première pièce, qui est un grand salon, appelé par les Latins exedra \ il est oblong^ entièrement ouvert du côté de la mer ; c'est dans cette pièce que les anciens recevaient et fesaieut en été la méridienne. De là nous sommes passés dans une galerie fort longue et ouverte, appelée basilica, qui communiquait le jour aux appartements voisins j là les visiteurs et les clients attendaient leur tour pour être introduits , cette pièce servait aussi de salle de danse. Au bout de la basilica est une terrasse ipètre , ou découverte, embellie de marbres blancs ; elle domine sur le jardin -, la vue s'étend sur la mer ; elle régne sur les trois côtés d'un grand portique , sur lequel elle est établie.
Revenus sur nos pas jusqu'à \ impluvium , ou cour ouverte eu forme de péristile , nous entrâmes à main droite dans le nymphœum , ou petite salle de bain entourée de colonnes de stuc , proportionnées à la localité. Cette pièce est peinte en jaune-, le pavé qui est fort beau, est une mosaïque, et à l'un des côtés on voit une petite cuisiue avec un fourneau propre à faire réchauffer des breuvages. On y voit encore la cuve qui sert à prendre lés bains, appelée baptisterium y elle est construite en briques, revêtues de marbres ; il y a quelques marches pour pouvoir y descendre , et l'on apperçoit dans le mur la place où étaient les tuyaux qui y apportaient l'eau nécessaire.
Passant à la seconde chambre, nous y vîmes avec un étounement qui ne peut se dépeindre la singulière construction d'un long fourneau , qui servait à réchauffer l'eau au degré que l'on jugeait convenable pour le bain. On remarque aussi avec curiosité dans cette pièce \ipocaustum, ou le récipient du feu avec son prefurnium, ou son ouverture. Trois vases de cuivre, placés l'un sur l'autre, y fesaient saillie , se communiquant la chaleur avec des degrés différents. C'est par ce moyen que les anciens obtenaient trois espèces d'eau pour leurs bains,
j la caldaria , la tepidaria et la frigidaria, comme le décrit Vitruve , liv. V. Il suffisait d'ouvrir le tuyau conducteur en plomb qui communiquait avec le vase dont on voulait se servir.
A l'étage supérieur une petite chambre est érigée au'dessus de celle des bains, avec une niche eu voûte de forme conique-, elle a vue sur le jardin par une fenêtre étroite, placée au centre; cette chambre est remplie de peintures et de tableaux en stuc, une seconde baignoire, ou baptisterium , occupe le côté opposé. Mais notre surprise fut complète en remarquant que le pavé de cette chambre est établi sur le long fourneau de Yhypocaustum , au moyen de quelques briques disposées en long sur des voûtes qui les supportent. Voilà le suspensura de Vitruve qui voulait que par une inclinaison sur la bouche du four (le prœfurnium ), on rassemblât la flamme en en diminuant le volume. Ainsi pour donner à cette chambre un degré extrême de chaleur, si on le voulait, nous remarquâmes qu'on avait établi des conduits de chaleur le long des murailles de bas en haut , au moyen de tuiles plates espacées, et que dans le pavé il y avait des ouvertures pratiquées pour servir de passage à la flamme et à la chaleur.
La voûte conique était uu autre moyen de coirserver la chaleur dans cette pièce : c'était là le sudatoriuniy le laconicum ^ ou étuve àfaire suer^ dune construction onne peut pas plus ingénieuse. Jl suffisait de se tenir un moment dans cette pièce pour répandre une quantité de sueurs, et comme dans la pièce inférieure Xaîveus ou haptisterium on prenait le bain chaud calida lavatio; en élevant ensuite le degré de chaleur de cette eau, ou s'en servait dansl'étuve supérieure pour obtenir, au moyen de l'ébullition, cette évaporation que Vitruve appelle flammœ et vaporis vis. Tant de procédés pour concentrer la chaleur dans le laconicum devaient en faire une vraie fournaise \ pour en tempérer l'ardeur par l'introduction de l'air atmosphérique, on ouvrait probablement la fenêtre dont nous avons parlé-, mais du reste elle ne paraissait propre qu'à cet usage , car cet appartement était tenu dans l'obscurité : on peut le conjecturer en voyant dans le mur la place réservée pour déposer une lampe qui devait éclairer cette pièce et la suivante.
C'était dans cette dernière, qu'après avoir usé de toutes les espèces de bains, on venait s'essuyer et se parfumer. On l'appelait Yunctoriurrt. Nous y vîmes encore des sièges. Un do-
Tuestique qui assistait aux bains y recevait le baigneur avec le frottoir strigilis et la petite fiole Guttum : le frottoir lui servait à emporter l'humidité j il était composé de petites lames oblongues et recourbées d'un pouce de large, en or, en argent, en ivoire, en bronze ou eu autre matière ^ avec lesquelles on enlevait toute la sueur; ensuite on versait du g-z/Z/w/ra, quelques gouttes d'huile odorante qu'on étendait sur la peau. A la fenêtre de cette chambre qui donne sur le jardin, on a trouvé placées dans un châssis de bois, réduit en charbon, des vitres unies d'un palme de largeur. Cette découverte a décidé la question depuis long-temps agitée par les antiquaires, de savoir si les anciens connaissaient l'art de faire du verre, et s'ils se servaient d'autre chose pour introduire la lumière que de pierres diaphanes.
Une autre chambre qui servait d'entrée à celle-ci du côté du vestibule, s'appelait Xapoditerium, c'est-à-dire salle destinée au baigneur pour se déshabiller et s'habiller.
Ces trois salles situées de plein pied, outre les noms qui caractérisaient leur usage particulier, se nommaient encore comme les trois vases dont j'ai parlé plus haut, calidaria , tepidaria frigidaria. C'était une gradation salutaire dont
usaient les baigneurs pour éviter de passer de suite du chaud au froid. Ils regardaient comme nécessaire, en sortant du laconium, ou salle de bains chauds, d'entrer dans Yuntoriuiriy ou salle dont l'atmosphère était tiède , et de celle-ci dans Xapoditeriurrij où l'air était rafraîchi. Au moyen de cette gradation, on arrivait sans danger à l'air extérieur. L'ensemble de ces bains parait avoir été construit sur la description que donne Vitruve; c'est la même forme, la même répartition et la même grandeur ; aussi en présence de cet édifice nous avons pu facilement expliquer et bien comprendre ce qui jusque-là nous avait paru obscur dans sa description.
Tel était donc l'établissement de bains, appelé par les anciens baîneurrij cella baîneariaf et thermœ , à cause des eaux qu'on pouvait y chauffer à différents degrés de température, au moyen du sudatorium et de Yuntorîum , on fesait de ces bains un objet de plaisir et de délices. Pour les anciens, le bain était la jouissance la plus exquise. Ils se baignaient et rebaignaient plusieurs fois, autant pour leur satisfaction que pour entretenir la propreté. L'empereur Commode usait des bains plus de sept fois dans un jour-, et Lampridius atteste qu'Héliogabale nageait dans des étuves odorantes ,
i remplies de parfums ou de safran : non nisi unguento nobili, aut croco piscinis infectis notasse.
La partie de la maison destinée pour le sommeil, ou le cubiculuni y est composée de trois ! chambres -, leur entrée est comme pour toutes les autres divisions de l'habitation, -çsxYimpluvium. Dans la première qui représente un Emicicle^ il y a trois larges fenêtres qui donnent sur le jardin, dont nous avons précédemment parlé. L'usage était de placer le lit sur un gradin en marbre, dans un encaissement de mur qui
1 l'enfermait de trois côtés ; devant il était clos
I par un rideau , ou conopeum , dont nous recon- 1 nûmes les anneaux en bronze ramassés à terre. 1 Nous remarquâmes une encoignure dérobée à la vue, où l'on avait trouvé des vases ayant une anse, propres à contenir des liquides; de cet appartement une porte conduit au jardin en traversant plusieurs cabinets.
Au côté gauche de la galerie et des arcades couvertes, était l'entrée d'un autre appartement plus intérieur et plus secret-, là on observait une longue suite de chambres, à cette heure toutes renversées; ce devait être \e glneceum , ou l'habitation des femmes dans la partie la plus cachée : la cuîina ( cuisine ) , le cenaculum ( le
cénacle, ou salle à manger ), le tricUnium ( autre salle à manger ), le dispendium ( la salle de peine, ou la dépense ); toutes pièces dont la réunion s'appelait concïaviy parce qu'on les fermait sous une seule clef.
On voyait un autre appartement dans la partie des édifices opposés à \impluvium ^ vis-à-vis les chambres à coucher ; il n'en reste que quelques pièces qui sont, comme toutes les autres, sans toitures. Ou peut croire qu'en ce lieu était Yandron, ou l'habitation des hommes 5 le ietrastylos , ou petite salle de récréation j le lararîum, ou l'oratoire -, la hihliotheca , ou la salle des livres \ le tablinum , ou le dépôt des Chartres ; le pinacotheca , ou le musée des tableaux.
Nous comptâmes alors de combien de chambïes étaient composées ces cinq divisions d'appartement. Il y en avait plus de trente. En général la maison d'Arrius Diomèdes peut être mise au nombre des plus grandes et des plus belles habitations de Pompéi : son architecture est régulière -, la maçonnerie est composée d'un tuf gris brun, de pierres volcaniques, et de quantité de pièces de marbre.
Ou descend par deux escaliers à l'étage inférieur, qui est le rez-de-chaussée-, il consiste en huit chambres, peintes à fond rouge, ( ainsi
qu'elles le soûl toutes ), ayant des voûtes. L'une d'elles, à main gauche, offre le travail extraordinaire et digne d'admiration d'une quantité de petites armoires eu stuc, incrustées dans ses murs. Dans quelques-unes de ces chambres ou remarque une grande variété de figures peintes avec art, des morceaux d'architecture singuliers ( 1 ) -, et dans l'une coulait abondamment une fontaine, dont feau par des canaux souterrains était introduite dans la pêcherie du jardin. Eu général les chambres de cette maison et de la plupart de celles de Pompéi sont petites, sans fenêtres sur la rue, mais seulement sur le jardin , ou sur Ximpluvium -, leurs pavés sont tous en mosaïques, de dessins plus ou moins élégants. De ce rez-de-chaussée on descend par les deux côtés opposés à un souterrain ou corridor à trois angles; il correspond au portique supérieur dont nous parlerons. Ce corridor est tout revêtu d'un enduit très-dur, et orné de stuc; ou peut aisément conjecturer pour quel usage étaient rassemblées avec symétrie dans ce
(l) On trouve à riiupriineric Ro3fale à Kaples, en deux volumes in-folio, les gravures des difîiérents tabkaux et dessins qui ont été enlevés ou arrachés de dessus les murs de cette maison, et de quantité d'autres. Ce sont les Académiciens d'Herculanom qui ont livré au public celte collection.
lieu frais une quantité d'amphores de gré, terminées par un goulot.
Un peu de lumière y est introduite par certains soupiraux, qui ouvrent sous le portique dont nous avous fait mention. Dans cette cel/a vinaria , ou cave, on a trouvé dix-sept squelettes des infortunés habitans de la maison qui y cherchèrent un asile à l'époque de l'éruption qui couvrit de cendres toute la ville. Parmi ces squelettes était celui d'une dame qui avait des colliers et des bracelets en or. On a lieu de présumer que c'était la maîtresse du logis avec toute sa famille, dont aucune personne n'échappa. J'ai vu dans le musée roj'al de Vorticci l'empreinte de cette dame sur les cendres consolidées qu'on y conserve. On peut y distinguer encore les formes de son sein, et y remarquer les lambeaux du vêtement fin et élégant qu'elle portait.
Remontés de la cave au rez-de-chaussée , nous entrâmes aussitôt dans le jardin qui est à son nive?iu. Il consiste en un carré long où l'on retrouve encore la trace des anciens sentiers ainsi que des racines de plantes et de troncs d'arbres de ce temps-là, et uu péristile, ou plutôt un portique qui avait été couvert et qui l'entoure de toute part avec ses piliers en stuc,
subsistant encore. Ces portiques, au rez-dechaussée, servaient de lieu de récréation aux esclaves , et protégeaient du soleil ceux qui voulaient s'y réfugier. Du centre du ^jardin, s'en élève en quelque sorte un autre supporté par six colonnes latérales qui soutenaient aussi une treille; non loin de là, nous vîmes une grande pêcherie entourée de marbres, au milieu de laquelle était une fontaine avec différents jets d'eau. La sortie pour aller à la campagne était à l'extrémité de ce jardin -, la porte subsiste encore. On trouva dans ce lieu le squelette du maître de la maison, ayant une clef dans une main , et dans l'autre de la monnaie , des chaînes et autres joyaux en or. Derrière lui venait un domestique qui rentrait quelques vases d'argent et de bronze. Ces malheureux ayant tardé à fuir la pluie volcanique, ont été atteints par les cendres et les petites pierres qui les ont couverts.
Après avoir examiné le jardin, nous gagnâmes l'étage supérieur au moyeu d'un autre escalier, et de là, par la porte qui nous avait servi d'abord à nous introduire , nous nous reportâmes sur la voie consulaire. De cette maison à la porte de Pompéi, le terrain est occupé par le cimetière public de l'un et de l'autre côté du
chemin. Nous demeurâmes dans l'admiration en voyant tant de tombeaux , tant d'inscriptions , et tant d'élégance dans ces monumens de la mort. En voici la description.
inilHIMIWillliw
Tombeaux de Pompéi.
Ou voit à main gauche, en sortant de la maison, d'ArriusDioraédes, enface de cette maison, le premier tombeau érigé à cette famille. Les inscriptions qui peuv^ent encore s'y lire, nous ont conservé les noms de son antique chef et de ses descendants qui y ont été déposés. Sur le monument tumulaire le plus élevé, consistant en un frontispice embelli de stuc, on lit :
M. ARRIYS D. L. DIOMEDES
SIBI SVIS MEMORIAE
MAGISTER PAG. AYG
FELIC. SVBVRB.
MarciiS Arrius Dioinèdes , affranchi de
Caïus , magister du bourg d'Augustus Félix ,
à sa mémoire et à celle de sa famille.
Les deux têtes en marbre blanc à peine ébauchées, que les anciens avaient coutume de placer par honneur sur les tombeaux, subsistent encore sur celui-ci; l'une est celle d'un homiïie,
l'autre d'une femme j derrière la tête de l'homme, qui était uu fils aîné, était l'inscription suivante:
M. ARRIO PRIMOGENI u^ Marcus Arrius l'aîné.
Et derrière la tête de la femme , qui était la neuvième fille.
ARRIAE. M. F.
vim.
A Arria , neuvième JiUe de Marcus.
Une autre inscription se lit sur le mur inférieur du monument; elle concerne la perte d'une autre fille.
ARRIAE M. F DIOMEDES L. SIBI SYIS.
Diomède , ïajjranchi , à Arria , sajille, à lui et à sa famille.
Autour de ce grand monument on voit plusieurs tombeaux, en forme de petits temples, qui paraissent appartenir à la même famille.
De la première inscription, on doit inférer
^. ."^ «iH: -vTy-^;k X-^.. --- i-^''iiïh.s!i
Alœ'f(tu cleL.
que, dans ce lieu, était situé un bourg, ou village , tenant à Pompéi , appelé le bourg à'Augustus Félix j dans lequel était bâtie la Villa, ou maison de campagne de la famille Arrius , et spécialement de Marcus-Arrius Diomèdes , affranchi de Caïus , magister du bourg dépendant de la ville, et qui portait le nom diAugustus Félix. Mon opinion est établie encore sur la découverte d'une petite colonne , terminée par un buste en marbre, ayant une tête en bronze, dont parlent les académiciens d'Herculanum , dans leur dissertation isagogique. L'épigraphe, incrustée sur cette colonne, fesait connaître que le buste offrait l'image de Caïus-Norbanus Sorex y acteur secondaire de tragédies, magister du bourg suburbain Augustus Félix , par décret des Décurions. (i)